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Une minuscule église de pierre – ( RC )


C’est quelque part,      en avant
sur une pointe de terre
juste avant de plonger dans la mer,
que les pierres affrontent le vent.

Au milieu d’elles
des hommes ont construit
cet abri contre la pluie
une toute petite chapelle

coincée entre des rochers,
infiniment solitaire,
minuscule église de pierre,
        qui semble s’être échouée

        un jour de grande marée .
Des saints que l’on a vénérés
s’y sont peut-être réfugiés
après avoir débarqué .

Ils connaissent des langues mythiques
                           surtout en Bretagne,
( elle qui fut très ancienne montagne
où abondent mégalithes ) .

Il se peut que les pierres pensent par elles-mêmes,
gardant la mémoire de contrées anciennes
et des fêtes païennes
où les dieux n’étaient pas les mêmes .

S’accommodant  d’autres coutumes,
épousant les mousses et les lierres,
ce n’est pas seulement pour les prières
mais pour combattre la brume

évoquer les diables et les sirènes
et toutes les légendes des siècles passés :
ces pierres,                         nous les avons caressées ,
et des âmes déposées, recueilli les joies et les peines .

RC – 2019


Pierre Cressant – Incendies


la mémoire a incendié le passé ; table rase de ses terres sans lendemain ;

à découvert, sous les cendres, un présent pur et clair, horizon sans fin où brillent une à une mille et une joies anciennes ;

l’image de notre amour qui tremble encore.

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entre les pages collées – (RC )


Ton texte reste hors champ,
dans la nudité du cahier
aux pages trop usées
d’avoir été feuilletées.

Tant de jours ont coulé
depuis ce soir d’hiver,
où même les joies se sont dissoutes :
l’encre a débordé, puis s’est enfuie .

Entre les pages ainsi collées,
il se pourrait
que la parole demeure, indéchiffrable:
qui saura donc la lire ?

Une tasse de café
s’est renversée,
tu as contourné les taches
avec un crayon,

ajouté de la couleur
et quelques traits ;
on ne saura jamais
ce que le carnet dit

il est muet désormais,
enfermé sur lui-même
comme un poème
dont on a oublié la chanson .


Des gestes et des ombres ( RC )


Sur le tableau de la nuit,
perforent des étoiles,
qui disent les mondes
– lointains-
propices aux imaginations

Et même les euphories,
les joies et désespoirs
déploient  en méconnaissance de cause
légèreté  et ténèbres.

C’est un esprit vulnérable,
qui se développe  aussi en corps
et voyage en solitaire
sans savoir où les gestes portent

ni qu’ils  s’engluent parfois
dans une toile  d’araignée
dont on n’a pas détecté la présence
au cœur de la nuit.

Il faut replier ses ailes
plonger dedans
– au dedans de soi-
pour trouver d’autres  étoiles

RC   – 2 avril 2013