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Perrine Le Querrec – les nuages


extrait de   » la Patagonie « J'ai jamais foutu les pieds en Amérique 7989688370.jpg

Les nuages

Quitter le rivage de terre et de cailloux, s’avancer vers
les nuages. D’un pied tâter la matière, y entrer d’une
jambe, d’un corps, d’un coup. Plonger dans la mer,
s’en recouvrir, crèvent les gouttes contre la peau nue,
les jambes s’alourdissent, les cheveux, la bouche pleine
déchirer les nuages. Un ciel d’eau sur les épaules,
disparaître.


Alberto Giacometti – nous n’avons pas le choix


theparisreview: Self-portrait by Alberto Giacometti. James Lord writes in his introduction, “He works in a state of intimate excitement with his materials, his long strong functional hands never still, never quite clean of contact with his work … The figures and objects are seen by the artist not as pretexts but as ends in themselves and are to be seen similarly by us.”

 

Self-portrait by Alberto Giacometti.

« Nous nous intéressons à certaines choses, et à celles-là plutôt qu’à d’autres parce que notre constitution nous y oblige, parce qu’il nous serait bien impossible de penser, d’agir autrement. Comme nous n’avons pas le choix de la longueur de nos jambes, de nos maladies, nous ne l’avons pas de notre manière de penser, de notre manière de nous exprimer, et cette manie de s’exprimer est bien du même ordre, rigoureusement du même ordre, que le jeu des mouches autour du globe d’une lampe éteinte au matin. »

— Alberto Giacometti, Écrits, Éditions Hermann, 2007


Le sentiment d’appartenir à une même espèce – ( RC )


photo et création Mickaëlle Delamé

 

 

Plutôt qu’insérer sa tête,
Dans une photographie,
et l’ovale découpé,
pour y placer son visage
il faut punaiser sur le mur
une  feuille  de papier kraft,
se dessiner  en taille  réelle,
toi debout, toi assis,
et parfois  tourner la tête,
pour que les gens
puissent  se regarder,
se mettre en couleurs,
s’échanger quelques paroles,
en bulles phylactères,
animer un bras, un torse,
puis les jambes  ….
L’habit qu’on a choisi,
ne fait pas son moine   ;
D’ailleurs il n’y
en a pas   ( de moines)
chacun alors,
sort à sa manière
de son rôle, et du dessin,
devient lui-même,
sorti du regard de l’autre,
se côtoient,
les personnages
trouvant leur auteur,
décalés d’ombres chinoises,
et quelque chose de commun,
le sentiment d’appartenir,
sans doute
à une même  espèce .


RC –

nov 2014


Denis Scheubel – La vie est colorée de jambes de femmes


 

photo-cinema: Rita Hayworth

photo-cinema: Rita Hayworth

 

 

 

La vie est colorée

De jambes de femmes

Il disait

De noeuds à défaire

La vie est colorée

De jambes de femmes

Qui injectent à l’asphalte

Des rythmes affolants

Alors boire et danser

Il disait

Boire et danser

La vie est martelée

De jambes de femmes

De bas qui crissent

De bateaux qui grincent

De voix d’enfants

Qui pincent

Le coeur.

La vie est un bateau

Où tanguent les jambes de femmes

Qui grincent

Il disait

De boucles bouclées

Qui tintent à leurs oreilles

Quand elles martèlent l’asphalte

Pendant qu’on boit.

Denis Scheubl    dans   » Sex and Cities »

 

 


Sylvie Fabre G – Corps subtil


peinture: John  Singer Sargent; Peter Harrison  endormi

peinture: John Singer Sargent;       Peter Harrison endormi

Qui jugera du chemin ? Ton corps respire, une haleine l’entoure, l’autre est ce passant venu des lointains, retournant aux lointains.

Tu dois consentir, fraction du monde, multiplication des années et des êtres.

Quelle luminosité as-tu un jour connue pour ombrer la rencontre ? Tu te retournes, les traces sont là, derrière, devant, elles te précèdent toujours. Tu sens le sceau de lassitude, tes jambes tremblent quand la peur pose son caillou dans le ventre – étalon or. Sur son autel, une main presse l’attente. La parole reflue quand, jeté en pâture, solitaire, le corps s’étiole, les lèvres se pincent, il n’y a plus de pulpe autour des mots.

Qui jugera du chemin ?           Les voies de l’incarnation ont mille possibles, nous empruntons toujours l’unique, impossible.

Sylvie Fabre G., corps subtil – Editions L’Escampette, février 2009

( Un texte que je dédie particulièrement à Arthemisia )

 

 


Guy Goffette – Avant que la mort vienne


 –

Avant que la mort vienne,

écrire encore

un poème soigné,

avec de l’herbe

toute nue, un morceau

de ciel bleu et

des fleurs et des oiseaux

pour que ça bouge

.

Que rien ne pleure, surtout

pas de pluie grise,

mais des femmes légères

et qui agitent

leurs jambes font rouler

leurs lèvres rouges

sur des mots ronds qui fondent

car tout va s’effacer

la vie se perdre

Guy Goffette

-,