voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “joie

Nathalie Riera – Ce que j’aime entendre d’un poème


Quelques  lignes  de notre « éditrice »,  celle  qui nous permet de découvrir  de belles  choses,  de superbes  écrits  avec ses carnets d’Eucharis  (chez Haut et fort )

—-

photo perso.. printemps 2011 - tulipe ouverte

Ce que j’aime entendre d’un poème : des notes d’air et de basalte; des désirs de disculpations, des virevoltes de danseurs; des déserts de cailloux; notes noires et blanches de nos joies.

N.Riera, Puisque beauté il y a, Lanskine, 2010

La soirée western ( RC)


Résultat de recherche d'images pour "john ford chevauchée fantastique"

Affiche : La chevauchée fantastique ( John Ford)

Derrière l’écran,           ce sont des âmes  agitées
Qui combattent, pour l’honneur,    âme habitée

C’est une histoire  de voleurs, de western
D’enlèvement,        de drapeaux  en berne

Une course à travers l’étendue         poussiéreuse
De grandes étendues,      j’aperçois les Rocheuses

Il y a des squaws,             les cailloux qui dévalent
Et qui giclent,                   sous les sabots du cheval

Le héros toujours solitaire, un peu justicier
Au regard farouche,              n’est pas policier

Combat les méchants qui sont tout autour
Et je m’accroche,        au fauteuil d’ velours

Y a l’ptit gars du coin, Qui f’rait une bévue
S’il racontait qu’ il a tout vu.

Y a l’ivrogne au bar,                            oui, c’est çui qui louche
Et l’gardien du square,     qu’est sourd comme une souche

Pendant que tout ce monde s’agite
On atteint, au drame,          la limite

Pour le dénouement heureux
( il s’en fallait de peu )…

Les bandits  s’enfuient,  c’est la débandade
On entend encore,    toute cette cavalcade

Avec le mot “fin”            la musique magique
Qu’accompagne, si bien, le beau générique

Le nom des acteurs,   qui s’inscrit en blanc
Monte lentement,             du fond de l’écran

Et aux spectateurs,   fini,   le rêve
La lumière revient, et chacun se lève

Une  fois encore,                            t’en prends plein les yeux
Mais il faut quitter la salle,                  et ses fauteuils bleus

Gardant bouts d’aventure,                  qu’on emporte en soi
Souvenirs émus,                                          c’est un peu de joie

Pour dire à d’autres,    – hier au cinéma,
J’ai vu le film, …                                           ” Sûr que t’ aimeras “

Inspiré  d’une  autre lecture,  et aussi  ( je me régale),  de la chanson  d’Arthur H  ” est-ce que  tu aimes  ?” (  avec M, justement…)


Lionel Bourg – Montagne noire


peinture : Edouard Vuillard

« Je suis né sur un sol charbonneux.

Tout était noir dans la région minière.

Les murs, la boue dans les squares, les arbres et les façades des immeubles, les eaux grumeleuses des rivières comme les fumées que crachaient les usines, l’humeur maussade des hommes rentrant chez eux le soir, la colère des femmes, les joies fiévreuses, la misère. Je poussais là discrètement.

Me promenais dans les décharges et parmi les remblais, croyant la chérir, cette terre, incapable d’envisager pourquoi de brusques répulsions se saisissaient de moi, qui m’accablaient ou me serraient la gorge.

J’errais sans but. […] »


Lionel Bourg, extrait de Montagne noire, Le Temps qu’il fait (coll. Lettres du Cabardès), 2004

texte  qui pourrait  s’associer  à un autre  du même auteur:

Vivre alors
mais vivre un peu plus loin
si ce n’est davantage vivre
entre peur et merveille
les yeux rivés
à la berge nuptiale une
main caressant les cheveux emmêlés
de son unique rêve

extrait  de  L’immensité restreinte où je vais en piétinant, Éd. La Passe du Vent, 2009

 

 

en connaître davantage  sur Lionel Bourg  ?,   c’est  avec lieux dits..

 

–.


Edoardo Sanguinetti – Ballade des femmes


 

 

 

dessin  - Audrey Flack

dessin - Audrey Flack

BALLADE DES FEMMES
« quand j’y pense, que le temps est passé,
à ces mères anciennes qui nous ont portés
et puis aux jeunes filles qui furent nos idylles
et puis aux femmes, aux filles et à ces belles filles
si je pense féminin, je pense à la joie :
que je pense masculin, je pense rabat-joie :

quand j’y pense, que le temps est venu,
à cette résistante qui a combattu,
à celle qui fut touchée, à celle qui fut blessée
à celle qui est morte et qu’on a enterrée,
si je pense féminin, je pense à la paix :
que je pense masculin, et penser ne me plaît :

quand j’y pense, que le temps retourne,
que le jour arrive et que le jour ajourne
je pense au giron qu’un ventre de femme enrobe
maison ce ventre qui porte une robe,
ce ventre une caisse qui va finir,
quand arrive le jour, on va tous dormir

parce que la femme n’est pas ciel, elle est terre
une chair bien en terre, qui refuse la guerre :
en cette terre, où je fus semé
j’ai vécu ma vie et j’ai planté,
ici je cherche la chaleur que le cœur ressent,
la longue nuit qui devient un néant

je pense féminin, si je pense à l’humain :
viens ma compagne, je te prends par la main ; »