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André Henry – ce n’était pas assez


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Ils vous ont enlevé vos couteaux, vos lacets,
Vos maisons, vos jardins.

Ce n’était pas assez.

Ils vous ont poursuivis, ils vous ont pourchassés,
Sur vos mains, sur vos pieds,
leurs yeux se sont posés
Pour guetter le non-sens.

Ce n’était pas assez.

Ils ont fermé sur vous
les portes successives.

Ce n’était pas assez.

Vous preniez trop d’espace,
Ils entendaient vos voix, ils entendaient vos pas.
Ils ont poussé sur vous l’ombre
Et les murs
Qu’ils vous avaient laissés.

Ce n’était pas assez.

Ils auraient bien voulu murer vos cris, vos yeux.
Ils auraient bien voulu que vous disparaissiez. 

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Bassam Hajjar – Ils recouvrent de blanc ton absence


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Lorsque tu la quittes
ses murs se rapprochent
la maison qui, délaissée,
trouve son âme dans un coin
et devine, depuis un instant seulement,
la toile d’araignée qui pend
dans le familier
devenu vacant.

S’éloigne-t-elle maintenant ?

Ou bien la fais-tu basculer dans le vide

de tes yeux mouillés

dans tes mains

dans le grand air

des lieux éloignés

comme si la fenêtre derrière toi

regardait vers le dedans

et s’éloignait à son tour

tandis que t’absorbent la rue et le tournant
avec une boule dans la gorge
de la taille de l’océan.

Elle ne te voit plus maintenant
la maison qui se blottit dans les entrées désertes de son âme
comme si dans le silence de ceux qui restent, là-bas,
elle baissait la tête et prêtait l’oreille
à l’écho des pas d’hier

à l’écho du rire ou du chuchotement dans les salles de séjour

et les chambres

dans la cuisine

sur les étagères et la table
dans les coeurs étincelants des bouteilles d’eau et de cognac.

Comme si elle devinait
que la petite femme
habitait toujours son coeur
et marchait pieds nus pour ne pas troubler la quiétude
dans son esprit brisé,
comme un murmure
qui s’élèverait en elle, .

et de ses flancs
coulerait l’aigreur de l’attente.

Comme si, quand nous partons, c’était la maison qui nous
quittait,

les tableaux et les étagères descendent des murs
les récipients s’en vont
les meubles aussi
la couleur quitte la maison
tandis que les rideaux restent tirés sur son secret
ainsi que les amantes.

Comme elle est nomade, la lumière
et comme l’ombre est sédentaire

Et les maisons dans la mémoire sont des chambres obscures
des couloirs
la respiration tranquille des draps endormis
réfugiés dans la béatitude de leur bleu
seuls et lisses
seuls et creux comme les veuves
les veuves que sont les maisons
lorsque nous nous éloignons d’elles,
que nous faisons signe de loin
et qu’elles font signe de loin.

Puis la trame de l’horizon se relâche

et l’air se tend,

ni l’oeil ne voit

ni les fenêtres ne clignent

et entre eux la distance commence à se remplir, le temps
commence à creuser.

Ma fille distribue-t-elle en ce moment les rôles du soir ?

Discute-t-elle avec sa voisine la poupée ?

Fait-elle manger Snoopy avec sa petite cuiller ?

Trouble-t-elle l’esprit tranquille de la maison ?
Ou bien dort-elle ?

Et quand la mer passe dans sa nuit
elle se retourne, comme sur l’écume d’une vague,
et son visage s’éclaire, halo de sommeil.

La somnolence c’est aussi les maisons
leur apanage et leurs fantômes cachés
lorsque l’air, alourdi par la fumée et les lampes du soir,
endort la petite femme sur le canapé
tandis que se noie la table du bureau
dans le flot des néons
que bâillent les papiers et les livres
que s’arrête le poème.

Lorsque tu la quittes
ses murs s’écartent

La maison, vaste,
imite le désert des livres
le hurlement des loups au loin
tandis qu’un écho s’écoule de ses flancs.

Qui est l’absent ?

Les choses sont à leur place, sauf toi
les choses sans toi
te cherchent là où tu n’es pas.

Ils te voient là où tu n’es pas.

L’absent est avec eux
dans la photo, sur la chaise, derrière la table,
derrière la fenêtre,

ou bien tu avances, sous leurs yeux, dans la rue
les pieds exilés et le torse maigre.

\


Béatrice Douvre – L’oiseau


Oiseau  promenade  V Brauner  6_z.jpg

 

peinture :  Victor  Brauner   promenade  de l’oiseau –        1958            Grenoble

 

L’oiseau ensemble
Ton pays se souvient
De la tempête ouverte
D’un nom plus fort que les oiseaux
D’un vent serré dans les mémoires
Les grands toits de la neige attendrissaient nos doutes
Nous courions, enfants des libertés d’oiseaux
Sous des rocs confus de la mémoire divine
Un grand souffle éclairait nos lampes dégagées
Ton pays se souvient-il
De la terre et du vin
Que nous buvions sans doute
Dans les maisons fermées ?

—-


Yannis Ritsos – Inévitable


 

 

3823559720.jpgphoto: Lydia Roberts

Ils sont partis, l’un après l’autre.
Nous avons attendu.
Ils ne sont pas revenus.
Comment peut-on s’habituer à tant d’éloignement ?
Ni montagnes, ni arbres, ni maisons,
ni gens du tout, et les noms oubliés,
et la cendre répandue jusque dans les pages vierges.
Seulement dans le champ sec aux ronces jaunes,
a poussé une rose comme par erreur. La nuit,
souviens-t’en quand tu regarderas au loin, vers le large,
les trois petits feux errants. Souviens-t’en.
O, triste, inconsolable clair de lune, garde-moi.

Karlovassi, 10. VII. 87


Veronique Joyaux – Poème à Salah


 

 

Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24 14075791280.jpgpeinture – Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24

Poème à Salah

 

 

J’écris aussi pour toi
prisonnier des geôles de Bagdad ou d’ailleurs
Pour toi que l’on fait taire que l’on torture
J’écris pour toi qui n’as pas de mots
Parce que tout enfant déjà tu travaillais
J’écris pour les femmes cachées
dans leurs voiles et leurs maisons
J’écris pour ceux qui n’ont pas la parole
pour leur donner existence et dignité
J’écris pour ouvrir les portes
Je m’immisce dans les interstices.

Si je devais rendre grâce ce serait à des silences
Silence entre toi et moi quand tout se tait et que les gestes parlent
Silence des amitiés ferventes des paroles suspendues
Silence des arbres dans la nuit
Des pas dans la neige un soir d’hiver très doux

Si je devais rendre grâce ce serait à l’infime
Une trace d’oiseau sur la terre ameublie
Un froissement d’aile entre les nuages étonnés
Une parole non dite un espace entre deux corps attendris
Si je devais rendre grâce ce serait à la poésie
Celle de Victor Jara dans un stade du Chili
De Nazim Hikmet dans les geôles de Turquie
De Dimitri Panine dans le Goulag de Sibérie
De Mendela dans l’Afrique meurtrie
De tous les hommes qui parlent
au nom de ceux dont la parole s’est tarie

Si je devais rende grâce j’en serais affaiblie
Mais riche de tous les infinis.

 


Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


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Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 


Rabah Belamri – Les fenêtres sont vides


Les fenêtres sont vides…           Pour Odile et Anne

les fenêtres sont vides
la pierre de la porte offerte au silence
retient le regard

les rideaux ne bougent plus derrière les vitres brisées
lourds de la cendre des cœurs

dans l’ombre des maisons nues
l’été dérive comme une mer de solitude

le passant se retourne et se tait
de l’autre côté de la route
le vertige des tournesols découpe
l’éternité en tranches

 

 

Rabah Belamri


Alessandra Frison – Les dernières maisons


 


Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.

*
Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l’anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.


Camillo Sbarbaro – Tais-toi, âme lasse d’être heureuse


montage perso

      montage perso,       août 2013

 

Tais-toi, âme lasse d’être heureuse
et de souffrir –vers l’un et vers l’autre tu vas résignée-
J’écoute et m’arrive une voix tienne.
Pas celle des regrets pour la misérable
jeunesse, pas celle de colère ou de révolte
Pas même celle de l’ennui

Muette

Tu gis, le corps dans indifférence
Désespérée.

Nous ne serions pas surpris,
N’est-ce pas, mon âme, si maintenant
Le cœur s’arrêtait, si notre souffle
était coupé.

Au contraire nous marchons.
Et les arbres sont des arbres, les maisons
sont des maisons, et les femmes
qui passent sont des femmes, et tout est
ce qu’il est.

L’alternance de joie et de douleur
Ne nous touche pas. Elle a perdu la voix
La sirène du monde, et le monde est un grand
désert.

Dans le désert
avec des yeux secs je me regarde.

Camillo Sbarbaro


Villages morts – figures d’un exode rural – ( RC )


Un hameau abandonné entre Alés et Saint Ambroix (Vallée de la Cèze)

En traversant,  l’espace d’une  déchirure,

Certains  diraient « cauchemar »,

Des villages  désertés,

Où la vie  s’est repliée,

Desséchée.    –

Certains,

Où se multiplient les vents,

Et battent  portes et volets ,

Sur les façades des maisons vides.

Et risquant mes pas,

Sur l’absence,

Le cataclysme passé,

Dont on ignore les vraies  causes…

Le foudroiement lent,

Du défilé des années,

L’impossibilité de continuer,

A subir les assauts de l’hiver,

Où il est juste question de survivre,

Alors que l’avenir n’est est plus un,

Que les sources se tarissent…

Et aussi,        l’exode vers les villes,

Font,        que,           petit à petit,

La vie se déplace,

Et qu’ici,          seuls restent,

Accrochés à leur passé,

Les arbres,

Qui font le lien,

Entre le ciel et la terre,

Si ,        plus personne ne vit ici.

Seuls reviennent,

Le temps  de quelques mois,

Les vacanciers,

Epris de paysages champêtres,

Fuyant le bruit et la fureur,

Des banlieues grises,

Des appartements  étroits,

Et des parkings payants.

Mais ce sont des temps d’illusion,

Dont on revient vite,

En faisant la queue, sur les autoroutes.

Car le pays réclame son dû,

Et reprend ses droits

Il ne peut pas  être regardé,

Comme une  simple carte postale,

En couleurs,       et seulement  en été,

Quand les saisons, sont là,

Comme ailleurs,

Et le gel et la boue,.

Et que les ronces prolifèrent,

Dans les maisons abandonnées,,

Aux toits effondrés…

Et sans bétail,    les champs aux herbes folles.

RC –  20 novembre  2013

note: ces « villages morts »  sont aujourd’hui une  réalité,  dans les zones  « reculées », où l’accès y est difficile…

…  d’autres  sont  restaurés mais sont sous  « perfusion »,  d’une  vie  artificielle,  quelques  semaines  dans l’année,  et fermés  le reste  du temps, en particulier dans les  zones  touristiques, où seul le « loisir en boîte », fait recette,.

C’est bien là que  s’exprime de façon évidente ,   un paradoxe, entre l’apparence,  et la vie  authentique, symbolisée par l’existence même de ces villages .


La matière vidée d’elle-même ( RC )


peinture: Curt Frankenstein

peinture:        Curt Frankenstein

………   Je vois à travers les murs , des maisons cimentées, Il y a trois fois rien, et les matériaux flottent bizarrement dans une atmosphère de coton, chaque chose a pris une texture autre, et décide de sa position.
Les poutres  se croisent et envisagent un dialogue inédit, les vantaux des fenêtres battent  sur l’air, où se mélangent les végétaux  et la pierre.
Il vient une joyeuse  suite de framboisiers, qui surgit d’un ancien papier peint, pour s’enrouler  sur les tuyauteries,                   amoureusement.
L’escabeau aux anciennes  coulées  de peinture, servant de perchoir à des lézards multicolores, attendant on ne sait quoi, ….peut-être des insectes errant sur les lourds fauteuils du salon  pris par des racines, et ne dévalant pas un angle,       que l’on peut qualifier  de faux plat, défiant l’horizon bleuté des montagnes, là-bas.

Si loin,  si proches.

La matière  s’est  vidée d’elle-même, de sa masse et de sa chair,
Et retournant nostalgique, vers l’abstraction, sur l’hypothèse incertaine, où lutter contre la pesanteur ne serait plus nécessaire,….         comme un jeu dont les règles s’inverseraient, à la fantaisie des heures.

Et la vie de même,qu’une rivière fantasque,  prenant un autre cours,  changeant son tracé, au gré du relief et des époques.

RC   –  16 juin 2013


Beatrice Douvre – enfances


masque ventral  - Tanzanie  -  ethnie Makonde

masque ventral – Tanzanie – ethnie Makonde

 

 

Enfances

Ô douleur
Ô joie
C’était parmi les vents

Et nos maisons
D’enfance avaient duré

Pierre
Après pierre en démesure

Se souvenant .

 

Beatrice Douvre.

 

 

 

 illustration -  Diodorov

illustration – Diodorov


Alessandra Frison – Les dernières maisons


poétesse, dont un certain nombre sont visibles  dans

« une autre poésie  italienne »

peinture: C Soutine:           paysage à Céret       1920

Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l’anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.

*

Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.


Mobile ( RC )


 

 

Il y a des perles  rouges

Que l’on suit à distance

 

Et des étoiles de lumière

Filant de l’autre côté

 

Avec leur traînée blanche

Qui balaie un instant la route

 

En courbes pointillées,

Du contour des collines.

 

La nuit est tombée doucement,

Enveloppant le parcours,

 

L’habitacle,  une bulle bercée

Du ronronnement  du moteur…

 

Les kilomètres  s’alignent,

Les villages lentement bougent

 

De l’autre côté de la vallée,

Et défilent en nombre.

 

Les maisons alignées,

Les tours illuminées,

 

Les avenues orange, et

Les néons des enseignes,

 

Bataillent  contre le sombre,

Et disparaissent  soudain

 

Au détour de la route,

Ou derrière un rocher,

 

Avalés par la distance

Et le sillon goudronné

 

Qui, lentement se déroule

En suivant le fil du temps,

 

Frêle ruban de la nuit

Se déplaçant, parallèle,

 

Aux efforts mesurés

De mon automobile.

 

 

RC  –   9 novembre 2012

Ps         : « au fil du temps », est un film ancien de Wim Wenders

photo; grandereveuse


Si le chemin est lourd ( RC )


 

 

Parle quelquefois l’enfant en moi,

J’ai les yeux qui piquent

Soleil mandarine

 

Bagarre dans la cour

Genoux frottés                ( un sol en ciment )

Le chemin est lourd

 

Les oiseaux                             loin

Je sais les étapes

Le couvent, la place, les magasins ………….

 

Et les joues qui flambent

A mes pieds je traîne,    – boulet-

Plus de cinq-cent mètres ,     avec

 

La rue défoncée   –  et ses yeux en flaques

Le regard sévère

Des maisons d’en face

 

——————-  que dira ma mère

de  mon maillot lâche

du manteau sali    –

…  et de  l’oeil au beurre noir       ?

 

 

RC  11 septembre  2012

 


Bombardements de Homs (RC)


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photo d’actualité- immeuble détruit à Homs

 

Il y a quelque  chose de la nuit
D’un grand oiseau  sombre
Qui replie lentement ses ailes
La venue incertaine  du jour,
La quête du regard
Au milieu des grisailles
Quand dans les maisons tombées
Et les corps écrasés
Surgit encore la plainte
D’un nouveau né.

 

 

RC       5 juin 2012