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Miquel Marti I Pol – Un jour, je serai mort …


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peinture: Marsden Hartley

peinture: Marsden Hartley

 

 

Un jour, je serai mort
et encore dans l’après-midi
dans la paix des routes,
dans les champs verts,
parmi les oiseaux et au milieu de l’air
tranquillement en ami
et de passage parmi ces hommes
Je ne sais pas et je t’aime.

Un jour,      je serai mort
et encore dans l’après-midi
dans les yeux des femmes
qui viennent et qui m’embrassent,
dans la musique ancienne
toute mise au point,
ou même dans un objet,
le plus intime et le plus clair
ou peut-être dans mes vers.

Dites-moi quel prodige
rend le soir si doux
et si intense à la fois,
et à quel champ ou à quel nuage
dois-je attribuer ma joie;

parce que je sais supporter
tout de mon entourage,
et que je sais que quelqu’un, plus tard,
saura préserver ma mémoire.

Les paroles au vent

 

 

 

Miquel Marti I Pol


Une infime parcelle- comme une découpe du ciel – ( RC )


création numérique perso 1999

création numérique perso 1999

A l’extrème limite de la conscience,

une bouche balbutie,

sur une surface horizontale..

une couche de glace,

dont on ne sait encore l’épaisseur,

mais bousculée par les courants de l’intime,

d’une profondeur insondable.

J’imagine le violoncelle de Yoyo-Ma,

Jouant Bach, sur une pellicule de glace,

la pique s’enfonçant peu à peu,

à chaque coup d’archet,

pour retrouver,

une fois la suite achevée,

l’essence même de la musique.

Et , de même la page d’écriture,

Qui se révèle :

une façon de communiquer son sang

à l’encre :

une mémoire magnétique,

venant de régions inconnues

avant que celle-ci ne fige .

Bien sûr, on peut rester

la plume en suspens,

au point de laisser les oiseaux

dessiner, écrire à notre place,

le geste immobilisé,

pour des récits qui resteront

à jamais non écrits …

Faut-il se révéler à soi-même,

Et remonter du lac,

sous nos pieds,

un seau d’eau glacée

dans laquelle nous mirer ?

Reflétant aussi les oiseaux ,

et l’encre transparente du silence …

De toute façon,

ce qui est puisé,

n’est qu’une infime parcelle,

comme le serait la découpe du ciel,

visible dans le seau,

mais il contient une voix,

avant d’être naufragée, gelée …

la nôtre .

_

 

RC- sept 2015

 

( variation sur un texte de Michèle Dujardin, tiré de « Abadôn » elle-même évoquant Henri Thomas avec cet extrait : « Je n’ai le goût de rien exprimer, si ce n’est ce noyau d’obscurité tenace qui est mon être même, ma substance morale et poétique. »
Henri Thomas )


Châteaux en Espagne, une île au milieu des mers ( RC )


Il faut je crois, suivre une ligne,

Un fil invisible, de ténacité,

Pour construire, comme on dirait,

Ces « châteaux en Espagne »,

Se parsèment, dans les espaces vides,

Sur des monticules ocre , et jaune,

Des constructions, que l’on dirait utopiques,

Jamais achevées, et offertes aux vents,

Les semblables propulsant les ailes,

Des moulins à vent,

Chargés par Don Quichotte,

– Sa lance en avant.

Oui, les grandes ailes tournent,

Et souvent broient du vide,

Elles tournent dans la tête,

Comme de grands oiseaux blancs,

Peut-être ne sont-ils maintenant

Qu’une image, marquant les esprits,

Marqué par l’imaginaire,

photo: forteresse reconstituée de Mornas, vallée du Rhône, Vaucluse

Ainsi se remontent,

Pour le bonheur des touristes,

D’anciennes forteresses,

Habitées par les ronces.

Tout y est sécurisé,

On y accède en voiture,

On domine la vallée,

Et son autoroute.

C’est une belle carte postale,

Dont les assaillants d’antan,

Devaient garder dans leur cœur,

Pour raconter leurs exploits aux enfants,

Ah, les volées de flèches,

Tirées des meurtrières !

Ah, l’huile bouillante, rebondissant,

Aux pieds de la tour !

Ah les beaux boulets,

De plus de cinq livres,

Expédiés au-dessus des murailles,

Par notre artillerie…. !

Et ces soldats aux casques luisants,

Leurs écus aux couleurs du drapeau,

Claquant sur le donjon,

Leurs cottes de maille… !

Ceux qui ont de la chance,

Lors des fêtes médiévales,

Peuvent voir, dans des copies d’habits d’époque,

La comtesse ,tout en damas et soieries, et sa suite….

Tout est reconstitué,

Des histoires de batailles,

Dans le moindre détail,

En panneaux explicatifs.

C’est très instructif,

On a même refait, au milieu de la cour,

Un grand jouet, grandeur nature,

C’est une catapulte – toute neuve-,

. Qui participe au décor…

Car ici tout est décor,

Il n’y a plus de vie,

Dans les salles désertes,

Que l’on occupe,

– Toujours pour la culture, –

Par des pièces énigmatiques,

De grands artistes

Inspirés sans doute,

Par les murs en pierres lourdes,

Les verres troubles des fenêtres,

Et le sol en terre cuite.

Les salles d’exposition sont climatisées,

L’humidité est contrôlée,

La lumière est étudiée,

Pour le confort du visiteur

Le département s’occupe de tout :

De l’art, de la culture, et du patrimoine,

( Et le fait savoir en multipliant,

Publicités et affiches voyantes. )

Mais revenons à nos châteaux en Espagne,

Ou plutôt ce que chacun,

Dans la discrétion et l’intime,

Construit pour lui-même…

En forgeant son monde intérieur,

De formes et de couleurs,

De passions et d’utopies,

En se construisant la vie…

Une île au milieu des mers,

Perdurant contre vents et marées,

Ouvert à la perspective des sens,

  • c’est un grand voyage –

A s’arc-bouter,

Contre les éléments hostiles,

Mais les vagues sont porteuses,

Vous y serez bientôt…

– Je vous y invite –

RC- 13 octobre 2013

Moulins de Consuegra – Espagne


Inexplicable soi-même – ( RC )


photo gdefon.com

 

L’après-midi fauve

S’ourle de la lumière dorée des chênes…

>          C’est le soir qui monte,

Et inexplicablement le creux  qu’ils entourent,

Se creuse un peu plus,

Et de l’ombre, en fait un puits,

Un cône en entonnoir,

Que je suis,   lentement attiré

Par une descente

Qui semble ne jamais finir.

Les voix extérieures  se sont tues,

La lumière évanouie

Jusqu’à n’être qu’un petit orifice affadi,

Se voit remplacée peu à peu par des formes,

Que l’on perçoit, plus  qu’on ne les  voit,

Aux inimaginables amalgames,

Dotés d’une vie indépendante

Qui palpite,

Et me parle d’un monde

Où les certitudes basculent,

Les contradictions émergent,

Jusqu’à la part la plus secrète de nous-même.

A part les sons des pas qui évoluent,

Toujours plus loin et plus profonds,

Seul le battement régulier  du coeur,

Jusqu’à présent anecdotique,

Me parvient aux oreilles,

Et cogne de plus en plus fort.

Il occupe progressivement toute la place.

Au coeur du monde intime,

Où la communication s’établit d’elle-même,

Avec la part de la pensée et la mémoire,

Au plus profond d’une vérité ,  tue,

Qu’on peut y déchiffrer,

La part la plus inexplicable de soi-même,

Loin de la surface des choses.

RC  –   24 juin 2013

 


Langue au pas à pas des signes ( RC )


photo:        Herlinde Koelbl:         Robert Mapplethorpe, 1983

C’est en suivant         pas à pas ,

–                            Des traces sur les murs,

   Et le sol                     d’un immense labyrinthe

Qu’une vie entière ne suffirait pas à appréhender,

–                        Qu’elle fit sienne une langue,

Imprimée de marche                          intime,

< Dont                seule elle détenait les clefs,

Que je comprenais,        je crois,      un peu,

–            Sans pouvoir la déchiffrer tout à fait.

RC  – 20 mai 2013

–  en rapport  à une phrase  de Patti Smith,  ( et son rapport à Rimbaud ):

« Rimbaud détenait les clefs d’un langage mystique que je dévorais même lorsque je ne pouvais le déchiffrer tout à fait »

–     dédié à Arthémisia


Quai – douleur- Je ( RC )


 

 

Je,  ( lui ),  n’attends  rien
Sur le quai d’une  gare
Une valise  triste
Un voyage  de peut-être.

Je ,  un ciel obscurci
posé  sur les  épaules
Le manteau offert aux assauts du vent
L’intime  et l’étranger

Je,    en pensées
Futur  en douleurs
Se projette demain
Le train qui portera, loin

Je,   le petit jour
L’estomac noué
Vers un inconnu,
aux  routes d’exil.

RC  –  20 septemre 2012

 

 


Claude Albarede – Sonnet du mal-être


le forum des  « révélations poétiques   »  de chez Amicalien,  nous permet  de faire  de belles  découvertes, par  exemple  Claude Albarede,  dont je  cite un de ses écrits

 

art: installation- hologramme de James Turrell

 

 

Le feu me gèle et le froid me calcine,
Le jour m’aveugle et la nuit m’éblouit,
J’erre dans l’air et je m’évanouis,
Dans l’eau j’aspire à l’air que j’imagine.

L’esprit me prend quand mon corps s’étudie,
Le corps m’absorbe au moment où j’exprime
Une pensée qui soit de sève ourdie,
Comme en ma chair l’esprit plonge et s’anime.

L’amour m’octroie ce qui me l’interdit,
Quand devant moi la nudité m’invite
A m’assouvir de l’absent qu’elle agite.

La mort appelle à son coucher maudit
Ma destinée, qui d’elle agrée la rime,
Puisqu’elle naît de nos liens intimes.

Claude Albarede
***

 


Jules Supervielle – Survivre


Survivre

C’est un toit gris qui surnage
D’une vallée inondée,
C’est le haut d’un peuplier
Dont le reste est coquillage.
C’est quelque chose qui flotte
Très loin et tout près d’ici,
Et qui berce son souci
Dans un flot, puis dans un autre.
C’est l’âme d’un corridor
Entre des murs écroulés,
Une volute enroulée
De l’autre côté du sort,
Une tête renversée
Sur ses intimes pensées.
Le silence perd le nord
Et chantonne dans la mort.

(Jules Supervielle)

 

photo Franck Hurley -------- guerre de 14

 

 


Bricolage matinal – de Bleu pourpre


Bricolage matinal

L’ultime présence de l’instant est à portée de doigts , ainsi, fouiller l’intime et mettre à jour la palette de mon ample grondement.

Ciel de plomb et pourtant…un regard comme déversé vers l’horizon suffit pour avoir les entrailles épousées par une lasure fine de bleu lavé.

Puis,

La lueur qui s’entête à se défouler derrière les lourdeurs du temps …

Alors… permettre au tourbillon de devenir transparence.

Et défiger l’instant

Il y a une fenêtre, tant que j’aurai  des yeux derrière les tempes, il y aura une fenêtre et un soleil qui joue à taper à ma fenêtre…je l’ouvre ou l’entrouvre, ça dépend du choix du sable.

Il y a du vent , tant que j’aurai des joues offertes, il y aura du vent…avec à sa bouche des mélodies, des symphonies, des fados , des blues et les chorales du diable … ça dépend si je suis rouge ou si je suis bleue.

Du vent qui viendra me souffler les poumons et m’écarquiller devant des horizons à marée haute…

Puis,  sûrement un navire , un trois-mâts aux voilures gigantesques,  perçant la brume opalescente des sorties de nuit … je l’ai construit avec un vieux radeau qui traînait là, que j’ai trouvé dans un élevage de coquillages . C’est un bricolage d’entre deux heures, me le pardonnerez-vous ?


Fuir la perfection et s’adosser à l’inattendu…

 

jacopo ligozzi_ XVIIè s

 

J’ai la paume ouverte au présent .

Ne rien attendre est ma robe de papier de soie.

Ne rien attendre est le jasmin qui s’enroule à mes chevilles.

Une serrure au creux du ventre, l’image est vraie, et étonnante, une serrure, même deux, voyez-vous, j’ai deux serrures au creux du ventre . Je crois avoir cherché les clés, mais des clés qui n’existent pas ou plus…je crois qu’à force d’avoir essayé des clés non – adaptées, j’ai du forcer mes deux serrures, et les laisser béantes d’inaptitude .

Un flot de sang s’en est échappé à mon insu jusqu’à ce que ça m’allonge de force, là, sur une plage blanche et brûlante.

Je suis debout, avec ma robe de papier de soie et mon jasmin odorant autour des chevilles.

Manet - bouquet de violettes

Je suis bien, là…

Parmi les fleurs oranges

 

Et les dunes de chévrefeuilles.

Je laisse mes serrures se recouvrir , je leur offre un tapis vierge qui deviendra un autre trésor intime.

 

La paume ouverte au présent et adossée à l’inattendu du parfum des vents autour, tout autour…

Nathalie 18 aout 2011

 

 

communiqué  grâce  à bleu-pourpre  et sa  « tentative de lumière »  (  elle y parvient) ,              sur son article  –   je l’en remercie