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Sylvia Plath – Je me croyais invulnérable


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art: Raoul Ubac  –  le  combat de Penthésilé

 

Je me croyais invulnérable,
Je me croyais à tout jamais
Inaccessible à la souffrance –
Bien défendue contre la douleur intérieure,
Le tourment.
Le monde était tout illuminé de soleil de mars
Mon esprit traversé d’éclats verts et or
Mon coeur plein de joie, et pourtant si sûr
De cette douleur douce et aiguë que seule cache
La joie.
Mon esprit volait plus vite que la mouette,
Qui sillonne les hauteurs à perdre le souffle
Et de ses ailes de grand voilier
Raye l’étendue faussement bleue
Du ciel.
( Comme le coeur de l’homme doit être faible,
Un pouls qui bat, quelque chose qui tremble,
Un instrument fragile et brillant,
Un instrument de verre qui un jour chante et
Un jour pleure.)
Et brusquement le monde est devenu gris,
L’obscurité a chassé la joie.
Et il n’est resté que le vide sourd et douloureux
Que des mains inattentives avaient touché
Détruit
Mon filet tout argenté de bonheur.
Les mains se sont arrêtées, interdites,
Comme elles m’aimaient, elles ont pleuré,
Quand elles ont vu mon firmament tomber,
En lambeaux.
( Comme le coeur de l’homme doit être faible,
Un pouls qui bat, quelque chose qui tremble,
Un instrument fragile et brillant,
Un instrument de verre qui un jour chante et
Un jour pleure. )

Sylvia Plath.


Birago Diop – Sagesse


Bela Kadar - 21.jpg

peinture:  Bela Kadar

 

 

Sans souvenirs, sans désirs et sans haine

Je  retournerai au pays,

Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine

Enterrer tous mes tourments vieillis.

Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

 

Je rassemblerai les lambeaux qui restent

De ce que j’appelais jadis mon cœur

Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;

Et si tout n’est pas mort de sa douleur

J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

 

Dans le murmure infini de l’aurore

Au gré de ses quatre Vents, alentour

Je jetterai tout ce qui me dévore,

Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –

Dans le murmure infini de l’aurore  .


Citadelle de D – ( RC )


Int  sinistre  2854.JPGToutes  photos  perso  :  citadelle  désaffectée  de Daugavpils, Lettonie  oreintale

 

grille  symoles.JPG

Point de cloche ici qu’un
aujourd’hui saccagé
Pourtant la lumière s’accroche
Aux lambeaux de sinistres blocs

Qu’ailleurs on dirait bâtiments
D’ oiseaux téméraires, oublieux d’un passé
empoisonné,           pourtant s’approchent
Et les autres s’en vont.

Et viennent tisser des fils incertains
D’entre les arbres, qui lentement
Reconquièrent la place d’Armes
Etouffant soigneusement, des heures abrasives

Des symboles d’oppression
Aux réverbères géants
Jusqu’au kiosque moisi
Aux péremptoires sonneries militaires

J’écoute venir toutes les voix
Mais la musique du silence
L’extension insensible des branches
L’herbe folle          d’entre fissures

Dessine, la fragilité des choses
Et l’arrogance géométrique
Du lourd,        du laid,        des pouvoirs ,
des voix claironnantes      de l’arrogance .

Dans la Citadelle, l’ordre du cordeau
Se transforme, en « presque joyeux désordre »
Les rues défoncées, sont un chapelet
De sable et flaques réfléchissantes.

Poutrelles,       et amoncellements divers
Gravats et encadrements pourris
Occupent indécemment les lieux
Marqués par la dictature du prolétariat .

Et triste est la rue ,     où , malgré tout
La vie s’insinue , confinée
Tout près de moi
Malgré le suint des lieux

Aux rumeurs vénéneuses d’un
Passé encore proche. Et le lierre s’accroche
Aux symboles de fer ,          des canons :
On en voit plus d’un , glisser avec l’ombre

En portant la nuit, sur ses épaules
Avant, encore,         qu’on nettoie la mémoire
Comme on le ferait            du sang répandu
Sur un carrelage           – facile d’entretien.

En cours, une rénovation proprette, et des rues nettes
>            Aux sordides carcasses,         plus de traces…
Est-ce que le monde s’efface ?
Aux ensevelis,        peut-être même plus de place

Faute d’avoir les leurs, ils ont          – peut-être
Confié leur chant ,           aux oiseaux
Qui voient s’éloigner du trottoir
Les barbelés rouillés du désespoir.

ext -05 place --.jpg

la place d’armes  et ses canons dressés.


Jorge-Luis Borgès – Insomnie


f--- Arcades_O

 

photo:    montage  perso

 

Légendairement petit et lointain est désormais ce moment où les horloges versèrent un minuit absolu.
Ces six murs étroits emplis d’une éternité étroite me suffoquent.
Et dans mon crâne vibre encore cette pitoyable flamme d’alcool qui ne veut pas s’éteindre.
Qui ne peut pas s’éteindre.
Réduction à l’absurde du problème de l’immortalité de l’âme.
Trop de couchants m’ont rendu exsangue.
La fenêtre synthétise le geste solitaire de la lanterne.
Film cinématique plausible et parcheminé.
La fenêtre aimante toutes les oeillades inquiètes.
Combien m’étranglent les cordes de l’horizon.
Pleut-il? Quelle morphine ces aiguilles injecteront-elles aux rues?
Non.
Ce sont de vagues lambeaux de siècles qui gouttent, isochrones, du plafond.
C’est la lente litanie du sang.
Ce sont les dents de l’obscurité qui rongent les murs.
Sous les paupières ondoient et s’éteignent à nouveau les tempêtes brisées.
Les jours sont tous de papier bleu, minutieusement découpés par les mêmes ciseaux sur le trou inexistant du Cosmos.
Le souvenir allume une lampe:
Une fois de plus nous traînons avec nous cette rue si joyeusement pavoisée de linge tendu.
Le piano luxuriant du Tupi s’est évanoui au loin.
Le soleil, ventilateur vertigineux, élague les demeures décaties.
En nous voyant tanguer en tant de spirales les portes rient aux éclats.
Pedro-Luis me confie: – Je suis un homme bon, Jorge.
Tu es un homme bon, Jorge… ça nous passera avec une petite tasse de café.
Les yeux éclatent quand les frappent les pales du soleil.
Quel hangar abritera à jamais les émotions?
Il existe à n’en pas douter une dimension ultra-spatiale où toutes sont des formes d’une force disponible et soumise.
Comme l’eau et l’électricité dans notre dimension.
Colère. Anarchisme. Faim sexuelle.
Artifice pour nous faire vibrer sous la magie.
Aucune pierre ne brise la nuit.
Aucune main n’avive les cendres du bûcher de tous les étendards.

 


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La silhouette d’un aujourd’hui qui n’est plus ( RC )


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doc image:      Paulina Otylie Surys –  La Jeune Fille et La Mort – SIMONE magazine,

Dans l’ombre muette des arbres,

La silhouette d’un aujourd’hui qui n’est plus,

A la robe de soie rouge qui l’entoure

Cendrillon troque ses souliers ,     las

Contre des escarpins           de cristal,

Pensant voler quelques éclats de lumière

Au prestige d’un soir,

Qu’on ne peut pas  retenir,

>    Pas plus que les rêves,

          Dissous par le matin.

Les escarpins      pris par les racines,

Aussi ,         soustraits par le chemin

Et la glaise fade, molle, sous le soir,

Dialogue    avec un peuple d’épines,

Se parant ,      de lambeaux de soie,

Dont ne parle plus              le rouge,

>         Maintenant avalé par la nuit.

 –

RC   – 18 mai 2013


Onde portée en soi ( RC )


photo: le vaisseau fantôme,        Teatro Comunale, Bologne

Onde capitaine
Navire sans attaches,
Hollandais volant,

Fol éclat de rien,
Sous l’obscurité liquide
Orage de fond de miel,

Du vin dans mes veines,
Je dérive entre îles,
A l’exercice  du réveil,

Abordant une terre,
Amère de vérité,
Les voiles en lambeaux,

C’est un adieu au rêve…
J’étais porté par les songes
Et j’écrivais sur le sable,

Egaré,            enfui dans des inconnus,
Et le ressac          emportant mes phrases,

Effacée,             ma mémoire,
>                  Les pieds revenus sur la terre.

RC  –  28 mai 2013

je ferai aussi le lien  avec l’article  de JFK, son intéressant site, et plus  précisément  son « écrire sur le sable », où il nous évoque  la blogosphère…


Rimes de murs ( RC )


 

 

 

 

 

 

 

Il y a sur les murs  ,       tant de portraits,

Tout en  sourires,    sûrs d’eux,             rieurs

Ils nous promettent,   les jours les meilleurs

Notre  choix  sera le bon, et au plus-que-parfait

 

A voir, ce que prédisent les partis,      en futur

De l’aujourd’hui , demain sera toujours mieux,

La politique parle au peuple, en ces lieux

….  ainsi les murs  … murmurent

 

Souhaitez vous une vie moins  étroite ?

Mettez le cap à droite

Construire le pays, en dessiner l’ébauche ?

Tournez donc à gauche …

 

Puis les années passent, on retrouve de vieilles affiches

Dont il reste des lambeaux,         délavés par la pluie

Les discours se sont tus,             emportés par le bruit

Après les  élections,  …  restent       les champs en friche

 

RC   –   4 octobre 2012