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Toi qui vins de bien loin – ( RC )


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Toi qui vins de bien loin,
le vent derrière ton dos,
et les gestes d’écume,
as-tu marché sur l’eau,
les pas aussitôt effacés par les vagues

ou es-tu née d’une conque,
comme la Vénus de Sandro,
célébrant la venue du printemps ?
Enveloppée de ciel,
les nuées en robe vaporeuse

en as-tu repoussé les limites,
replié les courbes de l’espace ,
fait de la mer ton berceau ?
Toi qui vient de si loin
et qu’on n’attendait plus…

RC – juill 2018


C’est pour celà que tu l’as reconnue – ( RC )


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Que se passe-t-il, une fois retraversé le temps ?
Ou plutôt que le temps nous ait retraversé.
Tu as enfoui dans ta mémoire un évènement
vécu dans ta jeunesse… oh, rien de spectaculaire :
une impression, un bruit, une odeur , une image.

Et tout cela s’est transformé en une petite boule invisible,
une graine, comme il doit y en avoir tant d’autres.
Puis un jour tu es revenu au même endroit,
et ces impressions, ces odeurs, identiques
sont venues te traverser, comme si tu étais passé
de l’autre côté d’une surface, qui serait venue
s’interposer, entre ce que tu étais
et ce que tu es aujourd’hui.

Tu saisis une limite mystérieuse,
qui n’a pas de consistance,
encore moins que celle du tain d’une glace
où tu sembles regarder un autre toi-même
avec lequel tu serais prêt à dialoguer.

Bien entendu, d’autres morceaux d’existence ,
d’autres graines seraient prêtes à éclore,
si les circonstances s’y prêtent…
en fait il suffirait de plonger au plus profond de soi,
que l’espace qui nous en sépare se dissolve .

Çà peut arriver. C’est une sorte de réminiscence,
qui franchit des limites mystérieuses.
Mais plus encore, quand ces impressions,
une fois exprimées, sont aussi partagées par d’autres .
comme si elles n’avaient plus d’hier ni demeure ,
comme si on passait en-dehors de notre enveloppe,
à travers soi, pour rejoindre l’autre personne :
elle a peut-être vécu sur un rythme aux phases identiques

quelque part, elle s’est égarée dans les mêmes labyrinthes.
C’est pour celà que tu l’as reconnue.


RC – avr 2017

 


Sirènes de Syrie – ( RC )


https://i1.wp.com/i.imgur.com/RqfVNwZ.jpgpeinture  S Dali

 

Plantés au sommet du toit
des oiseaux noirs
figés dans la cendre
interrogent les limites d’un monde
où le ciel manque aux  disparus

La télé bégaie
des programmes identiques,
que personne ne regarde plus,
et la belle  saison ne fleurit plus :
mutante, en   couleurs acides,
sur-saturées.
Les girafes sont  en feu,
coincées sur l’horizon,
encombré de flocons noirs,
du cri des sirènes métalliques.

Ce ne sont pas celles
qui charmaient les marins de l’Odyssée.
Ou bien la traversée du temps
a transformé la légende
en autant de paroles vénéneuses.

Malgré l’odeur persistante du chlore,
des araignées voraces
étirent leur toile,
et se nourrissent des corps brûlés
abandonnés dans les rues.


RC –  avr 2017


Confrontés à la matière, même… – ( RC )


 

photo Martin Pierre –                   falaises du Vercors

Confronté à la matière même,
il y a toujours cette  opposition,
ce défi qu’elle  nous propose,
en particulier quand les dimensions font,
qu’il s’agit d’un obstacle.

Comment  traverser  l’obstacle,
comment s’y appuyer,
le palper, en jouer , comment en tirer parti,
pour essayer de surpasser ses propres limites
( les nôtres  et les  siennes ).

Mais la matière est.
Elle  s’impose.
Elle n’est jamais  vaincue,
De par sa continuité, son existence,
de son inertie même.

Qui ,  des navigateurs,    se sont  risqués  sur la mer ,
en tablant sur  des vents calmes,
des oracles  favorables,
n’ont pas oublié les dangers qu’elle  recèle,
et leur sillage       n’a pas  laissé  d’empreinte .

Quand je vois le trapèze hautain de la montagne,
sa face  bleutée parcourue  d’ombres,
striée de troncs d’arbres,
la pente est toujours là .  Elle  s’oppose de le même façon,
même  si je l’ai franchie hier .

Quand  j’établis un itinéraire  sur la carte,
je sais que des détours  s’imposent,
qu’il me faudra contourner les précipices,
et  emprunter obligatoirement, les quelques ponts
jetés  au-dessus  de la rivière.

Supposons  que je doive franchir un désert,
c’est  toute une stratégie à mettre en place,
pour qu’on puisse s’assurer de subsister
matériellement,       pas seulement question climat,
mais en anticipant sur l’imprévisible…

Quelles  que soient les heures et moments,
ce qui a été  hier, est encore là aujourd’hui.
Ce n’est pas une  vue  de l’esprit,
Et justement,         par son essence même,
la matière impose sa masse par rapport  à l’abstraction.

C’est un corps,  un vrai corps,…. sur lequel on habite.
Il se manifeste de toutes façons,
Même  de la façon la moins perceptible
Comme  s’il déguisait, selon les  circonstances,
Sa façon d’être…

Il affirme  obstinément sa présence.
Ce corps  est matière, et se rappelle  à nous.
C’est  en quelque  sorte une partie  de notre existence  .

RC-  juin 2015

(  texte  né  de la  confrontation  avec des  écrits  de Claude Dourguin,  dont  voici  deux  courts  extraits ).

Les pins reviennent, clairsemés, avec leurs branches irrégulières, mal fournies, leur port un peu bancal qui
témoigne assez de ce qu’ils endurent. Nul tragique, pourtant, ne marque le paysage, entre conte et épopée
plutôt la singularité des lieux soumis à des lois moins communes que les nôtres, obligés à un autre ordre.

Chaque arbre tient à son pied, qui s’allonge démesurée et filiforme son ombre claire, grise sur la neige. Ces grands peuplements muets et fragiles d’ombres légères comme des esprits, le voyageur septentrional les connaît bien, une affection le lie à eux. Il traverse sans bruit leur lignes immatérielles dans le souvenir vague, qui les fait éprouver importunes, grossières, de la densité, de la fraîcheur, de l’odeur terrestre ailleurs, sur quelque planète perdue.

La contemplation de la montagne implique une intériorité plus grande que celle de la mer…. /…

C’est toute une trame narrative, avec ses anecdotes en sus, le passage d’un bateau de pêche, l’apparition d’une  voile là-bas, le train des nuages au ciel, qui se met en place. La montagne, elle, souvent déserte, immobile ne connaît que les modifications de la lumière, beaucoup moins rapides sous les climats qui sont les siens.


Dans l’armoire secrète de nos corps – ( RC )


photo: Désirée  Dolron

photo:            Désirée Dolron

 

 

 

 

 

 

 

L’harmonie de nos matières, nous fait intégrer dans l’armoire secrète de nos corps, toutes nos fragilités, et certitudes.

Parfois sous forme d’une pierre rugueuse, parfois, la corolle fragile d’une fleur rebelle, parfois le coffret étanche d’une boîte où rien ne semble pénétrer .

C’est un paysage intérieur, qui se heurte à des parois,

Mais qu’on ne peut pas voir, percevoir clairement.

Peut-être parce que j’en ai perdu les origines, l’explication propre à ma présence en ce monde .

De l’extérieur me parviennent les cris d’amour des vivants,

les mines profondes, les pays ravagés par la guerre,

les chemins hésitants ou les rails brillants à travers la nuit .

 

Il est difficile de saisir où tout cela mène , car cela s’est construit sans moi ;

et beaucoup de langages se croisent

sans que j’en connaisse le langage et les intentions .

 

D’autres ont leurs certitudes, leur passé, et poursuivent leur aventure, se confrontent à la souffrance, à la joie  :

Ils se côtoient, dans un temps commun,

sans forcément disposer librement de leurs destinées .

Celles-ci se croisent, se confrontent, se combattent, sous des auspices contradictoires.

Eux non plus n’ont pas d’explication de leur présence en ce monde .

Ils essaient de l’exploiter à leur bénéfice, de façon détournée, comme des contrebandiers .

Mais, malgré les apparences, sont toujours dans l’armoire secrète de leur corps, de leurs croyances, et de limites invisibles ;

Celles-ci se déplacent avec eux, car ils les portent en eux, , comme une ligne d’horizon,

avec le mystère prolongé de leur origine, qu’ils ne peuvent pas atteindre .

RC – nov 2014

 


Suivant les points de suspension (RC)


photo: coucher de soleil sur le Pacifique archives NASA


…… Suivent les points de suspension , tout s’exaspère et tourbillonne

Dans le bocal de l’univers, les atomes se contournent,

les galaxies se font tourbillon, et belles dans leurs robes d’étoiles…

De voies lactées en vraies laitances, la toile des possibles est encore à peindre,

la buée devenue eau sera-t-elle bue par celui ou celle qui veut la boire ?

.De cette eau, de ce lait tu t’en nourriras, tu enfanteras ce que tu n’avais même pas imaginé, tu écriras ce que nul autre n’a écrit,

.

Ce qui reste, est un vaste, ce qui reste sera pour toi !, —– ce sera toi !

Tu traverseras un espace sans limites, ce mondes des possibles, tu seras toi même univers…
tu l’es déjà… si tu te vois positive… (points de supension)..

RC  24 mai 2012  (  reprise  de juillet 2011)


Eugène Durif, – L’étreinte, le temps 01


Eugène Durif, plus connu pour  sa production de dramaturge,  est aussi l’auteur  de ce texte poétique  que je décompose  en plusieurs parties

 

 

 

 

Le chemin descendait suivant la voie ferrée,

le jardin n’avait pas de limites,

caténaires à fond perdu.

Cela sous le regard,

images abandonnées,

bleu-nuit dans l’absence.

Etait-ce toi près de cette bâtisse

et l’haleine de l’ aube sur tes lèvres,

des caresses échangées furtives