voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “linceul

Nuno Judice – Remords


Photo perso-2juin2013

Photo perso-2juin2013

Ce    sont des choses infimes :

Les fenêtres qui battent au vent,

Des suspensions de phrases

Dans le souvenir d’un désir,

Les cheveux dénoués

Quand l’interrupteur rétablit la lumière.

 

Mais c’est cela dont tu te souviens

Quand il semble qu’il n’y ait plus rien

Alentour de toi ; et la nuit

Qui pouvait t’envelopper

Dans le linceul froid du silence ultime

Oublie que tu existes.

Alors tu déroules les images à l’intérieur de toi

Comme si tu pouvais encore vivre

Chacune d’elles.

 

Tu ne dors pas :

Mais ce n’est que lorsque la lumière de l’aube

Te rappellera qu’il fait jour

Et que tes paupières seront lourdes comme du plomb

Que tu pleureras les heures blanches

Le goût acide du ressac

Et l’amour que tu as perdu

Dans l’hésitation d’une étreinte.

voir cet article  de François Weigel  sur Nuno Judice.


Lambert Savigneux – et mâcher la machette – Utopia –


Emily Kame KNGWARREYE

 

et mâcher la machette

quand la pression du monde est si violente, que sur les tempes le monde appuie avec des barres de fer qui écrasent la pensée même

est t »il simplement possible de vivre et qu’est ce vivre ?

se dire c’est dire je suis et faire abstraction de la pesanteur, se délaisser du monde qui enserre

prendre la plume et écrire deux mots semble impossible, étrangler dans les langes d’un linceul, se fait croire pour la vie

coupe Hohokam.  Arizona

coupe Hohokam.      Pomona Museum of Art    –   Arizona

 

 

UTOPIA

l’imaginaire est compressé, emprisonné dans une lente mort, les yeux eux mêmes ne voient plus autre choses que ce monstre qui  détruit,

l’autre, les autres car écrire cela n’est pas écrire

écrire c’est libérer l’étranglement, c’est desserrer l’étreinte

vaincre la mort et l’étouffement

rétablir l’équilibre et l’énergie,

asphyxié

rétablir l’équilibre, mentalement de sa place dans l’univers et ouvrir la main et relâcher un tant soi peu tout ce qui croupit dans cette tension de mare où pourrit la vie, délétère sous le couvercle d’une oppression qui empêche de respirer, inspirer et laisser aller le flot de parole garant de la vie

c’est l’imaginaire, cette porte ouverte, cette nappe intérieure d’où s’échappe le lotus

fleuri

pouvoir dire cela et ciller apercevoir un autre soi et se mettre à courir

56 EMILY KAME KNGWARREYE (c1910 – 1996). UNTITLED (ALHALKERE), 1995

 


André Velter – Marche d’approche


 

Isenfluh

 

 

 

Marche d’approche.

Bien sur j’irai seul
Affamé volontaire
J’irai pour te plaire
Serré dans ton linceul

Le sommet t’appartient
Au-dessus des alpages
J’atteindrai le nuage
Qui ne recouvre rien

Il n’y aura plus d’ombre sur la terre
le soleil sera peut-être entre mes mains
Ravivé
Avec moins de violence
Souverain
Sans impatience

Par l’altitude reconquis
par la solitude rappelé au désir
Comme le silence à perte de vue dans le bleu dans le blanc..

je lutte à armes inégales
Si peu familier des harnais et des clous
Des bivouacs en pleine paroi
Des réflexes d’insomniaque contre froid

la nuit l’horizon reste en coulisse
le ciel n’est pas le manteau espéré
Je joue à contre-emploi
Une pièce qui s’écrit avec les pieds
Mais sans renoncer à porter les mystères
Sans abandonner le souffle à la pesanteur
Sans craindre de déboucher hors d’atteinte
Un pas plus haut

Un pas toujours plus haut
Dans cette approche impossible
Qui passe de l’effroi à l’extase
Comme d’un réel à l’autre
D’un univers à l’autre
Et pour le même amour..

André Velter. « Une autre altitude »

extrait.. » l’ascension du Mont A n a l o g u e »


Marina Tsvetaieva – Interdit cet amour


Interdit cet amour, ô femme aimée, ;

Douce l’onde des cheveux et des fleurs.

Destin accompli, mystère — tes voies

Je ne les sonderai pas

Ô bien-aimée ! chemin de croix.

J’étais nu et tu m’as revêtu

De tes cheveux, une averse !

Et du flot de tes larmes

Je ne compterai pas les pièces ‘ Dépensées pour l’huile et le parfum, . . J’étais nu et tu m’as revêtu De la vague de ton corps, tel un mur.

De mes doigts je frôlerai ta nudité

Douce comme l’onde, fraîche comme l’air,

J’étais droit et tu m’as incliné,

Dans mon linceul enveloppé. Dans tes cheveux creuse-moi un lit Et revêts-moi de lin Qu’ai-je à faire de la myrrhe, Du linceul, des parfums ?

J’étais droit et tu m’as fait ployer,

Revêtu d’une averse de pleurs.