voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “jardin

Décapiter les fleurs du jardin – ( RC )


141.jpg

Tu as tenu dans tes bras le bouquet de l’été,
Que le vent tiède a fleuri ,
et lentement ,     coupées de leurs racines,
         les têtes ont fléchi.

Tu as tenu dans tes bras ton ventre arrondi,
que l’amour a fleuri ,
mais éloigné de ses racines ,
        ton corps s’est flétri .

Il n’y a eu que sécheresse
et le froid, l’hiver
et la détresse
et la bouche amère.

Il y a un mot pour décrire
celui qui n’a plus de parents
mais il n’y en a pas pour dire
une mère perdant son enfant.

Comment interroger le destin,
quand , fleur après fleur
se perd dans le lointain
       la plus petite lueur ?

La mort était-elle dans ton sein
pour qu’ainsi, elle vienne
décapiter les fleurs du jardin
et les priver d’oxygène … ?


RC – août 2016


en liaison avec « poème à l’orphelin » de M Tsvetaieva


Bernat Manciet – Parmi ce monde aérien le crépuscule


Ulla Gmeiner 5.JPG

Image       Ulla Gmeiner

 

 

Parmi ce monde aérien le crépuscule
se fait gouffre bleu puis jardin incendié
puis lampe haute puis flambeau des infernaux
par lande et par bruyère il se cherche un repos

le voici donc mon temps de mauvaise farine
mon lit s’en va avec le soir et le marais
où trouverai-je où se meure ma destinée mauvaise?
où m’endormir en remuant sur un mauvais sommier?

souffle ou songe ton rutilant fantôme
vainement cherche aussi un lieu de refuge
aux fins d’une dernière et triste flambée

une âme comme une carafe nette un angle aigu

où puisse un ciel de neige monter et se
retirer sur une épaule vaine et proche au ciel perdu 


Mokhtar El Amraoui – Miroirs


Harrison3.jpg

 

photo: Robert ParkeHarrison

 
A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui


M2L – L’absence


DSCN9951b.jpg

photographe non identifié

 

Absence
Jardin fermé

 

Sur la terre inclinée
une amie suit
le mouvement de l’air.
Seul l’oiseau chante
le retour du jasmin
à l’horizon
du Soleil sur la terre.

Absence
senteur d’Orient

Au matin qui s’enfuit
les fleurs fanées
épousent le chagrin
d’un jardin oublié.
Le ciel ruisselle
mais les perles de pluie
ne valent pas
la douceur d’une main.

2016 ~ © M2L


Paul Farelier – La chambre est un lac de mémoire


14b2[1]

photographe non identifié

 

la chambre est un lac de mémoire
là où était le lit on n’ose pas marcher

c’était l’an dernier
les meubles
on revoit mal les meubles
vendus
ressuscites ailleurs dans .l’amnésie
de chaleurs nouvelles
mais la tenture
sale
inégalement indiscrète
le vieux destin y accroche
ses mains

près de l’interrupteur
où le couloir amorce
la contamination de l’ombre
et il y a tant de vent dehors
que l’allée déchire les basques du jardin
et tant de cris d’enfants dans l’escalier
qu’il va se dévisser

Paul FARELIER
« Syllepses n° 6 »
in « Poésie 1 » n» 75
(Éd. Saint-Germain-des-Prés)


Ile Eniger – La lampe de l’ange


art 496

 

peinture: –       artiste non identifié

 

On tombe toujours de plus haut à l’intérieur. Mon père, ma mère, où êtes-vous qui m’avez faite et abandonnée sans même le savoir. Où êtes-vous si loin si près que la compréhension fissure et fond en larmes. C’est un temps périlleux de marche sans appuis, d’existence dépouillée de ce qu’elle n’a pas. La vie est une poignée d’olives sous le pressoir des jours. La mue du temps quitte sa peau au crépuscule, que suis-je dans cette grande conversion ? La lanterne brisée du monde s’agite en tous sens. Quelque chose tremble quand vivre joue avec des allumettes. Je cherche une certitude, une seule mais qui vaille. La fleur dans le jardin en friche. La lampe de l’ange sur la nuit qui se perd. Un silence d’ombre violette quand se déchirent les anciennes écritures et leurs promesses de papier. Le souffle d’un paysan penché sur sa terre. Une trace de confiance malgré les ossuaires. Quand un mouvement d’aile corne le ciel, j’aperçois la terre rousse, les vignes noires, la pelouse tatouée de pissenlits, des abeilles tournées vers le miel. Une étonnante pluie de lumière s’attarde au portant du soir, sa blondeur éparse dit quelque chose que je connais bien, mais que je traduis mal. Le soleil reviendra, il revient toujours.

 

 

provenance lafreniere blog


Blaise Cendrars – West


Afficher l'image d'origine

sculpture non identifiée

 

 

WEST (fragment)

Le vieux savant et les deux milliardaires sont seuls sur la terrasse
Magnifique jardin
Massifs de fleurs
Ciel étoilé
Les trois vieillards demeurent silencieux prêtent l’oreille
bruit des rires et des voix joyeuses qui montent des fenêtres illuminées
Et à la chanson murmurée de la mer qui s’enchaîne au gramophone

Biaise CENDRARS


Benjamin Fondane – des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche


graffiti Mona-Lisa cf site
II y eut autrefois des choses sans musique
des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche
des étés haletants
des silences plus frais que neige
des êtres qui entraient en nous et qui sortaient
sans qu’on s’en rendît compte,
nourritures, paresses savantes, jus d’oiseaux
idiomes heureux, échanges,
de sorte qu’on était ce qui entrait en nous
parfois un cil, parfois un ange
parfois un baobab où la hache faisait
des blessures délicieuses
et quand, souvent, des femmes ou des sangsues roses
se collaient à nos corps
on éprouvait soudain la joie d’être mangé
et le délice affreux de devenir un autre.

Ces choses n’avaient ni commencement ni fin
cela ne finissait pas d’être
pas un trou, pas la moindre fissure
pas un visage lézardé !
les hommes se tenaient coude à coude, serrés,
comme pour empêcher qu’on y passe
pas une absence entre deux vagues
pas un ravin entre deux mots
pas un passage entre deux seins
lourds, gras,
et pourtant au travers de la muraille lisse
quelque chose suintait
l’écho ranci d’une fête étrange, une sueur de musique,
les gouttes d’un sang frais qui caillait aussitôt
sur la peau morte du monde.

Je n’ai jamais rien compris à ces mélanges
j’entrais et d’autres sortaient,
puis d’autres qui tournaient autour du crépuscule
ou se penchaient sur les saisons
et nul ne se doutait que ce n’était pas là
la terre ferme,
que l’océan n’était pas un jardin suspendu
j’entrais à tout instant dans la vie des autres
et j’oubliais de fermer les portes après moi
chacun portait en lui un monde doux et tendre
des coins où l’on était surpris par la douceur
je n’avais pas de nom, comment s’appelaient-ils ?

C’était si bon de ne pas avoir de figure,
si bon d’être poreux, ouvert,
qu’à l’heure de dormir chacun
se disait en rêvant : – que sera-t-elle encore
cette grande journée, sans dieu, du lendemain ?

*Benjamin Fondane


Edith Södergran – Les étoiles


Afficher l'image d'origine

 

Quand vient la nuit
Je reste sur le perron et j’écoute
Les étoiles fourmillant dans le jardin,
Et moi je reste dans l’obscurité.
Ecoute ! une étoile est tombée dans un tintement !
Ne sors pas, pieds nus, dans l’herbe ;
Mon jardin est plein d’éclats d’étoiles.

 

 

Edith SODERGRAN « Poèmes complets »


Aria – ( Comme un air d’Italie ) – ( RC )


peinture: B Gozzoli – détail-

 

 

 

C’est en franchissant les portes  des jardins,
que la vue se porte, sur les collines.
Elles se dandinent, dans une  robe chamarrée  d’ors.

On y trouve  des villages  à mi-pente
Où les maisons  s’épaulent  de leurs lignes.
Les cyprès forment une  couronne, sur les lignes  de crète.
Ce serait une  lumière, comme  celle que peint Botticielli ;

La transparence diaphane  de l’air, et le vent léger soulève les voiles de la Vénus,
La caresse du regard enchante même les parterres  de fleurs .
Les mains  se tendent  et les  bras  s’arquent en chorégraphie.

Les cloches  se répondent  de vallée en vallée .
La terre ne serait pas  comme on la voit ailleurs : blonde ou brune,
Nourrie à la tiédeur  solaire,

Presque  nourriture  à son tour ,
Elle en a le parfum, et son pesant de couleur
Qu’on retrouve  dans la robe des vins ,
Alignées dans les trattoria.

Les linges sont oriflammes en travers des rues ;
On a l’impression d’entrer de plain pied dans un tableau …
La langue italienne  est une porte ouverte  sur  sa  chanson.

Napoli ,Italy

photo Robert Schrader

photo:              Edmondo Senatore – atmosphère toscane

RC –  mai 2015

 


Cécile Odartchenko – Tour de jardin –


40756

extrait de Carnets (Les Moments littéraires, n° 26, 2ème semestre 2011).

Tour de jardin : admiration des pousses de bambous, découverte d’un petit chêne (j’avais planté un gland) et admiration de mon petit palmier.
Les feuilles en éventail ou jupe plissée, les nouvelles feuilles, se tiennent raides en faisceau au centre, c’est magnifique et égyptien, donne envie d’avoir aussi des plantes aquatiques qui ont ce port très fier et très haute couture.
Peut-être proches, parce que les tiges raides et le feuillage précieux, les ancolies doubles, violettes à gauche et rose ancien à droite, elles, ont au moins neuf rangées de pétales, des étamines jaunes au centré de cette houppette penchée vers la terre comme pour les cacher.

Mais le feuillage poilu des pavots d’Orient n’est pas en reste. Des poils dessus et dessous et chaque pointe terminée par une minuscule perle jaune.
Le bouton caché au centre est poilu aussi et ressemble à un gland de sexe masculin. Il en a la grosseur. Que de feuilles pour une seule fleur ! Pourquoi tant de poils ? Est-ce pour protéger la fleur flamboyante, une des plus grosses, des plus luxueuses, mais aussi peut-être des plus fragiles ?
Entre deux pavots, des touffes de grandes marguerites.
Les feuilles ont Pair dures et drues à l’œil, mais sont douces au toucher et bien lisses.

Elles ont un peu de poil très ras et argenté que l’on ne peut voir que sous un certain angle.
II y aura de belles touffes de marguerites un peu partout cette année. Sorties de belles plantes en automne, il y a des petites fleurs blanches que je ne connais pas encore très bien.
Des digitales un peu plus loin sont en train de monter et vont fleurir dans une ou deux semaines.

Une transformation étonnante s’est produite dans mon propre corps, occupé par cette question passionnante. Je suis tout à coup (après avoir été consulter mon dictionnaire botanique sur le divan, après avoir déterré et enterré à nouveau la graine de tamarinier, et après avoir regardé à la loupe la plantule de l’avocat) comme transformée, secouée, réveillée, plus d’impression de chaleur et de combustion lente, mais, au contraire, impression d’être oxygénée comme après la marche ou l’amour.

L’intérêt très vif, pour mes plantes, une sorte de passion qui crée une excitation passagère favorisant tous les échanges vitaux de la plante que je suis.

Étonnant vraiment !

Je respire profondément. Un très léger souffle de brise agite un peu les branches que je regarde, comme si elles me faisaient un signe de sympathie.

Photo : Lucy Kayne

Photo : Lucy Kayne


Jackie Plaetevoet – Speranza ( extrait )


vue  bord fra  arch -0465

J’espère
mais je ne suis pas sûre du tout
que tu pourras lire ces mots cependant je voulais te dire que je t’écris chaque nuit et que le temps porte l’écharpe que je t’avais offerte bleu pâle cernée d’orangé.

Sûrement tu te souviens de ce jardin où nous avions contemplé le ciel alors que Mars était de feu.

Les étoiles jouaient à changer de constellations et devant cette sarabande la nuit riait à pleins silences avec la lune sereine et pleine. Dans la demi obscurité les parfums mélangés de seringua et de pivoines s’étreignaient entre nos visages qui se cherchaient se retenaient.

 

Jackie Plaetevoet – Editions Sang d’encre –

 


Sophie Brassart – Juin au jardin bleu


 

peinture perso 2012 -  "Fly of"

peinture perso 2012 – « Fly of »  ———-( cliquer  sur l’image pour la  voir  dans  son intégralité)

 

 

 

Juin au jardin bleu
Que faire
Des morceaux de voix brisées

Habitants du ciel
Sous la branche
Jusqu’à la poussière

Lenteurs épanouies
Jusqu’à la blessure
Les laisser voler

 

( Sophie  Brassart est  poète  et plasticienne. On peut  retrouver  ses créations  alternées picturales  et poétiques,  sur  son site « grain de blé » )

 

 


Eclipse et deuil du soir – ( RC )


Bientôt,
la lune est noire,
elle porte le deuil du soir

Sur les pierres du jardin
S’allongent les ombres
de demain

La confusion du ciel
Le semis des comètes
Le pouls des planètes

Ne fera rien  de l’avenir
Que le parfum des roses
A peine  écloses

Saisies de peur
Dans la douceur des choses
Déjà de retour.

RC  – 26 Mai 2012

Soon
the moon is black,
she is in mourning of the evening

Over the garden’s stones
Shadows are getting longer
from tomorrow

The confusion of the sky
The seedling of comets
The pulse of the planets

Will do nothing with the future
Just the scent of roses
Newly hatched

Seized of fear
In the sweetness of things
Back already.


Esther Tellermann – Avant


 

dessin-peinture:     Cy Twombly                – sans titre 1972

 

Avant
nos paupières cerclées
nos narines
peintes
Etions-nous flétris
ou reposés
Brûlions-nous les signes
nos façons de tendre
bracelets jambes
taches de l’infini
Nous mourrons
avec la glaise du corps
lu
Dans la fane
et la précision du nom

Un jour encore à défaire
nos fièvres
un jour encore
pour la profondeur
des aisselles
tout le dit
les enfants retenus
les pelletées
Ne se sont pas faites
nos tiges
quand nous aurions su
Serait-ce
un jardin
Serait-ce
et j’entre
Nos dents sont fatiguées
notre dos enfle
Nulle part
ne viendrez
Nul
autre
——-

Nous aurons été lavés
par nos orages
Le ciel avait
3 couleurs
M’aviez-vous offert
avant le silence
l’aube

*

Avant
nos paupières cerclées
nos narines
peintes
Etions-nous flétris
ou reposés
Brûlions-nous les signes
nos façons de tendre
bracelets jambes
taches de l’infini

*


Jean-Pierre Duprey – le plus beau jardin


peinture:            Gustave Klimt – grand peuplier

Le plus beau jardin cache un mensonge.
Qu’est-ce donc mon dieu ces peupliers vagues,
des morts peut-être ?
Ils déchirent leurs feuilles et les collent sur la rivière.

(Jean-Pierre Duprey)

The most beautiful garden conceals a lie.
What are they, , my god, these vague poplars
Maybe some deads ?
They tear their leaves,  and sticks them upon the river.


Alain Fabre-Catalan – Où demeurent les sources


peinture: Zoran Music, paysage dalmate, gouache sur papier,1953

 

J’ai lancé ma pierre dans l’inconnu
contre les vitres de la nuit, dans le jardin des mots
plus affûtés que l’herbe sous la rosée des larmes
offertes au néant. J’ai connu la parade des corps amoureux
et caressé la vague claire qui dépose à brassée
ses paroles légères comme braise d’un feu
qui n’en finit pas de s’éteindre à l’approche des matins.

J’ai vu le dos luisant des rêves échoués comme blocs
erratiques dans le courant qui marque le passage
de la nuit au jour, sitôt dispersées les eaux profondes
du sommeil dans un flot d’images muettes.

 

Du site  « recours au poème »

 

 

– See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/alain-fabre-catalan/o%C3%B9-demeurent-les-sources#sthash.KlWO8SQe.dpuf


Nadia Tueni – Ecoute


 gravure Heinrich Campendonk, musée de  La Haye, NL


     gravure :                     Heinrich Campendonk,            musée de La Haye,   NL

Ecoute,
toi dont la voix fait de grands gestes
et dont les bras sont chant d’oiseau, écoute:
la ville blanche est un tombeau.
Ne crains ni le soir ni l’ennui,
tous deux ouvrent sur un jardin.
Ne crains ni l’amour ni la nuit,
la mort est un chariot faisant route vers l’est,
la vie n’est que la vie, simple abri du regard.
Ecoute.
Il y a sur ton ombre des chemins de quiétude.
Absolue.

 

.

NADIA  TUENI


Aveuglé par les étés – ( RC )


éruption solaire – photo Nasa

 

Le soleil est si grand,
Qu’il tendra ses bras,
Et si à midi je meurs,
Ce sera bien au chaud,
Je lui rendrai ma vie,
J’oublierai la misère,
Ses jardins desséchés,
Et les côtés sombres,
Qui tentent d’échapper,
A la coulée de lumière,
Mais le soleil est    si grand,
Que ,    de la terre rebelle,
Il ne fera s’il le veut,
–   Qu’une bouchée,   mais
Je ne serai plus là,
Pour le voir,
>     Aveuglé par les étés.

 

RC

(texte inspiré par un poème  de Béa Tristan  « le soleil » )

 


Les plantes trichent, pendant mon absence ( RC )


photo terre d’aventure


Si c’est le retour,
Qui ramène au seuil du familier
En oubliant les distances, pliées,
Et tous les carrefours
de la chance
Je ramène du fond de mes poches
Des souvenirs qui ricochent
La lumière de mon jardin d’enfance

Mais que s’est-il passé ?
Est-ce mon  passé qui me hante,
La poussée des plantes
Et les troncs enlacés ?
Tout est devenu gris,
Et je ne vois plus ici,
Qu’un domaine  rétréci,
Hostile et rabougri…

J’ai dû sûrement m’endormir
Quelques instants
Et quitter mon regard  d’enfant,
Parti pour ne plus revenir.
Il s’est formé un toit végétal,
Qui , toujours  , prolifère,
Et dont la crinière,
Sûrement,           s’étale .

Les plantes  trichent,
Pendant mon absence,
Et confisquent sans décence,
Une lumière, déjà chiche.
Des pousses qu’elles  croisent,
Inquisitrices.
Elles envahissent tout, et tissent
Et s’ étendent, sournoises,

Une rangée  d’acacias agressifs
Se sont étalés,
Et barre l’accès de l’allée,
Alignement combattif –
Les amas de feuilles,
Cachant les  épines
Intentions assassines,
Devant la pergola, au seuil.

Devant tous ces branchages,
Où se multiplient leurs élans,
Il me faut élaborer un plan,
Passant par l’arrachage,
Déclarer la guerre ouverte
Affûter les  couteaux,
Enfin, tout ce qu’il faut,
Contre la marée verte,

Tirant le moindre parti
De l’humidité,
Nocturnes festivités,
Pour le bénéfice des orties.
Ainsi se resserre,
La chaîne ombreuse
Aux menées doucereuses,
Qui s’accélèrent.

Tels du python les anneaux
Etouffant la victime
D’une étreinte intime
Menant au tombeau ;
Lente agonie
De l’espace,
N’ayant plus de place,
Et plus d’harmonie.

S’envahissant elle-même, la nature
Se rit du malheur des autres
Lorsqu’elle se vautre
Dans la luxure  :
L’arbre se développe plus,
Lorsqu’on sacrifie celui
Duquel il est voisin, et lui nuit.
Si ses racines le sucent.

Il a fallu couper et trancher,
Et qu’ainsi l’on amasse
Des bosquets les plus coriaces
Pour constituer le bûcher,
Eliminer les plantes vivaces,
De celles qui poussent
Comme brousse
Pour qu’enfin l’on passe…

Si je ratisse les clairières,
En créant de grands tas,
De feuilles, les amas,
Traces de bataille après la guerre,
…          Joue de l’allumette,
Après les lames
Et donne de la flamme
Avant la retraite…

>         Plus tard, étant revenu
Et me suis fait surprendre
Par des pousses tendres
Paraissant saugrenues ,
Encore toutes timides
Au milieu des cendres
Et semblant m’attendre  :
>     La nature a horreur du vide…

Avoir joué au pyromane,
Livré combat à la nature,
Permis les échancrures
Arraché les lianes
Le parfum vénéneux des heures,
Et la sève répandue,
A été rendue,
Remontant sans heurts

Il n’y a pas de victoire
Que celle éphémère,
Et,              le goût amer,
La potion    du ciboire,
Victorieuses de certitudes,
Les tiges m’auront dépassé,
Tout sera à recommencer,
Foisonnement et plénitude…

Si je me détourne du jardin d’enfance,
–    Et  que ma mémoire affaiblie,
La porte en oubli,
>          J’aurai cette béance,
Unie à ces années,
Des décennies bercées
Que l’on a traversées
…… Et qui se sont fanées.

RC  – 21 août 2013


Nimrod Bena Djangrang – le cri de l’oiseau


Nimrod Bena Djangrang (auteur né en 1959, au Tchad)

 

 

peinture: P Picasso - sans titre 01-1939
peinture: P Picasso –     sans titre        01-1939

“The Cry of the Bird”

(for Daniel Bourdanné)

.

I wanted to be overcome with silence

I abandoned the woman I love

I closed myself to the bird of hope

That invited me to climb the branches

Of the tree, my double

I created havoc in the space of my garden

I opened up my lands

I found the air that circulates between the panes

Pleasant. I was happy

To be my life’s witch doctor

When the evening rolled out its ghosts

The bird in me awoke again

Its cry spread anguish

In the heart of my kingdom.

.     .     .

“Le Cri de l’Oiseau”

(à Daniel Bourdanné)

.

J’ai voulu m’enivrer de silence

J’ai délaissé la femme aimée

Je me suis fermé à l’oiseau de l’espoir

Qui m’invitait à gravir les branches

De l’arbre, mon double

J’ai saccagé l’espace de mon jardin

J’ai ouvert mes terroirs

J’ai trouvé agréable l’air qui circule

Entre les vitres.  Je me suis réjoui

D’être le sorcier de ma vie

Alors que le soir déroulait ses spectres

L’oiseau en moi de nouveau s’est éveillé

Son cri diffusait l’angoisse

Au sein de mon royaume.

 

 

.     .     .

 


Jean-Baptiste Tati-Loutard – la mer n’est plus notre tombe


 

La Mer n’est plus notre tombe,
C’est notre sarcophage antique,
Notre relique,
Ensevelie sous quatre cents ans de sables
Et recouverte de toutes les peaux du ciel
Jamais vues.
Regarde ! les étoiles sont nues
Dans le lit bleu de la nuit
On voit bien leur sexe de lumière ;
Et la lune qui se lève à l’horizon,
Sent toutes les roses du jardin colonial.

 


Raymond Penblanc – Comme sur la photo


photographe non identifié: rencontres  d'Arles  2012

photographe non identifié:            rencontres d’Arles 2012

 

( extrait de  parution  de la revue « Secousse « , n°9 )

Comme sur la photo    Je vois bien qu’elle me reproche quelque chose, sans parvenir à saisir ce qu’elle dit.

D’après le dessin de ses lèvres il pourrait s’agir de « je », ou alors du « ch » de « chéri », qui n’est pourtant pas un mot de son répertoire. Qu’est-ce que ce mot viendrait faire ici d’ailleurs, surtout si c’est à moi qu’elle s’adresse ? Ses petits chéris sont debout à côté d’elle, Violaine sur sa gauche, Paul sur sa droite. Entre eux et moi il y a ce large parterre de fleurs qu’il faudrait que je franchisse pour pouvoir les rejoindre. Elle ne devrait pas être irritée contre moi. Non seulement je n’ai pas piétiné ses fleurs, mais je n’ai toujours pas bougé. Et si c’était mon immobilité qu’elle me reprochait ? En principe je devrais me trouver avec eux, mais où exactement ? Sur sa droite ou sur sa gauche ? Sur sa droite bien sûr, ça équilibrerait, Paul rejoignant Violaine sur sa gauche. Violaine, revêtue de cette petite robe claire qui lui va si bien, tenant glorieusement sa petite ombrelle de papier crépon dans ses deux mains, Paul toujours très raide, avec ses cheveux blonds toujours aussi sagement peignés,

séparés par cette immuable raie à gauche, qui est également le côté où il cligne de l’œil, clignement qui lui tire la pommette vers le haut en le faisant grimacer.

Il ne dit rien, ni Violaine non plus. Il n’y a qu’elle qui parle, dont la lèvre inférieure, légèrement retroussée semble exprimer une petite moue de réprobation. Il ne peut donc s’agir d’un « ch », mais plus vraisemblablement d’un « u », ce qui me laisse à nouveau perplexe, car je ne vois pas quelle phrase s’adressant à moi pourrait commencer par un « u ». Est-ce à moi qu’elle s’adresse d’ailleurs, et pas plutôt à Violaine et à Paul ? Et pour leur dire quoi ? Qu’ils ont beaucoup de chance de se trouver du côté où ils se trouvent, et pas de celui où je me situe, moi, comme dans un autre monde, étrange, obscur, incertain, et dangereux surtout. « Voyez », tel est sûrement le mot qu’elle prononce. « Voyez », insiste-t-elle, sans trop appuyer, (il ne faudrait surtout pas les effrayer.)

Elle ne sait comment disposer ses mains, qu’elle laisse retomber maladroitement, une sur chaque hanche, le long de cette robe d’été que je me rappelle lui avoir toujours vue. Une robe blanche à fleurs bleues, serrée à la taille par une ceinture de même couleur et ornée des mêmes motifs, qui lui descend assez bas, juste au-dessus des chevilles. Son bras droit m’apparaît plus détaché du corps que le gauche, signe qu’elle pourrait s’en être servie pour me désigner à Violaine et à Paul, avant qu’eux-mêmes me découvrent à travers cette pénombre qui recouvre progressivement le jardin, de mon côté du moins, alors que ça ne devrait pas être le cas du leur, car je les distingue parfaitement dans cette lumière presque irréelle qui pourrait laisser croire que c’est encore le matin pour eux, et sans doute aussi l’été. Cependant il y a quelque chose qui me gêne.

Est-ce le sourire de Violaine, cette façon nunuche de brandir sa petite ombrelle de geisha ? Est-ce la raideur de Paul à la raie trop sage, cette tension qui lui tire sur la joue comme s’il me faisait de l’œil ? Leur sourire n’en est pas un, c’est une grimace de circonstance, celle qu’on s’inflige en présence des morts, cet affreux sourire que les vivants accrochent à leurs visages compassés, y compris les enfants dès lors qu’on les y oblige, ce sourire qu’ils adressent aux grandes personnes devant lesquelles on les force à s’incliner.

Pour Violaine et pour Paul je suis un grand, je suis l’aîné. Celui qui s’est séparé d’eux très tôt, qui est parti, dont ils ont entendu parler de loin en loin et toujours à demi-mots, comme d’un étranger, comme d’un malade aussi, qui reviendra peut-être, quand devenus grands eux-mêmes ils auront perdu, elle ses préciosités de petite fille, lui ses raideurs de petit garçon mal dans sa peau. Ils doivent sûrement me reconnaître. Je n’ai pas tellement changé. J’ai juste un peu moins de couleur sur les joues, et mon visage doit être terriblement figé.

Cependant mes yeux sont encore bien ouverts puisque je les vois. Eux attendent sans doute que je me manifeste par un mot, ou par un geste qui contribuerait à détendre l’atmosphère. Ils espèrent ça de moi, et elle aussi, qui ne peut accepter de les avoir préparés à me découvrir couché sur ce lit si je ne m’explique pas un peu. Certes, ils ont très peur. Pourtant ils savent déjà, ils connaissent mon secret.

C’est pour ça que Violaine a apporté son ombrelle, et c’est pour ça que Paul est resté tête nue, sans sa casquette, et qu’il cligne de l’œil. Comme sur la photo. En tout cas c’est ainsi que je me souviens d’eux, et pour cause, c’était toujours moi qui les photographiais.

Se couvrir la tête dans des circonstances comme celles-ci ne se fait pas, même à cet âge. Elle les a bien dressés. Elle leur a certainement recommandé de ne pas s’agiter, de ne pas bâiller, de ne pas soupirer, de ne pas sangloter. Et ils ne devront pas se sauver non plus. Mais voilà que tout se précipite et que je cesse brusquement de les voir. Des pas, nombreux, résonnent en se dirigeant vers moi.

Je me croyais pourtant en sécurité ici, au cœur de ce jardin, dont je me serais bien gardé de fouler l’herbe, de piétiner les fleurs. Quelqu’un vient de fermer un rideau sur mon côté droit, tandis qu’on en ouvrait un autre sur mon côté gauche. Le bruit de fleurs écrasées proviendrait-il donc de là ? En tout cas il m’apparaît brutal. Moins que cette lumière qui m’aveugle à présent, avant même que j’aie eu le réflexe de me plaquer les mains devant les yeux.

En un instant je suis emporté. Je sens que le mouvement du chariot se transmet à tout mon corps. Puis la voix retentit. « Préparez le bloc. C’est pour un lavage d’estomac. »

photographe  non identifié

photographe non identifié

Raymond Penblanc a publié 3 romans aux Presses de la Renaissance et publie aujourd’hui des nouvelles, essentiellement dans la Revue des Ressources et aux Éditions de l’Abat-Jour ainsi que dans des revues (Brèves, l’Ampoule, Népenthès, Le Livre à Disparaître, La Femelle du Requin)


Prisonnière dans sa petite boîte ( RC )


objet:           luminaire en crâne:          galerie.alittlemarket.com

Prisonnière  dans  sa petite  boîte,
Que parcourent  pourtant les vents  de folie
Les  délires ,              et les pensées  qui basculent
Quand sont closes ,      les fenêtres  sur le monde,

Et d’abord les sens, qui nous touchent du doigt,
Par l’atmosphère moite du jardin,
Les sons menus des insectes  et des oiseaux,
Et la lumière,            qui se déplace et rebondit,

Un peu partout,  au gré  de la liberté,
Des saisons,                        qui ignorent la raison,
Cette  lumière  qui nous  saisit,        en couleurs
Dès qu’on ouvre les yeux,

Une première fenêtre ouverte,      sur le monde

RC-  6 juin 2013


Eclipse et deuil du soir ( RC )


 

 

 

Bientôt,
la lune est noire,
elle porte le deuil du soir

Sur les pierres du jardin
S’allongent les ombres
de demain

La confusion du ciel
Le semis des comètes
Le pouls des planètes

Ne fera rien  de l’avenir
Que le parfum des roses
A peine  écloses

Saisies de peur
Dans la douceur des choses
Déjà de retour.

RC  – 26 Mai 2012

Soon
the moon is black,
she is in mourning of the evening

Over the garden’s stones
Shadows are getting longer
from tomorrow

The confusion of the sky
The seedling of comets
The pulse of the planets

Will do nothing with the future
Just the scent of roses
Newly hatched

Seized of fear
In the sweetness of things
Back already.