voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “incendie

Esther Tellermann – Terre exacte


photo: la faille de Djobouti

 

Lieu là
tenu à la lèvre
suffoque
dans l’image
non franchie
dans l’appel

écorcé

Qui t’éprouve à l’arête
d’un point de l’incendie ?
Pour nous ne reste
dans le milieu du rayon
ou du plus léger
sur l’autre rive où
se ramifia
la suture ?

Qui déchire
qui rejoint qui
clôt la prunelle qui
engage le cercle non
rien
n’assemble
en surplomb
des chocs de la lumière
rien ni
clavier
mais précipite
le point douloureux
près des tempes

ce que nous sommes.


Bernat Manciet – Parmi ce monde aérien le crépuscule


Ulla Gmeiner 5.JPG

Image       Ulla Gmeiner

 

 

Parmi ce monde aérien le crépuscule
se fait gouffre bleu puis jardin incendié
puis lampe haute puis flambeau des infernaux
par lande et par bruyère il se cherche un repos

le voici donc mon temps de mauvaise farine
mon lit s’en va avec le soir et le marais
où trouverai-je où se meure ma destinée mauvaise?
où m’endormir en remuant sur un mauvais sommier?

souffle ou songe ton rutilant fantôme
vainement cherche aussi un lieu de refuge
aux fins d’une dernière et triste flambée

une âme comme une carafe nette un angle aigu

où puisse un ciel de neige monter et se
retirer sur une épaule vaine et proche au ciel perdu 


Edmond Jabès – comment, de la sagesse, conserver toute la jeunesse?


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portrait F Hodler

 

« Il ne faut jamais laisser réfléchir les malades
— écrivait ironiquement un sage.
« Pour eux, la maladie prime sur tout le reste.
Et c’est le contraire de la sagesse.
« Un malade n’a-t-il pas, récemment, sombré
dans la démence à force de se croire, réellement, malade?
« C’est qu’il souffrait, sans le savoir, d’une autre maladie. »

On ne meurt que d’une mort : celle à laquelle on ne s’attendait pas.
Une flamme ne suffit point à la gloire de l’incendie.

Il s’aperçut, en vieillissant, qu’une question,
pour lui, prenait, chaque jour, plus d’importance: comment ne pas vieillir?
Mais il se trompait de question, celle qu’il
aurait dû se poser est la suivante : comment, de la sagesse, conserver toute la jeunesse?

Le rien est plus audacieux que le tout.

 


Laurent Gaudé – Eldorado -petit extrait


ELDORADO est un roman de Laurent Gaudé  ( auteur de Ouragan, et du Soleil des Scorta  ( prix Goncourt 2004),  qui, ici , nous relate  des récits d’exils, de contrôles frontaliers ( en mer ),   d’émigration clandestine)…  sujet d’actualité

couverture du livre, paru chez Actes/sud

voila un court extrait, des Pages  186 –193

J’ai compris que je ne passerais pas ma journée contre un mur, qu’il n’y aurait pas de charité aujourd’hui ni de bénédiction sur le Coran. Ils sont de retour. Je les observe. Ils viennent d’arriver. Nous avons peut-être encore quelques jours. Le temps qu’ils se posent, qu’ils élaborent un plan. Le temps qu’ils reçoivent leurs ordres. Demain, sûrement, ils nettoieront les rues de la ville. Après-demain ce seront les collines. Je dois retourner au camp. Prévenir Boubakar.

La dernière fois, ils avaient fondu sur nous comme des abeilles voraces. En pleine nuit. Les phares de leurs voitures s’étaient allumés en même temps et ils avaient sauté de leurs jeeps en hurlant, matraquant tous les corps qu’ils trouvaient sur leur passage. En un instant, la panique s’était emparée de nous. Tout le monde cherchait son sac, sa couverture, un abri où se protéger des coups. Mais ils étaient venus nombreux. Ils frappaient et lançaient leurs chiens pour nous débusquer comme du gibier. Puis ils mirent le feu. Ils ne l’avaient jamais fait auparavant. Ils aspergèrent d’essence les sacs qu’ils trouvaient, les arbustes. Ils brûlèrent tout. Nos pauvres affaires sur lesquelles nous veillions jour et nuit avec jalousie ont disparu dans une odeur écœurante d’essence. C’est Boubakar qui m’a sauvé. Il a insisté pour que nous quittions la forêt. Cela me paraissait aberrant. Mais il avait raison. C’est la forêt, justement, qui les intéressait. Nous avons couru comme des rats dans la nuit. Et lorsque la forêt fut dans notre dos, le silence nous enveloppa à nouveau. Nous étions allongés, face contre terre. Là-bas, ils frappaient encore.

Là-bas, des sacs de couchage brûlaient et les chiens mor­daient les hommes aux mollets. Là-bas, ils faisaient monter dans des camions ceux qu’ils avaient matraqués. Entassés comme du bétail. Sans se soucier de qui saignait, de qui avait un enfant ou ne pouvait plus marcher.

La dernière fois, ils sont venus avec des chiens et de l’essence.

Dieu sait ce qu’ils vont amener cette fois-ci.

Je dois remonter au plus vite. Prévenir tout le monde.

Il va falloir fuir, se cacher, attendre, craindre le pire. A nouveau ne compter que sur ses propres forces. Je resterai avec Boubakar quoi qu’il advienne. Jai plus confiance en lui qu’en quiconque. Les litres l’appellent « le tordu ». Pour moi, c’est Boubakar et je n’irai nulle part sans lui. Il ne court pas vite mais il connaît tous les trucs. Sept années de survie. Il faut que je le prévienne. Il saura que faire pour échapper aux policiers. Il ne sait pas courir, mais il est obstiné. Qui sait si j’aurais tenu sept ans, moi, alors qu’au bout de huit mois je me sens déjà épuisé ?

Lorsque je suis arrivé au camp, d’autres que moi, déjà, avaient donné l’alarme. La nouvelle était sur toutes les lèvres : « Les Marocains sont de retour. » L’agitation régnait partout. Certains faisaient leurs paquets, prêts à partir. D’autres se demandaient où ils allaient pouvoir se cacher.

Une réunion des chefs fut décidée. Nous sommes plus de cinq cents, entassés ici, au milieu des arbres et des couvertures. Il y a un chef par nationalité. Les Maliens, les Camerounais, les Nigérians, les Togolais, les Guinéens, les Libériens, chaque com­munauté a désigné un chef pour prendre les déci­sions qui concernent le camp tout entier. Boubakar est parmi eux. Ce n’est pas un chef mais son avis est écouté. Il est le doyen d’entre nous. On respecte la longueur de son errance et la force dont il a fait preuve pour ne pas plier face à tant d’adversité.

Les chefs se sont mis à l’écart, pour ne pas être importunés par nos commentaires. Nous avons attendu, avec inquiétude, leur délibération. Et puis ils sont revenus vers nous, et Abdou nous a dit qu’ils avaient décidé d’essayer de passer. Nous sommes restés interdits. Quand ? Comment ? Abdou a expli­qué que nous avions peut-être encore une journée et une nuit avant que les policiers n’attaquent. Il fallait les prendre de vitesse. Tenter notre chance demain soir. Djouma, un Malien, a demandé comment nous nous y prendrions. Abdou a répondu en parlant fort pour que tous entendent :

— Si nous nous ruons sur les barrières de Ceuta, de nuit, si nous sommes aussi nombreux à courir avec rage, ils ne pourront pas tous nous arrêter. C’est à cela qu’il faut travailler désormais. La bar­rière qui sépare Ceuta du Maroc fait six mètres de haut. Mais il est des endroits où elle n’en fait que trois. C’est là que nous attaquerons. Nous avons la nuit et la journée de demain pour construire des échelles. Il faut partir à l’assaut de Ceuta comme d’une citadelle. Si nous passons de l’autre côté, nous sommes sauvés. Une fois passés, nous ne pouvons plus être renvoyés. Une fois passés, nous sommes riches. Il suffit d’un pied posé sur la terre derrière les barbelés, un petit pied pour connaître la liberté.

Les explications d’Abdou provoquent une vaste rumeur dans nos rangs. C’est la première fois que nous entendons parler d’une chose pareille. D’ordi­naire, ceux qui tentent leur chance le font par petits groupes. Là, nous sommes cinq cents. J’essaie de retrouver Boubakar dans la foule. Il me sourit lors­qu’il me voit venir à lui. Je n’ai pas cessé de penser à lui depuis qu’Abdou nous a annoncé la nouvelle. Je suis mortifié. « Que vas-tu faire, Boubakar ? » Il ne répond pas tout de suite. Il me sourit. Puis il dit doucement : « Je vais courir. » Je pense alors à sa jambe tordue. Je pense à cette malédiction qui le rendra trop lent, trop maladroit. Je pense qu’il n’a aucune chance et qu’il le sait certainement.

— Tu n’as pas essayé de les convaincre de faire autrement ?

— C’est la seule idée qui vaille, me répond-il avec douceur.

Je veux être sûr qu’il a conscience de la folie de son entreprise, alors j’insiste :

— Tu vas courir ?

Il répond sans hésiter :

— Oui, avec l’aide de Dieu.

Sa voix est ferme et tranquille. Je vois dans ses yeux qu’il ne dit pas cela pour me rassurer. Il va courir. De toutes ses forces. En claudiquant. Mais il y mettra sa rage. La détermination de Boubakar me fait baisser les yeux. Il le voit. Il ajoute : « Ne per­dons pas de temps. Il faut construire les échelles. » Alors, dans la forêt de notre clandestinité, com­mence un immense chantier. Nous coupons les branches, taillons, clouons. Des échelles de for­tune naissent au creux de nos bras. Il faut les faire solides et hautes. C’est sur elles que nous pren­drons appui pour le grand saut. C’est de leur soli­dité que va dépendre notre vie à venir. Si elles craquent, nous sommes condamnés à nouveau à l’attente et au désert. Si elles tiennent, nous foule­rons la terre de nos rêves. Nous mettons toute notre attention et notre art dans la construction de ces échelles. Il en pousse de partout. Chacun veut la sienne. Il faut que nous puissions en tapisser les barbelés.

Je travaille avec acharnement. Et je me sens fort. Nous allons courir. Oui. Et même Boubakar le tordu sera plus rapide qu’un jaguar. Nous allons courir et rien ne nous résistera. Nous ne sentirons pas les barbelés. Nous laisserons des traînées de feu sous nos pieds. Et au petit matin, lorsque les forces de police marocaines viendront incendier notre cam­pement, elles ne trouveront qu’une forêt vide – et quelques oiseaux qui riront de leur inutilité.

Nous sommes allongés dans les hautes herbes de­puis plus de deux heures. Immobiles. Scrutant la frontière à nos pieds. La colline est pleine d’hom­mes qui épient la nuit avec inquiétude. Cinq cents corps qui essaient de ne pas tousser. De ne pas parier. Cinq cents hommes qui voudraient être plats comme des serpents. Nous attendons. C’est Abdou qui doit donner le signal. Il est à peu près deux heures du matin. Peut-être plus. A nos pieds, nous distinguons les hauts barbelés. Il y a deux enceintes. Entre les deux, un chemin de terre où patrouillent les policiers espagnols. Il va falloir escalader deux fois. Chacun scrute ces fils entortillés en essayant de repérer un endroit plus propice à l’assaut. C’est si près. Nous sommes à quelques mètres de notre vie rêvée. Un oiseau ne mettrait pas une minute à franchir la frontière. C’est là. A portée de main.

Les policiers espagnols ne sont pas très nom­breux. Une vingtaine à peine. Mais, le long de la première barrière, il y a aussi des postes marocains. Combien d’entre nous vont passer ? Qui réussira et qui échouera ? Nous n’osons pas nous regarder les uns les autres, mais nous savons bien que tout se joue maintenant. Et que tout le monde ne passera pas. Cela fait partie du plan. Il faut que certains échouent pour que les autres passent.

Il faut que les policiers soient occupés à maîtriser des corps, pour que le reste de notre bande soit libre de cou­rir. Je me demande ce que je vais devenir. Dans quelques heures, peut-être, je serai en Espagne. Le voyage prendra fin. J’aurai réussi. Je suis à quelques heures, à quelques mètres du bonheur, tendu dans l’attente comme un chien aux aguets.

Tout à coup, j’entends Boubakar s’approcher de moi et me murmurer à l’oreille : « Quand nous courrons, Soleiman, promets-moi de courir le plus vite possible. Ne t’occupe que de toi. Promets-le-moi. » Je ne réponds pas. Je comprends ce que me dit Boubakar. Il me demande de ne pas me soucier de lui. De ne pas l’attendre ou l’aider. D’oublier sa jambe tordue qui l’empêchera d’avancer. Bouba­kar me demande de ne pas regarder ceux qui cou­rent à mes côtés. De ne penser qu’à moi.

Et tant pis pour ceux qui chutent. Tant pis pour ceux qu’on attrape. Je dois me concentrer sur mon souffle. C’est cela que veut Boubakar. Comme je n’ai tou­jours pas répondu, il me pince dans la nuit en répétant avec insistance : « Promets-le-moi, Soleiman. Il n’y a que comme ça que tu passeras. » Je ne veux pas répondre à Boubakar.

Nous allons courir comme des bêtes et cela me répugne. Nous allons oublier les visages de ceux avec qui nous avons partagé nos nuits et nos repas depuis six mois. Nous allons devenir durs et aveugles. Je ne veux pas répondre à Boubakar, mais il continue à parler et à me serrer le bras. « Si tu tombes, Soleiman, ne compte pas sur moi pour revenir sur mes pas. C’est fini. Chacun court. Nous sommes seuls, tu m’en­tends. Tu dois courir seul. Promets-le-moi. » Alors je cède. Et je promets à Boubakar. Je lui promets de le laisser s’effondrer dans la poussière, de ne pas l’aider si un chien lui fait saigner les mollets. Je lui promets d’oublier qui je suis.

D’oublier que cela fait huit mois qu’il veille sur moi. Le temps de l’as­saut, nous allons devenir des bêtes. Et cela, peut-être, fait partie du voyage. Nous éprouverons la violence et la cécité. La fraternité est restée dans le bois. Nous lui tournons le dos. C’est l’heure de la vitesse et de la solitude.

« Si Dieu le veut, nous nous retrouverons là-bas », murmure Boubakar en me tapotant l’épaule. Et il reprend sa position dans l’herbe. Nous nous en remettons à Dieu parce que nous savons que nous ne pouvons pas compter sur nous. Nous serons sourds aux cris de nos camarades, et nous prions que Dieu ne le soit pas. Il me semble que ces ins­tants passés dans l’herbe à attendre l’assaut me font vieillir davantage que le voyage à travers le désert. Il n’y a pas que les difficultés que nous rencon­trons, l’argent à trouver, les passeurs, les policiers marocains, la faim et le froid. Il n’y a pas que cela, il y a ce que nous devenons. Je voudrais demander à Boubakar ce que nous ferons si, une fois passés de l’autre côté, nous nous apercevons que nous som­mes devenus laids. Boubakar veut que je coure et je courrai. Et s’il m’appelle, s’il me supplie, je ne me retournerai pas. Je n’entendrai même pas ses cris. Je vais me fermer aux visages qui m’entourent. Je vais me concentrer sur mon corps. Le souffle. L’endu­rance. Je serai fort. C’est l’heure de l’être. Une fois pour toutes. Mais je me pose cette question : si je réussis à passer, qui sera l’homme de l’autre côté ? Et est-ce que je le reconnaîtrai ?

photo: clandestin du Zimbabue. Photo Geo

 

L’évènement  dont il est question ici n’a rien d’une  fiction,  le  reportage  visible  sur dailymotion, relate exactement les mêmes  faits…

 

 

 

 


Augusto Lunel – Chant 5


peinture XVIè siècle BECCAFUMI, Domenico 1545 Annonciation

 

 

CHANT V

… Et toi,

Femme dont la peau caresse quand tu passes,
plus blanche que la douceur de le dire,
dont la respiration suspend la planète
à travers l’eau rouge d’aurores,
le souffle
qui éteint un astre et en allume un autre,
tu portes mon tremblement
comme je porte sur moi ton existence.

Femme de colombes en plein vol,
aux yeux de métal blessé,
aux yeux où l’eau incendie
et le feu mouille,
sépare-moi de cette solitude
qui laisse en solitude tout ce qu’elle touche.

Femme,
jour fermé,
femme à la démarche nue,
au chant nu,
je vais et viens en toi,
je vais en toi aux autres.

Tes jambes me dénudent
et tes seins,
pêches qui montrent leur coeur
et sont musique dans la bouche,
m’arrêtent
en moitié de moi-même.

Immobile vers toi,
immobile m’envolant,
je m’arrête au milieu de la vie.

Immobile vers la mer,
immobile à grands pas,
immobile en tombant
au milieu de mon corps,
immobile en fuyant,
je m’arrête au milieu de l’éclair.

Dans un souffle d’abeilles dans le lointain,
je m’arrête en toi
au milieu de la mort.
Que la vie m’ôte la vie !

 

—-


Augusto Lunel – chant 7


silhouettes  en blanc

silhouettes en blanc, art pariétal, Australie

 

 

 

 

 

 

 

Le Poème

Le cor de chasse résonne dans le soleil
et précipice horizontal est le cerf.

Blessé à mort de ma vie,
cerf à la course bleue,
cerf paré de vent,
où la vitesse dans ses bois
jamais ne s’arrête,
l’éclatement de ton coeur
s’ouvre dans ma poitrine.

Clair royaume du mouvement
où s’arrêter est s’obscurcir,
vie qui monte à la bouche,
rosée dans la gorge de la nuit,
cerf dont la peau
ne le sépare pas de l’air,
tu dénudes les prairies à ton passage,
éblouis l’espace à l’oeil vorace,
incendies les nuages,
fleuris en embrassant toute la forêt.
Un rayon de soleil t’ouvre le dos.
Le jour ne suffît plus pour tous,
ni l’air que tu emportes dans tes bois
me laissant sans baleine,
ni le trésor
que la nuit déverse dans les rivières,
les rivières dans les oiseaux,
les oiseaux dans la poitrine ;
… aujourd’hui, seul mon vide peut remplir le tien.


Pablo Neruda – Ode à la table


Je  retourne  sur  le site   avec  les  traductions  de Pierre Clavilier,  au sujet de Neruda…

   peinture:  Audrey Flack

Sur les quatre pattes de la table
j’éparpille mes poèmes
étale le pain, le vin, le rôti
(navire noir des rêves)
j’y pose ciseaux, tasses, clous
oeillets, marteaux.table fidèle
porte-rêve, porte-vie
titan quadrupède.

C’est la table du riche
imposante et caracolante
telle un paquebot fabuleux
chargé d’abondance.
C’est la table du gourmet
belle et bien mise
dans son décor de langoustes gothiques

C’est la table solitaire
dans la salle à manger chez notre tante
quand s’ouvrent les rideaux
et pénètre un rayon de l’été
fin comme une épée
pour saluer sur la table sombre
la paix transparente des cerises.

C’est aussi la table lointaine, la table pauvre
où l’on prépare la couronne
pour un mineur mort,
et de cette table monte l’odeur froide
de la dernière douleur.

Tout près, il y a la petite table
dans cette alcôve sombre
où brûle l’amour et ses incendies
et sur la table
un gant de femme encore tremblant
comme l’écorce du feu.

Le monde est une table
entourée de miel et de fumée
couverte de pommes et de sang.
La table est dressée
elle attend les banquets ou la mort
et nous savons quand
elle nous appellera:
invités à la guerre ou au repas
il nous faut décider
savoir comment s’habiller
pour s’asseoir à la grande table
si nous mettrons les pantalons de la haine
ou la chemise d’amour fraîchement lavée
mais il faut faire vite
on nous appelle déjà:
les enfants, à table !

® Pierre Clavilier

10:34 Publié dans Odes


AUGUSTO LUNEL ——–DE SOLEIL A SOLEIL —–CHANT 1


AUGUSTO LUNEL DE SOLEIL A SOLEIL CHANT 1

 

 

Personne n’échappera à mon amour,

au lys à la blancheur qui brûle,

à la parole qui incendie ce qu’elle nomme.

La tempête sortie d’une rose dont le silence creuse le précipice,

creuse en toi jusqu’à la mer la mort,

brise le château de lampes pour que la lumière se déverse à tes pieds.

 

 

 

Un aigle ouvre les ailes dans ta poitrine et une douleur bleue dans la mienne.

Le coeur emporté par des vents contraires,

la poitrine profonde et fermée comme un coup de tonnerre,

l’oeil qui me manque me regardant du typhon qui approche,

l’être comme une blessure rauque,

je vais dans mon amour comme dans l’air au tien comme dans ton sang.

 

photo ---- Gaylen Morgan


Eugénio de Andrade – Les paroles


Eugénio de Andrade – Les paroles

 

 

Elles sont comme un cristal,

les paroles.

Certaines, un poignard,

un incendie.

D’autres,

seulement de la rosée

 

Grosses de mémoire, elles viennent en secret.

Incertaines, elles naviguent ;

navires ou baisers,

les eaux frémissent.

 

Désemparées, innocentes,

légères.

tissés de lumière,

Elles sont la nuit.

Même pâles,

elles rappellent encore de verts paradis.

 

Qui les écoute ? Qui

les recueille, ainsi,

cruelles, défaites,

dans leur nacre pure ?

 

montage perso à partir de photos d'Italie ( Pouilles)


L’incendie orageux en crinière que la gorge engouffre ( poésie de mouvement d’un cil)


——- Une fois de plus je replublie sur mon blog un des superbes poèmes  de la mystérieuse  « mouvements d’un cil »…  qui en fait associe  des images photographiques, pour la plupart, en noir et blanc,  avec des textes  commes  celui-ci… 
plusieurs  ont été re-publiés en écho sur  http://re-ecrit.blogspot.com
photo

∏ The stormy fire by the mane that throat. engulfs

Les feuilles ont perdu leur haleine.
Le vent les a à peine soulevés.

Le rythme des oiseaux s’est perdu dans l’effort
Comme une âme en poussière.
Le cœur bat. L’usure de tes cheveux flottants.
Et le serment de ta voix. Et le serrement
Qui s’en ai allé très loin. Le séisme
Par son destin qui détachent les vertus invisibles.
L’incendie orageux en crinière que la gorge engouffre.

Aussi le sentiment qui se déploie avant de s’écraser.
Nous qui restons là à nous assortir par la compression
Du murmure des fissures mauves des violettes
Et des plaintes sans jamais se vanter. Enfonce. Le secret du vide
D’un clou, nous pouvons tout décrocher d’un mouvement d’épingle.
D’un supplice. Toutes ces choses qui veulent rompre
Sans volonté. Toutes ces choses qui s’ignorent superstitieusement.

Nous pouvons vivre une vérité                          [mer. 19.10.11] 18.50

றouvemenʨ d’un ciℓ (➳ elsewherə 

The leaves have lost their breath.
The wind has just raised its.

The pace of the birds got lost in the effort
Like a soul in dust.
The heart beats. The usure of your hair floating.
And the oath of your voice. And tightness
Which would have gone very far. The earthquake
By his fate which detaches the invisible virtue.
The stormy fire by the mane that throat engulfs.

Also the feeling that unfolds before crashing.
Us who remain here by sorting ourselves through the compression
Of the murmur of purple fissures of violets
And complaints without never boast. Sinks. The secret of the vacuum
On a nail, we can all get from a movement of a pin.
On torture. All these things that want to break
Free will. All these things that are ignored superstitiously.

We can live a truth