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Caméléon (RC)


Caméléon

Des colonies de fourmis          se suivent
C’est à peine si on dirait qu’elles bougent
Même celles à tête rouge
Sagement alignées,          – point de rétives.

Sous les vents désignés par la rose
Pucerons aux entrelacs des épines
Sous l’oeil de la grande assassine
Allongée, et qui prend la pose…

Voila , Messieurs, la reine des amantes
Celle assoiffée de globules
Vous copule , aux ciseaux des mandibules
C’est une verte, et lente,             une mante

Religieuse,         en sa prière
Immobile, en arrêt sur l’image
Compte de ses maris, le carnage
Derrière le rideau de lierre

 

L’épeire ma voisine, aux pattes, à poils
Fournit de fin tissage, son spectacle
D’une géométrie apparemment sans obstacle
A cueillir les mouches , en son étoile

Le tout bien considéré, … je m’habille en insecte
Je suis immobile, comme feuille verte
Et attend, la coulée des heures, la gueule ouverte
Punaises et moucherons, dont je m’    délecte

Je suis le caméléon,         à langue agile
Peint de branches et feuillages
Nouveau costume et d’habillages
Sans grand besoin                d’ustensiles

Je me promène, déguisé à ma guise
En lenteurs de promeneur
Et         toujours en couleurs,
Des insectes, multipliant les prises.

RC-   6 juin 2012

 


Antoine Wauters – cinq extraits d’os


 

 

_

La maison de la poésie de Belgique  présente  Antoine WAUTERS

5 extraits d’Os.

cueille langue, dents, dame d’onze heures et muguet, cueille cheveu chenu,  regard chauve en larmes tombées à l’eau, fauche les mal pensées, les amorphes, tasse-moi de frissons sauvages, de gorges où rugir en sang, cueille, tasse, entame l’incendie des feuillus térébrants

ne parle pas des bris sous peau, des soupentes, du mur couru de lézards, pas du sac à carnage, des tissus fous de rixes, vices et tire-fonds, tais la bouche enflée de nids d’effrois, tournes-y sept fois le manque, cent fois tes vies de venin, cent fois dix corps en cri boa

 

 

joue-moi du compas dans l’œil, du chien andalou où tu veux, coiffe-moi d’ankylose et de paralysies centuples, joue-moi sur toutes les gammes de la disparition, varie valse-moi sur les chemins néants, intimes en capharnaüm

ris, il fait soif de blanches, de canines, de vent levé de vie, ris les larmes ça va, en aval de toi courant l’un de ton nombre, ris, le corps pillé plié en quatre fois cent quatre, aux larmes en fifrelin de toi, en aval de l’œil et des larmes ça va

ne les suis pas nécessairement dans l’empresse du pas, la rogne des vigilances jouant du coude, ne les suis pas dans la santé, les corsos d’yeux en fleur, repose, futile et nu, dans l’ordonnance des impasses, l’agencement des assis, avec pour tout motif un soir tombé entre les mains

 


Branko Čegec – Syntaxe de la peau, syntaxe du clair de lune


image: montage  perso  à partie  de  corps  et graphie janv 2012

Branko Čegec  ( auteur croate) – sintaksa koze, sintaksa mjesečine

Syntaxe de la peau, syntaxe du clair de lune

Le triomphe des chiffres descend de l’écran.
Je recule, impuissant et muet.

 Comme si j’étais renouvelé
dans la philosophie tardive de la langue et du vin

 j’accepte tout
slalom pathétique

 même si la fille du cadran
s’est endormie dans les bras des nuits blanches

 et des reproches de pêcheurs
d’où s’écoule visqueuse
l’histoire idyllique de la littérature.

 L’essai , c'est ensuite
le cercle imperméable des périls:

 de nouvelles explications parviennent
pour des mots usés, pour des images éculées
et des cadres de films empruntés:

 le grondement des avions et la poussière des souterrains
sont la rencontre marquée sur ta paume humide:

 belle, joyeuse, docile, tu t’es glissée encore
une fois dans l’odeur de ma peau,

 la colle solaire et sensuelle
d’où il n’y a pas de retour, où personne ne se ressemble,

ni qu’on trouve dans des journaux,

et la reddition des papillons égarés

 à la fenêtre qui disparaît
dans les ténèbres profondes, trop profondes.

 Je te dis: entre dans mon miroir
et reçois-moi dans la mémoire glaciale

 pour que je me réchauffe, pour que je m’endorme souriant
comme si j’étais l’oubli,

 la mer calme et Polić Kamov
à la loterie de Barcelone.

 Je suis salué par les bateaux et les femmes pianistes
aux jambes longues et aux doigts laser

 comme dans toute entreprise

d’innovation et de mort:

 et seul le rythme de ton toucher gronde en stéréo,
suivi par l’éclat timide de la peau au clair de lune

 près de la digue, au printemps,
quand les vents sont encore tout jeunes,

 et que la nuit ne cesse pas, l’écriture non plus,
en écrivant l’ellipse du l minuscule

jusqu’à l’infini.

1992 

d'autres  textes  de cet auteur sont  disponibles, en français sur ce site

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montage perso,  même  source  que  le 1er document  ; Corps  et graphie

montage perso, même source que le 1er document ; Corps et graphie, à partir de photo de spectacle de Marie-Claude Pietragalla


André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré


La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel.
Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre.
Elle a du souffle et pas de frontières.
Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues.
Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire.
Si elle est vécue, elle change la vie.
André Velter
extr  de   » la poésie  en dansant »

Dessin, Henri Matisse, étude pour le Danse


Cathy Garcia – Suture


Cathy Garcia, poète, a aussi son blog, où beaucoup d’informations  peuvent être trouvées  sur son oeuvre éditée

quant à écrire autant réunir la plume et la main

SUTURE

Lunes de cire

Echo des frontières

Tracées au khôl

Nuit émaciée

Aux éclats de souffre

La langue des anges

Dérange les nerfs

Prend la douleur

Trois fois nouée

Mots souillés

Paupières éparpillées

Aux portes

Langues humaines

Langue de la soif

Première

Obstinée

Rapprocher les lèvres

Recoudre le mot

———–

La plaie le meurtre

Par un baiser

Ou le silence


Richard Brautigan – « Le Silence de la langue »


photo-polaraïd   exposition à Draguignan

polaroid carton d’expo Draguignan

Richard Brautigan   c’est cet écrivain américain de la  « beat generation »,  qui  a fait toutes  sortes d’écrits et petits textes, un peu étranges,  à la façon haïku  américanisée  (  d’ailleurs  il se réfère souvent au Japon)…

« Le Silence de la langue »

Je suis assis ici maladroitement seul dans un bar avec un réalisateur de cinéma japonais très intelligent qui ne parle pas anglais ni moi le japonais.

Nous le savons les uns les autres, mais il n’y a personne ici pour faire la traduction.

Nous avons parlé auparavant.

Maintenant on fait semblant de s’intéresser à d’autres choses.

Il écoute de la musique sur le phonographe, les yeux fermés.

Je le couche sur le papier. Il est temps de rentrer à la maison. Il me quitte  le premier.

——-

R Brautigan  est l’auteur, entre autres  de  « Tokyo-Montana  express »,

« Sucre de pastèque »

« La pêche  à la truite en amérique »

« l’Avortement »

« Willard  et ses trophées au bowling »

« La  revanche de la pelouse »

c’est  sans  conteste  un de mes  favoris


Mabel Moreno – Rivages


Rivages :

Chanson du bord de l’eau

 

si elle était assise au bord du ruisseau dans la lumière

– si je lui donnais le mot ruisseau en échange

– mais elle avance seule dans n’importe quelle rue.

La solitude est le lit de sa rivière –

dans ses yeux elle garde la lumière noire.

Mais elle avance pourtant

– Aveugle et lumineuse dans le soir.

 

Elle me dit quelques mots que je ne comprends pas –

Pourtant je la suis, je me perds dans ces mots

– Je me perds dans la voix de ses pas

– Je pourrais m’arrêter ici, sur ce trottoir

– Mais elle me conduit vers de vives syllabes.

 

 

montage perso - mix "Miss Coquille"

Elle me demande si je la suivrai quand elle traversera la mer

– je regarde sa bouche

– sa langue dessine un autre mot quand elle parle de moi, quand elle parle avec moi.

Le Piano sur la gauche, le Blanc en aplats

 

– Elle dessine l’ondulation des jours sur une plage

– La vague sur mon visage à l’ombre de ses doigts

– Et le son liquide de son corps au bord du mien-

 

 

Phrases en écho de Rémi Froger et Mabel Moreno