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Lorsque le paysage bascule – ( RC )


photo d’actualités _ conséquences du passage  du  typhon Haiyan (Philippines)

Aux horizons de langueur,

Supposons, des certitudes,

Cartes postales du bonheur,

Où rien n’apparaît de rude,

S’ouvre soudain sous nos pieds,

De ces gouffres qui fument,

D’une angoisse tout le temps niée,

De tout temps recouverte par la brume…

Alors, la ligne émeraude à travers les palmiers,

Se déchire avec les saisons,

Comme un tas de vieux papiers,

sous le passage du typhon.

Le bateau prend eau de toutes parts

On se trouve désemparé, minuscule,

Dans l’oeil du cachemar,

Lorsque le paysage bascule,

Et que les éléments, déchaînés,

Se montrent autrement qu’aimables,

S’il faut pour s’en échapper, se démener,

Et oublier l’idée même d’un monde stable.

 

RC – 13 novembre 2013


Anna Akhmatova – tromperie


 

TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)


Cat – Le soleil


photo:        –  arbre rétro-éclairé,            –    auteur non identifié

 –

Cat,  d’où j’avais  extrait  la courte  citation de Marguerite Duras,   a un blog  très intéressant et documenté, elle m’a  autorisé  à publier ses parutions,   voici l’un d’elles

 

Le soleil ..

Le soleil se voilait,
La nuit s’annonçait
Dans une soudaine fraîcheur
Qui le fit frissonner.

Il sait ces soirs
Où la langueur
Se pose.
Il ferme les yeux,
Inspire,
Ressent,
Pressent.

Le noir gagne
Comme un sommeil
Qui pourtant le fuira,
Comme souvent.

Il voudrait dire
Cet impossible à dire,
Mais à qui ?
Parler de ce vide abritant sa vie,
Comme un désespoir muet
Une béance,
Une absence.

Il regarde Paris s’éteindre,
S’immobiliser dans un silence
Comme un temps éternel,
Où lui seul demeure.

Il ne cherche plus
Ni ne demande,
Il est là … et ailleurs
Le passé, le présent, le futur
Se troublent, se confondent
S’entrecroisent,
S’annihilent
Et lui s’y perd.

Il y a longtemps
Sur ce quai de seine,
Une femme jouait un air,
L’air de rien.
Lui écoutait,
Condensant sa vie
Dans une partition.

Il tente mais en vain
De se rappeler les notes,
Celles qui l’ont enfermé
Dans un rêve sans fin,
Une sorte d’éternité
Sans histoire,
Où la sienne s’est perdue.

et j’ai tenté la traduction suivante   (  toute meilleure  version suggérée, sera la bienvenue)

The sun was veiled,
The night promised
In a sudden freshness
Which made him shiver.

He knows those evenings
Where the languid
Arises.
He closes his eyes,
inspire
feels,
Crowd.

Black wins
As sleep
Which nonetheless will flee,
As often.

It would mean
This impossible to to say,
But to whom?
Talking about what his life empty houses,
As a quiet desperation
A gap,
An absence.

He looked Paris turn off the lights,
In a silent despair
As an eternal time,
Where he remains,alone

He no longer seeks
Nor request
It is here … and elsewhere
The past, present, future
Trouble are blending together
Intersect,
Annihilate each other
And he’s losing himself in
A long time ago
On this quay of the Seine,
A woman  was playing a tune,
Looking  like nothing matters

He was listening,
Condensing his life
In a partition.

Trying in vain
To remember the notes,
Those who locked him
In an endless dream,
A sort of eternity
Without history,
Where his own strayed.