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Louis GUILLAUME – L’étoile


Anna Eva Bergman – 1986 –

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Tu es celle qui tremble et celle qui demeure.
Ta voix pleure et pourtant ta voix chante.
Tu es la pierre tendre où vient mourir la peur.
Une joie flotte.
J’écoute un sillage de notes .
Dans tes cheveux s’allume une étoile d’écume.
Grave
tu suivais des yeux les épaves
et tu tendais vers moi des mains de sauvetage.

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Poèmes choisis

ROUGERIE


Louis Guillaume – l’ancre de lumière


  

extrait de      "LA NUIT PARLE" (1961)

                                                                                           
  A Marthoune.

La mer semblait de pierre calcinée, mate et pourtant transparente et, à une grande profondeur, sur un lit de sable gris, je distinguais fort bien l’ancre lumineuse qui m’empêchait de dériver.
Il était seul, mon bateau, seul au milieu de l’immensité noire et, seul à bord, penché au-dessus de l’abîme, je ne quittais plus des yeux, minuscule et seule, elle aussi, dans le désert couvé par l’océan, cette croix de feu sous la courbe d’un sourire.
Et, à force de fixer sur elle mon regard, elle m’apparut comme un visage, comme ton visage nocturne, mon amie. –

montage perso

Les bras de l’ancre devinrent ta bouche, la tige dessinait la ligne de ton nez et le jas celle de tes sourcils. Si distant et si attachant, c’était bien ton visage qui brillait là-bas, qui liait ma barque à la terre malgré les ressacs et les courants, et continuait de veiller,
même lorsque je scrutais l’horizon.
— Lève l’ancre ! dit une voix soudaine.
Alors, tu poussas un cri si déchirant que je m’éveillai à ton côté.
Et notre lit tanguait dans l’ombre.


Louis Guillaume – Gentille abeille


Une abeille sur la main
Qui vient apporter du miel,

Une abeille du matin
Qui remplit son escarcelle,

Une abeille bien gentille
Qui pique mieux qu’une aiguille,

Une abeille qui travaille
Pour les garçons et les filles,

Une abeille cueille au ciel
Une goutte de soleil !

Louis GUILLAUME
« Au Jardin de la Licorne » (Delachaux et Niestlé)


Louis GUILLAUME – Ville haute


ALBERT MARQUET – Flood in Paris

Dureté du jour qu’aiguisait le soir :
le cri d’un enfant vibre au long d’un square.
On ne sait pas si c’est la vie, cette lumière,
ce mélange de boue, de pierre et de brouillard.
On ne sait plus si c’est la vie ou le reflet
d’une misère d’autrefois ou d’un rêve à recommencer.


Images de l’oubli, pâtés de sable,
un homme assis caresse un livre ouvert,
une statue soudain se mettait à danser.
Paris triste jusqu’aux soupentes
tordait ses cheveux dans le fleuve.
Aux morts qui garnissaient les bancs
souriait un petit enfant.


Dureté du jour isolant le soir,
les années se noient telles des étoiles,
toutes les péniches s’éteignent.
Auprès d’un vagabond un platane s’allonge.
Une chenille lumineuse
d’une rive à l’autre simule un diadème fugitif.

Image de l’oubli mêlée au sable,
tu peux ouvrir tes doigts obscurs,
plus un moineau ne s’en échappe.
Un vin de nuit coulait sur les comptoirs,
un cheval s’endormait au bruit de ses sabots,
une ombre au cœur de la mansarde
tissait des voiles de fatigue.


Pureté du jour quand le soir abandonne
son livre moisi sur les quais.
On ne sait pas si c’est du bonheur, cette attente.
Lorsque leurs mains se rejoignirent,
deux arbres crurent en mourir.
On ne sait plus si c’est l’amour, cette lueur
suintant au fond des cours.


Image de l’oubli dans la ville immergée,
les ponts sont lourds qui enjambent le noir.
Un enfant, du haut des étages,
poursuit le sifflement d’un train.
Le même ciel, le même vent, tous les oiseaux
jonchent les toits de leur poussière.
Paris sombrait chargé de calcaire et de brume.

Poèmes choisis

ROUGERIE