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Richard Brautigan – Un carnet dans la même poche que mon passeport


poème-affiche du site des ArtPenteurs

Les cinq poèmes

que j’ai écrits aujourd’hui,

ils sont dans un carnet

dans la même poche

que mon passeport. C’est

la même chose.

Richard Brautigan, Journal Japonais


Comme dans un tableau d’Edward Hopper ( RC )


peinture: E Hopper: Western Hotel

peinture:       E Hopper: Western Hotel

Des  chaises en plastique blanches, aux pieds chromés,
Banquettes rouges plaquées le long du mur,

Lumières froides suspendues
Et un personnage à table, lisant le journal

Caché en partie par un pilier de béton
Enveloppé malgré lui, du décor anonyme

Au bar de l’aéroport, … – comme dans un tableau
D’Edward Hopper

 

RC –  22 décembre 2012

 

voir aussi l’article de Claude Esteban,  sur Hopper….


Richard Brautigan – journal japonais


peinture: Dave McKean

journal japonais extrait découpé - marcelle sable extrait de poème de Richard Brautigan, "Floating Chandeliers ", traduit par Nicolas Richard in journal japonais 10/18 éd bilingue

En voiture sur l’autoroute 
entre Tokyo et Osaka

Je regarde par la vitre
à 100 kilomètres à l’heure
      (62 miles)
et j’aperçois entre les rizières
un homme à bicyclette, qui roule
avec d’infinies précautions sur un
      étroit sentier.
En quelques secondes, le voilà disparu.
Il ne reste plus que son souvenir, maintenant.
Il vient d’être transformé
en impression à l’encre
d’un souvenir à 100 kilomètres à l’heure.

Extrait de Journal japonais,

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Malgré son dégoût des voyages,Brautiganl y écrira son Journal japonais, plus recueil que journal, dans lequel il déposera ses impressions, croquées par de petits haïkus en hommage à ses poètes favoris, mais également par des poèmes plus « occidentaux ».

Assez original par sa forme de recueil, Journal japonais est aussi déstabilisant par son contenu : Les courts textes sont de petits instantanés de situations, d’impressions auxquelles il est difficile parfois de s’accrocher. Des références personnelles ponctuent les textes, les mots sont mis à nu, ils ont pour fonction première de rappeler un détail, une situation à celui qui les écrit. Les poèmes sont subtils, dépouillés et humbles, mettant en avant l’impression première du voyageur dans sa simplicité. Nul besoin de description, c’est le sentiment dans sa pureté qui est noté. C’est ce sentiment de trop, de tant qui ressort dans ce livre. Tous les sens en éveil, le voyeur s’oblige presque à se concentrer sur de petits détails qui peuvent être dits sans perdre trop de temps. On retrouve également l’impression que Brautigan se concentre pour croquer ses textes rapidement, pour ne pas perdre le fil de la vie japonaise qui continue de passer à côté de lui.

Certains poèmes ont été terminés après son retour aux États-Unis, ce qui renforce cette idée. Brautigan a pris le parti d’écrire pendant son voyage, mais pour ne rien louper, il écrit clair, il écrit juste. Droit au but. Seulement l’important ; le reste, il peut le voir et le vivre.

Citation de Jim Harrison (Légendes d’automne, Entre Chiens et Loup,

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même Richard a de la "vague" à l'âme

Richard Brautigan
extrait de l’introduction du Journal Japonais–  le suite ici…

Mon oncle Edward est mort avant sa trentième année, et il est mort indirectement à cause de la bombe que le peuple japonais a larguée sur lui et rien dans ce monde, aucun pouvoir ni aucune prière ne nous le rendra jamais. Il est mort. Il est parti pour toujours. Ceci est une bien curieuse manière d’introduire un recueil de poésie censé exprimer mon profond attachement au peuple japonais, mais je tenais à évoquer tout ceci en tant que l’une des pièces du puzzle qui m’a amené au Japon et à l’écriture de ce livre. Je souhaiterais passer en revue d’autres éléments du puzzle qui m’ont conduit au Japon à la fin du printemps 1976 et à ces poèmes. Les Japonais, je les ai détestés tout au long de la guerre. Ils m’apparaissaient comme de diaboliques créatures infra-humaines qu’il fallait détruire, de façon que la civilisation puisse s’épanouir dans la liberté et la justice pour tous. Les dessins humoristiques des journaux les montraient comme des singes à dents de lapins.

— Naturellement  ce n’est pas par  hasard, que je place cet hommage à la suite  du « roman Japonais  »  de Robert Piccamiglio, qui comme  je l’ai fait observer  dans  « Midlands 03 », connaît et apprécie R Brautigan..