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Katica Kulavkova – troisième soleil


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photo:  enggul

 

 

Troisième soleil : Leo
– rising sun –

A qui confies-tu les cadenas, père ?
A qui les symboles ?
Remémore-toi :

Il est mauvais le destin du Suprême
et le lever est nocturne.
L’étranger profitera
de la générosité du ciel
entrera par des portes souterraines
et nous aspergera de venin
Scorpius-Ophiucus.
Mort prolongée.

Fais une offrande
antidote
accorde-nous une parole vive.
Venge le trône de la liberté
apaise la passion de Vénus.
Que le pécher nous réchauffe.

Mouille avec ta langue le fossé
entre l’index et le pouce
ce monde-pour-soi
cette force invisible
l’amour-pour-l’amour
rien d’autre.

 


Voyage dans son visage – (RC )


 

Sculpture Oliver Voss

 

C’est d’un grand portrait dont je ne pouvais faire le tour, ni voir l’ensemble, que l’exploration commence….
Je suis un petit bonhomme aux allures de lilliput, aux sensations de  » l’homme qui rétrécit « , qui se promène sur ce visage, sur ton image…

Etant si petit, les départements de l’image me sont des passages d’où je ne peux pas voir les voisins..

Je progresse ainsi, de cheveux blonds, remplacés brusquement par des yeux de porcelaine, puis par un petit nez orné dessous d’un fin duvet, si discret si mignon, —
Pommettes à peine marquées- …
En étant cet homme rétréci, il se pourrait que de l’image plane, des volumes se dessinent, les surfaces ondulent, la couleur se teint de chaleur, les pentes naissent, et voilà que je dois m’accrocher pour ne pas glisser…

hop je me rattrape au lobe de l’oreille, dissimulé un peu derrière les mèches paille… un petit coup d’œil dans l’obscur ouh la, ça glisse, je préfère me promener sur les joues, ( c’est bien souple)…,

je m’essaie… le coup du trampoline… !! ( j’ai gardé encore de bons réflexes, : un petit sauf périlleux, me voilà sur mes pieds… (tiens la bouche a souri !!), s’est étirée, j’ai vu luire le reflet d’une dent… ça va pas du tout, et si elle voulait me croquer ?

je suis descendu plus bas, petite glissade toboggan, qui m’amène à un petit menton rond, ouf, j’ai bien fait d’être prudent…
ce menton est en surplomb, et je n’ai pas mon matériel de rappel, pour descendre plus bas…

je devine loin, l’échancrure d’un corsage bleu qui se soulève régulièrement…

Mais ne rêvons pas , de toute façon je ne peux pas, le cadre de la photo fait que je ne peux aller plus bas…
Bien pratique d’ailleurs ce cadre, j’y prends appui, pour découvrir ce qui s’y passe sur la gauche… c’est plus dur qu’en descente, il faut que je m’agrippe au grain de la peau, que je prenne appui sur la corniche ( au coin des lèvres )… tiens une petite fossette !

Je progresse doucement, me voilà proche de l’arête du nez… enfin une bonne prise…        un petit grain de beauté…          un deuxième presque aligné..

D’une détente, j’ai attrapé une mèche, et j’ai vu son azur brillant, son regard pivoter sur le côté.. ça a tourné d’un coup, sans effort ( bien huilée la mécanique)…
Me voilà en train de remonter, m’aidant de petits poignées de chevelure, … hop, me voici debout.. au niveau des sourcils à peine marqués… madame joue au camouflage !
Et ensuite c’est une grande clairière, bombée mais pas trop— un espace de front dégagé, avec une ride transverse, mais peu creusée..

Mais zut alors
je suis tout à coup enlevé dans les airs…
elle m’a saisi entre son pouce et l’index, m’a dit que j’étais trop curieux, et

Et a refermé son livre d’images…

RC – 2011


Bassam Hajjar – Si seulement ta main – 01


peinture : extrait d'une oeuvre  de Van Eyck

peinture :            extrait d’une oeuvre de         Van Eyck

Je sais que je me suis mis à sourire chaque fois que je rencontre le monstre qui dévorait le jardin dans mon unique rêve.

A présent j’ai commencé à voir que des orbites célestes se croisent sur les lignes qui se rencontrent dans ta paume blanche.

Comme si le ciel était dessiné par deux lignes  dans ta paume, peu de ciel, mais suffisamment pour que le inonde ne meure pas de solitude, pour que le serpent ne le morde pas.

Si seulement tes mains étaient là-bas.

A présent je sais pourquoi je pleurais et pourquoi l’abîme
où je sombrais ressemblait à une page blanche avec deux
lignes en bas, et une étoile à l’encre de Chine, qui brillait toutefois.
Et son éclat me tourmentait.

Il a suffi que tu soulèves,
d’une caresse, le marbre du lourd sommeil.

Et que tes mains m’emportent, pas tant que cela, juste à la mesure à laquelle je vis.

Il a suffi que tu essuies mes lèvres du bout de ton index
pour que parler cesse de me faire souffrir.

(Paris, septembre 1986)


Bassam Hajjar – tes mains contiennent mon corps


 

 

 

 

Petites sont tes mains, mais elles contiennent mon corps tant il s’est amenuisé,

tant tu es présente dans mon absence.

 

Je n’ai pas peur à présent qu’un rêve gris m’emporte vers un gouffre sans fond, je sais que la paume de ta main droite m’ouvre une porte vers le double de la lumière, et que mon visage conserve, comme un embrasement, le contact de ta paume gauche.

Étais-je absent à ce point ? Je veux dire que je ne trouvais personne pour me conduire vers mon sommeil. (…)

peinture:    Nikewen

Il a suffi que tu soulèves, d’une caresse, le marbre du lourd sommeil. Et que tes mains m’emportent, pas tant que ça, juste à la mesure à laquelle je vis. Il a suffi que tu essuies mes lèvres du bout de ton index pour que parler cesse de me faire souffrir.