voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Astrid Waliszek – C’est l’heure


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ah, oser suivre les tumultes
des jours nés curieux
des vagues en leur mer
grands bleus éphémères
tatouages encrés de Chine
de roses de Damas
de raisins de Corynthe
de poivres de Zanzibar
ah, cette blessure
grand bleu éphémère
qui fait taire les rires des enfants
et compte les nuages un à un
sous le soleil disparu
dans l’ourlet du temps venu
du temps d’après déjà là
du temps doux de soi à soi
la circonférence du cercle
est l’exacte mesure
de ce qui relie l’oiseau à la chaîne
de l’homme qui a déjà oublié
qu’il en avait ouvert sa porte
les plumes repliées
il résiste au vent de liberté
et continue de tourner
autour de la cage désertée
Il voudrait, il voudrait tant
Mais toujours au dernier moment
Quand il ne reste qu’une haie
Il tremble, refuse de sauter
Et se retrouve dans le fossé
Le cul dans la vase il se dit
Qu’il est déjà presque midi
Qu’il rêve encore au lit
Et qu’il serait vraiment temps
De finir les haricots du frigo

Un corps incarcéré – ( RC )


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Et si le corps a son enveloppe,
détaché de la terre,
sans les racines d’un arbre,
pour y puiser l’eau et le feu,
circule à mon insu,
la sève du sang,
le tout en circuit fermé,

mais pas si loin du ciel,
respiré en parcelles,
où pleure la terre brûlée,
le caprice des nuages
et les eaux des anges.

Il y a des cascades,
des venins, des ombrages,
des artères qui se crispent,
des veines qui se lâchent,
et sous l’apparente liberté
d’agir et de penser,
un corps incarcéré.

RC – août 2017


Le temps est une île, le temple est sur l’île – ( RC )


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Le temps est un île
dérivant sur le lac .
Jamais elle ne heurte les bords .
Grenouilles et serpents
fréquentent eaux et roches
sous le regard étonné de l’enfant      solitaire,
recueilli par un moine.

Le temple est sur l’île .
         La barque est le lien nécessaire
qui le rattache au monde .
         On y pénètre par une porte fictive .
Derrière laquelle se jouent passion et cruauté ,
échappée trompeuse sur la liberté,
         une pierre attachée aux pieds .

Les choses se répètent
de générations en générations ;
                        les fantômes glissent
lentement dans un rideau de brume.
Ou bien apparaissent dans un trou d’eau
quand le gel pétrifie la surface
et les branches dégarnies des arbres .

Les saisons se succèdent,
comme il se doit.
Les rides se creusent sur les visages.
Le printemps revient :
         c’est un rite immuable
inscrit dans les choses,
et dans la pierre que l’on porte,   encore .


RC – juin 2017

( en rapport avec le film printemps été automne hiver … et printemps ) de Kim Ki-duk )


Louis Aragon – Paris 42


rue Mouffetard - Paris 5e

Paris, rue Mouffetard

Une chanson qui dit un mal inguérissable
Plus triste qu’à minuit la place d’Italie
Pareille au point du jour pour la mélancolie
Plus de rêves aux doigts que le marchand de sable
Annonçant le plaisir comme un marchand d’oublies

Une chanson vulgaire et douce où la voix baisse
Comme un amour d’un soir doutant du lendemain
Une chanson qui prend les femmes par la main
Une chanson qu’on dit sous le métro Barbès
Et qui change à l’Etoile et descend à Jasmin

C’est Paris ce théâtre d’ombre que je porte
Mon Paris qu’on ne peut tout à fait m’avoir pris
Pas plus qu’on ne peut prendre à des lèvres leur cri
Que n’aura-t-il fallu pour m’en mettre à la porte
Arrachez-moi le coeur vous y verrez Paris

C’est de ce Paris-là que j’ai fait mes poèmes
Mes mots ont la couleur étrange de ses toits
La gorge des pigeons y roucoule et chatoie
J’ai plus écrit de toi Paris que de moi-même
Et plus que de vieillir souffert d’être sans toi

Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine
Ignore ce que c’est que ce déchirement
Quant prise sur le fait la nuit qui se dément
Se défend se défait les yeux rouges obscène
Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant

L’aorte du Pont Neuf frémit comme un orchestre
Où j’entends préluder le vin de mes vingt ans
Il souffle un vent ici qui vient des temps d’antan
Mourir dans les cheveux de la statue équestre
La ville comme un coeur s’y ouvre à deux battants

Le vent murmurera mes vers aux terrains vagues
Il frôlera les bancs où nul ne s’est assis
On l’entendra pleurer sur les quais de Passy
Et les ponts répétant la promesse des bagues
S’en iront fiancés aux rimes que voici

Paris s’éveille et moi pour retrouver ses mythes
Qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité
Je mettrais dans mes mains mon visage irrité
Que renaisse le chant que les oiseaux imitent
Et qui répond Paris quant on dit liberté.


Henri Pourrat – Le clos au levant


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Lorsque le soleil se lève,
Il se lève sur un clos :
La fraise y vient sous la fève,
Le cassis sous le bouleau.

Loin des fumées du village
Et des jardins en casiers,
Un clos qui sent le sauvage,
Plein d’ombre et de framboisiers.

J’entends le vent des collines
Qui m’apporte son odeur
De cerfeuil et de racine,
Son goût d’herbe de senteur.

Juste un toit pour notre couette
—    Les nuits sont fraîches, l’été —,
Et puis, comme l’alouette,
Y vivre de liberté.

 

Henri POURRAT « Libertés » in « Anthologie des Poètes de la N.R.F. »


Marie-José Desvignes – Plus rien ne presse


 

photo-montage  perso  2011

photo-montage perso       2011

 

 

 

 

 

 

 

——— Dans tous mes livres il est question d’écrivain, d’écriture, de mots (de maux ?).

Le premier n’était qu’une tentative de trouver les mots, ceux que j’avais perdus.

D’ailleurs, ça s’appelait Faille… composé de centaines de « on »,  propos d’autres auteurs jamais atteignables, trop sacralisés (un centon).

Le texte se tenait, c’était l’histoire d’un homme qui avait tout perdu et se retrouve une nuit dans un hôtel, il n’a plus de travail, il fuit l’annonce à sa femme.                    Il part.

Et durant la nuit, assis à sa table, il s’endort et rêve qu’il écrit. Le lendemain matin, le livre est là devant lui.       Tout écrit.             Quelle merveille !

J’ai délaissé ce texte, n’y suis pas revenue, presque deux cents pages de mots des autres, d’autres si prestigieux, mis bout à bout pour former une histoire, d’autres que jamais je n’égalerai, à quoi bon ? J’ai oublié, rangé le livre dans un tiroir.

Un jour, j’ai repris les mots, ils venaient de je ne sais où,  syncopés,  douloureux, longs poèmes tirés d’une âme tourmentée, cette fois c’étaient les miens…

La poésie apportant avec elle,  ces minutes heureuses, brèves fuites dans le temps, j’avais ce sentiment délicieux de faire partie d’un monde que moi seule habitais, un monde que seules la musique et la présence de la nature venaient visiter.

J’ai repris l’habitude. Ecrire. Je retrouvais les mots et je revenais dans le monde, ce monde où je ne savais pas trouver ma place, dans lequel je m’agitais, tentant de défendre l’être (le mien peut-être) contre l’oppression, le carcan dans lequel il sombrait depuis la nuit des temps, aveugle et sourd  aux murmures.

Les mots me revenaient, ceux de la révolte… Le stylo retrouva son désir premier. J’avais pourtant  tout oublié… Et j’écrivais chaque jour des mots bruyants, tapageurs que je ne donnais à personne et dont je ne voulais pas moi même…

Je haïssais ce monde et ses mots (faut-il encore entendre maux ?) je me gonflais d’orgueil et de révolte et mes mots me heurtaient violemment, s’agrippaient sans jamais trouvés à s’accrocher ailleurs que dans ma détestation. Ca m’a pris tant de temps que j’en perdais régulièrement le goût.

Et les mots toujours venaient, insatiables, incomplets, par bouts, jetés dans des centaines de carnets… rien ne se tenait et tout faisait corps. Un corps informe, massif, désespéré, toujours plus lourd, si mal nourri, dans la rage et le silence, les mots se sont taris.

Ils étaient pauvres à nouveau,  pauvre de moi, ne m’intéressaient plus. Je ne vivais pas le monde, je vivais de mots, ceux que je fabriquais, et de luttes… contre quoi ?

Contre ce que je fuyais, contre une appartenance, pour une liberté que je ne trouvais nulle part. N’étant pas de ce monde, comment pouvais-je y trouver une liberté ?

 

 


Katica Kulavkova – troisième soleil


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photo:  enggul

 

 

Troisième soleil : Leo
– rising sun –

A qui confies-tu les cadenas, père ?
A qui les symboles ?
Remémore-toi :

Il est mauvais le destin du Suprême
et le lever est nocturne.
L’étranger profitera
de la générosité du ciel
entrera par des portes souterraines
et nous aspergera de venin
Scorpius-Ophiucus.
Mort prolongée.

Fais une offrande
antidote
accorde-nous une parole vive.
Venge le trône de la liberté
apaise la passion de Vénus.
Que le pécher nous réchauffe.

Mouille avec ta langue le fossé
entre l’index et le pouce
ce monde-pour-soi
cette force invisible
l’amour-pour-l’amour
rien d’autre.

 


Pierre Autin-Grenier – Toute une vie bien ratée ( extrait )


image - montage  perso  juillet 2015

image – montage perso juillet 2015

 

 

C’est bien parce que j’avais encore tout l’après-midi devant moi pour ne rien faire que je me suis laissé doucement glisser
dehors tel un oursin se détachant de son rocher pour s’en aller vagabonder au gré des flots.

Toujours il pleuvait à verse.
Mais je préférais me faire saucer jusqu’à la moelle plutôt que m’esquinter l’âme à trimballer un parapluie ; n’ayant nulle
part où aller, peu m’importait d’y arriver mouillé et je gardais ainsi entière ma liberté.

Des idées un tantinet loufoques, inscrites à la craie dans ma folle cervelle, commençaient à se diluer sous cette bouillabaisse tombée des nues et me ruisselaient maintenant le long du cou jusqu’à me faire frissonner l’échine d’insouciance et de volupté.

La pluie faisait flicflac au-dedans de mes souliers et ce curieux clapotis, aussi bizarre que cela puisse paraître, s’accordait bien aux petits morceaux de Bach qui parfois revenaient violoner dans ma tête.

D’un trottoir l’autre, plus j’avançais dans la journée, plus je
trouvais que mon système de me laisser flotter était parfaitement au point et l’ivresse du vide qui s’ensuivait vraiment me
comblait au-delà de toute espérance.
Quand j’ai regagné mes pénates et que j’étais à tordre pire qu’une serpillière, je me suis un bon moment senti un peu poète et cette étrange impression m’a rendu le coeur léger au point qu’il ne m’a pas paru utile d’user mes forces et mon temps à me sécher.

J’ai simplement ouvert large la fenêtre pour laisser pénétrer les senteurs du soir, si particulières quand la terre est trempée, et ça faisait comme un parfum de pétunias relevé d’une pointe de pivoines ; ce mélange m’a semblé tout à fait propice à encore naviguer à la godille et rêvasser en diable jusqu’à nuit tombée. Ce que j’ai fait, mon Dieu, sans trop de difficulté.
C’est quand le sloughi de la voisine s’est mis à hurler à la lune que la pluie soudain a cessé. Je me suis posé sur l’appui de la fenêtre, les guibolles ballant dans le vide, et dans le ciel des étoiles à tire-larigot me faisaient des clins d’oeil complices et les constellations, la Grande Ourse et le Dragon notamment, des petits signes amicaux.

J’ai trouvé ça plutôt encourageant.
Je venais d’échapper toute une journée à l’industrie, je m’étais soustrait des secondes, des siècles, aux soubresauts haineux du monde ; au mitan de ma vie j’avais en somme apprivoisé pour moi l’idée simple qu’il n’est pas plus mal d’avoir tout raté.

Ce n’était pas rien ! Je suis allé me coucher, flottant toujours et bien fatigué.            Comme tout le monde.


Rêves d’Amérique – ( RC )


Peinture à l'encaustique: Jasper Johns - drapeau blanc

Peinture à l’encaustique: Jasper Johns – drapeau blanc

C’est une image que colporte le rêve :
C’est  toujours mieux  ailleurs,
Alors…
Tu as rêvé de l’Amérique,
Comme tant d’autres ,

parcourant les mythes,
et celui, bien entretenu,
de la géante de cuivre,  
portant haut la flamme, et ceinte,
Comme pourraient l’être ceux qui s’en réclament,

D’une bannière  aux multiples  étoiles,
Etoiles blanches  sur un bleu profond,
parfaitement alignées,
comme les  tombes, dans les cimetières de la liberté,
des soldats ( américains, justement).

« America, America » d’Elia Kazan,
révèle le parcours de l’immigrant,
prêt à affronter  tous les obstacles,
pour réaliser son rêve, qui coïncide aussi
à la perte  de son identité,  

parti pour un voyage  sans  retour.
Vivant de l’intérieur la sensation de déracinement
malgré son  désir d’appartenance .
Les hommes  qu’on croise,
n’ont plus le visage des conquérants.

Seul le commerce porte à le croire :
Ils ont les paupières lourdes ;
Ils ont englouti leur passé,
Et n’ignorent plus que ,
sur la bannière,

Les bandes rouges peuvent être aussi,
Un chemin de sang,
Comme l’a été celui de millions d’hommes,
Importés  comme esclaves,
Il n’y a pas si longtemps.                   

peinture & sérigraphie: Andy Warhol

peinture & sérigraphie: Andy Warhol

Tu as rêvé  d’Amérique,
Mais les  étoiles  ont pâli,  
Et le ciel est sale.
La liberté  tant vantée,
( surtout celle  de faire de l’argent, )

Se mesure à leur poids  de dollars
Où rivalisent  ceux  qui ont réussi.
C’est une partie de  l’Amérique qui fanfaronne,
qui joue de sa sur-puissance,
et va guerroyer au Viet-Nam, ou ailleurs.

Mais il y a l’autre côté, qui étend ses bras de pieuvre
Le côté plus obscur, celui
des  « raisins de la colère »,
Celui des hommes meurtris,
Dont on ne parle pas .

Eux connaissent  l’Amérique  de l’intérieur,
Et leur  destin empêché les enfonce
dans la catégorie des « loosers »  :
Leurs  songes ne sont pas les mêmes… ;
Les étoiles se sont changées en pluie  de larmes…

Ainsi ,  tu ne rêves  plus  d’Amérique ?

 

RC – juill 2015

 


Hommes ingénus – ( RC )


a

Aquarelle  –  Andrew  Wyeth  de la  « suite  Helga  »

 

Si le ciel t’est tombé sur la tête
Cela a dû faire dégoulinade
Il a joué les trouble fêtes
Avec tes cheveux libres , en cascade

Et comment de même, les condamnés
D’une errance passée, trépassée
Peuvent laisser passer l’orage d’années
Et utiliser, de ce qui leur reste amassée

Du sentiment de liberté retrouvée , comme
Aux portes ouvertes sur l’espace inconnu
D’un temps qui a coulé    sans eux,   hommes
Mis entre parenthèses,   quelque part ingénus

6 nov 2011

 


Tomas Tranströmer – Voyez cet arbre gris


peinture: Paul Cézanne

                                 peinture:               Paul Cézanne

 

 

 

 

Voyez cet arbre gris.

Le ciel a pénétré par ses fibres jusque dans le sol –

il ne reste qu’un nuage ridé quand la terre a fini de boire.

L’espace dérobé se tord dans les tresses des racines, s’entortille en verdure.

– De courts instants de liberté viennent éclore dans nos corps,

tourbillonnent dans le sang des Parques et plus loin encore.

 

 

 

——————————


Adriana Mayrink – Le cri est tenu d’être muet


art 292

Photo     : James Balog-

Et les mots remâchés et ingérés.. Et avec cette liberté
pleine d’expression, les mouvements d’une pensée,
qui vont et viennent, volcaniques.
D’être , de penser et d’exister, …

( traduit du brésilien – RC)

 


Miguel Veyrat – Ouverture


photo: Toni Meneguzzo

 

 

 

 

OUVERTURE

brève aurore ,
parole diaphane
née du silence

Dans une faible lueur
ressuscite mon sommeil
effrayé de la liberté 

Pour  vivre
Je vais te mettre nu
pour écouter ma mort

APERTURA

Brevísima aurora
diáfana palabra
nacida del silencio

En tu débil resplandor
resucita mi dormida
asustada libertad

Para que vivas
te pondré desnuda
a escuchar mi muerte

© Miguel Veyrat ( “La voz de los poetas”/ “Libertad”- “Calima” 2002)

 


Gustave Courbet – Celui-là n’a jamais appartenu


celui-là n’a jamais appartenu

Par cgat

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Quand je serai mort, il faudra qu’on dise de moi : celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n’est le régime de la liberté.

« Lettre ouverte de Gustave Courbet refusant la Légion d’honneur » (Le Siècle, 1870)


Une « Marianne » de Lichtenstein- ( RC )


photo Yannick LeGoff: Lichtenstein,  tête à l'ombre bleue

photo Yannick LeGoff:         Lichtenstein, tête à l’ombre bleue


Tes yeux se posent sur moi,

Mais ne regardent pas,

Ou alors loin, si loin,

.. Tête de mannequin,

Avec blonde tignasse, et ta trombine,

Tu fais une nouvelle Marylin…

Mythe entêté,

Statue de la Liberté,

Attendre que le temps passe,

Et faire du sur-place…

Ne reste pas seule ….Pénélope

Aurait pu être l’icône du « pop »

En un coup d’avion,

Tu sauras, (belle comme un camion ),

Te faire encore plus belle,

Que les tours jumelles …

Produits exportés,

Ambassadrice de beauté,

A franchir les douanes,

C’est pour nous, bientôt , Marianne

Figure que berce,

Le génie du commerce,

Fée des filles, sortie de BD,

Icône de musée,

Pop-art leggins

Parée, cosmétiques,

D’airs d’outre-Atlantique,

Figure héroïque

Moulée en plastique

Cette statue en résine,

J’en sais l ‘origine,

De la peinture, l’emphase,

Et elle, de ses cases,

D’un art devenu académique,

Qu’est devenue sa critique ?

D’une société, vantant sans passion,

Les objets de consommation.

Même sans phylactères,

Elle ne fait pas mystère,

De l’art d’Amérique…

>     Qui sent aussi le fric .

RC – 26 aout 2013

peinture:         Roy Lichtenstein,    coup de brosse jaune.    Metropolitan Art Mus NYC  1965


Yahia Lababidi – nuages


pastel  Eugène Boudin,  estuaire  en Bretagne

 

 

nuages

pour trouver l’origine,
retrouve ses manifestations.
Tao
Entre être et non-être
il y a à peine
ces voiles de l’eau, de la glace, de l’air –
Indifférent dériveurs, errant
élevés sur la liberté
des sans-abri
glissant, agités
comme des fantômes, rampant à travers la matière
par bouffées et volutes
Prêtant un air enchanteur ou menaçant
ombres lumineuses ou coulantes,
filtres ambivalents de la réalité
Léguant des couronnes, ou des
voiles de modestie aux grandes beautés naturelles
comme aux sommets des montagnes.

Parfois simplement accrochés là
D’un air d’art abstrait
à l’air libre
Une animation suspendue
continuellement à se contorsionner:
Des grandes baleines du ciel, maintenant, calèches
Des formes de pensée qu’on ne peut punaiser,
ponctuant la phrase sans fin du ciel.

—-

Clouds

to find the origin,
trace back the manifestations.
Tao

Between being and non-being
barely there
these sails of water, ice, air —
Indifferent drifters, wandering
high on freedom
of the homeless
Restlessly swithering
like ghosts, slithering through substance
in puffs and wisps
Lending an enchanting or ominous air
luminous or casting shadows,
ambivalent filters of reality
Bequeathing wreaths, or
modesty veils to great natural beauties
like mountain peaks

Sometimes simply hanging there
airborne abstract art
in open air
Suspended animation
continually contorting:
great sky whales, now, horse drawn carriages
unpinpointable thought forms,
punctuating the endless sentence of the sky.


Armen Tarpinian – La vérité du cygne


L’horizon est un mot qui sans cesse s’invente,
Une source où la soif rêve de s’étancher mais qu’elle éloigne.
Cygne, sur la mer libre entraîne la pensée !
Qu’elle apprenne l’amour comme un seuil tracé dans le repos du temps.
Et l’horizon bu, dépassé, les yeux fermés.
Miroir à notre cœur, ta liberté nous engage.

Exode ( RC )


population en exode – Syrie

Exode, et
Les saisons  qui blessent….
–        Dirigeants et chefaillons
Empereurs, colonels, et dictatures
Jettent sur les routes,
Pour la gloire des conquérants,

Des colonnes de fuyards
N’emportent  rien,
Ou si peu de choses,
Quelques effets,
Valises entrechoquées
Vieux matelas enroulés

Quand la route est longue
Le chemin vers la liberté
Traverse villages incendiés
Véhicules renversés
Et les lieux marqués par l’hostile
Où chacun marche pour une survie.

Bien sûr il y a d’autres pays
Au-delà des montagnes
Mais est encore si ténu,
–       Le fil que l’on espère
suivre, au-delà des frontières
Vers des ailleurs qui rient…

Et le vaste océan
Si vaste qu’il promet
Au-delà des tempêtes,
Que l’histoire prenne une autre couleur
Même s’il faut couper ses racines
Perdre sa langue pour une autre.

Et poursuivre sa quête,
Hors de soi-même    –  en exode .

RC    – 6 février 2013

peinture Sigmar Polke, ss titre 1999


Ernest Pépin – Le vent m’a demandé


Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de vents et de mers enchaînés
Une histoire de caravelles et de bateaux négriers
Une histoire d’îles volées et de cimetières d’eau salée

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de cannes et de jardins créoles
Une histoire de maîtres et d’esclaves tourmentés par l’histoire
Une histoire des couleurs du monde
Une histoire de peuples qui déménagent les greniers du monde
Une goutte d’île dans l’histoire des continents

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de crabes amarrés et de liberté
Une histoire des droits de l’homme et de femmes violées
Une histoire de citoyens à part
Une histoire d’îles à part

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de révoltes et de nègres marrons
Une histoire de langue que j’ai inventée avec des restes de langues et des étincelles de mer
Une histoire d’épices et de cuisine créole
(Toute chose brûlante au midi de la faim)
Une histoire de femmes sans ailes et d’enfants arc-en-ciel
Une histoire d’êtres humains à réinventer

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
C’est une histoire de salaisons
Une histoire de rhum et de sucre amer
C’est une histoire de marchandises importées et d’idées toutes neuves
Une histoire de cyclones
De mémoire de volcans
De gens contrariés
Une histoire d’île en somme
Qui cherche son chemin sur la carte des oiseaux-malfinis

Le vent m’a demandé
Quelle est ton histoire
J’ai répondu
C’est l’histoire d’un vent fou de colère contre des siècles d’histoire

Querbes, le 07 août 09.

 

 

D’autres textes  de E Pepin,  sur  « recoursaupoème »


Aron Kibedi – beauté nue vérité nue ( d’être mot )


 

montage et photos RC

 

 

 

 

 

beauté nue vérité nue pauvreté image des excès rebelles opiniâtres

corps faux-semblant faux-semblant de l’esprit de l’existence images

hypostases du nom précis de falsification des images débauche

monotones des manuels utiles et des pronoms  il est question de noms

prénoms dans l’ordre la harpe de David le coursier du grand Alexandre

les soldats de la liberté devant le peloton d’exécution

le domestique déchiffre une lettre la cornue détrousse l’énigme

le copiste a pour vie le silence  la figure est belle mais plus encore

l’infigurable pourvoit les jours sous le nom dissimule la beauté sa misère

 


camisole ( RC )


Ouvre donc ces portes  , que le vent  s’engouffre

Qu’un peu d’air glisse  sur  ces carreaux lisses  !!

Que je sente  un peu du dehors  les bruits qui frappent  !!

Un peu au mur de la vie, celle qui est à l’écart…

 

Ouvrez donc un peu, que mon regard  franchisse

La salle, et les couloirs,  et les carreaux blancs encore,

Il y a trop de monde dans ma tête qui se heurtent à ces murs blancs.

 

A ce monde préservé, sans aménité.

C’est d’un neutre,  cette absence, en blanc,

Cette perte de fantaisie, de vie, de chaleur

 

C’est peut-être  tout ce blanc, pour mieux  repérer mes cris, la solitude  qui se blesse aux arrondis de chromes.

Qui se répercute aux fenêtres hautes, garnies de grillage fin,

pour l’oiseau en cage.

C’est aussi pour me maintenir là,

Sur place, immobile,  maintenue par des épingles  sur  un socle, comme les papillons.

 

Les échos des voix des infirmiers  me rendent plus atone que leurs piqûres, et les grands  couloirs.

Récurés journellement  à renfort de  désinfectant.

Drôle  de vie que celle, empêtrée dans  du blanc, du blues blanc plein les dents,

 

Et ma tête qui cogne, si loin de cet endroit, où seules les hirondelles  me font signe,

Rayant la fenêtre haute, à coup de liberté.

Isolée dans ma camisole.

 

 

RC  – 4  juillet  2012

 

 


Jean-Marc La Frenière – Difficile


peinture: Sean Scully 2002 –mur de mer  ( commme quoi  tout  n’est pas blanc ou noir..)

Après mon post  « facile »… , voila  l’inverse

Difficile

Difficile d’aimer l’homme en treillis de combat, la fillette en poupée, le môme qui fait l’homme. Difficile d’aimer l’homme quand il compte ses sous, tuant l’air qu’il respire, saccageant la forêt, affamant l’océan, mettant l’espace en carte et l’espérance en berne.

Difficile d’aimer l’homme quand il lance des pierres au lieu de caresser, transformant la terre des ancêtres en cimetière d’autos, l’œuf de Colomb en grippe aviaire, l’herbe folle en vache folle et les bonhommes de neige en oxyde de carbone.

Difficile d’aimer la femme grimpant l’échelle sociale sur la hauteur des talons et l’échelle d’un bas, transformant la caresse en argent, le cœur qui pique en château de cartes et le sexe en tirelire.

Difficile d’aimer l’acteur quand il renie Gauvreau pour jouer le bleuet dans un bol de céréales, le peintre quand il peint avec un signe de piastre. Difficile d’aimer Dieu transformant l’air en or, la prière en pétrole, la sourate en diktat, l’espérance en djihad, la caresse en enfer, le visage en burqua, le missel en mitraille et la marelle en roulette russe. Le temps se perd dans le zapping, l’espace dans le zoom.

La force de la poésie est dans sa liberté. Elle préfère les faux pas aux bêlements des foules. Enfant impitoyable, sa rectitude se tient debout entre ses lignes, loin des lignes de parti, des lignes éditoriales, des lignes de montage, des lignes blanches et des colonnes de chiffres. L’âme est trop grande pour le corps. Le ciel doit descendre manger les pissenlits par la racine.


Raôul Duguay- l’île


Christo & Jeanne-Claude Ile entourée... projet dessiné

L’île

Il y a si longtemps que j’ai bu à l’amour
Coulent et coulent les jours
En attendant sur l’île de ma vie
je vide la mer dans un grand verre
Je la bois je pense que c’est toi
qui pleut de mes yeux une peine infinie
sur l’île de ma vie

Il y a si longtemps que je t’écris sur le sable
les mots les plus aimables et qu’efface le vent
Graverai dans la pierre la forme de ton corps
M’endormirai encore en chantant la prière
que tu reviennes un jour sur l’île de ma vie

On aura tout le temps de devenir des enfants
des amants de l’amour à tout moment
sur l’île de la vie
Nous réapprendrons la magie
le pouvoir de vivre transparents
dans la vérité et dans la liberté
sur l’île de l’amour

–  voir  le site  du compositeur  chanteur , écrivain,  québécois              Raôul Duguay

 

( qui m’a précisé  que ce texte  était celui d’une chanson, avec la musique de Guy Richer).

 

 

Christo & Jeanne-Claude: île entourée, réalisation: photo National Geographic


Liberté et langue de bois (RC)


image: montage perso

 

Le paradoxe de la liberté
C’est de vouloir la regagner

Mais qui a dit qu’on l’avait une fois gagnée?
Ou si on en a l’idée, seulement en petite quantité …

Elle est effectivement délimitée
En actualités et calamités

Et quand on la saisit, c’est de joie
— et quand on la perd, nous sommes aux abois

Aussi tant que peut se faire
Ne pas en faire de mystères ( ni se taire)

C’est l’inverse des politiques et rois
Oui, justement, les grands discours en langue de bois

Une langue ,où parler équivaut à ,ne rien dire
– je préfère dans ce cas un concert de poêles à frire

Et garder la liberté de penser… plutôt que celle, mitée
Des discours des phraseurs (tout en habiletés )

Car même en captivité , l’esprit humain s’échappe
Les colombes volent, et personne ne les attrape

 

RC  11 avril 2012

 


Rien, et si peu (RC)


Photo S Expilly

 

 

On est un rien, et si peu de chose
Aux pétales engourdis, mon amie la rose.

Au froid qui pénètre ta demeure
Les saisons ont basculé leur heure

Et semblé oublier jusqu'au souvenir d'été
Et voilà figé en liberté

Le buisson de fleurs qui fane
Mais dont l'odeur encore émane

A mordre la griffe du destin
C'est attendre le lendemain

Les fruits de l'aubépine
Graines de nouveau, sans épines

Qui guettent par essence
De meilleurs temps, la renaissance.

Tu n'es rien, mais , tout, hors de la glace
Volant toujours, avec le vent en face

A ta chanson , à ton refrain
C'est du printemps attendu, le regain,

Dont je me fais porteur, léger décalage
A tes rimes, parfums de roses - et davantage (s).

 

–RC   le 31/01/2012

 

en écho  à

http://pantherspirit.centerblog.net/91-Juste-une-Chanson–Juste-un-Refrain

 

gravure: Jacques Villon