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Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain

 

 

 


Au sommet  d’immeubles,
Les lettres  s’échappent, s’agitent.
Certaines se précipitent, se mêlent
finissent par retrouver  leur ordre.
En néons verts se disputant aux  rouges.

Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course.
Balbutiant leur clignotement.
Deux lettres, presque au milieu  du mot,
lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte,
maladive,     à leur base.

Personne ne songe  à les  remplacer.
Leur message  n’est sans doute pas indispensable,
c’est sans  doute un reste de langue électrique,
qui peut ne s’exprimer  
que par onomatopées :

il peut s’échapper des syllabes,
cela n’a  que peu d’importance,
Une partie du paysage urbain,
s’activant dès que le soir
commence à épaissir le ciel.

De l’endroit où je l’observe,
Ce que je vois, est à l’envers.
J’ai le vague  souvenir  d’un film,  de gens sur les toits,
poursuivis par d’autres, et la lumière émise,
les cachant plus qu’elle  ne les  révèle .

J’imagine les passants
gardant autour de leur corps
une auréole de néon,
alternativement  verte  et rouge,  
qu’ils  emporteraient  avec eux.

Mais l’arrivée du bus me ramène sur terre.
Je monte dedans.
Avec l’avenue empruntée,
je devrais pouvoir lire l’enseigne  à l’endroit,
quand il aura fait le tour  du rond-point.

Mais un rideau d’arbres
aux feuilles encore denses s’interpose.
Décidément cela ne me semble pas destiné,
pas plus qu’à mes voisins,
le regard  absent, pressés de rentrer chez eux,          sans doute.

 

RC – oct 2015

Vintage Neon - Clock


Teresa Pascual – Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre


 

photo J Eskildsen

photo J Eskildsen

 

 

Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre .
Je suis avertie par l’obscurité du matin
et le silence obstiné dans les arbres,
la lumière maladive,
le début du crépuscule.
Et maintenant, je ne vais plus revenir au sanctuaire
des heures, que je trouvai une fois à mes pieds
et je ne sais quels sables fouler
ni encore offrir quelles prières .
Vient  déjà l’hiver dans le miroir
d’un visage difficile à reconnaître,
d’un corps qui se lève et regarde les choses
Une personne inconnue les placées si loin de moi
que de les toucher ne peut  jamais m’atteindre
et mes mains engourdis, abandonnent .

 

traduit du catalan

 

HA VINGUT JA L’HIVERN SENSE SORPRENDRE’M

Ha vingut ja l’hivern sense sorprendre’m.
M’avisaven la fosca dels matins
i l’obstinat silenci sobre els arbres,
la malaltissa llum,
la nit anticipada.
I ara ja no regresse al santuari
de les hores que m’he trobat als peus
ni sé per quina arena caminar
ni sé quines pregàries demane.
Ha vingut ja l’hivern sobre l’espill
d’una cara que costa reconèixer,
d’un cos espectador entre les coses
que no sé qui ha posat tan lluny de mi
que al tacte sobre elles no m’arriba
i adormides les mans abandona.

© Teresa Pascual
Extrait de: Arena