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Génie du verre ( RC )


Photo Anders Petersen:  tomorrow  started

Photo            Anders Petersen:           tomorrow started

Génie du verre

 

 

 

Il est un génie,
Qui surgit ,
Au fond  du verre de whisky,

Lorsque le froid descend,
Comme une  chape de plomb,
Sur la ville et le portrait de Marylin,

Se dopant aux amphétamines,
….Et la musique  titube,
Avec elle, se déchire,

La voix de Joplin,
( Janis pour les intimes )
Les cheveux sales au matin livide,

Les pavés retiennent encore la nuit,
Aux façades, les traînées de suie,
Les fils électriques, et leur calligraphie,

Une journée  va encore  brûler,
Les vêtements tremblants commencent à puer,
Et la bouteille est vide…

RC – 4 septembre  2013

voir  sur même thème cet article…

ainsi que le texte  d’Edith,  dont je suis parti pour  en faire  « l’écho »…

et mon auto-traduction…

Here is a genius,
That arises,
In the glass of scotch

When the cold descends
As a lead blanket,
On the city and the Marilyn’s portrait,

Doping with amphetamines,
And the music …. staggers,
With her, tears away,

The voice of Joplin,
( Janis for short )
Dirty hair in  livid morning,

The cobblestones still catches the night
Soot trails , on the facades,
Electrical cables, and their calligraphy,

A day will still burn,
Trembling clothes start to stink,
And the bottle is empty …

 

Résultat de recherche d'images pour "janis joplin portrait" Janis Joplin – dessin Cindy-jo Dietz


Dans la nuit livide ( RC )


photo : Tom Stanley Janca

Dans la nuit livide où je suis parvenu ,
sous le dais circulaire d’une terre,

Elle porte, en ses fantomatiques vergers .
La trahison du jour, ne laisse qu’un disque d’eau, mouvante
Cette chose sombre sans lumière pour l’éclairer
Capte cependant ma silhouette incertaine ,

A son bord, une sombre matière électrique
une chose

Grimaçait au fond de ma conscience,
m’appelait, tel un Narcisse des profondeurs

Et jouait de son œil vague, lassé d’un univers
d’où je n’étais, plus qu’un étranger à ma propre image,
Lassé des étoiles et des ailleurs

RC –  25 avril 2012


Luis Cernuda – La gloire du poète


photo:              Duane Michals

 

 

 

 

 

 

La gloire du poète

Invocations (1934-1935)

La gloire du poète

Démon, ô toi mon frère, mon semblable,
Je t’ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin,
Caché sous un nuage dans le ciel,
Parmi les horribles montagnes,
Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice,
Et tu blasphémais plein d’un ignorant bonheur,
Pareil à un enfant quand il entonne sa prière,
Et tu te moquais, cruel, en contemplant ma lassitude de la terre.

Mais ce n’est pas à toi,
Mon amour devenu éternité,
À rire de ce rêve, de cette impuissance, de cette chute,
Car nous sommes étincelles d’un même feu
Et un même souffle nous a lancés sur les ondes ténébreuses
D’une étrange création, où les hommes
Se consument comme l’allumette en gravissant les pénibles années de leur vie.

Ta chair comme la mienne
Désire après l’eau et le soleil le frôlement de l’ombre ;
Notre parole cherche
Le jeune homme semblable à la branche fleurie
Qui courbe la grâce de son arôme et de sa couleur dans l’air tiède de mai ;
Notre regard, la mer monotone et diverse,
Habitée par le cri des oiseaux tristes dans l’orage,
Notre main de beaux vers à livrer au mépris des hommes.

Les hommes, tu les connais, toi mon frère;
Vois-les comme ils redressent leur couronne invisible
Tandis qu’ils s’effacent dans l’ombre avec leurs femmes au bras,
Fardeau d’inconsciente suffisance,
Portant à distance respectueuse de leur poitrine,
Tels des prêtres catholiques la forme de leur triste dieu,
Les enfants engendrés en ces quelques minutes dérobées au sommeil,
Pour les vouer à la promiscuité dans les lourdes ténèbres conjugales
De leurs tanières, amoncelées les unes sur les autres.

Vois-les perdus dans la nature,
Comme ils dépérissent parmi les gracieux châtaigniers ou les platanes taciturnes,
Comme ils lèvent le menton avec mesquinerie,
En sentant une peur obscure leur mordre les talons ;
Vois-les comme ils désertent leur travail au septième jour autorisé,
Tandis que la caisse, le comptoir, la clinique, l’étude, le bureau officiel
Laissent passer l’air et sa rumeur silencieuse dans leur espace solitaire.

Écoute-les vomir d’interminables phrases
Aromatisées de facile violence,
Réclamant un abri pour l’enfant enchaîné sous le divin soleil,
Une boisson tiède, qui épargne de son velours
Le climat de leur gosier,
Que pourrait meurtrir le froid excessif de l’eau naturelle.

Écoute leurs préceptes de marbre
Sur l’utilité, la norme, le beau ;
Écoute-les dicter leur loi au monde, délimiter l’amour, fixer un canon à l’inexprimable
beauté,
Tout en charmant leurs sens de haut-parleurs délirants ;
Contemple leurs étranges cerveaux
Appliqués à dresser, fils après fils, un difficile château de sable
Qui d’un front livide et torve puisse nier la paix resplendissante des étoiles.

Tels sont, mon frère,
Les êtres auprès de qui je meurs solitaire,
Fantômes d’où surgira un jour
L’érudit solennel, oracle de ces mots, les miens, devant des élèves étrangers,
Gagnant ainsi la renommée,
Plus une petite maison de campagne dans les inquiétantes montagnes proches de la
capitale ;
Pendant que toi, caché sous la brume irisée,
Tu caresses les boucles de ta chevelure
Et contemples d’en haut, d’un air distrait,
ce monde sale où le poète étouffe.

Tu sais pourtant que ma voix est la tienne,
Que mon amour est le tien ;
Laisse, oh, laisse pour une longue nuit
Glisser ton corps chaud et obscur,
Léger comme un fouet,
Sous le mien, momie d’ennui enfouie dans une tombe anonyme,
Et que tes baisers, cette source intarissable,
Versent en moi la fièvre d’une passion à mort entre nous deux ;
Car je suis las du vain labeur des mots,
Comme l’enfant est las des doux petits cailloux
Qu’il jette dans le lac pour voir son calme frissonner
Et le reflet d’une grande aile mystérieuse.

Il est l’heure à présent, il est grand temps
Que tes mains cèdent à ma vie
L’amer poignard convoité du poète;
Que tu le plonges d’un seul coup précis
Dans cette poitrine sonore et vibrante, pareille à un luth,
Où la mort elle seule,
La mort elle seule,
Peut faire résonner la mélodie promise.

Luis Cernuda
(Traductions inédites de Jacques Ancet)

 

photo:            Matt Black          travailleurs immigrés     Fresno, California


Gerard de Nerval – Point noir


 

 

 

 

Le point noir

Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.
Ainsi tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.
Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !
Quoi, toujours? Entre moi sans cesse et le bonheur!
Oh !  c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur! –
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.