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Tristan Tzara – Le temps laisse choir de petits poucets


 

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    Alexandre Calder – composition au papillon

 

 

 

le temps laisse choir de petits  poucets derrière lui

il fauche les fines molécules sur les prairies  d’eau

il dompte les poches d’air  traverse leur jungle

il coupe le ver de  la vague et de chaque moitié

s’illumine un papillon

dans le volcan il se faufile le long  d’une note de

violon

il boucle le cours filant du verre  dans les fines heures

de transparence

là où nos sommeils bousculent la chantante nourriture

de lumière

 

 

L’Homme approximatif

Poésie/ Gallimard

 


Traces de l’or du temps – ( RC )


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J’ai cherché trop souvent
les traces de l’or du temps.

Un temps en éternelle fuite,
qui se pose sur les fleurs,
–      juste une légère trace :
de la lumière,         de la couleur.

Ce sont ces pépites
qui s’effacent
quand l’hiver les rattrape:

l’or du temps est insaisissable :
comme s’envole le sable
avec le vent

– qui ,      lui aussi ,      m’échappe…

RC – avr 2019

 

voir la phrase  d’André Breton  »    « Je cherche l’or du temps »

dont MChr Grimard  a fait cette variation

 


Adriana Mayrinck – Rideau de fumée


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photo Dielucie

 

 

Dans la fente qui répand la lumière

Je ne trouve pas ton reflet
Dans le rideau de fumée
Qui nous sépare
Infranchissable
Je ne peux pas t’atteindre
À quel moment j’ai perdu le raccourci
Quel mot mal dit
T’a fait taire
Insomnie..
Je traverse le désert de l’aube
Dans la solitude accompagnée de ton souffle.

traduit du brésilien:

texte  original:

Cortina de fumaça

Na fresta que espalha luz
Não encontro teu reflexo
Na cortina de fumaça
Que nos separa
Instransponível
Não consigo te alcançar
Em que momento perdi o atalho
Que palavra mal dita
Te fez calar
Insone
Atravesso o deserto da madrugada
Na solidão acompanhada pelo teu respirar.

 


Marie-Anne Schoenfeld -Consentement


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on consent
aux cheveux blancs

comme reflets
de lumière

on accueille
avec la même tendresse
les traces
des rires
au coin des yeux

dans l’inspire
se rejoignent
tous les souffles

on habite enfin

 

 

voir  le site de marie-anne schoenfeld

 

 

 


Cristina Alziati – mon arbre


 

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photo LPC

 


Je suis venue vers toi cette nuit.
Mais j’avais été déjà dans la pleine
lumière sur les champs où tu es endormi,

déjà j’étais le corps immense
sous ton ombre, inter ligna silvarum,
des herbes immobiles tremblées,      mon arbre …

 

 

texte tiré du site  » une autre poésie italienne »


Joan Margarit – je ne referme pas la porte


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peinture: Philip Guston

 

 

J’entends frapper à la porte et je vais ouvrir,
mais il n’y a personne.
Je pense à ceux que j’aime et qui ne reviendront pas.
Je ne referme pas. Je souhaite la bienvenue.
La main sur le cadre, j’attends.
La vie s’est appuyée sur la douleur
comme les maisons sur leurs fondations.
Et je sais pour qui je m’attarde,
pour qui je laisse une lumière accueillante
dans la rue déserte.


Revenue – ( RC )


 

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Au delà,
des rues du carrefour,
des voitures immobiles,
et des arbres             qui attendent.

un banc
au milieu d’une place,
peut-être un jardin,
qu’on ne distingue pas bien:

il y a un mur
aux écritures blanches.
puis une lumière dorée
comme si on voyait au travers

alors, laissant tomber les pinceaux ,
j’irai dessiner sur la muraille        une porte ,
je l’ouvrirai sans bruit
et saurai que tu es revenue…

RC – fev 2018


Maria Luisa VEZZALI- yeux (occhi)


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LE BA DANG, « Yeux », 2006 

 

 

                  Yeux

 

qui ont papillonné

en moi comme des ailes sous-marines

 

qui ont vu le rouge pour la première fois

sans mot pour pouvoir le décrire

 

qui sont passés de la cécité à la vue

 non l’inverse comme c’est inévitable

 

qui m’ont distinguée parmi les ombres

comme une fenêtre

 

qui cristallisent la lumière

dans le sérieux du jeu

 

qui savent se faire pierre, de tourbillon

de miroir

 

fermés dans le sommeil comme une friandise

à sucer

 

ouverts au jour

comme une main

 

qui chaque jour semblent s’enrichir d’années

pour ensuite redevenir rosée

 

et bien que j’essaie  –  et dieu sait

que j’essaie  –  je ne peux imaginer

 

pourtant j’ai imaginé juste assez

pour les évoquer à l’argile humide

 

du monde

 

 

 

               Occhi

 

che hanno sbattuto

come ali sottomarine dentro di me

 

che hanno visto il rosso per la prima volta

senza parole per poterlo descrivere

 

che hanno avanzato dalla cecità alla visone

non viceversa come inevitabile

 

che tra le ombre mi hanno distinta

come una finestra

 

che cristallizzano la luce

nella serietà del gioco

 

che sanno farsi pietra, di vortice

di specchio

 

chiusi nel sonno come un dolce

da succhiare

 

aperti al giorno

come una mano

 

che ogni giorno paiono crescere anni

per poi tornare rugiada

 

che per quanto provi  –  e dio sa

come provo  –  non posso immaginare

 

pure ho immaginato quanto bastava

per evocarli all’ argilla umida

 

del mondo

 

 

 

Maria Luisa VEZZALI

Matrices du soleil ébranlées
Extrait de la mini-série Explosions
Poèmes extraits de ligne mère
Traduits par Claire Pellissier


Yves Bonnefoy (La chambre, le jardin I)


Chuta Kimura, Midi Provence, 1975

 

 

Cette chambre, fermée

Depuis avant le temps. Les meubles, le sommeil

Se parlent à voix basse. La lumière

Tend sa main à travers les vitres. D’un bleu éteint

Le vase qui s’éveille sur la table.

 

Peintre, tu es le seul, ayant souvenir,

A pouvoir aujourd’hui entrer ici.

Tu sais qui a lissé, dans l’éternel,

Le désordre des draps, les recouvrant

D’étoffes dont se fanent les images.

 

Entre,

Te souffle le silence que tu es,

Entre avec ce rouge vineux, cet ocre jaune,

Ce bleu d’autres années,

Fais qu’ils prennent la main de la lumière,

Qu’ils la guident ! Ils lui montrent les quelques fleurs

Dans l’or des feuilles sèches.

A son doigt, comme sa mémoire, cet anneau.

 

Tu vas rester ici, jusqu’à ce soir. C’est plus,

Peindre, que rendre vie, c’est donner  être,

Même si impalpable, presque invisible

Cette main qui dans l’ombre prend la tienne.

 

 

Ensemble encore (Poèmes pour Truphémus)  

MERCVRE DE FRANCE

A cet instant précis – ( RC )


Daniel Ridge Falls Frozen

Un peu de blanc, et du noir dedans,
et des lignes qui s’étirent :
des images , un instant
figées, et c’est une cascade
qui ne tombe plus,
saisie dans son élan par le gel .

Le regard saisit les formes,
où la lumière s’est posée :
il cherche dans les ombres ,
un peu de vie cachée ,
et déjà, arriver à deviner
la couleur des choses .

A cet instant précis.


RC – nov 2017


Patti Smith – M Train – ( le temps réel )


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J’ai refermé mon carnet et suis restée assise dans le café en réfléchissant au temps réel.

S’agit-il d’un temps ininterrompu ? Juste le présent ?

Nos pensées ne sont-elles rien d’autre que des trains qui passent, sans arrêts, sans épaisseur, fonçant à grande vitesse devant des affiches dont les images se répètent ?

On saisit un fragment depuis son siège près de la vitre, puis un autre fragment du cadre suivant strictement identique.

Si j’écris au présent, mais que je digresse, est-ce encore du temps réel ?

Le temps réel, me disais-je, ne peut être divisé en sections, comme les chiffres sur une horloge. Si j’écris à propos du passé tout en demeurant simultanément dans le présent, suis-je encore dans le temps réel ?

Peut-être n’y a-t-il ni passé ni futur, mais seulement un perpétuel présent qui contient cette trinité du souvenir.

J’ai regardé dans la rue et remarqué le changement de lumière. Le soleil était peut-être passé derrière un nuage. Peut-être le temps s’était-il enfui ? 

Patti Smith « M Train « 


L’encre, l’ombre et la lumière – ( RC )


 

1111- john Rivat  modif.jpg

montage perso –

 

On peut distinguer ce qui s’écrit,
par l’ombre qui en émane…
                    Bien que le procédé soit le même:
–  s’agissant toujours de noircir une page avec l’encre….

Alors que les journaux se repaissent
de nouvelles tragiques,
qui font couler beaucoup d’encre,
          et obscurcissent les jours,

Le poète jette pareillement
de l’encre sur le papier,    plus discrètement
        mais, paradoxalement,
il en émane souvent la lumière…

 

( A partir de Ph Jaccottet )  :

« l’encre serait de l’ombre (Aux liserons des champs) »


RC – oct 2017


Juste une hypothèse sur l’existence des choses – ( RC )


Matisse  fenêtre noire      .jpgpeinture: H Matisse

 

J’ai crû que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
            La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge 
jusqu’à l’immobilité des choses.

        Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton,     les cheminées,       d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là,           obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs       que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
          Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.

        C’est bien le matin,
d’après l’heure   ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
        Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
–       que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière,       caressant les choses,
                                     la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .


RC – mai 2018


Franchir le seuil – ( RC )


idealcatt      vache susp    le.jpg

 

C’est encore loin,
( je n’envisage pas encore le voyage ),
mais tu as franchi le seuil,
tout à coup,               –  là  -,
sous tes pieds
et ton visage s’est fondu      dans les ténèbres ,
délaissant la lumière,
soudain inutile.

Ou peut-être, inversement,
l’as-tu bue,
la lumière ,           entièrement,
pour nous laisser la nuit ,
rapetissés.
Alors que s’étend devant toi
l’immensité,      et son inconnu,
toi –         devenue invisible à nos yeux.

RC – août 2017


Comme se consument les heures – ( RC )


Image associée

peinture: Paul Klee

S’il faut laisser passer les heures ;
ce sont des images  fugitives,
elles se consument,   comme du papier qui brûle,
et il n’en reste rien.
Même pas un peu de cendre.

Alors, justement ,  où est l’empreinte,
d’où peut naître la future lumière ?
Il faut que je la creuse,
que j’y dépose des paroles,

que je sème quelque chose
pour marquer ce qui passerait
pour un désert  :
              fertiliser le temps
d’un poème,          avant que le jour ne s’éteigne .

Certains diront  que je n’ai pas vécu pour rien.

RC   avr  2017


Un éclair, buvant la lumière – ( RC )


 

Il y a eu un éclair,
un soleil rapide et pointu,
qui est passé à quelques centimètres .
On en voit encore sa trace
dans l’impact sur le pare-brise .

Si je m’étais trouvé
sur sa trajectoire,
au rendez-vous exact
de ma mort
je ne pourrai même pas raconter ici

la lumière de son rayon
métallique,
ou au contraire
si cet éclair, buvant la lumière
m’aurait illuminé de noir .


RC – mars 2018


Susanne Derève – l’alphabet du regard


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peinture: Giovanni Segantini

 

Il me semble voir ta main

Attirer doucement l’objet dans la lumière 

Le tenir à portée

Dans le reflet tamisé de la lampe   

                                                                                                                

Faire pivoter l’objet lentement

Afin que la lumière l’épouse

Et le révèle

 

Dans l’alphabet du regard                                   

Prendre une à une les images                                                           

Et les toucher comme on ferait

Du front des yeux et de la bouche

D’un visage aimé

 

Et puis les reposer dans le cadre                                                              

A leur place

Et reculer de quelques pas

Pour juger de l’effet produit

Sur celui qui n’a pas les clés

 

Et qui découvre médusé

Comme on tire un rideau de théâtre

Le don que tu lui fais

De la beauté .


le spectre visible de la lumière – ( RC )


https://i1.wp.com/www.willtenneyphotos.com/Sundry/Resources/StairShadow.jpg

 

photo: Will Tenney

 

Bien sûr, nous respirons le jour
comme nous buvons l’eau .
La lumière s’est extraite de la nuit,
( ainsi         une fleur éclose ) .
             Le noir n’en est plus un,
et garde simplement    une présence,
             ramassé derrière les objets:
            prêt à tout envahir
lorsque le soleil clignote,
ou s’étouffe sous le tissu des nuées.

          Notre astre est seul et sans pensées,
sans concurrence immédiate,
il peut en prendre à ses aises
et nous faire transpirer,
s’il est suffisamment haut
        d’autant plus proche
de la verticale de l’horizon,
fait se tourner les ombres
qui semblent le fuir,
– comme si elles le craignaient…

        Les cadrans peuvent donner l’heure,
car on sait, ( sauf persistance des brumes ),
que les rendez-vous avec lui sont ponctuels:
sa trajectoire varie peu.
Les ombres vont donc dans le même sens.
        Elles ne réfléchissent pas,
– contrairement aux eaux –
elles concentrent un peu d’obscur,
déportent ailleurs la forme des objets
auxquels elles sont attachées.

        Il y en a même qui ont appris,
– dans leur fuite –
à descendre les escaliers,
mais il est rare quelles aillent très loin :
       C’est qu’elles ont peur de se perdre
et de se dissoudre dans d’autres formes,
ou dans l’indéfini.
      Elles restent légères,
encore davantage que la cendre ;
malgré leur opacité, et à jamais insaisissables.

C’est comme l’envers d’un décor :
le spectre visible de la lumière,
qu’on ne peut pas annuler .

 

RC-  sept 2017

 


Esther Tellermann – Terre exacte


photo: la faille de Djobouti

 

Lieu là
tenu à la lèvre
suffoque
dans l’image
non franchie
dans l’appel

écorcé

Qui t’éprouve à l’arête
d’un point de l’incendie ?
Pour nous ne reste
dans le milieu du rayon
ou du plus léger
sur l’autre rive où
se ramifia
la suture ?

Qui déchire
qui rejoint qui
clôt la prunelle qui
engage le cercle non
rien
n’assemble
en surplomb
des chocs de la lumière
rien ni
clavier
mais précipite
le point douloureux
près des tempes

ce que nous sommes.


Mouvements figés – ( RC )


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photographe non identifié

 

Mouvements de la main
tendue,  vers toi
       contre la surface
que je ne peux franchir.

Mouvements de la lumière,
s’accrochant à moi,
        c’est ainsi
que tu me vois

Mouvements du jour,
plaqués sur l’image   :
        un mur sans fissure
s’emparant de l’espace .

Mouvement figé,
immobilisé de même ,
     ne pouvant dépasser,
le rectangle de la photo.

Mouvement du regard :
il va vers toi,    et toi vers moi,
mais il y a le mur,
infranchissable des pixels .


RC – oct 2017


Rentré dans la nuit, en négatif – ( RC )


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Je suis rentré dans la nuit
en négatif:
la lampe posée sur mon bureau
n’émet que du noir,
et absorbe un peu plus
à chaque instant
les parties saillantes;

les ombres, au contraire
vont vers une clarté trompeuse :
c’est ce qu’il reste
de la présence des choses .

Le jour s’est enfui,
absorbé par ce trou de lumière,
comme si c’était un puits
où j’allais tomber
dans l’infini
la tête la première .


RC – sept 2017


Rien ne peut repousser la nuit – ( RC )


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Elaine Sturtevant d’après  Marcel Duchamp :  » fresh widow »

Il y a cette fenêtre :
Les ténèbres s’y prélassent .
Peut-être est-ce le jour
qui ne peut rentrer :

Ma chambre, comme ma tête,
est close de rideaux noirs,
fermée sur sa blessure,
où se sont dissoutes les joies ,
que m’offrait ton visage
si loin dans le temps,

que je ne rappelle plus bien
—ni de son expression exacte,
—ni de la chaleur
qui m’envahissait .

Ma blessure a saigné ,
       puis le sang s’est retiré,
en marée descendante .
Je ne peux même plus ,
saisir la lumière :
mes veines sont sèches ;

rien ne peut repousser la nuit .

 

RC – juin 2017


Trouver sa propre entrée – ( R C )


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peinture: Raoul Ubac

 

 

Il doit bien y avoir quelque part,
une entrée gardée secrète,
qui mène vers un ailleurs
qu’empruntent  des explorateurs,
et  –  dont ils n’ont jamais parlé :

C’est une parole mutique
dont chacun connaît la clef,
le sésame, pour  y accéder…
se guidant peut-être à tâtons,
sur les parois de la conscience .

C’est difficile à expliquer…
Malgré  toute la bonne volonté,
dont je pourrais  faire  preuve,
je ne peux rien dire …
Il faudrait que je trouve ma propre entrée…

Je suis  dans un espace clos,
où nulle lumière ne pénètre,
juste guidé par le murmure familier,
du bruissement du sang
dans mon corps .

Peut-être verrais-tu dans le noir,
si tu étais à ma place,
quelque luciole voleter,
ou une étoile qui clignote…
( si c’est un signe  …)

Mais ceux-ci sont trompeurs,
et finissent  par s’effacer
aussi soudainement  qu’ils sont apparus,
à la façon d’une  cigarette
indiquant une présence,

et qui a fini de se consumer.

RC – avr 2016


Bernat Manciet – Braises ma peau


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Braises ma peau —mais une âme de gel

forte ma foi —-  je n’ai plus rien à croire
bon œil —             ma vue se refroidit
l’hiver me brûle et le printemps m’est fade

coffre solide —     mais ne soit plus de brise
de chêne cœur —       je suis las du certain
aimer me tient —    l’amour me reste tiède
prière suis —     mais demander me déplaît

Partir je veux —     mais je sais tous sentiers
j’ai soif de pluie —et toute pluie m’est cendres
faim de mouton —toute chair me répugne

le soir s’éteint —pouvoir n’être personne!
l’aube va naître —et je cherche l’obscur
la nuit rayonne et ta lumière est morte


Henry Bauchau – Matines


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Matines

Que l’homme dans le temps utile
Soit l’impatience d’exister

Et l’âme dans les eaux nubiles
Ouverte à l’immobilité
Peu de précèptes, la clarté
Peu de paroles de prière
Et cette sobre ébriété
Dans l’abondance de lumière.