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Viktor Kagan – je réapprendrai à parler


 

David Bates        Anhinga      1986   .jpg

peinture: David Bates –        Anhinga   1986

 

 

Je réapprendrai à parler .
Mais pour l’instant je commence ma vie à zéro,
ne me permettant pas encore de savoir
que je vais marcher, parler, rire
comme je le faisais hier et le jour d’avant
et toujours, mais sachant seulement que demain sera différent.

Laisse moi être…
Mais si vous pouvez simplement
vous asseoir à côté de moi et m’écouter
re germant de moi-même,
à une larme roulant sur ma joue,
à mon ombre mesurant le temps
comme si je ressortais de moi-même –

simplement ne rien dire et écouter –
alors s’il vous plaît restez.

I shall learn to talk again.
But for now I begin my life from scratch,
not yet allowing myself to know
that I will walk, talk, laugh
as yesterday and the day before
and always, but knowing only that tomorrow will be different.
Leave me be…
But if you can simply sit next to me and listen
to me sprouting from myself,
to a tear rolling down my cheek,
to my shadow measuring time as I grow out of myself —
simply saying nothing and listening —
then please stay.


Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad


Image associée

Avant l’Euphrate    il y avait un horizon
qui guidait le nomade
une larme au-dessus d’une dune
une averse sur les falaises
une grêle d’enfance
une lumière qui inondait l’argile

L’Euphrate est ma mère
et je le reconnais comme on enjambe son matin
pour un tatouage de soleil
sur un palmier
dans une vieille cour.


Le cŒur dessiné me souriait , de ses larmes de sève – ( RC )


La chevelure  sauvage  des arbres
s’est couchée  sur le sol.
D’autres se consument
en fumées bleues.

Des branches sectionnées en petit tas ,
j’ai vu, au milieu de la sciure,
Les billots du grand platane,
Où nous avions gravés nos noms.

        Le cœur dessiné, me souriait,
Même avec ses larmes de sève,
de l’aubier blessé,
        en une sorte de dernier adieu.

RC – mai 2015


Linda Maria Baros – Comme un continent englouti par les eaux


 

image  - R Colombi

image – R Colombi

Comme un continent englouti par les eaux

 

 

Mon pays était comme un continent englouti

qui flottait dans l’air poussiéreux,

tel un mort dans la lumière de l’après-midi.

 

Les pères étaient rares,

comme des coquilles qui avaient transpercé

la peau altière, rocheuse, des montagnes.

 

Les mères étaient effilées comme une larme ;

les larmes tombaient, rasantes et drues,

et emportaient les mères dans la terre.

 

Mon pays – il y a des hommes qui l’aiment

de l’amour passionné des vers

pour la plaie ouverte qui les engraisse.

 

Mon pays – qui me prenait sur ses genoux,

qui me caressait la tête,

qui éteignait ses cigarettes contre mon front.

 

 

L’Autoroute A4 et autres poèmes.

– Cheyne éditeur, 2009


Théo Léger – Perdu dans la Montagne un soir de novembre


 

 

 

 

peinture: Marsden hartley

peinture: Marsden Hartley

Perdu dans la Montagne un soir de novembre

 

 

Amples demeures des morts. La sourde. L’endormie.

J’entends se déchirer la caresse des branches

contre sa pierre énorme

j’entends la violente larme des torrents.

Je rôde sur une rive de fumée.

J’éveille une barque l’eau neutre les roseaux.

Je trouble à peine leur silence.

Je passe et ne laisse aucune ombre.

Chemin perdu, j’appelle.

A peine un écho me répond

un vent d’hiver.

Où sont les anciens voyageurs ?

Où sont mes camarades mes frères ?

Où sont ils ?

Soupir innombrable des pins contre une pente obscure.

 

 


Jacques Reda – tombeau de Bill Evans


Richard Diebenkorn Ocean Park - De Young Museum  -  San Francisco  USA

peinture: Richard Diebenkorn             Ocean Park –                   De Young Museum – San Francisco USA

Comme ces longs rayons dorés du soir qui laissent
le monde un peu plus large et plus pur après eux,
sous le trille exalté d’une grive, je peux
m’en aller maintenant sans hâte, sans tristesse:
tout devient transparent. Même le jour épais
s’allège et par endroits brille comme une larme,
heureux entre les cils de la nuit qui désarme.
Ni rêve ni sommeil. Plus d’attente. La paix.

Jacques Réda

Bill Evans(1929-1980),

comme on le sait, le prodigieux compositeur  et pianiste  de jazz, qui a accompagné les plus grands

( notamment Miles Davis et Coltrane  dans  son fameux Kind of Blue), se trouve  être un de mes musiciens  « phare » dont  j’ai quasiment l’intégrale.


Vahagn Davtian – De pierre ici tout un pays


photo perso:                   Causse de Sauveterre – Lozère

De pierre ici tout un pays…

De pierre ici tout un pays, d’eau en furie
Murmure d’herbe ici dans la teinte du bleu
Corne des rocs dans les hauts monts hissés vers Dieu
Dans l’abîme jeté, pénitence de pierre.

Tout un pays où blanche et de glace est la plainte
Dans le fond des ravins, question des tempêtes
Vers le bas de la rive une clochette d’eau
Le chagrin du pétale et le pleur de la mousse.

Cri de cuivre et soupir de granit, le pays
À la beauté en croix sur la pierre de croix
Tout un pays face au soleil à l’infini
Toi prière à genoux et toi élan du rite.

Je suis de toi pays des longs siècles sans fin
Et je vais avec toi, hauteurs et précipices,
Furieux par la pierre et dans le vent de neige
Toi, chagrin du pétale et larme de la mousse.


Vahagn Davtian , » De pierre ici tout un pays », extrait..
Traduction Rouben Mélik.

photo perso: Causse de Sauveterre – Lozère – hameau « le Lac »


Mahmoud Darwich – Blocus pour les panégyriques de la mer


 

 

 

 

 

Mer et mur                 ( Acre – Israël)

 

BLOCUS POUR PANÉGYRIQUES DE LA MER

S’envolent les colombes

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Prépare-moi la terre, que je me repose
Car je t’aime jusqu’à l’épuisement
Ton matin est un fruit offert aux chansons
Et ce soir est d’or
Nous nous appartenons lorsque l’ombre rejoint son ombre dans le marbre
Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends
Au cou qui ne s’abandonne qu’aux étreintes des nuages
Tu es l’air se dénudant devant moi comme les larmes du raisin
L’origine de l’espèce des vagues quand elles s’agrippent au rivage
Et s’expatrient
Je t’aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre
Moi, j’appartiens à mon aimé et mon aimé est à son étoile errante
Nous entrons dans le rêve mais il s’attarde pour se dérober à notre vue
Et quand mon aimé s’endort je me réveille pour protéger la rêve de ce qu’il voit
J’éloigne de lui les nuits qui ont passé avant notre rencontre
De mes propres mains je choisis nos jours
Comme il m’a choisi la rose de la table
Dors, ô mon aimé
Que la voix des murs monte à mes genoux
Dors, mon aimé
Que je descende en toi et sauve ton rêve d’une épine envieuse
Dors, mon aimé
Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix
(…)
J’ai vu le pont
L’Andalousie de l’amour et du sixième sens
Sur une larme désespérée
Elle lui a remis son cœur
Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas
Il me coûte mon amour
Puis la lune s’est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
L’obscurité s’est posée
Sur le pont et les amants

S’envolent les colombes
S’envolent les colombes

Mahmoud Darwich


Patricia Grange – Ennui en estampe chinoise


peinture chinoise            atelier churchill

Ennui en estampe chinoise

C’est une goutte
De peinture grise
Qui coule le long
D’une feuille de vie
Au bord du même
Pinceau
Sans jamais
S’arrêter
Sans rien dessiner.
C’est une larme
De froid
Qui roule
Eternellement.
C’est un vide
Palpable.
C’est le café noir
De l’obscurité
Que l’on coupe
Au couteau.
C’est l’absence
De couleurs
D’odeurs
De sons
Où tous les sens
S’éteignent
Comme des étoiles
Jetées dans l’eau
Avec un frisson de râle.

(Patricia Grange)

– Patricia Grange est à l’origine  de son site poétique   » les jardins de Mariposa »


Augusto Lunel – Chant IV


Augusto Lunel  est un poète  « rare »…  dont j’ai eu beaucoup de mal à me procurer des écrits  sur le net…

mais heureusement  j’avais  des archives   « extra net »,   dont  sont  extraits  ces  « chants »…

 

en mars 2012,  c’est  le  chant  3

—–

vitrail: Georges Braque: oiseau violet - fondation Maeght ( 06)

CHANT IV

Rivière en moi,
oiseau qui vole dans mes veines,
la voix qui ne sortait pas
restait suspendue
dans le précipice de la gorge
ou descendait tailler à couteaux le coeur.

La voix enfermée,
la voix dans la chair,
déchaînait la mer avec une larme.

Mais aujourd’hui est sortie la voix
qui coulait dans les veines,
la voix qui brûlait dans les ténèbres.

Une épée coupa le silence
et des nuages de corbeaux volèrent dans le vide.

La rauque obscurité roula par terre
et la panthère noire
qui se débattait dans mes poumons.
Foudre lente et obstinée,
soleil dans la gorge,
la voix de rocher brisé par la voix
a rompu la bête sans bouche.

peinture; John Marin - The Sea, Cape Split,- Washington, Dc

Les vagues chargées de couteaux
déversent dans l’air
des paniers de poissons.

La voix,
ce moment où le sang est transparent,
cataracte vers le haut,
fleuve qui saute le précipice,
est sortie m’emportant.

La voix poussée par des corbeaux,
poussée par des éléphants sous terre
poussée par des baleines,entre en toi jusqu’aux arbres
ou sans sortir de moi
t’entoure.

L’écho a fait crouler les murs,
le silence a brûlé dans le clocher.

Notre coeur sera bientôt notre bouche,
la voix sera vue, touchée et respirée ;

la pluie, uniquement ce que tu chantes.

Vers ta voix émigreront les hirondelles,
vers ta voix se tourneront les héliotropes.
Clair de ta voix sera l’espace,
profond de ta voix l’abîme.

Aujourd’hui c’est la vendange de l’air.

—-

en cliquant  sur le mot  clef  Augusto Lunel,  – (  lien  en bleu sous l’article )  -vous trouverez  d’autres parutions  liées  à cet auteur péruvien,  dont les  chants précédents,par exemple  le 7


Pierre GAMARRA – comme une goutte de sang


Comme une goutte de sang
Comme un signe de corail,
Comme un rêve de cerise,
une voile sur la mer.

Comme le cri d’un enfant,
Comme une larme d’octobre,
Comme le feu de mon cœur,
une voile sur la mer.

Comme une lèvre de femme
Comme une perle profonde,
Comme l’œil de la sagesse
une voile sur la mer.

peinture: M de Vlaminck, ville au bord du lac - 1909

PIERRE GAMARRA,

Poèmes inédit» pour les enfants,
© Les Éditions ouvrières.


Je suis l’orage (RC)


 

Le Ruisseau en murmure

et cette larme silencieuse.

 

Portée d’eau – la paresseuse-

aux endroits les plus creux,                 stries, flaques et vallées

Faisant son chemin, poussée de par sa masse,

roulée sur le visage et vers de lointains océans.

 

Tu scruteras ce flux,              sensible,

ainsi le rai de la lumière

aux rebonds des volumes;        la larme à la rondeur

du visage

l’encre, aux pentes provoquées   du papier.

 

Ce ruisseau qui murmure,  la chute qui cascade, les grands méandres en fleuves,

sont à l’inverse de ma brosse,

qui court sur le fil de la toile,  en caresse les  reliefs,

dépose sur ses collines

son écorce de couleurs,     ses habits de fête.

 

qui court en pâte brute, en pâte fine,         demi-matière chargée d’eau,                      – aimante, électrostatique

de parcours artistisques.   déposée, frottée, retranchée…..

photo personnelle:  menace d'orage  sur le Causse   (  Lozère)

           photo personnelle:                       menace d’orage sur le Causse ( Lozère)

Je suis l’orage

qui précipite, macule, rature et bouscule  la géographie étale

de mille pages   aux mille visages.

 

–            Notre ronde  – le monde,

mille pages de mille visages,         sculptés, bousculés,ravinés, basculés,

sédiments d’eau

sédiment-terres

Se taire.

 

Des colères qui hurlent,          aux larmes silencieuses

sur les statues des arbres et géants de pierre_______

 

Une page de la vie, toujours détruite,    et naissante;

et recommencée.

 

RC  2001


Paul Celan — une larme, à demi


Une larme, à demi,
lentille plus aiguë, mobile,
capte pour toi les images.

Die Träne, halb,
die schärfere Linse, beweglich,
holt hir die Bilder.

et les 2 commentaires publiés  en avril sur  écrits et cris 1             :

Arthémisia a dit…

Les larmes entières brouillent notre regard.
Les moitiés nous aident à mieux voir….

9 avril 2011 00:13

Anne-Françoise a dit…

Merci beaucoup, René, pour ce « clin d’oeil » – l’oeil, le regard, si important chez Celan.
« Il y aura un oeil encore,
un oeil inconnu, à côté
du nôtre : muet
sous une paupière de roche »
(Celan, Grille de parole, « Confiance »)
Et justement, tu nous donnes à voir et à penser. Merci aussi pour ça.

9 avril 2011 00:53

en site favori, sur la droite…

 

Document image : création personnelle R Ch