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Richard Brautigan – Un carnet dans la même poche que mon passeport


poème-affiche du site des ArtPenteurs

Les cinq poèmes

que j’ai écrits aujourd’hui,

ils sont dans un carnet

dans la même poche

que mon passeport. C’est

la même chose.

Richard Brautigan, Journal Japonais


Richard Brautigan – journal japonais


peinture: Dave McKean

journal japonais extrait découpé - marcelle sable extrait de poème de Richard Brautigan, "Floating Chandeliers ", traduit par Nicolas Richard in journal japonais 10/18 éd bilingue

En voiture sur l’autoroute 
entre Tokyo et Osaka

Je regarde par la vitre
à 100 kilomètres à l’heure
      (62 miles)
et j’aperçois entre les rizières
un homme à bicyclette, qui roule
avec d’infinies précautions sur un
      étroit sentier.
En quelques secondes, le voilà disparu.
Il ne reste plus que son souvenir, maintenant.
Il vient d’être transformé
en impression à l’encre
d’un souvenir à 100 kilomètres à l’heure.

Extrait de Journal japonais,

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Malgré son dégoût des voyages,Brautiganl y écrira son Journal japonais, plus recueil que journal, dans lequel il déposera ses impressions, croquées par de petits haïkus en hommage à ses poètes favoris, mais également par des poèmes plus « occidentaux ».

Assez original par sa forme de recueil, Journal japonais est aussi déstabilisant par son contenu : Les courts textes sont de petits instantanés de situations, d’impressions auxquelles il est difficile parfois de s’accrocher. Des références personnelles ponctuent les textes, les mots sont mis à nu, ils ont pour fonction première de rappeler un détail, une situation à celui qui les écrit. Les poèmes sont subtils, dépouillés et humbles, mettant en avant l’impression première du voyageur dans sa simplicité. Nul besoin de description, c’est le sentiment dans sa pureté qui est noté. C’est ce sentiment de trop, de tant qui ressort dans ce livre. Tous les sens en éveil, le voyeur s’oblige presque à se concentrer sur de petits détails qui peuvent être dits sans perdre trop de temps. On retrouve également l’impression que Brautigan se concentre pour croquer ses textes rapidement, pour ne pas perdre le fil de la vie japonaise qui continue de passer à côté de lui.

Certains poèmes ont été terminés après son retour aux États-Unis, ce qui renforce cette idée. Brautigan a pris le parti d’écrire pendant son voyage, mais pour ne rien louper, il écrit clair, il écrit juste. Droit au but. Seulement l’important ; le reste, il peut le voir et le vivre.

Citation de Jim Harrison (Légendes d’automne, Entre Chiens et Loup,

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même Richard a de la "vague" à l'âme

Richard Brautigan
extrait de l’introduction du Journal Japonais–  le suite ici…

Mon oncle Edward est mort avant sa trentième année, et il est mort indirectement à cause de la bombe que le peuple japonais a larguée sur lui et rien dans ce monde, aucun pouvoir ni aucune prière ne nous le rendra jamais. Il est mort. Il est parti pour toujours. Ceci est une bien curieuse manière d’introduire un recueil de poésie censé exprimer mon profond attachement au peuple japonais, mais je tenais à évoquer tout ceci en tant que l’une des pièces du puzzle qui m’a amené au Japon et à l’écriture de ce livre. Je souhaiterais passer en revue d’autres éléments du puzzle qui m’ont conduit au Japon à la fin du printemps 1976 et à ces poèmes. Les Japonais, je les ai détestés tout au long de la guerre. Ils m’apparaissaient comme de diaboliques créatures infra-humaines qu’il fallait détruire, de façon que la civilisation puisse s’épanouir dans la liberté et la justice pour tous. Les dessins humoristiques des journaux les montraient comme des singes à dents de lapins.

— Naturellement  ce n’est pas par  hasard, que je place cet hommage à la suite  du « roman Japonais  »  de Robert Piccamiglio, qui comme  je l’ai fait observer  dans  « Midlands 03 », connaît et apprécie R Brautigan..


Robert Piccamiglio – roman japonais


photographie : Steven Cook

 

 

 

Un autre  des  « poème-affiche » de l’écrivain et dramaturge Robert Piccamiglio

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Elle se baigne
avec dans les mains
un roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel

Et quand sa tête
est sous la surface de l’eau
le roman japonais la suit
et s’inquiète de savoir
quand elle va remonter
pour continuer à caresser
ses pages

Ensuite le roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel
lui passe sa sortie de bain
et essaye au passage
de toucher une partie
de son corps très blanc

Alors la jeune femme
une fois de plus déchire
une page de son roman japonais
qui s’en va rejoindre
dans la poubelle sous le lavabo
une de ses serviettes hygiéniques
parfumée à l’encre de chine
bleu comme le ciel

 

 

— à découvrir  aussi  ( lire ou relire), les  extraits  précédents  de  « Midlands »  et Smith & Wesson:


Richard Brautigan – « Le Silence de la langue »


photo-polaraïd   exposition à Draguignan

polaroid carton d’expo Draguignan

Richard Brautigan   c’est cet écrivain américain de la  « beat generation »,  qui  a fait toutes  sortes d’écrits et petits textes, un peu étranges,  à la façon haïku  américanisée  (  d’ailleurs  il se réfère souvent au Japon)…

« Le Silence de la langue »

Je suis assis ici maladroitement seul dans un bar avec un réalisateur de cinéma japonais très intelligent qui ne parle pas anglais ni moi le japonais.

Nous le savons les uns les autres, mais il n’y a personne ici pour faire la traduction.

Nous avons parlé auparavant.

Maintenant on fait semblant de s’intéresser à d’autres choses.

Il écoute de la musique sur le phonographe, les yeux fermés.

Je le couche sur le papier. Il est temps de rentrer à la maison. Il me quitte  le premier.

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R Brautigan  est l’auteur, entre autres  de  « Tokyo-Montana  express »,

« Sucre de pastèque »

« La pêche  à la truite en amérique »

« l’Avortement »

« Willard  et ses trophées au bowling »

« La  revanche de la pelouse »

c’est  sans  conteste  un de mes  favoris