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Marcel Proust – dans le désert réel du silence sans fin .


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montage perso   2009

 

Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse,

il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin. 

 
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes

 


Ahmed Mehaoudi – Si Proust n’avait pas écrit « à la recherche du temps perdu.


peinture: John Rogers Cox,  1942    gris et or

peinture: John Rogers Cox,         1942             gris et or

 jeudi 17 janvier 2013
parfois çà tombe mal le temps ,l’avoir perdu puis courir le rechercher..
c’était un jour d’hiver , plutôt un jour presque de neige car
toute la nuit elle a tenté de descendre par flocons ,
mais au matin elle se modifia préféra nous alimenter d’une pluie rêveuse ,
descendre comme pour nous faire souvenir ..
Se souvenir ?
Quoi il est mort ce temps que je recherche , parti comme part l’année d’auparavant …
C’était aussi à elle que je pensais , mon père s’étant absenté pour longtemps ,
elle n’avait pas des principes mais des senteurs de chasseresse .
M’a t-elle accrochée au mur de ses trophées ou n’ai-je pas eu le privilège
de figurer parmi son gibier ?
Voilà que ce matin un quelque chose du passé est remonté à mes larmes
que pourtant j’avais emprisonné dans les oubliettes ,
je ne pleurais pas , quelque chose tremblait dans mon cœur ,
ce n’était bizarrement pas une émotion , c’était un regret
de ne pas l’avoir su la retenir ,ni pu la regarder dans les yeux ,
ni lui murmurer que les fleurs sont mauvaises quand elles deviennent mauvaises ,
perdent ce qui font d’elle ce qu’elles sont ,
cependant sans cruauté , je l’avais quittée , la tête basse ,
elle croyant qu’elle me perdait , moi certain qu’elle ne me reviendra plus.
Et maintenant , pourquoi tenter de se faire pleurer ,
peut-être que la chanson du pauvre Rutebeuf m’a poussée à m’émouvoir
comme je suis à fleur de peau , ce cœur qui me sert de cœur
n’a pas pu freiner sa fièvre , de m’amener vers ce temps
qui au fond ne me concerne plus,   puisque j’avais décidé de le censurer ,
de le barrer , de le bannir de ma mémoire .
Mais il a suffi d’un laps de seconde , ce ciel si glacial ,
ces nuages blottis et cristallisés , cette solitude ponctuelle au rendez vous
pour me forcer d’écrire , de vous écrire ,
mais qui pourrais-je  rechercher le long de ce temps perdu …

Un miroir refuse de répondre ( RC )


 

Les  sorcières  de Macbeth, en effet
Se posent des questions
En ne voyant plus, de la lune, le reflet
A l’intérieur du chaudron.

Ce sont dans les vieilles  casseroles
Qu’on fait les meilleures  soupes
Mais ce n’est plus très drôle
Quelle que soit la taille  de la croupe

De ces dames, qui s’activent,
Incantations  et recettes
En préparation corrosive
Qui nous laisse stupéfaite…

Et le bouillon, qui tangue
Dans son récipient  de cuivre
Mêlé de cheveux et de langues,
De son fumet va poursuivre,

Sa matière épaisse et visqueuse,
Mais confisquer la lumière
Déchirure pouilleuse
Des mondes temporaires

Une planète noire
S’est échappée des reflets
D’habituelles trajectoires
D’un coup de balai

Comme les bassins des Tuileries
Décrits par Proust, comme des yeux
Vides de regard,          où aucun ciel ne rit
Et un absurde jet d’eau, jaillissant d’un creux.

La fresque des frasques du temps
Va soudain se dissoudre
En un combat de géants
Et territoire des foudres.

Le miroir refuse de répondre
Et de renvoyer les  rayons
Comme dans l’épaisse brume de Londres
L’emprisonnant d’un bâillon .

C’est sans doute qu’il n’y a  rien à voir
Qu’une suite gigogne, emboîte
Ne pouvant percer le brouillard
Ni les volumes, recouverts  d’ouate.

RC  – 3 février 2013


Marcel Proust – Ephémère efficacité du chagrin


Dessin;     V Van Gogh:         femme pleurant

extrait des  « plaisirs et les jours « 

Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.

Mais soyons plus reconnaissants aux femmes méchantes ou seulement indifférentes, aux amis cruels qui nous ont causé du chagrin.
Ils ont dévasté notre coeur, aujourd’hui jonché de débris méconnaissables, ils ont déraciné les troncs et mutilé les plus délicates branches, comme un vent désolé, mais qui sema quelques bons grains pour une moisson incertaine.
En brisant tous les petits bonheurs qui nous cachaient notre grande misère, en faisant de notre coeur un nu préau mélancolique, ils nous ont permis de le contempler enfin et de le juger. Les pièces tristes nous font un bien semblable ; aussi faut-il les tenir pour bien supérieures aux gaies, qui trompent notre faim au lieu de l’assouvir :
le pain qui doit nous nourrir est amer.

Dans la vie heureuse, les destinées de nos semblables ne nous apparaissent pas dans leur réalité, que l’intérêt les masque ou que le désir les transfigure.

Mais dans le détachement que donne la souffrance, dans la vie, et le sentiment de la beauté douloureuse, au théâtre, les destinées des autres hommes et la nôtre même font entendre enfin à notre âme attentive l’éternelle parole inentendue de devoir et de vérité.

L’oeuvre triste d’un artiste véritable nous parle avec cet accent de ceux qui ont souffert, qui forcent tout homme qui a souffert à laisser là tout le reste et à écouter.
Hélas ! ce que le sentiment apporta, ce capricieux le remporte et la tristesse plus haute que la gaieté n’est pas durable comme la vertu.

Nous avons oublié ce matin la tragédie qui hier soir nous éleva si haut que nous considérions notre vie dans son ensemble et dans sa réalité avec une pitié clairvoyante et sincère. Dans un an peut-être, nous serons consolés de la trahison d’une femme, de la mort d’un ami.

Le vent, au milieu de ce bris de rêves, de cette jonchée de bonheurs flétris a semé le bon grain sous une ondée de larmes, mais elles sécheront trop vite pour qu’il puisse gêner.-