voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “marelle

Un deux trois soleil – Susanne Derève


 

Soleil_noir-420x1024

    Roger Bissière   – Soleil noir

 

Qui égrenait les heures

écrivait des peut-être

mettait un pas dans l’autre

 

ouvrait grand les fenêtres

y accrochait les mots comme on suspend

le linge

avec des agrafes de papier

 

lançait au ciel un air de flûte

que  le piano lui renvoyait

 

– touches d’ivoire du piano

comme un temps     hors du temps   morcelé –

soleil

un avant-gout d’été

 

Où sont les   bras qui me hissaient tendrement

hors du  sommeil  

les bras qui m’enlaçaient

 

– voile doré sous  les persiennes

 les bruits de  la ville  étouffés –

et  se fondent  déjà dans ce rêve vermeil

que j’arrache au passé                                     

 

Tracer     sur le trottoir une fleur

de marelle un deux trois

à cloche pied    

en égrenant les heures

 

Te retrouver

 

 


Cela vaut le coup d’essayer ( un jeu qui en vaut la chandelle ) – ( RC )


 

Il faut miser sur des cases,.
C’est la  règle du jeu,
Un peu comme à la marelle.
On se déplace,
puisque  c’est le hasard  qui décide,
D’un jet de dés.

Le voyage  se fait,
de façon instantanée:
On peut passer de la passion,
à la prison  –  sans transition.

Si c’est un jeu…
qui donc  en édicte les  règles  ?
Le jeu en vaut-il la chandelle ?
mais  tout  au long  de l’existence,

A passer  d’une  case  à l’autre  ;
On ne sait quelles  sont les  chances
de finir  sur la  case « ciel ».
Les  prêtres  ont à ce sujet leur idée,
mais il se pourrait, vu ce qu’on connait,
qu’elles soient  orientées…

Le mathématicien parlerait de probabilités,
mais tout le monde ne termine pas  en même temps,
ni dans la même case…
>               » un jeu qui en vaut la chandelle »…

mais celle-ci se consume
inexorablement.     La flamme  s’abaisse.
Au final, la dernière case se remplit
de cire fondue,
avant que la mèche  tombe,
et ne s’éteigne pour  de bon…

mais où,  précisément ?
je ne peux  vous  répondre.


RC-  juin 2015

photo: affiche d’Amnesty international contre la torture


Compte à rebours, en émois ( RC )


Je  compte  jusqu’à trois,
Je ne sais plus combien de fois,
Peut être que, petite fille,
A cloche-pied, tu t’égosilles,
Sautant de case en case,
Et la jupe s’envole, un peu grivoise
Si tu es prête à l’envol
Dans  ton parasol

Je  compte à rebours,
Au visage  de  l’amour,
Un deux, trois,
Et si nous sommes à l’étroit,
Je vise le ciel,
Il y a plein de soleils,
Avec tes  cheveux  de soie,
Au-dessus de moi.

Je compte sur toi,
Au bout de mes doigts,
Et parcours monts et vallées,
Aux courbes avalées,
Quand la musique  de chambre
Ôte les dernières feuilles de novembre,
Je voyage à pas menus ,dans l’inconnue
Si l’automne laisse ton  parc à nu.

Je compte  en émois,
Aux mois succèdent les tois,
Les vents portent la bise,
Remettons la chemise,
Contre les courants  d’airs,
Je te couvre pour l’hiver,
Tandis que fuient les hirondelles…
>   Te souviens-tu de ta marelle ?

Tu y comptais tes pas,
En moulinant des bras…
Suivant les cheveux libres,
Le corps en équilibre,
Je te regarde,      je t’attends !
Regarde, c’est déjà le printemps,
Maintenant, comme je vascille,
A tes bas en résille,

Viens vite dessiner le bonheur   !
Le dessin de tes mains a la forme d’un coeur…

RC – 27 août 2013


Guy Goffette – Maintenant c’est le noir


peinture:       Franck Stella

Guy Goffette, Solo d’ombres (1983)« Maintenant c’est le noir »
Maintenant c’est le noir
Les mots c’était hier
dans le front de la pluie
à la risée des écoliers qui
traversent l’automne et la
littérature
comme l’enfer et le paradis
des marellesTu prêchais la conversion pénible
des mesures agraires
à des souliers vernis
des sabreuses de douze ans
qui pincent le nez des rues
et giflent la pudeur
des campagnes étroites

Tu prêchais dans les flammes
du bouleau du tilleul
à des glaciers qui n’ont
pas vu la mer encore
et qui la veulent tout de suite
et qui la veulent maintenant

Maintenant c’est le noir tu
changes un livre de place
comme s’il allait dépendre
de ce geste risible en soi
que le chant hyperbole de la poésie
–›  »maintenant c’est le noir »
–› impuissance créatrice,
d’où l’hésitation
entre poésie et prose te revienne
et détourne enfin
avec la poigne de la nuit
le cours forcé
de ta biographie


Lucien Suel – Sombre Ducasse 7 ( suivi de ma « réponse » ) – ( RC )


montage  perso  de deux photos perso:  nature morte aux  sables

montage perso       de deux photos perso:                      nature morte aux sables de la Bléone

Sombre Ducasse (version justifiée) 7

si le point de départ vient à changer

aura-t-on le même point au final ceux

qui utilisent des bandes coulissantes

sur trois magnétophones n’anéantiront

plus le complexe comateux bande bande

bande blue stardust jack off moi j’ai

tout fait j’étouffais alors quel sera

le numéro silence silence silence ces

dispositions hétéroclites ces séances

particulières datent sans doute de 23

ans avant la dernière guerre nous les

détruirons les erreurs surtout celles

qui consistent à croire que les moins

grands sont les plus jeunes ou que le

plus grand est le plus vieux détruire

toute la hiérarchie serait saugrenu à

moins de placer les petits les moyens

les grands contre un mur de manière à

déclencher le feu des fusils à canons

sciés le sens de l’écriture a orienté

tout pour tous de manière ignoble les

maladresses ont été nombreuses il y a

eu trop de ça tout au long des années

des siècles à venir ceci n’allait pas

tout seul il faudra placer des garde-

fous plus rigides sur les limites des

manières de vivre aujourd’hui séparer

mettre à l’écart les cas gênants nous

avons trop peu de renseignements tous

nos souvenirs brillants de la seconde

guerre mondiale s’estompent déjà dans

les vents froids et foireux les vieux

partis au diable vos vers sont séchés

soumis à la question trop souvent ils

ne sont plus que d’anciens modèles de

voitures reproduits sur carte postale

 —-

Le texte  de Lucien Suel,  extrait de « silos »,  est visible directement  sur  cette page…, l’auteur, en m’autorisant à republier  son texte, me  renvoit  aussi à sa version 2, ici

 

Je ne suis pas là, je ne pourrai pas t’accompagner

dans la course, et découper le temps avec des

ciseaux,ainsi la musique se déroule, et les chevilles se coulent,

sans hiérarchie, sur la piste, il y a le parquet qui brille, les passages le frottement de la lumière,

et la musique de Coltrane, my favourite things, qui me rappelle, mais j’ai vérifié, c’était autre chose,

le film de Pierre Etaix,Yoyo… j’ai encore dans les yeux la fumée des usines qui rentre dans les cheminées, plutôt que d’en sortir, tu vois, j’ai sans doute égaré bien des souvenirs, en route, en semant trop de cailloux blancs – pour écouter le silence

je me suis un peu perdu, sur des chemins qui s’égarent.

Oui, j’aurais eu besoin de garde-fous, enfin, si on veut, si on parle de fous,

car justement, ce sont des voix d’hiver ( diverses), qui permettent de trouver la sienne,

les chemins de traverse, comment se repérer faire que sa voie soit la sienne et sa voix personnelle…

J’ai traversé des tableaux sépia , croisé Francis Bacon à Paris,

pianoté un peu, et caressé la lumière qui se posait sur mes toiles.

Les vers séchés ( comme les lombrics égarés après une forte pluie), composent mes poèmes,

que je triture volontiers, en sautillant à cloche pied, varier les appuis, les cases de la marelle

pour aboutir à la case « ciel », j’écoute les voix diverses, je m’enrichis de ta voix…

et finalement j’ai laissé tourner les bandes magnétiques, laissé les ciseaux à d’autres,

mon univers est de la couleur et de l’argenté.

Passent  d’anciens modèles  de voiture reproduits sur les magazines….

RC  14 décembre 2012