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Thierry Metz – Je n’emporte rien


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Je n’emporte rien puisque tout tient dans l’intime et immense espace du regard.
Des instants de ciel sous les pas.

*
Tout ce que je pense n’a peut-être plus d’importance.

On dirait qu’il ne reste plus que les outils – que l’instrument.
Un instrument pour chercher.
Un instrument pour construire.
Mais je suis en direction de ce qu’il n’y a plus à comprendre, pour ainsi le comprendre, y laisser de l’écriture.

 

Extraits de Carnet d’Orphée, éd. Les Deux-Siciles, 2012


Dans l’instant, porté par la musique ( RC )


dessin perso: musicien en club de jazz

dessin perso: musicien en club de jazz

C’était donc  dans l’instant
Porté  par la musique,
Et les sons qui se cognent
Saxo trompette et trombone.

Et je prends le  carnet,
Pour des instants  prolongés,
Ceux  que je vais dessiner
Et laisser sur le papier.

C’est  donc  dans l’instant
Porté  par la musique,
Une danse des lignes,
Qui se croisent  et puis riment

Avec les notes
Et l’atmosphère rêveuse
Juste ce qu’il faut de pose.
Enlaçant  l’instrument

Les doigts des musiciens
Sur la brillance des cuivres,
Qu’il me faut transmettre
Avec mon pinceau.

RC  – 18 février  2013

dessin perso   Lyon   16 fev 2013

dessin perso Lyon 16 fev 2013


Antonin Artaud – éparpillement des poèmes


—                photo        Deidi von Schaewen,     placée en extérieur                rencontres photographiques Arles 2012 –             re-photo perso

 

 

 

 

Cet éparpillement de mes poèmes, ces vices de forme, ce fléchissement constant de ma pensée,

il faut l’attribuer non pas à un manque d’exercice, de possession de l’instrument que je maniais,

de développement intellectuel; mais à un effondrement central de l’âme,

à une espèce d’érosion, essentielle à la fois et fugace, de la pensée,

à la non-possession passagère des bénéfices matériels de mon développement,

à la séparation anormale des éléments de la pensée (l’impulsion à penser,

à chacune des stratifications terminales de la pensée, en passant par tous les états,

toutes les bifurcations de la pensée et de la forme). »

A Artaud –                                              Correspondance avec Jacques Rivière

 

incitation:   le  film  « regard  sur la folie »,  de Mario Ruspoli,  dans lequel  Michel Bouquet   en voix off, nous  dit  ce superbe  texte  de Artaud..

 

 


Max Jacob: – vie et marée


 

 

 

Vie et marée

Quelquefois, je ne sais quelle clarté . nous faisait
entrevoir le sommet d’une vague et parfois aussi le bruit
de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l’océan  qui se rapprochait.

La nuit de la ville était entourée de  mer.

Ta voix avait l’inflexion d’une voix d’enfer et le piano  n’était plus qu’une ombre sonore.

 

 

Alors toi, calme, dans  ta vareuse rouge, tu me touchas  l’épaule du bout de ton
archet, comme l’émotion du Déluge m’arrêtait.

« Reprenons! » dis-tu.
O vie 1 ô douleur! ô souffrances d’éternels
recommencements !
que de fois lorsque l’Océan des  nécessités m’assiégeait !
que de fois ai-je dit, dominant  des chagrins trop réels ! hélas!

« Reprenons! » et ma  volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là.
Les nuits n’ont pour moi que des marées d’équinoxe.

——–

Max JACOB« Le Cornet à dés »
(Gallimard)
Bibliothèque des Arts Décoratifs       Échelle de sensations