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Articles tagués “Jacques Reda

Jacques Réda – Septembre –


Edouard Vuillard – La Muette – The sprinkler-

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Ce qui se lève tout à coup dans la lumière, annonçant l’automne ;
Et ce vent des jours oubliés flottant comme une pèlerine ;
Et ces arbres appareillant non vers la neige ou les brouillards déjà sous les collines,
Mais vers la mer intérieure où le ciel se déploie
Et dans un ciel plus haut comme un drapeau fragile se déchire,
Arbres rentrant au port enfin, feux rallumés en autrefois.
(Autrefois reste la patrie.
Mais de nouveau septembre ici
Ramène la halte du ciel et des arbres d’automne
En vain : nous ne reviendrons pas,
Bien que cette clarté se lève encore sur les bois
Et submerge les prés où nos pas ne couchent plus l’herbe
Ayant ce peu de poids des morts et de leur nostalgie.)

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Amen, Récitatif, La tourne

Poésie Gallimard


Jacques Réda – Pâques à Velizy


Jim Dine Putney Winter Hurt

ELIOT A vu JUSTE : en avril la lumière
Est lugubre.
Tous ces crocus, tous ces lilas
S’amoncellent en catafalque.Vendémiaire
Rit autrement parmi ses brumeux échalas,
Et novembre a souvent des faveurs d’infirmière.
Mais (faute au receveur qui hurlait « allons-y ! »)
Il est vrai qu’après un trajet privé d’escales,
Je tombe au beau milieu du nouveau Vélizy
Où Prisunic fête non-stop ses lupercales
Entre le macadam et trop de ciel saisi
Comme un miraculé, qui s’est fait au sépulcre,
Sent la clarté devant ses yeux obscurs pâlir.
Au passage on entend « J’ai pris ce petit pull
Crevette, je… » — le vent balaye sans mollir
Les mots et les émois du samedi crapule,
Creux, hanté de grands sacs crevés, et ça bondit
Tout autour par la nécropole automobile
Qui fulgure. Je vais à pied comme un bandit,
Comme ce réprouvé, là-bas. nègre ou kabyle,
Voir, sur Villacoublay qu’un grillage interdit,
L’espace où valdinguait jadis l’aéroplane.
Mais plus rien à présent sur cet horizon plat
Ne bouge. Le soleil lui-même s’est figé
Comme un lieu dans le vide éblouissant du site
Et l’obstiné bourdon des autoroutes. J’ai
Peur de son premier pas demain s’il ressuscite
Du fond de sa splendeur froide comme un congé.

Hors les Murs

Ed Gallimard


Jacques Reda – tombeau de Bill Evans


Richard Diebenkorn Ocean Park - De Young Museum  -  San Francisco  USA

peinture: Richard Diebenkorn             Ocean Park –                   De Young Museum – San Francisco USA

Comme ces longs rayons dorés du soir qui laissent
le monde un peu plus large et plus pur après eux,
sous le trille exalté d’une grive, je peux
m’en aller maintenant sans hâte, sans tristesse:
tout devient transparent. Même le jour épais
s’allège et par endroits brille comme une larme,
heureux entre les cils de la nuit qui désarme.
Ni rêve ni sommeil. Plus d’attente. La paix.

Jacques Réda

Bill Evans(1929-1980),

comme on le sait, le prodigieux compositeur  et pianiste  de jazz, qui a accompagné les plus grands

( notamment Miles Davis et Coltrane  dans  son fameux Kind of Blue), se trouve  être un de mes musiciens  « phare » dont  j’ai quasiment l’intégrale.


Jacques Reda – Personnages dans la banlieue


peinture: -- Ben Shahn ----Study for New Jersey Homesteds Mural -

 

 

 

« Personnages dans la banlieue »

 

 
Vous n’en finissez pas d’ajouter encore des choses,
Des boîtes, des maisons, des mots.
Sans bruit l’encombrement s’accroît au centre de la vie,
Et vous êtes poussés vers la périphérie,
Vers les dépotoirs, les autoroutes, les orties ;
Vous n’existez plus qu’à l’état de débris ou de fumée.
Cependant vous marchez,
Donnant la main à vos enfants hallucinés
Sous le ciel vaste, et vous n’avancez pas ;
Vous piétinez sans fin devant le mur de l’étendue
Où les boîtes, les mots cassés, les maisons vous rejoignent,
Vous repoussent un peu plus loin dans cette lumière
Qui a de plus en plus de peine à vous rêver.
Avant de disparaître,
Vous vous retournez pour sourire à votre femme attardée,
Mais elle est prise aussi dans un remous de solitude,
Et ses traits flous sont ceux d’une vieille photographie.
Elle ne répond pas, lourde et navrante avec le poids du jour sur ses paupières,
Avec ce poids vivant qui bouge dans sa chair et qui l’encombre,
Et le dernier billet du mois plié dans son corsage