voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “lumière

marcher sur l’ombre – ( RC )


peinture : GHYVES

Tu prends trop d’avance,
sur le fil du soir…
Que dit ton ombre quand tu marches dessus ?

Va-t-elle te peindre en noir,
effacer tes traits de lumière
comme par inadvertance,
te laisser seul derrière,

histoire d’un malentendu
où ton vertige de façade
part en capilotade,
faire un tour
vers d’autres contre-jours ?


Colère – ( RC )


Approche ton visage de la flamme,
embarque le cœur bleu
qui traverse le feu ,
que ma chanson boive
l’écho de sa lumière ,
que je voie l’été brûlant
de trop brefs éclairs ,
orages en reflets sur tes yeux ,
de colère comme le tranchant
des lames froides
sur mon corps dépouillé !


Cees Nooteboom – Personnage –


Robert Delaunay – Paysage au disque solaire

.

La fleur de l’hibiscus dure une journée,
étoile de feu fugace dans la controverse
du ciel et du jardin, l’homme y est un corps
qui se défend, comme toute fleur.

Ce qu’il ignore : combien tout cela est vrai.
Est-il bien là, ce personnage
qui reste dehors dans l’ultime clarté des étoiles,
ne voit pas la fleur, se brûle
à la lumière froide et dans l’éphémère
matin ramasse des fleurs sur
une terre noire et cède devant la violence
du soleil ?

Le sens du deuil qui prolifère en lui
commémore un ami, une amitié
qui perd sa mesure
parmi tant de flétrissure.

Qu’est-ce qui reste là, un homme ou un poème ?

Le facteur en chemise jaune vient à vélo jusqu’à la grille,
conte le monde, délivre sa lettre
à un vivant, ne sait rien du deuil ou de l’âme.
Il voit les fleurs rouges à terre,
dit « il va faire chaud aujourd’hui »,
puis disparaît dans la lumière

et ce poème.

.

Le visage de l’œil
poèmes traduits du néerlandais par Philippe Noble
Actes sud

.


Un intérieur à la Vuillard – ( RC )


peinture E Vuillard – Misa au piano 1898

Je vois encore un intérieur,
où les couleurs papillonnent,
d’ocres et de gris,
j’imagine le parfum des lilas
parmi les ors
du soir qui se fane
auprès de la fenêtre.
La musique qui l’accompagne,
comme une traverse embaumée :
c’est « la Pavane pour une infante défunte »
à laquelle je pense .

Des sourires flottent
parmi les silences,
alors que s’égrènent
les dernières mesures au clavier.
J’ai le souvenir des mains qui dansent,
s’envolent, puis se posent
après que la mélodie se soit achevée,
puis la lumière, doucement s’éteint
comme dans un tableau de Vuillard.
Son chemin s’égare
dans les motifs de la tapisserie.
Je me rappelle de la lampe à pétrole,
qu’on allume en fin de soirée,
posée sur le guéridon,
à côté du piano…


Ors – (Susanne Derève) –


Vilhelm Hammershøi, Intérieur, rayon de soleil sur le sol , 1906

.

.

Dans l’obscur je suis,

de la petite main jamais satisfaite

qui triture le mot de la nuit

pour un matin d’enfance

.

où l’illumination du bonheur

me vint d’un boisseau d’or

que versait la fenêtre à mes pieds

.

Et j’en fus prisonnière

tout un jour d’été

.


Luis Mizon – je voudrais quitter ma ville et mon corps


Je voudrais quitter ma ville

et mon corps

pour aller vivre ailleurs

si le ciel était la lumière de l’instant

je partirais en quête du ciel

si le ciel habitait notre regard

je chercherais la transparence

pour voir le vol des oiseaux traverser tes yeux

et l’instant de lumière

se poser près de nous

jour après jour

j’imite je colle je reconstruis avec des mots

les morceaux dépareillés de l’instant

une maison éphémère entourée de cigales

de bidons et de vieux pneus


Jean-Luc Parant – le chant du vide


C.M. – Mais la musique n est-ce pas le chant du vide ?

J.-L.P. – Oui, car si être aveugle c’est avoir perdu le soleil, être sourd ce serait avoir perdu le vide. Un texte qui ne laisserait rien entendre ne se laisserait pas lire.

La lumière sans l’espace ne pourrait pas l’éclairer, la nuit le recouvrirait aussi vite.
Si les oreilles sont placées de chaque côté de la tête et non ailleurs c’est parce que de chaque côté de nous il y a le vide sans fin.


À gauche et à droit nuit, devant nous le jour.

(extrait d’un dialogue avec Claude Margat )- CIPM editions


Esther Granek – Evasion


encres +collage Jane Cornwell

Et je serai face à la mer
qui viendra baigner les galets.
Caresses d’eau, de vent et d’air.
Et de lumière. D’immensité.

Et en moi sera le désert.
N’y entrera que ciel léger.
Et je serai face à la mer
qui viendra battre les rochers.

Giflant. Cinglant. Usant la pierre.
Frappant. S’infiltrant. Déchaînée.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera ciel tourmenté.

Et je serai face à la mer,
statue de chair et cœur de bois.
Et me ferai désert en moi.
Qu’importera l’heure. Sombre ou claire …


Moisson du jour – (Susanne Derève) –


Giovanni Giacometti – L’alouette –

Les hélices du jour sur la montagne.
Si près du ciel nous sommes,du bleu sans faille
de la lumière
où plongent les ailes du moulin,
et j'en suis le meunier,
j'en mouds le grain en farine d'azur,

j'en pétris la mie tiède,du rouge et de l'or
des forêts de sureaux et de hêtres où la route
serpente,nonchalante,
au flanc ensoleillé du Causse.

A nos pieds la toile étincelante                                  
des prairies d’hiver,                                                              
le vaste amphithéâtre des sapins,
en sentinelle ardente,                                   
le fil ténu de la rivière …                                        

Déjà le jour chancelle,un fin quartier de lune
fauche les blés du ciel,
dans le vase étroit de la combe,  
le vin noir de la nuit s'enracine …
Meunier déchu,j'y noie mes rêves 
d’éternel.




Hélène Cadou – Bonheur du jour


photo Ellen Hoverkamp

Je sais que tu m’as inventée
Que je suis née de ton regard
Toi qui donnais lumière aux arbres
Mais depuis que tu m’as quittée
Pour un sommeil qui te dévore
Je m’applique à te redonner
Dans le nid tremblant de mes mains
Une part de jour assez douce
Pour t’obliger à vivre encore.


Caroline Dufour – entre corps et ciel


photo Cig Harvey

une fenêtre
et un ciel d’automne

l’enfant dirait que tout y est
des morceaux de soleil et d’ombre

toute cette lumière qui danse
entre corps et ciel

vouloir ne savoir
rien que vivre

visite du site de Caroline D ( hautement recommandée )


Age d’or – (Susanne Derève) –


Photographie RC (Lozère)

                       
Le jardin le mur 
les sapinières
le dos nu de la montagne

Si loin que porte l’oeil
les courbes se succèdent jusqu’à cerner 
le ciel   

Moi qui emprunte des chemins détournés                                                                                    
de rocaille et de pierre
le lézard me dit "hâte-toi"
et je lui donne à boire
la rosée de la nuit

si pâle ce matin 
- peut-être de l’averse -
L’orage avait fendu les fruits
et les guêpes à midi 
creusaient 
l’entaille brune

Blonde était la lumière
qui s’attardait ce soir 
sur la montagne 
au-delà du jardin du mur 
de la frange bleue des sapins
et du vieux pont sur la rivière

 
 


Gérard Noiret – A travers le vin



A travers le vin tu parles au village
de ta vie comme une hermine
lorsqu’elle s’arrache la patte
du ciel encore plus incapable de surprise
que de bleu. Certaines fois
tu t’éveilles dans tes phrases
sans pouvoir te situer ni savoir
d’où provient la lumière

        (Au café de l’Eglise)

Ces fleurs molles des eaux – ( RC )


photo David Doubilet

Un ciel nocturne,
et cette masse sombre
qui semble dormir :
pour elle, on dirait
que c’est déjà la nuit.

Comme elle boit
ce qui reste de lumière,
les moindres particules
dérivent lentement
marquées de points fluorescents.

S’épanouissent les fleurs molles
aux formes délicates,
à la bouche vorace :
comme ces parapluies ouverts
ne craignant pas les flots.

Ce serait presque le monde à l’envers :
les ombrelles se laissant porter
par le moindre courant,
comme le font les nuages
au plus petit vent .

Elle s’étalent, vaporeuses
dans leur royaume, mystérieuses
ignorent la frêle silhouette humaine
qui glisse; à la surface du lac ,
silencieuse dans sa barque…


les grands ifs – ( RC )


ifs de la place de l’église d’Hurigny

Regrettes-tu de n’être
pas immortel ?
Où tu pourrais côtoyer peut-être
au milieu des cieux
les demi-dieux ,
les voir de près
si tu décollais de terre
si , aussi, tu t’élances
au-dessus des cyprès

et redoubles de patience –

Les grands ifs
puisent leur sang
dans la terre…
ils ont le temps
de balayer la lumière,
de leur tête verte.

Leur règne est végétatif ,
leur vie est ouverte
à tous les temps
tous les dehors.
Ils ont bien autre chose à faire
que de t’écouter,
toi qui voulais leur parler
depuis le cimetière
et te lamentes sur ton sort…

Il est vrai que ta vie n’est pas parée d’ailes,
et ne possède qu’un court avenir …
mais qu’y faire ?


Pierre Garnier – Heureux les oiseaux, ils vont avec la lumière


ce sont orthographes nouvelles :
abeille s’écrit abeil
soleil s’écrit soleille

les abeils habitent les abbayes
les soleilles sont désormais des sources

le féminin s’empare du soleille
le masculin s’empare de l’abeil

pendant cet instant la route de la mort
est barrée

l’abeil, la soleille
c’est la meilleure orthographe
apesant
le poète modifie le monde

la pomme devient poème
l’abeille courte devient abeil

les abeils et les soleilles se rapprochent
du presbytère
on y voit plus clair quand le poète
fait son orthographe

les abeils semblables à la lumière
et aux dentels –
les abeils, les abbés, les abbayes
proches maintenant
de la soleille

l’enfant regard’ le mur de l’écol’
par où passent triangles, losanges et sphères –
ainsi les papillons, les abeil’, les libellules –

le Vieil homme ne perd rien en perdant la vie
– il a atteint la cielle et l’abeil

origine : editions des Vanneaux


Rainer Maria Rilke – C’est presque l’invisible qui luit


C’est presque l’invisible qui luit
au-dessus de la pente ailée ;
il reste un peu d’une claire nuit
à ce jour en argent mêlée.

Vois, la lumière ne pèse point
sur ces obéissants contours
et, là-bas, ces hameaux, d’être loin,
quelqu’un les console toujours.

( extrait des quatrains valaisans )


Hannah Arendt – Heureux celui qui n’a pas de patrie


montage R C

La tristesse est comme une lumière dans le coeur allumée,
L’obscurité est comme une lueur qui sonde notre nuit.
Nous n’avons qu’à allumer la petite lumière du deuil
Pour, traversant la longue et vaste nuit, comme des ombres nous retrouver chez nous.
La forêt est éclairée, la ville, la route et l’arbre.

Heureux celui qui n’a pas de patrie ; il la voit encore dans ses rêves.

Die Traurigkeit ist wie ein Licht im Herzen angezündet,
Die Dunkelheit ist wie ein Schein, der unsere Nacht ergründet.
Wir brauchen nur das kleine Licht der Trauer zu entzünden,
Um durch die lange weite Nacht wie Schatten heimzufinden.
Beleuchtet ist der Wald, die Stadt, die Strasse und der Baum.

Wohl dem, der keine Heimat hat; er sieht sie noch im Traum.


Cathy Garcia – printemps païen – végétal


peinture Georg Sabin

Graines de désir,
Germées à l’ombre,
Au cœur du cœur.

Noyaux de vie,
Toute concentrée
Appelée à croître.

Pousses victorieuses
Et jaillissantes
Dans un premier
Éblouissement!

Feuilles enfants
Déployées,
La tendresse
Du fin duvet.

Rencontre avec l’eau,
Plaisir de la croissance,
Élévation.

Tige vivante,
Souple et caressante,
Tendue, dressée,

Portant ses fruits,
Sa fleur
En bouton secret.

Sortilège de la lumière
Conjuguée au vent
Et à l’amour!

Mystère éclos…
La fraîche merveille
D’un rouge délicat.

Robes de soie et de velours
Aux teintes les plus pures,
Parfums étranges et lourds.

Une corolle épanouie,
Un sexe frémissant,
Totalement offert!

Plénitude éphémère,
Le printemps
Pour lune de miel !


Anna Jouy – Je n’oublie pas


peinture P Soulages ( détail )

Je n’oublie pas. Pourquoi le ferais-je. Le souvenir est le petit oratoire de la mélancolie.
J’entasse le passé, les fanes d’hiers bien secs. Une odeur de soleil en fleur
Et parfois glisse sur l’image du jour, ce voile qui tombe sur les berceaux.
Je n’oublie pas comme on a bâti ma robe de mots, comme il a fallu y faire entrer le corps et l’âme engoncée.
Je n’oublie pas non plus la nudité des mains, le frêle tirage des rêves dans les cartes du futur. Tout ce qu’on a dit que j’allais devenir. Le pire, l’ordinaire et la sorcellerie.
Je suis sortie de vos dires et de vos mutismes, je suis issue de ces chemins ronceux qui jalonnaient vos vies, de vos bras implorant misère, de votre dernière larme.
J’ai traversé chacune de vos paroles, je les ai décousues de ma chair
parfois terribles parfois maudites et celles que vous avez prononcées de lumière comme une lampe torche remise en mes doigts pour poursuivre.
Je n’oublie pas que c’est des autres souffles que j’ai volé et que ce vent toujours fut l’ombre transparente de ma ligne de vie.

du site de Anna Jouy


Futaie profonde, et solitaire – ( RC )


Chemin forestier vers Saint Côme d’Olt ( Aveyron )

Parcourant la forêt, les troncs courbés
font comme une harpe
jouant une musique de lumière
que personne n’entend.
La futaie est profonde, et solitaire ,
personne ne m’entend chanter.
J’écris sur la terre humide
un poème,
que personne ne lira,
à part la lune
qui se penche vers moi
.

inspiré par les textes de Wang Wei, voir « sous les pins »- calligraphie chinoise –


Ryan Adams – ténèbres


darkness isn’t anything but the space in between the light

Les ténèbres ne sont pas autre chose que de l’espace entre la lumière

Ryan Adams


le vide se creuse sous nos pieds – ( RC )


montage RC

Désolé pour les rides
qui s’accumulent avec les années :
l’étendue de la consolation
ne tient pas compte du vide
qui se creuse sous nos pieds .

Nous buvons la lumière
à mesure que nous avançons.
Quand nous l’aurons toute épuisée,
nous ferons le chemin à l’envers
en remontant notre mémoire.

La lumière sera intérieure ;
— de l’incandescence,
il ne filtrera que peu de chose
personne ne pourra savoir –
que nous approchons la renaissance.


Christophe Condello – âme


peinture – Helen Frankenthaler

Fille je suis fille
d’un homme d’une autre saison
feu je suis feu
de l’éclair et de l’univers
belle je suis belle
dans le don et le pardon
femme je suis femme
de pensées et d’évasion
flamme je suis flamme
de plaisirs et de passions

âme je suis âme
du présent et de l’horizon
âme je suis âme
âme je suis âme

mère je suis mère
de nos bases, nos fondations
fière je suis fière
de l’homme que tu peux devenir
cœur je suis cœur
du passé et de l’avenir
promesse je suis promise
sans ombre et sans trahison
forte je suis forte
de caresses et de tendresse

âme je suis âme
du présent et de l’horizon
âme je suis âme
âme je suis âme

sœur je suis sœur
de la terre et de la mer
racine je suis racine
de l’harmonie, de la vie
lumière je suis lumière
de nos clartés, nos voluptés
pleurs je suis pleurs
sur nos plaies, perles de rosée
amour je suis amour
le flux et reflux des marées

âme je suis âme
du présent et de l’horizon
âme je suis âme
âme je suis âme

femme je suis femme
debout, sans compromission

âme je suis âme
du présent et de l’horizon
âme je suis âme
du présent et de l’horizon

voir l’abondant site poétique de Christophe Condello où il met en lumière beaucoup de poètes connus ou moins connus ( en particulier celui de son pays, le Québec )


Face cachée – ( RC )


Faut-il que je me penche
sur mon passé
pour entamer le récit
à haute voix
des ombres portées
de la vie
dont j’atteins désormais
la face cachée ?

Je ne me retourne plus
que pour contempler
la couronne diffuse
des aurores boréales,
car le soleil
se tourne dans l’ombre.

Je consume lentement
le reste de mon existence
dont j’ai dépassé la moitié .
Les cigales chantent encore
mais elles sont en sursis
quand l’astre s’éteint.

Une lumière diffuse
m’accompagne
de l’autre côté de la planète.
Je t’y retrouverai peut-être
dans le dernier frémissement
de l’histoire qui s’achève.

Puis d’un bond,
je quitterai la terre,
ne laissant sur elle
qu’un petit tas de cendres,
pour entreprendre un grand voyage
parmi les étoiles….


Jacques Ancet – Courbe du temps –


Yang Ermin – Lumière –
  souvenons-nous toujours de la lumière
  sur les fleurs roses du pêcher
  de la lenteur des gestes
  une main sur un front
  de la lenteur des choses
  cette lenteur terrible de la vie
  comme une boucle qu'on dénoue



Courbe du temps – 1971-1972 ( épuisé)

voir les blogs de Jacques Ancet :

http://jacques.ancet.pagesperso-orange.fr/textes.htm

Lumière des jours


T’offrir des fleurs de charbon – ( RC )


Attends que les volets soient clos,
nous entrerons dans une enceinte
au silence plein,
comme une grotte profonde
dont je ne connais pas le chemin.

Mes yeux ignoreront tout de la lumière;
il n’y aura plus de mots
juste la présence de ton corps
et de ton haleine .

Je choisirai un paysage
aux nuages anthracite,
une plaine débarrassée de ses montagnes vertes ;

je me pencherai alors pour t’offrir
des fleurs de charbon ,
de celles qui conservent un peu d’espoir
et brillent dans le noir
sans qu’on les voie.