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Joseph Brodsky – un fantôme avait vécu ici


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J’ai jeté mes bras autour de ces épaules, regardant
Ce qui a émergé derrière ce dos,
Et vis une chaise poussée légèrement en avant,
Se fondant maintenant avec le mur illumimé.
La lampe semblait trop éblouissante pour montrer
à leur avantage le mobilier défectueux ,
Et c’est pourquoi un canapé en cuir marron
Brillait d’une sorte de jaune dans un coin.
La table avait l’air nue, le parquet brillant,
Le poêle assez sombre, et dans un cadre poussiéreux
Un paysage n’a pas bougé. Seul le buffet
M’a semblé avoir quelque animation.
Mais une mite tourna autour de la pièce,
m’arrêtant du regard
Et si, à un moment donné, un fantôme avait vécu ici,
Il était parti, abandonnant cette maison.

  • titre original:  mes bras autour de ces épaules

( tentative de traduction,: RC )

 

I threw my arms about those shoulders, glancing
at what emerged behind that back,
and saw a chair pushed slightly forward,
merging now with the lighted wall.
The lamp glared too bright to show
the shabby furniture to some advantage,
and that is why sofa of brown leather
shone a sort of yellow in a corner.
The table looked bare, the parquet glossy,
the stove quite dark, and in a dusty frame
a landscape did not stir. Only the sideboard
seemed to me to have some animation.
But a moth flitted round the room,
causing my arrested glance to shift;
and if at any time a ghost had lived here,
he now was gone, abandoning this house.

Joseph Brodsky


Le tout orchestré, dans quelques centimètres carrés – ( RC )


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peinture :  détail de peinture  1992    RC

 

 

Un peu de peinture frottée,
quelques touches posées,
         et que sourde la lumière
inventée par la mer,
et les ors se répandent
jusque dans les lavandes :

tu as rêvé d’un soleil
traversant le sommeil
de la toile :
le chuchotement des étoiles
émergeant peu à peu
de tout ce bleu :
la grande épure
des blés mûrs :

Le grand accord
donné à leurs ors .
La mer jaune des mimosas
et des champs de colza ,
la chanson secrète
          – les couleurs de la palette –
qui, sous l’été, crépitent
         – un espace sans limite –
( le tout orchestré
dans quelques centimètres carrés )


RC – mai 2017


Jean Creuze – écorces (1 )


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Écorces

Lier les mots qui se fabriquent dans la forge de notre
tête.
En faire vivre certains
commettre le meurtre d’autres.
Chauffer, taper, tordre au rouge le fer.
Chuchoter enfin ce qui nous habite
pour l’ultime tentative de la parole.
Des paroles données.
Silencieusement pointe la respiration.
Pulsation qui donne la vie.
Le soufflet active le feu
le mot juste jaillit
transforme nos corps et nos âmes
comme le travail acharné du forgeron
sur l’enclume transforme le métal.

Allongé sur le sol
sous le ciel bleu azur
beauté de l’oiseau dans les airs,
herbes folles dans le vent,
souveraineté des arbres.
Danse de l’univers présent
dans les vibrations lentes du jour qui passe.
Vols d’insectes éphémères,
parfums de fleurs,
odeurs d’humus,
chants de grillons,
craquements d’écorces.
Des forces de l’intérieur s’énervent.
Chasser les ombres du visage
pour s’enluminer-
Nouvelle peau.
La vague passe, se calme, s’anéantit.
Temps suspendu,
le corps flotte.
Soleil rouge,
sensation d’inachèvement
et caresse des ombres :
sa majesté la nuit approche.
Cortège d’étoiles,
respiration douce,
j’affronte l’inconnu,
clignements de cils,
goutte d’éther.
La figue éclate a force de mûrissement au soleil de l’été.
La terre grasse s »enfonce
sous les pas .l’automne est là, avec son humeur faite de rosée
de rafales de vent, de pluie froide.
Des hommes harassés, avinés, burinés, dépités, rendus sont là au coin de la rue,
attendent, rejetés du monde, comme de vieilles eaux usées auxquelles on aurait retiré toutes forces.

Dans ma tête un grand silence.
Tombés par terre, abandonnés,
résignés, abattus, esclaves.
Quels bourreaux? Comment faire?
L’alcool comme seul compagnon.
Idées vagues, brouillées,
délire, obsession, mensonges,
mal de tête,
perte de mémoire.
Oublier son histoire,
nier sa vie,
sacrifier son être.
Que faire avant l’hiver,
avant que le froid ne vous emporte?
Compagnon misère.
Le ciel est clair aujourd’hui, un vent frais se lève et fait
Frissonner les feuilles dans les arbres.
Quelques pensées me tapent le front, et s’évanouissent aussitôt.
Pour laisser le vide.

Le trou noir.
Ce noir si plein que l’on n’attend jamais.
Et pourtant, c’est le rien que l’on redoutait tant.
Il est là, accompagné de son malaise.
On ferme les yeux pour regarder à l’intérieur.
Dans un ultime effort encore.
Le noir toujours.
ça se dissipe.
Le rouge apparaît,
puis le jaune lumière
des éclats de blanc dans le rouge,
du bleu chartreuse,
du vert émeraude. qui coule de mes yeux ?
Serait-ce de la peinture

Les feuilles se remettent à tinter dans le vent et cette
musique douce emporte mes pensées.


Nathalie Bardou – L’empreinte jaune


peinture: Mark Rothko

peinture: Mark Rothko

Une tentative de lumière   (jaune), (chez Bleu- pourpre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 » Il y a eu cette naissance

Verticale

Patine bleuie en atour

Et le germe du vent dans la demeure de papier.

Et

Chaque matin,

J’étais ainsi

A lire le monde

-que le bleu me délave

Ou que l’ocre m’engourdisse

De langues chaudes.-

Je pénètrais ce monde

Et ses éphèmères dentelles

– comme si la mémoire avait trop bu-

Et qu’il me restait

Aux chevilles, des rosées

De siècles fanés.

Les rêves nonchalants

Enroulés

Aux reflets des fenêtres absentes,

Les bras brassant

Des champs d’histoires,

J’étais au centre

Des murs brûlés

Par l’été désertique.

Si vous saviez

Comme j’ai entendu l’indigo pastel

Résister à la fissure,

S’enfoncer dans le parchemin,

Ce rouleau des nuits

Qui soupèse le soir

Ou même l’espoir.

L’empreinte pigmentée,

Les bras en croix,

Il suffisait

D’attendre

La dilution des racines

Sous la voute .

La brume,

L’artisanat de l’heure,

Le remue-ménage bruissant

Des moignons d’ailes.

Il suffisait

D’attendre

Le fouet du vent

Et les poings poussant les pieds.

Puis

Il y eut ce silence

Vous vous souvenez ?

Cette bouche de silence…

Et ne restât que mon empreinte

Contre la chaleur du jaune.

N.B.  Aout 2012

Nathalie Bardou qui nous dit: Très librement inspiré de la fabuleuse série  » POINTUS » de Luc BERSAUTER :http://www.facebook.com/media/set/?set=a.337148326370847.78493.139166146169067&type=3


Feuille, vent, chat ( RC ) – haïku


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feuille jaune a tournoyé

Sous la main du vent, déposée

La tête du petit chat, coiffée

RC

octobre 2011