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Francis Carco – Six heures


 

Villa Torlonia, Fountain  1907.jpg

peinture:  J S Sargent  1907   Villa Torliona

 

Six heures, c’est la paix des grands jardins fleuris
Que la pluie a mouillés de l’odeur des lavandes,
Tandis que je m’accoude à la fenêtre grande
Ouverte et que, distrait et rêveur, je souris.

Des prêles vaguement luisent dans l’herbe humide
Où rôde la senteur fraîche des foins coupés,
Les premiers. C’est le grand silence et c’est la paix
Qui rêve au cœur des fleurs et des bassins limpides,

Dans les branches se sont blottis les rossignols :
Le crépuscule bleu descend à fleur de sol
Dans tout ce bercement de choses apaisées

Cependant qu’avec des paresses, des douceurs,
Pour veiller ce jardin, comme de grandes sœurs,
Des lampes, gravement, s’allument aux croisées.

Francis CARCO « Poèmes retrouvés » in « La Revue de Paris », 1927


Les pensées qui tanguent ( RC )


art: Brice Marden, montagne froide - 1991. huile sur toile

art:          Brice Marden, montagne froide – 1991.   huile sur toile

Les pensées qui tanguent s’entremêlent de rêves;
Ce que tu écris, – les échos de sève –
Portées de musique et les mots défilent
en constructions fragiles,
tendues en liens de dentelles,
comme deux plantes s’emmêlent…

Je ne sais distinguer de qui se débride,
De tes fièvres rouges ou paroles limpides,
Des mots jetés et paroles farouches…
A chaque arbre, ses racines,  sa souche…
Les plantes en symbiose sont en voisinage,
Et cohabitent sans se faire ombrage.

L’une , de l’autre ose aller plus loin
Vers la lumière, c’est donc un besoin
Toujours renouvelé
De la parole descellée,
A partager la soie et le satin,
Pour les draps étendus de beaux lendemains.

en dialogue avec Phedrienne
Le ruban de tes pensées m’obsède,
Déroulant ses volutes de neurones entêtants,
Passant, galonné de dentelles,
Ou crocheté de fièvres rouges,
Où flamboie la connectique
De tes contradictions majeures…..
J’y surnage, brassant de mes idées farouches
Ton alternatif courant,
Tanguant de satin en soie saumonée,
De coton dur en voile satiné,
Craignant de déchirer au tranchant de mes synapses
L’organza trouble de tes chimères osées…
Le ruban de tes pensées m’enlace,
Noue de ses ligatures serrées,
Un bout de mon cœur oppressé,
Liane mes caprices débridés,
Et dans cet entrelacement sauvage,
Douceur et rudesse mêlées,
Se tisse un dialogue endiablé !

voir  son   « Ruban »…

 

 


Cristina Campo – Sphère limpide


 

 

« …Ici le temps est une sphère limpide. Et la petite lune tourne tout autour d’elle. Moi j’ai réduit ma vie à ma chambre parce que tout mon travail est sur mon bureau et que tout cela s’agglutine au reste pour former le bloc de pierre qui ferme la caverne… »

« …Ce qui nous aide beaucoup, ce sont les oiseaux qui sont sur le pin, juste en face: merles, mésanges, passereaux, et autres espèces que je n’ai pas le temps de reconnaître. Le parfum du soleil, filtré par les aiguilles de pin, arrive jusque sur le lit en jouant sur les murs. Certains après-midi sont très beaux… »

« …Les longs bains au large vers 2 heures de l’après-midi, quand je retournais un instant vers le pédalo, mais uniquement pour y jeter mon maillot de bain…mais la mer – la mer lave de tout, croyez-moi… »

« …A Grottaperfetta j’ai vu des maisons roses, perdues entre les roseraies et les meules de pailles, avec de petits écussons sur les portes des écuries – des maisons où peu-être, pendant quelques années encore, les gens pourront se taire, lire, dormir – manger les saisons l’une après l’autre dans la saveur du lait, des légumes, du pain. Je rêve de rester sous l’un de ces écussons – de préparer pour vous de merveilleuses natures mortes… »


Café noir – ( RC )


photo: Giacomelli – Lucio Fontana

 

 

Le café tinte plus noir  qu’un prêtre,

La soutane donne une corolle sombre,

Sur la place,     les pavés blancs ordonnés

Se déplace,  l’envolée noire

( c’est un homme)

sur le parvis  d’une  église

Résultat de recherche d'images pour "mario giacomelli"

les pigeons noirs sont ses fidèles,

D’ailleurs,  s’il les nourrit, comme Saint-François

la messe pourrait être dite dehors

–  le temps  s’y prête –

( nonchalant )

Déjà, les  vélos sont de sortie,

Et de grosses autos noires.

C’est un matin à Catane,

ou un village  de Sicile…

La panetteria vient  d’ouvrir,

La manivelle et le rideau de tôle

dont le bruit répond aux cloches.

Le tourbillon du café dans ma tasse

Répond à sa cuiller,

Hommes portent chapeaux,

Femmes forment silhouettes,

Et s’affairent en noir,

Un ciel limpide  s’étire

Et prépare la journée,

Dans ma bouche, le souvenir serré

Du café du matin,

Et des photos de Mario…

Je repose ma tasse.

 

RC       –      8 septembre 2012   ( à partir  de « lecture » de photos  de Mario Giacomelli )

 

 

photographie: Mario Giacomelli


Marceline Desbordes- Valmore – le souvenir


peinture: Giorgio Morandi, nature morte 1936

Le souvenir

Son image, comme un songe,
Partout s’attache à mon sort;
Dans l’eau pure où je me plonge
Elle me poursuit encor
Je me livre en vain, tremblante,
à sa mobile fraîcheur,
L’image toujours brûlante
Se sauve au fond de mon coeur.

Pour respirer de ses charmes
Si je regarde les cieux,
Entre le ciel et mes larmes,
Elle voltige à mes yeux,
Plus tendre que le perfide,
Dont le volage désir
Fuit comme le flot limpide
Que ma main n’a pu saisir.

 

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) –

 

 

 


Soleils de nuit ( RC )


peinture:       Otto Mueller –         expressioniste allemand

Soleils de nuit

Poussés par nos pas alignés
Sur la crête de tant d’ années
D’errance et d’insolence
A ne pas voir les soleils de nuit.

L’acharnement du survivre
A la faim et tempêtes
De sable, aura obscurci le nôtre
Notre regard limpide d’enfant

Porté en revers décisif
Se heurtant aux filets du court
Ou sortant des limites étroites
Du terrain de vie, en jeu

Il nous faudrait l’oracle,
La chamane du destin
Jardinier de l’infini,
La tête satellite

Pour traduire
Les leçons à venir
Devin de l’histoire en marche
Et prévenir le parcours des astres

Arrêtant dans leur élan
La chute des sources
Réparant blessures et drames
Incendies ravalés et flammes

Et aligner dans le bon ordre
Les numéros de l’espérance
Pour qu’au ciel on danse
Et qu’on rectifie le passé…

Mais la joie d’être mortels
De macérer dans nos défaites
Et de toujours tenir tête
Interdit de relire le manuel

De changer de mode d’emploi.
A chacun       de porter sa croix
Il n’existe          aucun raccourci
Pour voir de plus près les paradis.


La plume vagabonde (1) – ( RC )


Rathava _       Musée des  Arts Premiers

Légendes peintes Rathava , Gujarat (ouest de l’Inde), créations contemporaines des Adivasi –                                                voir  à ce sujet le dossier  FlickR de Dalbera

Je ne souffre pas, à n'être qu'une plume
Dont une conscience torturée serait l' enclume

J’aime que sans effort, ma pensée vagabonde
Et que sous mes doigts cascadent et abondent

Images et strophes sans que je m’entête
A triturer des rimes laborieuses et courtettes

J’aime que la parole coule de source, limpide
et rapide, tout en fuyant l’insipide.

Que de l’intérieur je conserve le feu
Etincelles , idées et propos audacieux,

Sans m’acharner à coucher ma pensée
Aux contraintes et pas cadencés

J’aime des idées en liberté, le flux
Et ne m’accorde, que peu de refus

Mes mots leur en sont gré, en variété
Et j’aime leur dialogue, à satiété…

RC –   3-mars 2012

Et une « suite », autre  bien  que cela ne soit pas  conçu dans cet esprit, existe   avec la  « plume vagabonde 2 »


Cesare Pavese – Paysage VIII


Cesare Pavese – Paysage VIII

 

Les souvenirs commencent vers le soir

sous l’haleine du vent à dresser leur visage

et à écouter la voix du fleuve.

 

Dans le noir

l’eau ressemble aux mortes années.

 

Dans le silence obscur un murmure s’élève

où passent des voix et des rires lointains ;

 

Bruissement qu’accompagne une vaine couleur

de soleil, de rivages et de regards limpides.

 

Un été de voix. Chaque visage enferme

pareil à un fruit mûr une saveur passée.

 

photo personnelle, givre breton, 2008

Les regards qui émergent conservent un goût d’herbes

et de choses imprégnées de soleil sur la plage

le soir.

Ils conservent une haleine marine.

Comme une mer nocturne est cette ombre incertaine

de fièvres et de frissons anciens, que le ciel frôle à peine ;

chaque soir, elle revient.

 

Les voix mortes

ressemblent à cette mer se brisant en ressacs.