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André Henry – ce n’était pas assez


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Ils vous ont enlevé vos couteaux, vos lacets,
Vos maisons, vos jardins.

Ce n’était pas assez.

Ils vous ont poursuivis, ils vous ont pourchassés,
Sur vos mains, sur vos pieds,
leurs yeux se sont posés
Pour guetter le non-sens.

Ce n’était pas assez.

Ils ont fermé sur vous
les portes successives.

Ce n’était pas assez.

Vous preniez trop d’espace,
Ils entendaient vos voix, ils entendaient vos pas.
Ils ont poussé sur vous l’ombre
Et les murs
Qu’ils vous avaient laissés.

Ce n’était pas assez.

Ils auraient bien voulu murer vos cris, vos yeux.
Ils auraient bien voulu que vous disparaissiez. 


Rainer Maria Rilke – Automne


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Les feuilles tombent, tombent comme si au loin
se fanaient dans le ciel de lointains jardins ;
elles tombent avec des gestes qui se refusent.

Et dans les nuits la lourde terre tombe
de toutes les étoiles, dans la solitude.

Nous tombons tous. Cette main tombe.
Et vois, cette chute est dans toutes les autres mains.

Et pourtant il y en a  Un qui retient dans sa main,
cette chute délicatement, éternellement.

*

Herbst

Die Blätter fallen, fallen wie von weit,
als welkten in den Himmeln ferne Gärten;
sie fallen mit verneinender Gebärde.

Und in den Nächten fällt die schwere Erde
aus allen Sternen in die Einsamkeit.

Wir alle fallen. Diese Hand da fällt.
Und sieh dir andre an: es ist in allen.

Und doch ist Einer, welcher dieses Fallen
unendlich sanft in seinen Händen hält.

*

The leaves are falling, falling as if from far up,
as if orchards were dying high in space.
Each leaf falls as if it were motioning « no. »

And tonight the heavy earth is falling
away from all other stars in the loneliness.

We’re all falling. This hand here is falling.
And look at the other one. It’s in them all.

And yet there is Someone, whose hands
infinitely calm, holding up all this falling.

Rainer Maria Rilke  –       Le livre d’images        (Das Buch der Bilder)


Bernat Manciet – Sonets – XIV


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XIV

Toi qui m’es songe plus même que songe
lorsque te tresses en lierre dans mon sommeil
l’éclairant de grappes noires
songeur de mille songes souples

m’acheminant aux sentiers sûrs du somme
plus ils se démêlent et plus je m’y élance
plus ils s’assombrissent et plus je m’enflamme
jusqu’à l’étreinte en resplendissant rien

d’écarts de fuites tu me réconfortes
tu m’es le vent qui se meurt aux jardins
un Etranger qui fonde ma maison

car plus solide que pierre de taille
plus sûr qu’en juin le grand soleil
le mal de toi qui dort dans ma poitrine.

 

 

Bernat Manciet  est un auteur occitan, natif des Landes,  ce texte  est  extrait d’un recueil appelé « Sonets »…

d’autres infos  sur ce poète, sur poezibao


Guillermo Carnero – Crayon du temps


 

 

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Mais pourquoi n’usez-vous pas d’un moyen plus fort,
Pour mener guerre au temps, ce tyran sanguinaire,
Et vous fortifier jusqu’en votre déclin
D’un plus fécond secours que mes vers inféconds ?

Vous voici au zenith de vos heures heureuses,
Et les vierges jardins, incultivés, ne manquant pas,
Dont la vertu voudrait tant porter vos vivantes fleurs,
Mieux qu’un portrait de vous, fait à votre image.

Ce trait de l’existence, ainsi tiendrait en vie,
Ce qu’un crayon du temps ou ma plume écolière
Ne savent maintenir de vous sous les regards humains :
La beauté du dedans, et celle du dehors.

Vous donner hors de vous à jamais vous conserve ;
Portraituré par votre exquis talent, vous aurez vie.


Le sablier – ( RC )


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Se réveillent les eaux sourdes, en profondeur,

Devant chaque feuille morte et chaque crépuscule.

Il y a une tempête,

mais l’espace est clair, tout autour…

 

c’est juste qu’elle est en toi

et vrille une partie de conscience,

sous la mélodie grinçante

d’un vent de sable,

dont les grains s’infiltrent

jusque dans les jardins calmes,

pour envahir l’espace.

 

Au coeur de cette tempête,

il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune.

Il te faut affronter

le chemin des abîmes,

jusqu’à inventer la lumière.

 

C’est bien après que la rage du vent

soit retombée,

qu’on retrouve ses repères,

et qu’on peut rouvrir les yeux.

 

Le temps se cristallise,

comme s’est écoulé

celui qui est décompté.

De l’intérieur du sablier.

 

RC  dec 2015


Thomas Pontillo – Dans la nuit ( extrait de Incantations )


gravure: Jean Bilquin

gravure: Jean Bilquin

Dans la nuit qu’aucun passant n’arraisonne,
vivre est déjà un chien errant,
parmi les roses de la colère
quelques visages s’ouvrent à l’éblouissant chaos.

Dans la nuit qu’aucun mot n’interroge,
j’entends mes jardins d’enfance écarter l’hiver de leurs branches,
mais où vont nos amis perdus,
vers quelles contrées, pour quel tourment ?

Dans la nuit qu’aucun arbre ne console
il y a un homme agenouillé dans ses paroles,
il mêle le passé au présent et c’est toujours
le même orage à ses tempes.


Une barque sur l’océan, que j’habite au reflet des étoiles (RC )


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Une barque                    sur l’océan,
Que j’habite au reflet des étoiles,
Bercées               par les heures diluées,
Lorsqu’ aucun vent ne gonfle les voiles.

L’avenir serait en ces îles
Posées sur la brume,   dos d’espadon
Qu’un parcours immobile
Détache de l’horizon.

Orphelines d’une terre noire,
Ayant perdu sa mémoire,
Ou peut-être encore si loin,
Qu’on en oublie ses jardins.

Tant de liquide, au gré de l’immense
Si je fais du sur-place
Amplifie,      de conscience,      ta distance
L’esprit noyé,                   de trop d’espace,

Le baiser des pensées s’accompagne,
Des hasards        de l’existence,
Quand         jamais ne s’éloigne,
L’ombre                  de ta présence.


RC  – 5 août 2013


James Sacré – l’arbre aux coings


Soudain cet arbre très loin

Pourtant comme un coeur avec ses coings

Pelucheux gros je m’en souviens

Un arbre qui est l’odeur dans la nuit foin

Resté dans les buissons d’une enfance au loin

Jardins abandonnées, maisons soins

Que      soudain le froid solitude branlée coing

Dans les mains le coeur défait presque rien .

extrait de « Affaires d’écriture »             (Ancrits divers) : ed  Tarabuste


Lettre habillée ( RC )


enveloppe mail-art
Un souffle de vent
Et les petits papiers  s’envolent
C’est une lettre,        qui prend en chemin
Des détours                              fantaisistes
A parcourir monts et vallées
Pour aller                          repeindre
Des jardins ensoleillés
Aux yeux  de l’écriture
                     De la lettre habillée
Des couleurs de fête
Et de coeurs qui s’ouvrent
–  et j’ai envoyé mes mots
Poussés vers l’avant
Des dits qui rigolent
C’est une lettre, que l’on prend dans la main
Des écrits ,               qui consistent
En deux strophes  avalées
Et qui vont atteindre
Des lieux  éloignés
Parcourus d’eau pure
                       – les yeux  émerveillés
Les poèmes en tête
Aux lignes qui se recourbent
……………….Comme des escargots.
RC –   17 novembre 2012

Brigitte Tosi – Les mains griffées


gravure main colossale 1835-        Monuments d’Egypte et de Nubie

 

 

 

 

Les mains griffées

 

De tous ces mots, là-bas, jetés au bord du monde,

Du verbe inachevé au point figé du bleu,

Du rêve inabouti noyé dans l’eau dormante,

Ne restent que nos mains emprisonnées de ronces

Gravant l’espoir aux murs de nos jardins secrets.

 

© B. Tosi