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Jacques Lovichi – Piazzale Michelangelo


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Piazzale Michelangelo
les ombres courent sur la ville
océan des cloches
soudain
Dire juste le tremblement
cette fêlure dans la vitre
la pluie de cendres sans oubli
Un autre jour meurt.

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Jean-Michel Sananès – As-tu reçu ma carte ?


 

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photo-gravure:  A Marquet

 

Vois-tu mes pieds ont de la mémoire

ils m’ont porté, tiré, trainé rue des Petits Champs.

Désespérés, ils ont retrouvé notre troquetet une odeur de nous agrippée à la pluie

mais tu n’étais pas là mon amour.

La Seine gisait nue sous une robe d’ardoise

où cafardaient les bonheurs perdus

partout la grisaille

empierrait les anges et les moineaux

jusqu’aux confins du jour.

Le monde sans toi semble si petit

que chacun de mes pas me rapproche de l’absence

Quand les mots sont infirmes

les non-dits restent muets.

As-tu reçu ma carte ?

As-tu pensé à regarder

les trois lignes d’encre blanche

que j’ai glissées dans l’enveloppe

Juste sous le dernier silence ?

N’y as-tu pas trouvé un je t’aime qui traînait par là ?

Qu’en as-tu fait ?

L’as-tu jeté, oublié, égaré, ignoré, perdu, reconnu ?

L’as-tu agité, secoué, pour voir qui dormait dessous ?

M’auras-tu aperçu ?

Oublié, reconnu, ignoré, perdu,

écrasé, noyé sous le silence ?

M’auras-tu laissé repartir dos courbé,

Cœur serré dans ces heures

Où le vent se voûte dans le naufrage des mauvais rêves ?

Vois-tu mes pieds m’ont trainé rue des Petits Champs

mais tu n’étais pas là mon amour.

 

 

Jean-Michel Sananès


le jour peine de plus en plus à trouver son chemin- ( RC )


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Marcel Duchamp – Fresh widow   1920

 

C’est le soir,            ou bien autre chose
qui obscurcit la pièce …

– peut-être des oiseaux
porteurs d’épines ,
qui veulent
me percer les yeux.

Pour l’instant, ils ne peuvent pas rentrer
car la fenêtre est fermée,
mais peut-être bientôt
ils arriveront à passer.

Je ne peux pas sortir
de peur de les rencontrer.

Alors je dois rester enfermé ici,
seul         –        et le jour
peine    de plus en plus
à trouver son chemin .


RC – mai 207


Christian Hubin – Personne


 

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Montant vers l’absence aspirée,
qu’est-ce qui retourne

— les cimes comme des impacts de chutes,
ellipses acérées à gravir.

Silhouettes en file que la lumière pointillé
— le vent, le soir.

Surgit un lieu qu’on n’a jamais vu, et
connaît.

Touchant la corde la plus grave,
le millième de seconde où la présence finit,
le son retranché hors
du son.

Ceux qui écoutent tombent d’âme en âme,
dans l’antérieur répercuté.

Sur l’herbe le pied nu des ombres,
les volutes de la petite éternité.
C’est ici qu’on venait prédire
— une autre voix, un autre temps.

Qui veut se recueillir se perd.
Sa face première est celle des fées,
de  la lune blanche en plein jour.


Laetitia Lisa – Même loin de toi


François Laxalt  -    paysage de mur.jpg

 

photo  François Laxalt

 

même loin de toi durant des lunes
je ne te quitte jamais
car pour moi tu danses sans fin
dans les bras de la nuit
ainsi tu me reçois
jour après jour
par un chant de joie
toi mon pêcheur d’étoiles


La course de l’ombre sur l’herbe – ( RC )


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Avec la course du jour, sur l’herbe
l’ombre de l’arbre marche
à pas lents , sans l’écraser .

RC – juin 2017


Je ne sais rien du jour qui vient – ( RC )


IMG_3872_x7.jpg

 

Hier devait aussi être incertain pour nos pères .
Pour ne pas se perdre,     comme le petit Poucet,
ils ont laissé des temples aux marches de pierre,
avant d’entrer dans la courbure de la terre.

Des forêts ont pris leur essor,
leur foisonnement s’est épris du vent,
leurs racines ont fouillé le temps,
jusque aux ossements de ceux qui ont vécu .

Mille vies ne changeraient rien :
ni aux soleils et à leurs éclipses,
ni à la rosée du matin,
déposée sur les herbes

Je ne sais rien du jour qui vient.

RC – avr 2017


La mer au-dessus des nuages – ( RC )


photographie : Dalibor Stach. Sans titre

Les temps ont bien changé,
la mer est au plus haut,
juste en-dessus des nuages.
La lumière peine
à se forcer un passage
dans un ressac aérien.

Je me suis allongé sur l’herbe:
un velours noir.

Il se déroule en un grand tapis,
jusque vers les montagnes.

J’ai assisté au grand vol des sirènes,
groupées comme pour une parade,
et leur chant appuyé sur le soir,
juste avant que les vagues
n’engloutissent le jour,
et moi avec…


RC juill 2016


Beatrice Douvre – présence d’un visage


 

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Son chemin la terre jointe
Sa voix cette lampe droite
Ce qui tremble
Plus haut
Comme qui eut froid
De précéder le jour

Poids de celui qui parle
Et veut se perdre loin

Sa lumière file devant
On se souvient
D’une ombre digitale
C’est qu’une main portait
Nos lampes

Béatrice Douvre


Papier, une ombre blanche opposée à la nuit – ( RC )


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Je suis loin du pays de la connaissance.
Il est de l’autre côté du continent,
dont j’ai perdu, quelque part,
le fil :       un sentier qui pourrait m’y conduire .
Certains parlent ainsi d’inspiration …

Il y a le jour.
Mais celui-ci est caché derrière la terre.
Une moitié est soumise à l’épreuve de l’ombre.
Comme un poumon qui se relâche,
–       ce serait plutôt expiration…
Ce qui est , demeure  ;  – bien entendu – ,
mais tout est indistinct .

Je ne saurais pas reconnaître les arbres entre eux,
sans voir leur feuillage,    et le port des branches  :
Il faudrait que je tâte leurs troncs,
que je colle mon oreille sur l’écorce pour écouter leur message.
Et chacun me murmure une chose différente ,
une histoire soumise à l’épreuve des saisons,
du bois qui se tend,  gémit sous le vent,
se rompt parfois sous le poids de la neige,
résiste comme il le peut aux tempêtes
et à la morsure des flammes .

Ils ont été la patience ,         ont abandonné
des parties de corps aux tronçonneuses,
pansé malgré tout      leurs blessures,
et développé leurs cernes,
Jusqu’à digérer les barbelés,
et infiltrer leurs racines entre les fissures des rochers,
jusqu’à se nourrir des charniers
                 pour les ressusciter en âmes végétales.

Je vais me réfugier parmi eux.
J’enduirai mon corps de leur sève
et danserai dans leur chanson.

Ils me prêtent déjà,       pour écrire,
le papier qui est leur ombre portée,
une ombre blanche,    opposée à la nuit ,
et mon écriture pourra peut-être,
avec le récit retrouvé,
refaire naître d’une certaine façon,
              le jour.

RC – avr 2016


Le jour s’est échoué – ( RC )


 

Braque - barques sur la plage de l'Estaquepeinture: G Braque  – Barques  sur la plage  de l’Estaque

 

 

 

 

Le jour s’est échoué
sur la côte,
comme ces barques
ayant l’aspect de poissons morts,
couchés sur le côté  .

Si je m’approche,
c’est comme si elles respiraient encore,
           à peine,
  et le bois gonflé,
      et la peinture écaillée.

Leur corps est encore tiède
des rayons enfuis,
gonflé et tendu comme un regret,
et cela sent          le goudron,
le sel accroché aux filets .

Le jour s’est échoué
sur la côte.
Il a abandonné aussi
ses couleurs criardes,
pour se parer de soupirs.

On y lirait presque
derrière les filaments blancs
des nuages
                 des noms
comme une énigme.

De ceux
dont on a perdu les clefs du langage,
des fragments          de poèmes,
ainsi les lettres à demi effacées
des noms des bateaux.


RC – janv 2016


Marcia Wieder – Chaque jour


marcia Wieder every single day« Every single day

do something that makes your heart sing. »

« Chaque jour faites quelque chose qui fasse chanter votre cœur  »

Marcia Wieder


Je verse un peu d’huile pimentée sur le jour – ( RC )


image: montage perso 2012

image:        montage perso        2012

Bien,—-  je verse  un peu d’huile pimentée sur le jour.
Peut-être  surgira-t-il des odeurs, au soleil gris ?

J’ai ouvert  toute  grande  la porte, pour que les visiteurs
Sortent  de leurs  sentiers tracés, déposent leur casque.

Ils ont l’air  d’avoir des oeillères, placées  sur leurs  oreilles.
Ils peuvent  s’autoriser un détour,

Chercher des raccourcis sur leurs  cartes,
Oser franchir les barbelés du quotidien.

La géographie de la platitude,
Semble avoir remisé les épices

Parmi les cabinets de curiosité,
derrière  d’épais pots en verre,

La montagne même, ne semble qu’un décor
aux étiquettes vieillottes et fanées.

Je verse un peu d’huile pimentée, sur les jours fades.
Même les pizzas – pâles -, semblent avoir  peur de la couleur.


RC  oct 2014


Ile Eniger – Poivre bleu


photographe non identifié

–      photographe non identifié

 

 

Je traverse la béance du jour. La créance du vide. Les tempêtes s’agitent dans l’état d’être. Je suis l’animale inquiétude, la douceur de mémoire, le bonheur à l’instinct. Je traduis je t’aime par le mot inconnu. Il frissonne de la part manquante ou ajoutée. Je com-prends tout jour sans le connaître. Chaque lettre déclinée jusqu’à la voix des mains invente un poivre vif. Cet éternuement.

Bleu.

Toute pensée, tout geste marche en terre brûlante, lumière silencieuse, incontournable amour. Plus haut que les tiédeurs, les habitudes, loin des fioritures, du collectif, au-dessus des glaces, des feux, sans apparences ni contorsions je veux. Le simple rayonnant. Le tour de force de la bonté. Poivre bleu, le livre dira peu. J’écrirai encore.

extrait  de  « poivre bleu »


Le matin se déhanche – ( RC )


 

 

photographe  non – identifié..

 

Comme il fait encore sombre, ce matin,
La rue s’illumine de points.
Les  réverbères sur la perspective de l’avenue.
Et puis quelques fenêtres.
Dans l’une  d’elles, l’image d’une  femme qui se coiffe,
Ses bras sont en l’air,
Elle découpe sa silhouette,
Une danse  en S,
Rayée des lames  du store,
Le matin se déhanche,
En promesses de jour….

 

RC  –  nov 2014


David Ponce – Double Je


Médaille bicéphale :
Pile efface et face épile,
En duo, dos à dos.

Clignotent recto verso,
Noir puis blanc, tour à tour :
Avers buvant du jour,
Revers ivre de nuit.

Disjoints mais réunis
Versants de vie et d’hécatombe :
Côté souffle, côté tombe.

Chaque jour la pièce est lancée !
Alors, aujourd’hui, quel côté ?

 

On peut lire les textes  de David Ponce, sur  son site   » Plan sans cible », comportant  un dialogue  très réussi entre textes  et photographie..


Bassam Hajjar- une autre femme- Un autre homme


gravure: Edv Munch   1896

gravure: Edv Munch 1896

 

 

UNE AUTRE FEMME

Elle vient
pas pour s’approcher.

Nous entamons chaque journée en nous séparant
elle, je ne sais vers où
et moi pour préparer la séparation du jour suivant.

Comme si sa bouche était lointaine
et son corps, plus que je n’en supporte
plus que je ne peux.

Elle dort
pour que je voie

pour que je ferme la porte derrière moi.

A Hassan Daoud.

————-

UN AUTRE HOMME

Est-ce que tout est en train de finir ?
Ils laissent les verres et les sièges
et je reste ici tout seul
pour éteindre la lumière et dormir.

Ne se pourrait-il pas qu’ils soient derrière les portes
ou les rideaux
à attendre ?
Et que, après que j’aurai fermé les yeux,
la nuit commence en mon absence ?

 

Ces textes sont extraits  de  « Tu me survivras »

 


Marie Huot – Accepter quelque chose


 

incitation d'image  peinture  de G de Chirico, transformée par mes soins

incitation d’image;               peinture de G de Chirico, transformée par mes soins

 

 

 

 

Il faut accepter quelque chose.

Je ne sais quoi exactement.

Peut-être d’être là

de n’attendre rien de plus que d’être là à regarder le feu

à penser aux lichens de Sbarbarro.

Accepter de frémir d’un rien

et que cela remplisse une journée tout entière.

Je sais que cela peut être vrai.

Je le sens dans mon corps.

Accepter qu’il en soit toujours ainsi.

Etre une femme qui avance

avec la pensée des lichens au cœur  de son jour.

 


Ce qui reste de l’essence de la nuit – (RC )


 

 

 

 

peinture:  Paul Delvaux

                                                                           peinture:         Paul Delvaux

 

 

Au retour du sommeil,
Vite,
Attrape de quoi,
Fixer au passage,
ce ruban de mots,
Qui s’enchevêtrent,
Et n’est pas encore poème,

Avant que ce chant,
Ne se détruise,
Lorsque la conscience,
Aura repris le dessus.

L’espace entre les mots,
Amène les sensations,
Et les images la saveur,
Des couleurs encore inconnues,
Dépèche-toi de les transcrire,
Qu’elles ne restent pas prisonnières
De ta tête.

Le futur immédiat,
Fait que l’on néglige souvent,
Ces formations fragiles…
Ces boucles lovées sur elles-même
Se fanent si vite.
Dès qu’elles sont exposées,
A la lumière du jour.

Doit-on en conclure,
Qu’elles devraient
Rester proches de l’obscur
Et appartiennent à la nuit ?

C’est sans doute
Dans les corps oubliés
A eux-même,
Et proches dans l’immobilité,
D’une mort dessinée,
Que travaillent le mieux,
Les cerveaux libérés.

C’est une danse farandole ,
Au creux du repos,
Où les âmes recueillent,
Ce qui reste de l’essence des jours.
En extraire quelques gouttes,
Est toujours un exercice
D’équilibriste…

Les mots répugnent à se fixer
Sur le papier,
Regroupés en strophes.
Ils nous observent de loin,

Les prélever intacts,
Et garder leur fraîcheur,
N’est pas des plus simple.
Peut-être faut-il les laisser ,
Vagabonder à leur aise,
Si volatils.
Ils agissent à leur guise.

Et se moquent de notre quotidien
De nos détours du jour,
Pour mieux s’emballer
Dès que le noir fait son retour.
.

RC – janvier 2014


Ahmed Mehaoudi – Dire aux choses qui passent


dessin: K Kollwitz - la mort ceignant la femme  1934

dessin:              K Kollwitz –          la mort ceignant la femme 1934

te seras dans ses bras
tant de berceuses moisies
mais qu’hiver ou automne
essuient les larmes c’était jadis
que tu pleurais
jadis quand c’était de belles défaites de coeur

tu seras dans ses bras
ce que ne dit plus le temps
ni de ces rouges maisons où sifflait le merle
ni encore le blanc rossignol
levé tôt à vous chanter la complainte

ce rien dans ses bras
à poser la tête sur l’épaule qui veille
ces yeux noirs de soupirs
dans ses bras
à écouter la joie de l’aube blanchir le jour
et toi partir avant…

A M


Mireille Fargier-Caruso – Aller vers l’immense


 

photo: auteur non identifié

photo: auteur non identifié

 

 

 

 

Aller vers l’immense

Dès le lever du jour

Un impératif

Une urgence

Ces gestes qui les lient

Au delà de l’absence

Qui fondent l’essentiel

Pas à pas

 

Et puis l’odeur

Depuis toujours

Plus forte

L’odeur de terre de fruit de fleur

Couvrant celle des villes

 

L’odeur des paysages

Chaque printemps

Dans sa mémoire

 

Par-delà la poussière

La légèreté

A découvrir à colporter

L’indiscipline

 


Emily Dickinson – poème 261


image - Dina Bova

         image –           Dina Bova

Poème 261//

Je tenais un Joyau dans mes doigts –
Et me suis endormie –
Le jour était chaud, et les vents péroraient –
Je me suis dit « Il ne risque rien » –

Je m’éveillai – et blâmai mes doigts honnêtes,
La Gemme avait disparu ,
A présent, un souvenir d’Améthyste
Est tout ce qu’il me reste –

Voir le site que Lady Sil consacre  à cette grande poétesse….


Bernard Perroy – Vue sur la mer…


(  du site de Bernard Perroy, où beaucoup de ses écrits sont visibles…)

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Je me mets à genoux

devant la brise légère

qui veut me réchauffer

de l’intérieur,

.

faire renaître de leurs cendres

ces mots que la douleur entrave,

ce cœur en moi

qui ne sait plus reconnaître la flamme

ni les promesses du jour…

.

Brise légère,

apprends-moi,

de tout ce que je parcours,

cette sorte de  joie qui ne s’en va pas.

.

Bernard Perroy

.


S’il fallait que le jour confisque la nuit ( RC )


Image  ;  Jarek Kubicki

Image ; Jarek Kubicki

S’il fallait que le jour
Confisque la nuit,
Et la maintienne  close
Dans un bocal en verre ,
Il y aurait alors
Tous les rêves du monde,
Ses comètes et ses nocturnes
Que l’on ne verrait plus ,
Car nous serions bus
Par la lumière,
A tourner sans faim
Autour de la terre,
Et nous ignorerions,
Derrière le masque
Des reflets du verre,
—  Dans le bocal, l’obscurité est ,
Demeure tapie;      ….      – Elle patiente là,
Tout le temps  qu’il faudra
>         Et nous attend.

RC – 7 août 2013

photo;         Laura Mexia

 

 

–  et en accompagnement, le beau texte de Michèle Dujardin, visible  sur  Abadôn: « sortir du rêve »

 

appareillage de survie,

dernier sous-sol de l’être – on y ménage une fontaine au bord des cils –

raide et fixe le bleu garde la plaine

de l’insomnie,

et son hygiaphone humide, qui se souvient de nos paroles – nous les rend non ouvertes dans l’enveloppe de salive

ce frisson,

celui-là même qui vient aux petites filles

dès que l’on touche à la mort

et qui dure

toute la vie,

jusqu’à l’espace blanc,

où le satin matelassé de la couche

étreint les épaules –

feuille de chêne,

sa terre d’enfance éparpillée sur la bouche –

tant de fois j’ai dit : sortir du rêve – nous arracherons au rêve ce qui est aimé, l’a été, le sera – nous sortirons du somnambulisme – nous cesserons de n’être que possession, désir de possession – hantise et distraction, tâtonnement – ce vouloir craintif mais vivace, même fissuré par la maladie du doute – nous n’attendrons rien – nous laisserons venir – ce qui vient, comme ce qui ne vient pas – nous cesserons de suivre – regarderons ailleurs – prêterons aux choses l’attention qu’elles méritent : concentrée, patiente – nous fuirons les fantômes bavards, les paroles aux quatre vents aussitôt dispersées – le sommeil debout et ses musiques, ses images – ses faux-semblants – le souvenir qui nous tire en arrière – affaiblie, édentée, la nuit obéira : docile, elle se couchera à nos pieds – nous irons par le visage de la nature, obscur, fermé, réconcilier les contraires – sans trace, irrepérables : car nous saurons nous faire petits, silencieux, immobiles – dans les trous, les creux – nous saurons oublier ce que nous sommes, qui nous sommes, avons été – pour voir les pierres, leur mouvement, les voir bouger dans le flux du monde, tracer leur route

tant de fois mais le corps – puits du rêve, piège

si peu à prendre, ailleurs que dans le corps si peu apprendre – rien, si vide, si peu à choisir si peu à faire, hors le corps, si peu à dire – tant de fois les mains, ces voyages de peau aller simple ces longues courses l’exploration sans fin, cette chasse, cette quête, ce goût sans fin du corps à la bouche à perpétuité une fois goûté cette chair cette faim qui use, qui presse, où dans le tremblement de l’amoureuse fatigue, la marée des rêves bouillonne – menace de nous réduire à une ombre enfiévrée, un îlot d’absence qui tourne sur lui-même, hors temps – existence possible, la plus petite, tout petit espace possible, rétréci – le corps – mais

tant de fois j’ai dit : sortir du rêve –

mais le navire,

portant toute sa voilure vient à nous,

illuminé

d’un grand cri électrique,

plus bleu que l’effraie barbelée de pare-brise

dans le sang des phares –

vient à nous enfin, le navire,

rompant de la proue le béton des chapes –

monde flasque,

retourné contre le ventre amnésique,

visages loin de leurs baisers

sans octroi ni dédicataire

confinés dans l’indifférence

de lèvres froides,

navire les déloge, navire les délivre –

écho, froid,

temps de pauvreté

dans le chanvre et l’huile,

entre les piliers de soutènement

ce box matriculé de gris,

épiderme lacéré du sommeil

qui ne retient plus rien,

navire le délivre –

plainte qui tremble de dire le seul dire qu’elle possède,

qu’elle ne parle pas,

auquel elle n’entend rien,

qui fait juste surface

comme un sel

sur les paupières,

navire la délivre –

ceci est le navire, en son approche,

ceci est mon corps,

ceci est la nuit où que je me tourne,

et leurs images de mort

où l’on aime –

tant de fois j’ai dit : sortir du rêve, mais là, toujours, le seuil vacille, recule

le rêve tarde à tomber du corps à moins que

le corps

ne tarde à quitter ce rêve

alourdi de navire, cri et sang, corps et bouches braillant dans les langes de la mort, cet incorrigible, tout ce que fortifie la nuit avec à l’arrière un préavis de naufrage dans ces vibrations de l’espace tendu à craquer : l’incandescence du vouloir couler, extrêmement blanche, appelant vers les sables sourds, vers les madrépores des derniers paysages, pensée libre, étonnée

entre-deux,

au dernier sous-sol de l’être,

sortir est un mot difficile –

un peu de couleur,

un reste, là, qui cherche son obscurité,

fait signe

 

 

© Michèle Dujardin _ 3 juillet 2011

 


Blanche ( revue petite )


peinture: Richard Smith

peinture:   Richard Smith

 

 

 

 

J’ai vécu, Blanche, dans la fascination
des choses simples

(dans le transport
des nuages et des feuilles,
de. Peau repliée, sur l’amande de la
soif.)

J’ai mesuré le néant

dans l’absence
où l’ombre devient chair.

Tout ce temps dans mon dos
me pousse vers demain,
ma tête bleuie
sur l’épaule du jour.