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Jean-Claude Pirotte – la dame et le dentiste (extrait )


 

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en revanche il est vrai

que les poèmes philosophiques

ont bonne mine et que

le poète couronné

par une calvitie précoce

est nourri de soupe à l’oignon

de fromage de tête et de

cervelle d’agneau (mystique)

c’est un auteur qui ne répond jamais

au téléphone et qui dort

d’un œil de chat jusqu’à midi

or le poète va chez le dentiste il montre sa dent au dentiste elle est joliment emballée dans du papier de soie

le dentiste dit : je vois ce n’est rien mais tout de même deux précautions valent mieux qu’une nous allons procéder à la petite radiographie de contrôle est-ce douloureux ? non ce n’est pas douloureux posez-vous là tenez la dent bien droite et serrez fort voilà c’est fait, merci dit le poète de rien dit le dentiste combien je vous dois ? revenez la semaine prochaine avec votre dent on verra


Jean-Claude Pirotte – tu ne sauras jamais qui je suis


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tu ne sauras jamais qui je suis
dit l’enfant je passe mon chemin
je vais vers les prairies lointaines,
où l’herbe chante à minuit près des saules
qui pleurent car c’est ainsi
que s’ouvre à mon cœur la musique fidèle
et que le monde enfin commence à vivre
et que je commence à mourir
tu ne me verras pas vieillir
ni ne reconnaîtras mon ombre
adossée au talus là où le sentier noir
se perd dans un fouillis d’épines
et les étoiles des compagnons blancs
 
tu as beau regarder sans cesse derrière
toi comme si tu craignais l’orage
et que tu te hâtais poursuivi par l’éclair
jamais tu ne surprendras mon sourire
tendrement cruel comme celui d’un tueur triste

 

in

Veilleurs, Passage des ombres


Jean-Claude Pirotte – Blues 05 – contrée lointaine où campent nos aïeux


peinture  John Sloan   Six O'clock

peinture John Sloan Six O’clock

lorsque nous partirons

pour la contrée lointaine

où campent nos aïeux

nous aurons de quoi rire

de nos jeunes terreurs

sans faiblir nous aurons

parcouru la prairie

et nous regarderons

l’horizon se mirer

dans les sources du vent


Jean-Claude Pirotte – blues ( suite )


 

 

————————–

Je vais dormir ni ce soir,

ni demain ni jamais peut-être,

pendant que le blues est dans ma tête,

les douze temps du désespoir

Si futiles si dérisoires

Les balais sur la vieille caisse

Et les mots que la nuit tresse

et qu’inspire le soleil noir

c’est le dernier signal

l’ultime éclat de braise

on se voit disparaître

au coude du canal

et l’écluse est fermée

immobile à jamais

———-

nous avions reconnu

la péniche des morts

mais elle était au loin

si lente que la nuit

nous la perdions de vue

or chaque lendemain

elle approchait du port

désert que nous quittions


Jean-Claude Pirotte – blues 04


si tu poses ton regard

sur le pianiste noir

au fond du bouge obscur

ne le détourne pas

tu verras s’élever

des fantômes de fleurs

et des halos de lune

dans la fumée du bar

extrait du recueil   » le promenoir magique »

 


Jean-Claude Pirotte – Blues 03


peinture: Hiéronymus Bosch, la nef des fous

 

parce que je descends de l’arbre

les gens me traitent de singe

mais si je descendais du ciel

me traiteraient-ils d’ange ?

je devrais décider

de quitter les enfers

en me voyant monter

par le trou du souffleur

ils diront c’est le diable

ou peut-être l’auteur

 

 

extrait  du recueil   » le promenoir  Magique  » (  La  Table Ronde)

 


Jean-Claude Pirotte – on ignore quoi quelle attente


peinture: Soutine: route peu rassurante

 

 

on n’a jamais le temps l’hiver décoiffe ses villes au marché les petites pommes sont vieilles

il faudrait raconter à l’ami qui est loin que ce n’est pas le froid qui nous épuise

ni le poids des nuées la pauvreté soumise mais on ignore quoi quelle attente ou quel signe

entre les bouleaux nus dans le bois délabré ou dans les yeux des chiens quand ils vont au hasard


Jean-Claude Pirotte – jeunesse intouchable


 

 

 

 

extrait  du  « promenoir magique »

 

c’était la jeunesse et comme chacun je la croyais furieusement intouchable, tu ne t’inquiétais ni de Dieu ni des flammes tu portais des cravates de soie dans les rues étourdies par l’été

tu trouvais tout à fait naturel d’être enveloppé de lumière et cependant déjà sans l’avouer tu rejoignais tes premiers morts


Jean-Claude Pirotte – Blues – 02


peinture: Franz Kline: Provincetown II

 

 

 

 

tu brûles de parler encore

à ton fantôme

pour ne pas dire adieu

ce que tu dis l’éloigné

or parler de si loin

te rapproche du ciel (crois-tu)

 

mais le malheur

on l’entend dans les mots

qui ne touchent personne

c’est l’adieu des fantômes

d’on ne sait quel ailleurs

où tu n’iras jamais

 

 

extrait  du recueil   » le promenoir  Magique  » (  La  Table Ronde)


Jean-Claude Pirotte – blues 01 ( l’homme est blanc comme linge)


photographie: série des portraits "King Champion" de Brett Walker

 

 

Extrait du gros « pavé »  le recueil du « Promenoir Magique »

( paru à la Table Ronde)

 

l’homme est blanc
comme un linge
il se déplace en crabe
il a peur de son ombre
il a honte du diable
qui se démène en lui
et ronge ses méninges

l’homme est soumis
au prince du jour et des ténèbres
l’homme est un assassin
l’homme est un spadassin
qui ne dort pas la nuit
et que son âme ennuie

 

J Cl   Pirotte  s’est vu décerné  de  « prix Apollinaire  de la Poésie »

 

photo: Brett Walker -: série king Champion


Jean-Claude Pirotte – la fille, le bossu


Extrait du  « Promenoir magique »

art: pierre scandinave VIIIè siècle

 

 

 

 

 

 

à la fille qui lui dit viens

l’homme promet sa chemise

les néons luisent dans le noir

et le filet d’eau du trottoir,

le bossu qui passe en boitant

ne peut jamais se retourner

à cause de sa bosse

et puis aussi du fardeau des années
mais les bossus deviennent rares
les tout derniers sont clandestins

comme dans la chanson

si tu vois un bossu

pense à ton destin


Jean-Claude Pirotte – nourrir l’autre humain


extrait –  comme  toutes mes autres parutions  de J Cl Pirotte,  du recueil   »  le promenoir magique  »  editions  de la Table Ronde

 

 

peinture – :la fille aux cerises – attribué à Giovanni Ambrogio de Predis – Metropolitan Museum of Art – N Y C

 

 

 

une côte de porc un soupçon de romarin (souviens-toi des hautaines garrigues grises) il faut de l’argent pour la soupe

oui dans le cochon tout est bon dans les cochons sur les trottoirs est-ce que vraiment tout est bon ? il faut goûter à la cravate

et lécher le pan de chemise avale en te pinçant le nez les avanies de l’avenue tiens tes tripes à pleines mains

et quel argent pour le libraire si tu veux nourrir l’autre humain qui se dandine dans ton corps et trébuche dans ton chemin ?


Jean-Claude Pirotte – le temps c’est une perte de temps


pieuré de Pommiers ( Loire). Photo et montage persos

 

 

 

 

le temps c’est une perte de temps et la vie c’est pareil

.je n’y suis pour personne à commencer par moi-même

tant pis si la pluie chante

doucement dans la rue dans novembre

et l’aube qui ne voit rien de rien,

la pluie elle peut chanter je sais

qu’elle n’est pas une jeune fille

ni la veuve d’un dieu ni l’âme

d’une dernière nuit d’amour

 

 

——-

 

texte  extrait  du « pavé » de JCl Pirotte  ( plus de mille pages »)…    « le promenoir magique »…- – voir  l’article  de Poezibao à ce sujet…

 

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Jean-Claude Pirotte – un matin gonflé d’oiseaux


Extrait du « promenoir magique »

 
c’est un matin gonflé d’oiseaux
rien qu’à cause du
hêtre pourpre ébouriffé
qui s’est fait teindre par un figaro
décadent

le soleil safrane un haut mur qui
réverbère un carillon je
suis là et je me demande quel
autre miracle j’attends