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Alexandre Rolla – Ici


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photo: Richard Ross          from                « waiting the end of the  world »

 

 

Ici à Trêlles, les choses s’allongent indéfiniment ,

il semble

que rien ne soit fini,

le rétrécissement y est inconnu

la matière vous étire malgré vous

de chaque côté de l’être

les jours et les nuits

passent des chemins

et encore d’autres

et d’autres encore .


Une palpitation ( Pont entre deux jours ) – ( RC )


 

 

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C’est ainsi que reposent les jours,
à la façon de grains  de sable .
Accumulés dans le mouvement continu du temps,
laissant parfois  leur  trace,
et éventuellement  se feuilletant
pour  qui s’en donne la peine.

On sait bien que les jours  sont  rythmés par la nuit.
et la conscience par l’oubli  :
Il faut quitter  ses activités
et aller s’enfoncer dans le sommeil.
C’est ainsi que l’existence  s’égoutte
et remplit  son sablier.

Le tapis des heures continue à se dérouler,     lentement .
On franchit cependant les frontières
entre le réel et le rêvé.
Parfois celles-ci sont poreuses.
Mais le sommeil porte parallèlement
notre propre crépuscule.

L’obscurité sans astres           est dans notre tête .
Il s’y promène des chimères et des restes diurnes,
parfois comiquement  déformés.
L’enfance se délivre des habits  d’adulte,
On navigue  dans des terres inconnues,
dans des brouillards  parfumés .

Les  désirs  y ont libre cours :
ce n’est pas une  absence
(  on voit bien que la respiration s’accélère,
que l’on se crispe  ou se détend ).
Les psys de tout ordre voudraient bien, faute de porte,
rentrer dedans par effraction

Mais comment lire
ce qui n’a qu’une  existence  éphémère,
pas de logique,
un langage propre à chacun,
et se dissout dans le matin…
au point  qu’on n’a ni certitude ni mémoire .
Et d’ailleurs, même  si
la mémoire des rêves nous fait défaut,
il ne faut chercher de la forcer, la transgresser,
ce n’est pas si important:
C’est juste un rite de passage,
un pont entre le jour et son suivant  :

une palpitation .

RC – mai 2017


Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Simone de Beauvoir – sur les pages imprimées


Fellig, Arthur (Weegee)(1899-1968) - 1960 Corner of Trafalgar Square and the Strand, London 8339766993.jpg photo : Weegee-      – Corner of Trafalgar Square and the Strand, Londres   1960 

Sur les pages imprimées,

je ne retrouve pas la trace des jours

où je les écrivis :

ni la couleur des matins et des soirs

ni les frémissements de la peur,

de l’attente,                  rien.

Pourtant, tandis que je les arrachais laborieusement au néant,

le temps se brisa, le sol bougea et je changeai. »

 

  •  extrait de  « La force de l’âge. »

 


James Joyce – Les jours ( Ulysse )


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« Toute vie est composée de beaucoup de jours, jour après jour. Nous marchons à travers nous, rencontrons des voleurs, des fantômes, des géants, des vieillards, des jeunes hommes, des épouses, des veuves, des beaux-frères. Mais toujours nous nous rencontrons nous-mêmes . »


“Every life is many days, day after day. We walk through ourselves, meeting robbers, ghosts, giants, old men, young men, wives, widows, brothers-in-love. But always meeting ourselves.”

— James Joyce, Ulysses (1922)


Le poing crispé sur les cartes – ( RC )


 

 

Tu tiens dans tes mains
Les cartes des jours,
Et disposes des atouts,
Des as et des figures.

Je ne sais encore aujourd’hui,
Ce qui compose         ton jeu.
Nous n’avons pas voyagé ensemble

Assez longtemps pour que je devine,
Quelles étaient ces cartes.
Serrées dans tes mains  closes.

On y lisait peut-être mon destin.

Tu t’es endormie des années,
Et, mon bateau abordant d’autres rivages,
Tu t’es réveillée                     sans ton image,

Oubliée quelque part,
Par inadvertance.

C’est alors que ,         desserrant ton poing,
Toujours crispé sur les cartes,
Tu t’es aperçue

Qu’elles étaient                 blanches,
Et qu’elles ne parlaient plus d’avenir.


RC  – sept  2014

 

peinture: Lukas Van Leyden


Sourd une lumière noire ( RC )


peinture: Adolph Gottlieb:       Ascension        1958

D’un tout petit point,

Encore lointain,

Sourd une lumière noire,

Elle aspire,

Dans la démesure,

De l’immensité à parcourir,

Ce qu’il y a,

Qui remplit nos yeux,

Nous dilate.

Dans ce que nous voyons,

La vie se poursuit,

( Un monde où j’habite ).

Je ne pose pas de questions,

Les vagues succèdent aux vagues,

Et les jours entre eux.

Et le corps transpire les années,

Comme en rides insensibles,

L’espace a rétréci            – un peu…

Puis, sans qu’on y prête trop attention,

Ses murs se sont rapprochés,

Et teintés de couleurs lasses…

Comme une bouche d’ombre,

Le soleil noir est visible,

« Clairement »   dirait-on,         cynique,

Et s’il boit peu à peu les choses,

  • Comme la gorge de la nuit.

S’il faut se tenir aux bords,

>      Un seul faux pas,

Et nous voilà de l’autre côté,

Chutant dans l’infini…

RC – 16 septembre 2013


Olivier Bourdelier – Les jours


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photo Yannick LeGoff
Les jours sont courts
j’ai mis dedans
ce que j’ai pu de joie
 
les jours rallongent ma bouche
les traits de mon visage tombent
mes amis ont marché pendant que je dormais
 
les jours sont courts
oh mets dedans
ce que tu peux de joie.

L’ivre ( RC )


photo: Irving Penn

Décrire le vide, à l’échelle des secondes,

et puis des heures et des jours.

Ce qui finit par tout envahir, jusqu’au bout des doigts

Du parfum et de la douceur,

Il n’en reste qu’un souvenir,

Tu finis par être spectateur d’un autre toi,

Que tu ne connais, qu’à travers l’ivre,

Et t’enveloppe, en force corrosive.

Ta chanson sort alors par un cri,

Et des regards, sur toi, le mépris,

Même le tien, sous le balancier patient

De la pendule, qui ne romp pas le silence

Et ton reflet – que vit le liquide

Absent

Au fond d’un verre ,           vide

RC –      2 avril 2013

photo Anders Petersen

A noter  que ce photographe  (  Anders Petersen) est l’auteur  de photographies, le plus souvent orientée s  sur le monde des marginaux  et de la solitude:   voir  ses  photos  sur Soho, et sur le café Lehmitz, dont je me suis procuré l’ouvrage.

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et je complète  avec un très  beau texte  de TK.Kim :  qu’elle  a bien voulu me transmettre

Il y avait dans chacune de nos gorgées des promesses infinies et des souffles d’ambroisie. Et la nostalgie de passés amblyopes que nous avions envie de connaître.

Nous étions seuls.

Seuls face à nous mêmes, seuls éperdus au milieu de vagues chanteurs de rue, à siroter des cépages improbables au noms plus exotiques que réellement Russes.

La nouvelle était là, bien réelle, danseuse fragile, presque spamée dans la corbeille, avant que je me rende compte que…Non!

Il ne fallait surtout pas la jeter. Ce mail était important. Le conserver. Répondre…

Alors, on a vidé nos verres, et nos reflet nous ont semblé plus limpides.

Le vide encore?

Oui, partout, et tant mieux, le vide jusque sous les ongles.

Le laisser.

Il sera à nous alors.

Le vin était immonde et attaquait nos lèvres enfumées.

Mais peut nous importait : la formation de  mots laissait sur nos rétines une image claire , bien plus focalisée que toute réalité face à face…

 

 


Redon – les plaisirs , les jours , les ors de Redon ( RC ) – M Proust- Arthemisia


Sans les larmes, les yeux pleins, au regard immobile, le vertige des chevaux peints, passent en demain les belles ors de Redon,

dansent, ma neige, en cercles aériens, tourbillon vertical aux ailes enlacées,

la terre se soulève aux équidés embrassés , point de quotidien qui finit, l’aventure de l’Arc en ciel,

recommence à chaque mouvement des nuées, la terre a sa chaleur d’été, les ombres sont en fumées,

dissoutes dans un bleu inventé, le goût des heures demeure        …. au temps immobile des plaisirs et des jours…

les « plaisirs et des jours » fait bien sûr référence à Marcel Proust

dont voila  l’extrait final de  « les Tuileries » …  un texte très « imagé », qui m’avait fortement marqué en tant que collégien…

photo:

Bernard Legon            Sculpture:                   Coysevox:                  allégorie de la renommée

 

Au bout de la Terrasse, un cavalier de pierre lancé sans changer de place dans un galop fou, les lèvres collées à une trompette joyeuse, incarne toute l’ardeur du Printemps.
Mais le ciel s’est assombri, il va pleuvoir. Les bassins, où nul azur ne brille plus, semblent des yeux vides de regards ou des vases pleins de larmes. L’absurde jet d’eau, fouetté par la brise, élève de plus en plus vite vers le ciel son hymne maintenant dérisoire. L’inutile douceur des lilas est d’une tristesse infinie. Et là-bas, la bride abattue, ses pieds de marbre excitant d’un mouvement immobile et furieux le galop vertigineux et fixé de son cheval, l’inconscient cavalier trompette sans fin sur le ciel noir.

le même cavalier  ( le Renommée, du sculpteur Coysevox ), par un temps différent,  montage perso

le même cavalier (  la  » Renommée »,      du sculpteur Coysevox ),    par un temps différent,                 montage perso

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et Arthemisia, dans  son post  » Finir bien« …   « me répondit »

 

https://ecritscrisdotcom.files.wordpress.com/2012/12/73a97-redon2ble2bchar2bdu2bsoleil.jpg

 peinture: – Odilon REDON  Le Char d’Apollon   Vers 1910

Ce cavalier là avait les yeux pleins. Ils repoussaient la pluie, appelaient le soleil, et même quand il s’éloigna, ils laissèrent sur la terre une couleur nouvelle, inconnue, hors de l’arc en ciel, qui donna du goût aux heures, et le courage d’aller vers soi.

Dans l’habitat du quotidien, ils offraient la force des lendemains. Des autrement.

Cela aurait pu être le début de l’histoire. Ce fut son dernier chapitre.

Il fallait bien finir.

Il fallait finir bien.

© Arthémisia – 05/2011


Le temps retrouvé (RC)


photo provenant de marc solari - (photos macro de nature,)

Point n’est besoin de mots,pour décrire
L’avril colportant ses échantillons…

Et se croisent au regard, maints papillons
Des giboulées caprices, sans les maudire

Au tic-tac du carillon sa mécanique glacée
L’été n’est pas encore là,il se laisse intimider

Réciter des poèmes, et s’en agacer
Il est , du silence, les fils à dévider

Les saisons hésitent et préparent en douce
Un souffle végétal reposé, qui repousse

Sous un ciel qui grimace et tousse,
Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Du temps retrouvé de Proust, c’est toujours
En le lisant, » les plaisirs et les jours« .

There is no need of wordsn  to describe
April peddling his samples …

Many butterflies  crosses each over, in the look’s eye
Vagaries of showers,       without cursing them

At the ticking of its mechanical iced chimes
Summer is not here yet, he has been  intimidated

Recite poems, and be annoyed with
They are, from the silence, yarns to unwind

Seasons are reluctant ,  and prepare softly
A rested vegetal breath, that re-grows

Under a sky that grimaces,  and coughs,
A rolling stone gathers no moss

Proust’s Time Refounded, it is always
Reading it  , « the pleasures and the days ».

 


Roland Dauxois: vous ne supportez pas cette ombre dans vos jours


vous ne supportez pas cette ombre dans vos jours


un texte de Roland Dauxois

Vous ne supportez pas l’ombre

vous ne supportez pas
cette ombre dans vos jours,

vous n’avez plus de jour en vous,
vos nuits se prolongent
étendent leurs territoires glacés,
votre tête est devenue fenêtre
mais les volets restent obstinéments clos
et peu à peu
tout votre être s’est mis à détester cette fenêtre
qui ne mérite plus son nom,
cette issue qui n’en est plus une.