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Promesses des couleurs ( RC)


                                                       Peinture            Fr Kupka –         étude pour une fugue à deux couleurs ( disques de Newton )   1911 –

Promesse de la profondeur des cieux,

J’ai dans les mains un bleu profond,

Qui, au parcours des étoiles, serait plafond

Ou bien , dans le soir du désert, …. un feu

Aux alentours, pas une âme qui vive,

Juste sur les pierres, des lézards,

Statues à l’oeil qui brille, sous le bleu Hoggar,

Un point de lumière entre deux rives…

Promesse de la profondeur des eaux,

–       Couleurs des antipodes,

J’ai dans les mains un vert émeraude,

Balancé,        roulis des bateaux.

Aux alentours, bercé de vagues légères,

Evoluant vers un milieu plus stable,

Les tortues, se dirigent vers le sable,

Quand émergent au loin, les terres.

Promesses de l’agriculture,

Dans les plaines immenses,

Le printemps, est tout en nuances,

Et prépare l’été des blés mûrs

Aux alentours, la floraison des fruitiers

Cache presque entièrement les terres brunes,

Il y aura cette année beaucoup de prunes,

Pour les piller, les oiseaux ne se feront pas prier…

Promesse de la caresse de l’été,

Le jaune de Naples, s’étend sur les plages,

En quittant la chaise longue, je nage,

Aussi dans la lumière,         reflétée.

Aux alentours, l’horizon s’effile,

Les bateaux des pêcheurs, sont peints en rouge,

On les voit au loin lentement, qui bougent,

Carmins, et vermillons.  – ils passent, entre les îles.

Promesse d’un jour limpide,

Je traverse une place des odeurs,

C’est le marché aux fleurs,

Ignorant les teintes insipides,

Aux alentours, des légumes candides,

Ajustés en grand nombre,

Célèbrent les verts des concombres,

Et les citrons aux jaunes acides.

Promesse du parcours des anges,

Les crayons des vitraux se dégrisent,

Au sol dallé, ou sur les piliers de l’église,

En associant bleus outremers, et oranges.

Aux alentours, dorures et peintures blanches,

Baroque et rococo, multiplient les ors,

Où papillonnent moulures et décors,

Pour la messe des couleurs, c’est aussi dimanche.

Anges ou démons si la lumière s’éteint

( …..on ne parlera pas du noir,

C’est , à ce qu’on dit, pour le purgatoire, )

– Méfions nous des « on dit », sur la toile il n’y aurait plus rien…

J’ignore ces êtres pourvus d’ailettes,

Porteurs d’auréoles ou de maléfice,

Jouant des feux d’enfer ou d’artifice

Comme je préfère sortir et peintures et palette .

– RC   – 19 septembre 2013

photo perso:    Hyeres,  Collegiale St Paul, couleurs de vitrail au sol + ombre

photo perso: Hyeres,       Collegiale St Paul,        couleurs de vitrail au sol + ombre  d’ Arthémisia  –  2011

texte  auquel je pourrais  adjoindre  celui-ci  ( d’abord dans sa langue originale, le corse):

François Viangalli : Densité brève

U culore nasce incù u lume :

ch’ellu si cambii u lume,

s’alteranu i culori.

Postu chì ùn ci sὸ paesi

chì t’abbianu listesa polvera.

Ùn si pὸ parte da qualsiasi locu

senza mutà se stessu,

corpu è anima :

facenu l’ochji l’esiliu primu.

La couleur naît de la lumière :

que la lumière change,

les couleurs s’altèrent.

Comme il n’est de pays

qui soient jumeaux,

qui portent la même poussière.

On ne peut quitter un lieu,

sans se changer soi-même,

corps et âme :

c’est le regard qui crée

le premier exil.

 

 

 

 


La matière vidée d’elle-même ( RC )


peinture: Curt Frankenstein

peinture:        Curt Frankenstein

………   Je vois à travers les murs , des maisons cimentées, Il y a trois fois rien, et les matériaux flottent bizarrement dans une atmosphère de coton, chaque chose a pris une texture autre, et décide de sa position.
Les poutres  se croisent et envisagent un dialogue inédit, les vantaux des fenêtres battent  sur l’air, où se mélangent les végétaux  et la pierre.
Il vient une joyeuse  suite de framboisiers, qui surgit d’un ancien papier peint, pour s’enrouler  sur les tuyauteries,                   amoureusement.
L’escabeau aux anciennes  coulées  de peinture, servant de perchoir à des lézards multicolores, attendant on ne sait quoi, ….peut-être des insectes errant sur les lourds fauteuils du salon  pris par des racines, et ne dévalant pas un angle,       que l’on peut qualifier  de faux plat, défiant l’horizon bleuté des montagnes, là-bas.

Si loin,  si proches.

La matière  s’est  vidée d’elle-même, de sa masse et de sa chair,
Et retournant nostalgique, vers l’abstraction, sur l’hypothèse incertaine, où lutter contre la pesanteur ne serait plus nécessaire,….         comme un jeu dont les règles s’inverseraient, à la fantaisie des heures.

Et la vie de même,qu’une rivière fantasque,  prenant un autre cours,  changeant son tracé, au gré du relief et des époques.

RC   –  16 juin 2013


Après l’éruption ( RC )


 

Surplombant le vide et prête à tomber,

après la tempête, le feu, les larmes,

la lave   s’accumule  en strates

projetée des entrailles,

 

Une fleur surgit, des rochers calcinés,

c’est, la lente reconquête de morceaux de vie,

les insectes  ,les lézards, qui se chauffent au soleil

ou bien aux bassins souffrés encore fréquentés de fumerolles…

Où cette jeune pousse  a –t-elle bien pu trouver à survivre  et s’accrocher ?

D’où est venue la graine ?  échappée  du bec d’un oiseau venu de l’autre rive ?

De la poche du scientifique venu mesurer la densité des gaz, rôdant encore dans les poches ?

De la même façon  que le soldat mort, allongé, déchiqueté, dans le Guernica  de Picasso, tient, avec son épée brisée, la jeune fleur qui donne tout son sens au tableau…

Comme il est écrit que la vie récuse la crasse et les vertiges du néant

Pour toujours reparti de l’avant.

 

RC – 13 juillet  2012    (  en écho au très beau texte  de Lambert Sav,  à voir  sur « les vents de l’inspire » )

 


Antoine Wauters – cinq extraits d’os


 

 

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La maison de la poésie de Belgique  présente  Antoine WAUTERS

5 extraits d’Os.

cueille langue, dents, dame d’onze heures et muguet, cueille cheveu chenu,  regard chauve en larmes tombées à l’eau, fauche les mal pensées, les amorphes, tasse-moi de frissons sauvages, de gorges où rugir en sang, cueille, tasse, entame l’incendie des feuillus térébrants

ne parle pas des bris sous peau, des soupentes, du mur couru de lézards, pas du sac à carnage, des tissus fous de rixes, vices et tire-fonds, tais la bouche enflée de nids d’effrois, tournes-y sept fois le manque, cent fois tes vies de venin, cent fois dix corps en cri boa

 

 

joue-moi du compas dans l’œil, du chien andalou où tu veux, coiffe-moi d’ankylose et de paralysies centuples, joue-moi sur toutes les gammes de la disparition, varie valse-moi sur les chemins néants, intimes en capharnaüm

ris, il fait soif de blanches, de canines, de vent levé de vie, ris les larmes ça va, en aval de toi courant l’un de ton nombre, ris, le corps pillé plié en quatre fois cent quatre, aux larmes en fifrelin de toi, en aval de l’œil et des larmes ça va

ne les suis pas nécessairement dans l’empresse du pas, la rogne des vigilances jouant du coude, ne les suis pas dans la santé, les corsos d’yeux en fleur, repose, futile et nu, dans l’ordonnance des impasses, l’agencement des assis, avec pour tout motif un soir tombé entre les mains