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Eugenio de Andrade – avec le soleil


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Je suis à toi, de connivence avec le soleil
dans cet incendie du corps jusqu’à la fin :
les mains si avides à leur envol,
la bouche qui sur ta poitrine oublie
de vieillir et sait encore refuser.

 

Aqui me tens, conivente com o sol
neste incêndio do corpo até ao fim:
as mãos tão ávidas no seu voo,
a boca que se esquece no teu peito
de envelhecer e sabe ainda recusar.

Eugénio de Andrade,
Matière Solaire, XIII


Colette – Jour de l’an


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Vides, elles l’étaient quasi, les poches et les mains de qui me venaient pourtant toutes grâces et toutes libéralités.

Mais elles accomplissaient des miracles à leur portée.

L’aube du premier janvier, rouge au ras de la neige, n’était pas née que les cent livres de pain, cuites pour les pauvres, tiédissaient la cuisine carrelée de ma maison natale, et les cent décimes de bronze sonnaient dans une corbeille.

Une livre de pain, un décime, nos pauvres d’autrefois, modestes, s’en allaient contents et me saluaient par mon nom de petite fille.

Debout, juchée sur mes sabots et grave, je distribuais le pain taillé, le gros sou ; je flairais sur mes mains l’apéritive odeur de la miche fraîche ; à la dérobée, je léchais, sur le ventre en bouclier d’un pain de douze livres, sa fleur de farine.

Fidèlement, l’odeur de pain frais accompagne, dans mon souvenir, le cri des coqs sous la barre rouge de l’aube, en plein hiver, et la variation de baguettes, jouée par le tambour de ville devant le perron, pour mon père.

Qu’il est chaud à mon coeur, encore, ce souvenir d’une fête glacée, sans autres cadeaux que quelques bonbons, des mandarines en chemises d’argent, un livre…

La veille au soir, un gâteau traditionnel, servi vers dix heures, saucé d’une brûlante sauce de rhum et d’abricot, une tasse de thé chinois, pâle et embaumé, avaient autorisé la veillée.

Feu claquant et dansant, volumes épars, soupirs de chiens endormis, rares paroles — où donc mon coeur et celui des miens puisait-il sa joie ?

Et comment le transmettre, ce bonheur sans éclats, ce bonheur à flamme sourde, à nos enfants d’aujourd’hui ?

 

 

COLETTE  « Le Voyage égoïste »  (éd. Fayard)


Ciseler l’image du souvenir – (Susanne Derève)


 

imogen Cunningham fleurs

 Imogen Cunningham – Hands and Aloe Plicatilis

 

 

Blanche colombe entre les mains

de l’oiseleur

vent tiède à la cime des trembles

les doigts du matin sur ma peau

 

Soleil      sang noir jeté sur l’eau

 

N’effacera pas le souvenir des doigts

de la nuit

n’effacera rien des souvenirs

ne fera rien

que marteler le bruit du sang à mes tempes

encore et encore

jusqu’à me fondre dans le souvenir

 

Regarde-moi ciseler l’image

de  mon   souvenir

avec le poinçon du graveur

 

– est-ce   pour toi    la même

oiseleur qui soupire –

 

 

 


Je ne sais exactement où mon corps penche – ( RC )


Jitka Válová  01.jpg

dessin:  Jitka Válová

 

Je ne sais pas exactement où mon corps penche :
et c’est sur des rives
aussi lointaines que je fréquente,        solitaire,
que va ma préférence
les pieds décollés de la terre .

C’est un univers fantastique,
où je doute fort qu’on me suive :
il y a les démons qu’on dérange ,
des corps aux formes étranges ,
– quelque peu fantomatiques

des arbres comme des mains larges
surgis d’une autre atmosphère ,
que l’on devine bien plus légère ;
j’en parcours la marge,
mais je suis incapable de la décrire,

ou bien,            si j’essayais de le faire,
vous auriez du mal à le comprendre :
il faudrait faire le parcours à l’envers
et tout désapprendre
pour traverser la glace du sommeil,

…un voyage au long cours,
offrant de singuliers détours
entre des nuits de soleils
qu’on ne peut même pas imaginer
avant de les avoir traversées.

RC – oct 2018


Thomas Duranteau- couvrir


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Couvrir des mains
un brin d’herbe
le réchauffer d’une haleine
comme s’il avait parlé
comme si son silence
avait plus de poids
encore

 


Florence Noël – d’écorce


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on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie


Yves Heurté – Magdala 1


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peinture:     Eugène Delacroix:       Marie-Madeleine au pied de la croix

 

1

Je n’ai pas su garder ma vigne
pour le profane.
A tes mains j’ai donné
le nœud de ma ceinture
et dans tes yeux se dénouait
toute écriture de ma chair.

Vérité nue comme la femme
il faut qu’amour t’incarne
avant le chant grégorien .

 

 


Patrick Aspe – Les rires sont des oiseaux de passage


Image associée

 

Les rires sont des oiseaux de passage
la mémoire une éponge
la nuit une dissidente
tangue la vie des fuites lentes
mascarades sans limites
comme un filin d’acier au dessus du vide
je revois l’olivier des allées
la maison rose sous les cyprès
les grands peupliers jaunes d’octobre
précipice sans fond
sabordage des illusions
danse macabre aux sons des tamtams
le cri vient du ventre friable et déchiqueté
attirances des bleus voilés d’or sur la mer qui balance
la forêt d’endort aux silences des pins
chagrin parfumé d’oranges
imaginons cette vague sur le sable doré
lancinante passion des mains qui passent sur ton dos l’huile frémissante
la colline des horizons
sables mouvants de l’enfance
mon chevalier foudroyé d’ignorance
dragon frissonnant de flammes
la lune échappe aux brouillards
élève toi élève toi vers les neiges des cimes mon cœur brisé
l’azur pur tourmente l’épée qui s’agite …


Fouad El Etr – Dans le sens du sommeil


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Je m’approche d’elle pendant qu’elle dort
Pour mieux me regarder
Je la caresse dans le sens du sommeil
Entre l’âme et le corps
Ses rêves sont tissés des lignes de mes mains


Antonio Reis – Mes mains


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Il n’est pas
en mes mains
que désespoir.

Il n’est
pour mes mains
que travail
et sommeil

Il n’est que
gel
et brûlure

Il n’est
découragement
ni abondance

Il n’est qu’os
muscle
sang

Pores aussi
par où je transpire

Mais il n’est pas
de possession.

Antonio REIS revue« Action Poétique * (mars 1960) 11


Greffées contre le mur de la nuit – ( RC )



Tu pénètres  dans une  forêt  particulière,
où les arbres  sont des mains
fichées  dans le sol,
remuant dans le crépuscule  du quotidien.

Et le fil tendu des lignes blanches,
des tracés  des avions,
que les doigts ne peuvent pas  attraper .

Ils saignent  d’une  sève incolore,
ne pouvant se refermer que sur l’air,
dont  l’atmosphère trompe sur son épaisseur,
habitée  des ombres  du soir.

Il reste le vol noir des oiseaux
qui ne renonce pas, à leur échappée,
et se joue du mouvement maladroit des mains .

Elles  se referment  de lassitude,
comme  ces fleurs lorsque la lumière  s’éteint ;
Plantes  étranges rétrécies d’un coup par la terre ,
Le corps dissimulé.

Peut-être incarné dans  un sol,
parcouru de longs filaments sanguins,
racines bien fragiles, prolongements d’un coeur lointain .

Il faut s’attendre  à ne trouver demain,
que des manches , au tissu raidi par le froid,
et des gants vidés de substance,
mous et inertes ,

Comme si la greffe
n’avait pas  réussi
à franchir le mur de la nuit.

RC  – juill  2015


Ismaël Kadare – la locomotive


La locomotive (extrait)

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Dans le calme de la mer, près des vagues
Ta jeunesse au milieu des flammes te revient en mémoire.
D’un bout de l’Europe à l’autre.
D’un front à un autre front,
En fonçant au travers des sifflets, des sirènes et des larmes
D’un sombre horizon à un sombre horizon,
Tu allais toujours plus loin au-devant des jours et des nuits,
En jetant des cris perçants d’oiseau de proie,
En sonnant de la trompette guerrière,
Dans des paysages, des ruines, des reflets de feu.
Dans les villes, dont tu prenais les fils,
A travers des milliers de mains et de pleurs,
Tu te propulsais vers l’avant,
Tu ululais
Dans le désert des séparations.
Derrière toi
Tu laissais en écho à l’espace,
La tristesse des rails.

Sous les nuages, la pluie, les alertes, sous les avions
Tu traînais, terrible,

Des divisions, encore des divisions,
Des divisions d’hommes,
Des corps d’armée de rêves,
A grand-peine, en jetant des étincelles, en haletant,
Car ils étaient lourds.
Trop lourds,
Les corps d’armée des rêves.
Quelquefois,
Sous la pluie monotone,
Au milieu des décombres
Tu rentrais à vide du front
Avec seulement les âmes des soldats
Plus lourdes
Que les canons, les chars, que les soldats eux-mêmes,
Plus encore que les rêves.

Tu rentrais tristement
Et ton hurlement était plus déchirant,
Et tu ressemblais tout à fait à un noir mouvement,
Portefaix terrible de la guerre,
Locomotive de la mort.

 

 

Ismaîl KADARE in « La nouvelle poésie albanaise »

 

voir aussi sur le thème de la déportation  « trains sans retour »


Paul Vincensini – Des paniers pour les sourds


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Peinture:  JF Millet : paysans bêchant

 

L’âcre odeur de sueur
Qui monte de la terre
A dissipé l’encens
Et ronge les suaires
Les mains durcies fermées par le labeur
Et les mains sans limites
S’effilochant en rêves
Se cherchent et se crispent
Dans la même douleur.

« Des paniers pour les sourds », 1953.

L’aspra adori di sudori
Chì cresci di a tarra
Hà alluntanatu l’incensu
È runzicheghja i fossi
È i mani induriti è senza fini
Chì si starpiddani in sonnia
Circhendusi stantarati
In un stessu dulori


Pierre Louys – Les yeux


 

 

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Larges yeux de Mnasidika, combien vous me rendez heureuse quand l’amour noircit vos paupières

et vous anime et vous noie sous les larmes.

Mais combien folle, quand vous vous détournez ailleurs, distraits par une femme qui passe

ou par un souvenir qui n’est pas le mien.

Alors mes joues se creusent, mes mains tremblent et je souffre…

Il me semble que, de toutes parts, et devant vous, ma vie s’en va.

Larges yeux de Mnasidika, ne cessez pas de me regarder !

ou je vous trouerai avec mon aiguille et vous ne verrez plus que la nuit terrible.

 

Pierre LOUYS « Les Chansons de Bilitis » (Arthème Fayard)


Sur une photographie de Dora Maar – Man Ray – 1936 ( RC )


 

Sur une photographie  de Dora Maar - Man Ray   - 1936  ( RC )

 

Les mains  posées sur le mur,

aplaties , blanches, sous leur poussée,

et même transparent, invisible obstacle,

celui-ci porte aussi leur ombre.

Elles  se mêlent, d’un défi obscur

à la promesse du vivant.

Le visage voisine son négatif,

à la façon d’un masque.

Lui aussi regarde un au-delà

caché  derrière nous.

Des fentes le parcourent.

Ou bien        est-ce inscrit dans notre oeil?

Ainsi ce serait ce poids de ciment,

griffé par les années,

supportant son être et l’enfermement

en empreintes négatives.

 

 

RC –  janv  2016

 


Paul Farelier – La chambre est un lac de mémoire


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photographe non identifié

 

la chambre est un lac de mémoire
là où était le lit on n’ose pas marcher

c’était l’an dernier
les meubles
on revoit mal les meubles
vendus
ressuscites ailleurs dans .l’amnésie
de chaleurs nouvelles
mais la tenture
sale
inégalement indiscrète
le vieux destin y accroche
ses mains

près de l’interrupteur
où le couloir amorce
la contamination de l’ombre
et il y a tant de vent dehors
que l’allée déchire les basques du jardin
et tant de cris d’enfants dans l’escalier
qu’il va se dévisser

Paul FARELIER
« Syllepses n° 6 »
in « Poésie 1 » n» 75
(Éd. Saint-Germain-des-Prés)


François Corvol – XVII


El Greco - The Holy Trinity

El Greco – The Holy Trinity

 

XVII

Je suis en mesure de justifier ma longue existence dans ses mains
y mourir sans doute plus volontiers que sous un drapeau
une éternité de peines s’efface volontiers de ma mémoire
sitôt que la féerie
sitôt que ses bras
et tant pis
tant pis je cède
cette peau chaque jour est plus neuve
si parfois elle te semble vieillir c’est qu’elle fait semblant
je ne comprends pas tous ces corps qui prennent feu
mon feu à moi n’est pas tant visible
et si j’ai dit que j’étais seul c’est que j’ai menti
je suis au beau milieu des étoiles


Dominique Sampiero – Le pays a une odeur


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photo:         Takeshi Tuga 

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Teresa Pascual – Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre


 

photo J Eskildsen

photo J Eskildsen

 

 

Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre .
Je suis avertie par l’obscurité du matin
et le silence obstiné dans les arbres,
la lumière maladive,
le début du crépuscule.
Et maintenant, je ne vais plus revenir au sanctuaire
des heures, que je trouvai une fois à mes pieds
et je ne sais quels sables fouler
ni encore offrir quelles prières .
Vient  déjà l’hiver dans le miroir
d’un visage difficile à reconnaître,
d’un corps qui se lève et regarde les choses
Une personne inconnue les placées si loin de moi
que de les toucher ne peut  jamais m’atteindre
et mes mains engourdis, abandonnent .

 

traduit du catalan

 

HA VINGUT JA L’HIVERN SENSE SORPRENDRE’M

Ha vingut ja l’hivern sense sorprendre’m.
M’avisaven la fosca dels matins
i l’obstinat silenci sobre els arbres,
la malaltissa llum,
la nit anticipada.
I ara ja no regresse al santuari
de les hores que m’he trobat als peus
ni sé per quina arena caminar
ni sé quines pregàries demane.
Ha vingut ja l’hivern sobre l’espill
d’una cara que costa reconèixer,
d’un cos espectador entre les coses
que no sé qui ha posat tan lluny de mi
que al tacte sobre elles no m’arriba
i adormides les mans abandona.

© Teresa Pascual
Extrait de: Arena

TK KIM – Noise


Quelques lignes qui se tissent,

si bien ressenties…
 » et cette sensation de ne plus vraiment vivre debout. » …


Angkor : la caresse du sourire – ( RC )


Art Khmer, têtes des temple

Art Khmer,         têtes des temples   Angkor

 

 

C’est le sommeil, peut-être,
Qui a clos les paupières  :
Le regard ne voyait      qu’en dedans,
la prolongation du sourire,
Et les lèvres  épaisses , se sont closes,
Dans leur secrètes pensées.

Qui peut dire  que ces figures de pierres,
Ne sont que des œuvres oubliées ?
Lorsque les hommes ont délaissé les lieux,
Et laissé les arbres les enlacer
Jusqu’à les enfouir
sous le fouillis végétal….

C’est leur sommeil, sans doute,
Qui gravite autour  du temps ;
>    Et celui-ci est immobile.
(  La pierre ,  gardant la mémoire,
    du regard intérieur,
Continue de nous contempler,

Avec son sourire   )  ,
Comme  si elle  était    habitée
De l’âme de ceux qui les ont créées,
Dépositaire d’un accord
dont nous ne percevons que la surface   :
Les mains de la pensée,

Caressent encore la sérénité de leur visage   .

RC  –  mai 2015

 

Art Khmer: Musée Guimet . Paris

Art Khmer: Musée Guimet . Paris


Être et arbre – ( RC )


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Tu voles de branche en branche,
Dans ton mouvement,      secouant la rosée,
Accrochée sur les feuilles.
Je veux te rejoindre.
Tu n’es pas si loin .
Je fais quelques pas dans le jardin .
Je suis sous l’arbre où tu t’es assise.
Celui-ci est couvert de mousse.
Je m’appuie dessus,     et ma main s’enfonce,
Elle disparaît.
Le tronc m’appelle ainsi.
Mon bras suit la main.
Plus loin.
Comme si une porte s’ouvrait.
Jusqu’alors dérobée au regard humain.
J’y entre tout entier.
La  porte se referme,
Je n’y vois plus rien.
Juste quelques rais de lumière
Passant dans les fentes du bois.
Il se passe quelques heures,
Il y fait             humide et chaud.
J’y suis bien.
Je n’entends plus ta voix.
J’ai dû tomber dans un profond sommeil.
Je me réveille.
Je veux bouger.
Ce n’est pas la peine .
Toute une  série de fibres m’enserre,
Me relie à l’intérieur.
De mon corps des excroissances
Venues des épaules, de mes doigts,
Font corps     avec le creux que j’habite.
Mes cheveux se sont fondus
Dans une écorce intérieure moelleuse.
Je ne cherche pas à me débattre,
A retourner  d’où je viens.
D’abord je ne le pourrais pas.
Je m’habitue à ‘autres sens,
D’autres sensations,
Elle celle toute particulière,
Du sang,    remplacé peu à peu
Par la sève,    qui me traverse,
Et monte en moi,
Par les racines,
Que j’arrive à situer…
Mieux…  à sentir
Une sève légèrement amère et sucrée,
Fluide,  très  fluide…
D’instinct je sais la distribuer,
Identifier les branches,
Le poids du feuillage,
Et d’où vient le vent.
Tu es assise assez loin du sol.
Tu as ta place favorite.
De temps en temps tu t’envoles,
Mais reviens me rendre visite.
Tu sais que mes mains sont larges,
Et que je t’attends.


RC – oct 2014

 


Le poing crispé sur les cartes – ( RC )


 

 

Tu tiens dans tes mains
Les cartes des jours,
Et disposes des atouts,
Des as et des figures.

Je ne sais encore aujourd’hui,
Ce qui compose         ton jeu.
Nous n’avons pas voyagé ensemble

Assez longtemps pour que je devine,
Quelles étaient ces cartes.
Serrées dans tes mains  closes.

On y lisait peut-être mon destin.

Tu t’es endormie des années,
Et, mon bateau abordant d’autres rivages,
Tu t’es réveillée                     sans ton image,

Oubliée quelque part,
Par inadvertance.

C’est alors que ,         desserrant ton poing,
Toujours crispé sur les cartes,
Tu t’es aperçue

Qu’elles étaient                 blanches,
Et qu’elles ne parlaient plus d’avenir.


RC  – sept  2014

 

peinture: Lukas Van Leyden


C’était une mazurka – ( RC )


photo NF

Je me souviens de la musique
Et ta tête penchée sur le clavier.

Les mains ont déserté les touches d’ivoire,
Elles se sont ternies au voyage des ans.

Les cordes fatiguées, sont une harpe
Assourdie de toiles d’araignées.

Les mélodies que tu jouais,
Ne renvoient plus de reflet

Elles sont été mangées,
Par l’ombre du piano noir.

Juste, le concert des étoiles,
Me chante encore tout bas,

Leurs volutes et les arabesques,
Naissant sous tes doigts.

Je me souviens de la musique
Et ta tête, penchée , au-dessus de moi …

RC – sept 2014


S.M.Roche – Nocturne


372023

 

 

Des ailes bruissent au fond d’un seau,
des formes surgissent de la terre,
d’autres sont accroupies.

La rumeur de leurs mains nappe la ville.
Un dernier fruit tombe du ciel
sur la tôle du poulailler
et les coqs sont réveillés.

Personne ne pense aux étoiles,
il a fait trop chaud tout le jour.

Le dormeur amène la voile,
le songe s’engrave sur le lit,
le poème s’est perdu.

Il reste le bois fendu
d’une nuit sans sommeil.

 

– A lire, avec beaucoup d’autres  sur  le site « chemin tournant »