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Samira Negrouche – Illusion


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Illusion
mon regard s’abandonne
sous l’eau cristalline
de l’oued en crue
flottaison
mes sens en arythmie
au corps qui se
promène
sur le cours incertain

M’en aller
comme feuille d’automne
et m’oublier au travers
des branches en furie
des eaux ravagées
de la soif inépuisable
des tuiles tombantes
de la maison dégarnie
m’en venir
au petit matin
effleurer ton rivage.

( extrait de L’heure injuste )


Bassam Hajjar – des maisons ( fin )


Image associée

aquarelle  :  Paul Klee  –  vue  de Saint-Germain

 

 

T’éloignes-tu à présent ?

Et ceux qui sont debout là-bas recouvrent-ils de blanc ton absence ?

 

La poussière trouve-t-elle son chemin vers toi ?

Le soleil de l’hiver abîme-t-il tes vêtements ?

 

Pleures-tu ?

 

Alors ne laisse pas les pleurs changer quoi que ce soit en toi

 

ni le rouge dans tes yeux

ni la barbe qui pousse.

 

Ainsi tu t’orienteras dans le sommeil,
si tu le peux,

car les maisons que nous quittons

délaissent leurs murs

leurs seuils, leurs entrées surpeuplées de vide,

et les maisons nous quittent,

et nous revenons habiter leur absence.

 

(Lyon, octobre-novembre 1985)


Joseph Brodsky – un fantôme avait vécu ici


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J’ai jeté mes bras autour de ces épaules, regardant
Ce qui a émergé derrière ce dos,
Et vis une chaise poussée légèrement en avant,
Se fondant maintenant avec le mur illumimé.
La lampe semblait trop éblouissante pour montrer
à leur avantage le mobilier défectueux ,
Et c’est pourquoi un canapé en cuir marron
Brillait d’une sorte de jaune dans un coin.
La table avait l’air nue, le parquet brillant,
Le poêle assez sombre, et dans un cadre poussiéreux
Un paysage n’a pas bougé. Seul le buffet
M’a semblé avoir quelque animation.
Mais une mite tourna autour de la pièce,
m’arrêtant du regard
Et si, à un moment donné, un fantôme avait vécu ici,
Il était parti, abandonnant cette maison.

  • titre original:  mes bras autour de ces épaules

( tentative de traduction,: RC )

 

I threw my arms about those shoulders, glancing
at what emerged behind that back,
and saw a chair pushed slightly forward,
merging now with the lighted wall.
The lamp glared too bright to show
the shabby furniture to some advantage,
and that is why sofa of brown leather
shone a sort of yellow in a corner.
The table looked bare, the parquet glossy,
the stove quite dark, and in a dusty frame
a landscape did not stir. Only the sideboard
seemed to me to have some animation.
But a moth flitted round the room,
causing my arrested glance to shift;
and if at any time a ghost had lived here,
he now was gone, abandoning this house.

Joseph Brodsky


Le miroir des pages – ( RC )


 

 

Image associée

 

Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


Pierre Seghers – le toit s’est enfui


Hollande Island dans la baie de Chesapeake.jpg

baie de Chesapeake. Maison  aux  Pays-Bas

« Le toit s’est enfui
La pluie est entrée
De vivre en aimant
Ce fut impossible
Futile bonheur
Fut-il pris pour cible ?
Il n’en reste rien
Qu’un corps éventré. »

(extrait de « La maison des sables »)


Benjamin Fondane – faubourg d’orties


469.JPGMontage perso – RC   2014

 

Ce n’était pas de l’étonnement, mais peut-être

une sordide angoisse

qui m’avait fait pousser dans ce faubourg d’orties

juste au moment où l’on y ramassait le ciel.

Je n’y avais jamais été que je sache

je ne pouvais savoir s’il existait vraiment

en avais-je rêvé ?

mais je savais maison par maison tous les noms

des habitants et leurs commerces,

le nom des gosses et ceux de leurs anges gardiens

– je m’y intéressais surtout

à une femme enceinte qui devait loger là

ou à quelque émigrant revenu d’Amérique –

– je n’étais pas fixé…

il s’attachait à eux je ne sais quelle idée

qu’il me fallait tirer au clair

de trésor enfoui, d’enfances fabuleuses,

de meurtres impunis

et d’une fin du monde absolument MODERNE.


Marina Tsvetaieva – La maison


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Maison – épaisse verdure,

Vigne vierge et chèvrefeuille,

Maison peu familière.

Maison si peu mienne !

Maison – au regard sombre

Aux âmes lourdes,

Le dos tourné à la cité,

Les yeux fixés sur la forêt,

Gaie, aux cornes de cerf,

Joyeuse, comme une ourse,

Chaque fenêtre – un regard,

Et dans toutes – une personne !

Le fronton dans la glaise

Chaque fenêtre – une icône

Chaque regard – une fenêtre,

Les visages, des ruines,

Les arènes de l’histoire,

Marronniers du passé

Moi j’y chante et j’y vis.

Les chemises aux bras longs

Se lamentent dans le vent,

Liberté du passé,

D’un combat dans ces murs.

Lutte pour vivre et survivre,

Chaque instant, chaque volée,

Lutte à mort de ses bras,

Mort pour vivre et chanter !

Sans odeur de richesse,

Sans confort de fauteuil,

Le méchant, la pauvresse

S’y retrouvent à plaisir.

Le bonheur des oiseaux,

Dans les niches et recoins,

Temps pour nous – de nos comptes,

Des vengeances populaires,

Une maison dont je n’aurai pas honte.

 

(Entre juillet et septembre 1935.)


Lucie Taïeb – Où est-il ?


arch   maison  bois  ds neige  Japon FrostHouse .jpg

 

ce soir, dans la maison d’avant, demander à S., qui prépare le repas : « et où est-il ? il ne dîne pas avec nous ? »le lui demander comme un enfant qui n’aurait pas voulu comprendre que son père ne reviendra pas.

Le lui demander comme l’adulte, saine d’esprit, que je suis, ne peut pas le faire, et il le faudrait pourtant, pouvoir se faire expliquer et redire qu’il ne reviendra pas, pouvoir pleurer encore cette absence, refuser de la comprendre, refuser d’écouter les explications, de chagrin hurler, se cogner la tête contre le mur de la cuisine, jusqu’à ce qu’elle saigne et tache le mur blanc, jusqu’à ce qu’elle s’ouvre comme une noix de coco et que le chagrin se déverse, répandant autour de la coquille brisée son odeur de délice rance.

le temps nous déplace, nous éloigne de chaque instant de notre vie et ramène pourtant, par l’entremise de la date, chaque jour qui nous marque, chaque année.

je pense à toi, en cet instant précis, tandis que S. déverse les coquillettes dans l’eau bouillante, je pense à toi, à plusieurs milliers de kilomètres d’ici, l’instant se ralentit, devient plus dense, presque douloureux par trop de lumière, je pense à toi, j’ai la certitude d’une union dans cette distance, je fantasme tes pensées aussi intensément tendues vers moi, j’imagine qu’en cet instant précis, tu es aussi proche de moi, en pensée, que je le suis de toi.

au même moment

je pense à toi, en cet instant précis, comme S. déverse les pâtes dans l’eau bouillante, je pense à toi, plusieurs milliers d’années auparavant, tu aurais été là, tu devrais être là, je fantasme encore si proche, ta présence, et je ne comprends pas que, malgré l’intensité de ma pensée, tu ne sois pas là, proche de moi, comme tu devrais l’être. je demande alors « où est-il ? », j’ai 20 ans, j’en ai 40, j’en ai 56 et c’est mon dernier âge, nous mourons jeunes dans la famille, je demande encore où il est, et plus personne
pour me répondre
qu’il ne reviendra pas.


Max Jacob – Un chapeau d’instituteur


André Utter

peinture:       Suzanne Valadon

 

Du large je ne reconnais pas ma maison sur la falaise :
on l’a passée au lait de chaux.

Du bourg je ne reconnais pas ma maison sur la falaise :
on a mis de l’ardoise au lieu de chaume.

Du sentier je ne reconnais pas ma maison sur la falaise :
on a mis une grille en fer.

Et du coup mon cœur se fond,
il y a un lit de ville à la place du lit clos.

Je partirai sans vous regarder, Marie,
car sûrement vous avez des paillettes sur votre robe au lieu de broderie,
et une coiffe de poupée sur vos cheveux, effrontée !

Adieu, Marie, il y a une odeur de pipe dans la maison
et un chapeau d’instituteur sur la table.

Max JACOB « Poèmes de Morven le Gaélique » (Gallimard)


Jules Supervielle – se faire un peu de feu


 

Il ne s’agit pas d’être le feu, mais de se faire un peu de feu
Quand on a froid et que l’humide veut régner sur nous peu à peu,
II ne s’agit pas d’aller toujours sur une grand-route prévue
Mais de pouvoir flâner un peu comme fait même l’âne qui broute,
II ne s’agit pas d’être partout mais de choisir un petit coin,
Appelez-le arbre, maison ou femme ou bien morceau de pain,
Un jour je t’expliquerai ce que sont le ciel, les étoiles
Et ce que tu es toi-même, avec ton or innocent,
Je te ferai quelques croquis sur le tableau noir de la nuit,
Mais si tu veux y voir clair, il faut venir tous feux éteints.

***

Jules Supervielle (1884-1960)Le Corps tragique (1959)


Andreas Altmann – visite


 

photographe  non identifié..

photographe non identifié..

La mémoire, quand elle renonce
à un souvenir l’un après l’autre,
devient aveugle à ses propres paroles.
Dans des pièces vides, en tâtonnant
le mur, qui te saisit les mains,
au-dessus des portes que tu n’ouvres pas,
tu avances vers la fenêtre.  Des regards,sombres
ou clairs, cèdent la place aux yeux.
A partir de bruits, la voix se façonne
qui ne franchira pas le seuil du
silence.  Encore une fois tu marches,
sans toucher le sol, à travers la maison.
la lumière a découpé des ombres
pour lesquelles, ici, il n’y a aucune explication.
Tu grattes profondément  les extrémités de tes doigts
quelqu’un te suit, les bras
croisés, avec ce regard en biais.  tu demandes
à rester plus longtemps.  devant le porche,
une auto attend. Son moteur démarre.

besuch

das gedächtnis, wenn es eine
nach der anderen erinnerung aufgibt,
erblindet an seinen worten.
in leeren räumen tastest du dich
an der wand, die deine hände ergreift,
über türen, die du nicht öffnest,
ans fenster. blicke, die dunkel
die hell sind, weichen den augen.
an geräuschen formt sich die stimme,
die nicht über das schweigen hinaus
kommt. noch einmal gehst du
mit bodenlosen schritten durchs haus.
licht hat schatten herausgeschnitten,
für die es hier keinen grund gibt.
du kratzt an den rändern die finger auf.
jemand folgt dir verschränkt
mit den armen, dem blick. du bittest,
noch länger zu bleiben. vor dem tor
wartet das auto. der motor springt an.

Andreas Altmann
© Rimbaud Verlag

 

 


Images d’un paysage prolongé – ( RC )


 

 

Une maison  apparaît comme un décor,
Une toile dressée sur un châssis .
Quelque chose  d’inhabituel dans la nature,
Poursuivant la verdure,           et les voix du vent,
Aussi loin que le décalage des ombres …
Les murs en  changent leurs angles  .

Il y a même celles des branches,
Posées sur la façade, qui ne semblent
Pas à leur place ici,         comme celle des habitants,
Curieusement étrangers à l’existence,     à l’inverse
Des mésanges qui           se heurtent aux images
Des fenêtres  d’un paysage      prolongé .

RC –   oct 2014

 


Gregory Colbert – Cendres et neige


dessin perso -

dessin perso –

 

Traduction très libre des quelques lettres de Gregory Colbert dans « Ashes and snow »
Variation sur « Cendres et neige » – Philippe Vekens

 

photo: Gregory Colbert

photo:             Gregory Colbert


 

Si tu me rejoins à « ce moment », tes minutes deviendront des heures, tes heures deviendront des jours et ces jours deviendront une vie.
A la Princesse des Éléphants
J’ai disparu il y a 1 an exactement.
Jours pendant lesquels j’ai reçu une lettre.
Elle me rappelait au lieu où ma vie auprès des éléphants a commencé.
Je te prie de m’excuser pour le silence demeuré entre nous pendant une année.
Cette lettre rompt ce silence.
Elle marque les 365 lettres que je t’ai écrites, une par jour de silence.
Jamais je n’ai été autant moi-même que dans ces lettres
Elles sont les tracés du chemin de l’oiseau
Et sont tout ce que je sais être vrai.
Tu te souviendras de tout, tout sera comme avant, au début des temps.
Le ciel sera empli d’éléphants volants.
Chaque nuit ils seront couchés à la même place dans le ciel, avec un œil ouvert.
Lorsque tu regardes le ciel, tu regardes cet œil d’éléphant qui dort avec cet ouvert qui nous protège et prend soin de nous…
Depuis que ma maison a brûlé
je vois la lune plus clairement
J’ai regardé tous les édens qui étaient tombés en moi
J’ai vu un éden que j’ai tenu entre mes mains
mais que j’ai laissé partir
J’ai vu les promesses que je n’ai pas tenues
Les douleurs que je n’ai pas apaisées
Les blessures que je n’ai pas soignées
Les larmes que je n’ai pas versées
J’ai vu les morts que je n’ai pas pleurées
Les prières auxquelles je n’ai pas répondu
Les portes que je n’ai pas ouvertes
Les portes que je n’ai pas fermées
Les amoureux que j’ai laissés derrière
Et les rêves que je n’ai pas vécus
J’ai vu tout ce qui m’a été offert
et que je ne pouvais accepter
J’ai vu les lettres que j’avais espérées
Mais que je n’ai jamais reçues
J’ai vu tout ce qui aurait pu être
Mais qui jamais ne sera

Un éléphant avec sa trompe levée
Est une lettre aux étoiles
Une brèche faite par une baleine est une lettre
Des profondeurs de la mer
Ces images sont une lettre pour mes rêves
Ces lettres sont mes lettres pour toi
Mon coeur est comme une vieille maison
Dont les fenêtres n’ont pas été ouvertes depuis des années
Mais maintenant j’entends les fenêtres s’ouvrir
Je me rappelle les grues flottant au-dessus
Des neiges fondantes de l’Himalaya
Sommeillant sur les queues de lamantins
Les chansons des phoques barbus
Le cri du zèbre
Le cliquetis du sable
Les oreilles des caracals Le balancement des éléphants Les brèches des baleines
Et la silhouette de l’élan
Je me souviens de la boucle des orteils du suricate
Flottant sur le Gange
Navigant sur le Nil
Montant les marches de …
Je me souviens errer dans les couloirs
D’Hatchepsout et du visage des ces nombreuses femmes
Mer sans fin et milliers de kilomètres de rivière
Je me souviens de tout
Mais je ne me souviens pas avoir quitté, jamais
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi
Au plus je regarde les éléphants de la Savane
Au plus j’écoute, au plus j’ouvre,
Ils me rappellent qui je suis
Puisse le gardien des éléphants entendre mon souhait
De collaborer avec tous les musiciens de l’orchestre de la nature
Je veux voir par l’oeil de l’éléphant
Je veux rejoindre la danse qui n’a pas de pas
Je veux devenir la danse
Je ne peux te dire si tu te rapprocheras ou si tu t’éloigneras
Du long de cette sérénité que j’ai trouvée
Lorsque je pose mon regard sur ton visage
Peut-être si ce visage pouvait me revenir maintenant
Ce visage qu’il me semblait avoir perdu
Et le refaire mien
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume moelle, dansephoques, lamantins,
ce qui est écrit sur la page
Ce qui importe, est
ce qui est écrit dans le coeur.
Donc brûle les lettres
Et pose leurs cendres sur la neige
Au bord de la rivière
Lorsque le printemps arrive et que la neige fond
Et que la rivière monte
Retourne aux bords de la rivière
Et relis mes lettres avec les yeux fermés
Laisse les mots et les images
Laver ton corps telles des vagues
Relis les lettres
Avec tes mains sur les oreilles
Écoute les chants du paradis
Page après page après page
Envole-toi tel l’oiseau
Vole…
vole…
vole. 


Ces pierres soulevées d’un mouvement de plume – ( RC )


Collage:         Max Ernst:          Santa Conversazione, 1921

 

Tu prends dans tes mains les oiseaux,
Tu les mets dans ta tête,
Tu n’as pas besoin de maison,
Ni de t’enfermer à double tour,
L’été est chez toi,
Tu arraches des mots aux herbes.

Les pierres deviennent légères,
Celles que tu soulèves d’un mouvement de plume.
Par la fenêtre, des martinets voltigent.
Mais elle ne donne pas sur l’extérieur,
Et, dans l’esprit,

Tous les oiseaux du monde y volent
librement ,à toutes profondeurs°

° ( provenant de la citation de Nicolas de Staël:  » La peinture est un mur, où tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes profondeurs  » ).

 

( en réponse à « août » de « Carnet d’au bord », de Sophie G Lucas )

image:  montage  perso

image: montage perso


Stefanu Cesari – Là où vous avez bâti cette maison


image  retravaillée par mes soins

image retravaillée par mes soins

Là où vous avez bâti cette maison, l’eau sous la colline.
sa chanson rampe, le soir. vous ne dormez pas.
on vous laisse, toujours au même point de l’aube
sachant que vous resterez, là, à nous attendre, sans redire

c’est vrai. on s’habille d’une faute, elle nous lie comme le sang, à travers les herbes folles.
le moment venu, un doigt passe sur la bouche,
une petite flamme,
vous laissez la lumière allumée le temps que nous partions.

Indò vo eti pisatu a casa ci hè l’acqua sutt’à a parata.
a sera, a so canzona, à rampaconu.
vo ch’ùn durmiti, vi lachemu sempri à quiddu mumentu albinu,
sapendu ch’eti à stà quì, ad aspittàcci. senza lagnàvvi, mancu una volta.

hè vera. ci ‘mpannumenu cù li nosci falta, par travirsà u bagnaghju, è ci liani com’è u
sangu.
spicchènduci, nienti ci veni.
daretu à no, una pìccula fiara, di matinata, tini accesu mentri chè no partimu …

Stefanu Cesari  est un auteur  corse, on peut  le retrouver  sur Voxpoesi....


Marina Tsvetaieva – Ma maison


PLASHOU2

Ma maison

Sous ses sourcils froncés,

Maison de ma jeunesse,

Comme si j’y étais retournée :

Bonjour, voilà, c’est moi !

Si reconnue, si familière

Sous son manteau de lierre,

Cachant son front, comme gênée

D’être si grande et fière,

[…]

Des yeux sans chaleur

Loin du bruit de la rue,

Des fenêtres le verre

Sans reflet. Toutes nues,

Contemplant un jardin

Depuis cent ans désert,

Sans connaître personne

Et sans voir les passants !

Cachée dans les tilleuls,

Survivance et puissance,

Antique et digne aïeule,

Photo perdue d’enfance,

Négatif de mon âme !

(Vanves, 1932   –  du recueil  » inédits  de Vanves  »  ).


Thomas Duranteau – maison abandonnée


 

 

Maison abandonnée
qui détient le pouvoir
des objets autonomes

prolonger
le coma du silence

Maison cachant
par des volets de lierre
ses poutres à pigeons
et sa poussière

***

 


Pierre Seghers – Une maison où je vais seul


image - modification perso

image – modification perso

Une maison où je vais seul en l’appelant
Un nom que le silence et les murs me renvoient
Une étrange maison qui se tient dans ma voix
Et qu’habite le vent
Je l’invente, mes mains dessinent un nuage
Un bateau de grand ciel au-dessus des forêts
Une brume qui se dissipe et disparaît
Comme au jeu des images
Pierre Seghers

Claude Chambard & Juliette Thomas – Il dit qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue


Au bord de la mer

Je ne me bâtirais pas de maison
(mon bonheur exige même que je n’en possède pas!).

« cabane’,  de Juliette Thomas

Mais s’il fallait que je le fasse,
Si je renonce, la cabane ne sera pas. Si je renonce, je n’aurais nulle part où aller.
Si je renonce, où me coucher le soir, où fermer les yeux pour ne plus voir le monde ou l’absence de monde.

Brindilles, branches, feuillages, paille… petit à petit une cabane gagne un destin… amor fati

. Une petite pièce, une dynamique paisible, détachée du monde, une dynamique polyphonique, très ancienne & très moderne.

Rien de complexe, rien de déconcertant, très peu d’éléments, une main, deux mains.

Répétition du thème, bourdon continu, lumière neuve & accents sombres. Une montée, échelon par échelon

Au bord de la mer

Je ne me bâtirais pas de maison (mon bonheur exige même que je n’en possède pas!).
Mais s’il fallait que je le fasse, je voudrais, comme certains Romains, la bâtir jusque dans la mer il me plairait de partager quelques secrets avec ce beau monstre.

il dit qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue
une descente, échelon par échelon, rien de conceptuel, une singulière émotion oui.

Une laisse de mer, un murmure de lecture, une plainte au bord de l’eau.

La cabane & la mer, comme deux pages, face à face, lettre à lettre. Un soupir vers la pliure
Entre les gouttes & le sable, entre le vent & la paille, un  cillement de la mémoire.

Petite rognure de phrase, cerise qui tombe, oursin  ouvert & dégusté sur le rivage, immense océan ou petite larme,
qu’importe : une collection de très petits mouvements.

Les pieds dans l’eau, le crayon dans la bouche, le  papier sur les genoux.
Il dit que le seul secret est qu’un homme peut mourir d’une lettre perdue.

On peut retrouver  l’association Claude Chambard, Juliette  Thomas  dans la revue en ligne   » à la dérive »

revue littéraire  » à la dérive »


Thierry Metz – Je suis tombé


peinture           Christian Rohlf

 

 

 

 

Je suis tombé
dans mes pas
jusqu’à les suivre.
Jusqu’à ne plus dormir.
Les mères étaient trop loin
et je n’avais qu’une torche
à peine pour me conduire
assez  pour  passer  sous  chaque mot.
Et seul, me consumer.
Puis j’ai fait un signe
d’au-revoir.
Il n’y en a eu qu’un pour me dire :
Oui,
tu peux sortir de la maison
nous n’avons plus de visage.

Mais  moi  je  suis  sorti  avec  mon visage. Je continue mon métier dans les feuilles. Sur les talus. Dans les fossés. Près des eaux. Je nettoie les bords.

Je ne fais pas une enquête. J’essaye seulement de retrouver l’assiette et le verre, le soir, sur la table.

Je n’ai rien à signaler que ce que je fais, parmi l’herbe et la ronce.

Quant à mon écriture : c’est une roue qui passe, une brouette de terre. Le reste est dans ma main. Avec la sueur.

Ici il y a plus de 36 chemins. Qui vont nulle part.

Et j’y vais à coup de faux et de trinque.

Le livre est livré au jour, à lui-même. Moi, dehors : j’éclaircis, je cingle l’ortie comme on frappe sur les eaux ; quelque chose alors est rendu au possible, au probable : une aile, une branche, un sourire. Mais comment ne pas faillir hors de ces rares instants, si simples et pourtant toujours remués ? Que vient faire ce que je suis là-dedans ?

Je ne sais pas mais je m’accorde un répit. En attendant la mêlée. Sur une souche. J’ai rassemblé mes gestes comme si c’étaient des chiens, des bâtards. Mais je suis prudent avec eux car c’est partout la faim.

Puis vient le soir, la petite heure. Le carnet est vite dépecé. Le verre de vin est bon. Le feu. Les mille et un petits gestes qui font qu’on ne fait rien.

Qu’on ne fait rien. Que le souffle ou la main n’est admis.

Enfin c’est le sommeil, le drap déplié, le château.

Tout sert d’appui autour de ce qui est à rêver, dans l’oubli. Tout sert dans ce convoi, tiré par des oiseaux. C’est le jour, c’est le ciel, c’est le bonjour d’un passant qui a servi d’appât.

Mais je ne dors pas,
je cherche le soleil.

Je me suis pris les mains dans ce que je disais.

Thierry Metz, Terre, Opales/Pleine page, 1997 ; rééd. 2000

 


Aïcha Bouabaci – Visages d’ombre


peinture; Modigliani; portrait de Juan Gris

 

 

VISAGES D’OMBRE

 

Quand d’un être longtemps

Le sourire demeure

Et qu’il vous accueille

Pudique

Au seuil de sa maison

Par delà le silence

Au delà de l’absence

C’est que ni ici ni ailleurs

Par delà les saisons

Au delà du temps

Nulle part il ne meurt

 

 

AICHA BOUABACI

 


Samira Negrouche – Illusion


sculpture          Manuel Neri        -Palm Springs Museum

 

 

 

 

Illusion
mon regard s’abandonne
sous l’eau cristalline
de l’oued en crue
flottaison
mes sens en arythmie
au corps qui se
promène
sur le cours incertain

M’en aller
comme feuille d’automne
et m’oublier au travers
des branches en furie
des eaux ravagées
de la soif inépuisable
des tuiles tombantes
de la maison dégarnie
m’en venir
au petit matin
effleurer ton rivage.

(L’heure injuste page 86)

 


François Corvol – Parfois il entre dans la maison


photo Beatrice Helg,      rencontres  photographiques  d’ Arles   2006

 

 

Parfois il entre dans la maison

Parfois il entre dans la maison, je l’entends
dans les combles gratter le bois déplacer les grains
est-ce un mulot un loir une pensée je vois
les araignées tisser les toiles pour le retenir
le chat lever un œil, la chambre se tiédir je l’entends
parfois cet air habité ce vent venu de loin
des calottes polaires des bouches inconnues
il veut faire partie de la demeure, il veut le couvert
la chaise le versant, il investit les lieux
puis repus retourne d’où il est venu, nous laissant
démunis les bras nus

 

 

 

 

29 février 2012


Georg Heym – Les Démons des villes


peinture: Gorge Grosz la grande ville – 1917

Georg Heym – Les Démons des villes (Die Dämonen der Stadt, 1911)

À travers la nuit ils parcourent les villes
Qui se tapissent, noires, sous leur pied.
Comme des barbes de marin, à leurs mentons
Se pressent les nuages, charbonneux de fumée et de suie.
Leur ombre longue tangue sur l’océan des toits
Et étouffe les lumières en enfilade dans les rues.
Elle rampe comme un brouillard pesant sur le pavé
Et, léchant maison après maison, lentement progresse.

Plantés d’une jambe sur une place
De l’autre agenouillés sur une tour,
Ils se dressent là où la pluie tombe noire, soufflent,
Sous la tourmente des nuages, dans leur flûte de Pan.

À leurs pieds tournoie la rengaine
De l’océan des villes à la musique triste,
Vaste chant de mort. Tantôt sourde, tantôt perçante
La tonalité change, s’élève dans le ciel obscur.

Ils progressent sur le courant qui noir et large
Comme un reptile au dos tacheté de jaune
Par les réverbères, dans l’obscurité de noir
Couvrant le ciel se faufile tristement.

Ils s’appuient lourdement au mur d’un pont
Et ils plongent leurs mains dans la chaleur
Aux hommes puisée, comme les faunes sur la rive
Des marais enfouissent le bras dans la vase.

L’un se lève. À la lune blanche il accroche
De noires mandibules. La nuit
Qui comme du plomb tombe du ciel ténébreux
Enfonce les maisons dans le puits de l’obscurité.

Les épaules des villes craquent. Et un toit
Éclate, un feu rouge en fait son lit.
Ils sont assis à califourchon sur sa cime
Et hurlent comme des chats au firmament.

Dans une chambre emplie de ténèbres
Hurle une femme grosse, dans les douleurs.
Son corps puissant se dresse haut hors des coussins,
Autour de lui se tiennent les grands diables.

Elle s’agrippe tremblante à son lit de douleur.
La pièce autour d’elle tangue sous son cri,
Voici son rejeton. Son giron se déchire, rouge et béant,
Sanglant il s’ouvre et livre passage au rejeton.

Les cous des démons s’allongent comme ceux de girafes.
L’enfant n’a pas de tête. Sa mère le tient
Devant elle. Son dos est déchiré sous la terreur
Aux doigts de crapauds, quand elle retombe étendue.

Or les démons grandissent, monstrueux.
Leur corne déchire le ciel rougi.
Le tonnerre d’un séisme parcourt le giron des villes
Sous leur sabot d’où jaillit l’étincelle.

***

Georg Heym (1887-1912)Le Jour éternel (Der ewige Tag, 1911)


je serai mère , bientôt – ( RC )


photo extraite d’un film de Bergman: – Liv Ullman ( peut-être provenant du film « la honte’ )

je serai mère , bientôt

 

 

Au tirage au sort, la courte paille ou la grande

En dialogues biologiques,Dieu m’a dit : tu seras femme

Tu porteras, les plis les rides, de la peau et du temps

De ces mots , aussitôt faite, ai eu joies et désarrois

Je vis, j’ai vécu, je me souviens, je le suis devenue

J’ai accueilli, je me suis de Marie l’immaculée, éloignée

J’ai cueilli auprès des hommes, du plaisir , le fruit

 

D’amour, et ce fruit s’est enraciné .

D’amour , mon sang s’est transmis

Avec lui celui de mon père, ma mère ;

De don, de souffrance , mon fruit

Je l’ai senti m’envahir, et son poids

Je me suis vue m’épanouir, – en poids aussi

 

Par la vie, ainsi en moi, autrement

Tensions, joie, encombrement ;

Des mouvements de toi ressentis,

Puisque c’était TOI , ici

La Caresse de l’au-delà *, et battre

L’écho de dedans, de la maison rose

 

J’ai écouté, mes paupières closes

La vie à transmettre , ce chant d’intérieur,

Long fil ininterrompu, je l’ai portée, je t’ai porté

J’ai porté le futur, je porte les futurs.

En germination, je suis déesse à mon tour, et

La mort sera battue en brèche

 

L’au delà, le divin, n’est pas ailleurs

Il est en moi, Vie je donnerai

Je serai mère, bientôt

 

 

RC  avril 2011

*   la superbe expression  » La Caresse de l’au-delà * »  provient  d‘Arthémisia. ( que j’ai « questionnée « serré » pour essayer  de transcrire  la sensation de pré-naissance.. )