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Marina Tsvetaiëva – combien de tristesse noire gronde sous mes cheveux clairs


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Si vous saviez, passants, attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien,

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon cœur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez savoir

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.
Koktebel, 17 mai 1913


Décapiter les fleurs du jardin – ( RC )


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Tu as tenu dans tes bras le bouquet de l’été,
Que le vent tiède a fleuri ,
et lentement ,     coupées de leurs racines,
         les têtes ont fléchi.

Tu as tenu dans tes bras ton ventre arrondi,
que l’amour a fleuri ,
mais éloigné de ses racines ,
        ton corps s’est flétri .

Il n’y a eu que sécheresse
et le froid, l’hiver
et la détresse
et la bouche amère.

Il y a un mot pour décrire
celui qui n’a plus de parents
mais il n’y en a pas pour dire
une mère perdant son enfant.

Comment interroger le destin,
quand , fleur après fleur
se perd dans le lointain
       la plus petite lueur ?

La mort était-elle dans ton sein
pour qu’ainsi, elle vienne
décapiter les fleurs du jardin
et les priver d’oxygène … ?


RC – août 2016


en liaison avec « poème à l’orphelin » de M Tsvetaieva


Marina Tsvetaieva – A Alia


À Alia*

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Un jour, ô ma gracieuse créature,

Je deviendrai pour toi un souvenir,

Perdu dans tes yeux bleus, au loin

De ta mémoire, dans le lointain.

Tu oublieras : et mon profil au nez busqué,

Et mon front couronné de fumée,

Mon rire importun et fréquent

Ma main calleuse aux bagues d’argent,

Notre logis d’amant, notre grenier cabine,

De mes papiers la confusion divine,

L’année terrible : malheurs et liesse

De ton enfance, de ma jeunesse.

 

(Moscou 1919, sa fille Ariadna allait avoir huit ans.)


Marina Tsvetaieva – La maison


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Maison – épaisse verdure,

Vigne vierge et chèvrefeuille,

Maison peu familière.

Maison si peu mienne !

Maison – au regard sombre

Aux âmes lourdes,

Le dos tourné à la cité,

Les yeux fixés sur la forêt,

Gaie, aux cornes de cerf,

Joyeuse, comme une ourse,

Chaque fenêtre – un regard,

Et dans toutes – une personne !

Le fronton dans la glaise

Chaque fenêtre – une icône

Chaque regard – une fenêtre,

Les visages, des ruines,

Les arènes de l’histoire,

Marronniers du passé

Moi j’y chante et j’y vis.

Les chemises aux bras longs

Se lamentent dans le vent,

Liberté du passé,

D’un combat dans ces murs.

Lutte pour vivre et survivre,

Chaque instant, chaque volée,

Lutte à mort de ses bras,

Mort pour vivre et chanter !

Sans odeur de richesse,

Sans confort de fauteuil,

Le méchant, la pauvresse

S’y retrouvent à plaisir.

Le bonheur des oiseaux,

Dans les niches et recoins,

Temps pour nous – de nos comptes,

Des vengeances populaires,

Une maison dont je n’aurai pas honte.

 

(Entre juillet et septembre 1935.)


Marina Tsvetaieva – mon autographe dans la figure


texte extrait   des  « écrits de Vanves »

 

photographe non identifié

                           photographe non identifié

Partis nulle part, ni toi ni moi

Perdues pour nous toutes les plages.

Propriétaires d’un sou, été brûlant,

Pas dans nos prix les océans,

De la misère – goût toujours sec,            

Tourne la croûte sèche dans la bouche,            

Plat – bord de l’eau, mangé l’été !            

Espace de pauvres, poches retournées.

Anthropophages de Paris

Replets, joufflus, panse luisante

Vous tous, mangeurs de poésie,

Ripailles de graisse, un franc l’entrée

Et pour la bouche, lotions-poèmes,            

Refrains, sonates et versets,            

Voûtes célestes, fronts étoiles.            

Eau de toilette – le chant aux lèvres.  

Mangé l’été, Paris !          Plages sèches !

Pour vous – soyez maudits

Pour vous la honte ! Recevez

Mon autographe dans la figure :

De mes cinq sens – cinq doigts signant,

Meilleurs souvenirs, bons sentiments.

 

 

(Paris- La Favière 1932-1935.)


Marina Tsvetaieva – Mes vers écrits à l’aube de ma vie


 

peinture: Jerôme Bosch

peinture: Jerôme Bosch

 

 

 

 

 

 

 

Mes vers écrits à l’aube de ma vie de poète,

Lumière vive, telle la queue d’une comète,

Jaillis comme l’onde d’une fontaine,

Brutaux démons, feux impatients

Forçant silence, dignité et encens

Des temples ordonnés, bienséants,

Poèmes d’amour, de sang, de vie,

Vers de passion, de joies, éclairs perdus,

Oubliés aux recoins de vieilles boutiques,

Enfermés, poussiéreux, jamais lus, :

Tels de grands vins au fond de leurs barriques

Sauront attendre le temps de leur précieux prix.

 

(Moscou, 1913.)

 

– extrait des  « écrits de Vanves »

 

 


Marina Tsvetaieva – Ma maison


PLASHOU2

Ma maison

Sous ses sourcils froncés,

Maison de ma jeunesse,

Comme si j’y étais retournée :

Bonjour, voilà, c’est moi !

Si reconnue, si familière

Sous son manteau de lierre,

Cachant son front, comme gênée

D’être si grande et fière,

[…]

Des yeux sans chaleur

Loin du bruit de la rue,

Des fenêtres le verre

Sans reflet. Toutes nues,

Contemplant un jardin

Depuis cent ans désert,

Sans connaître personne

Et sans voir les passants !

Cachée dans les tilleuls,

Survivance et puissance,

Antique et digne aïeule,

Photo perdue d’enfance,

Négatif de mon âme !

(Vanves, 1932   –  du recueil  » inédits  de Vanves  »  ).


Marina Tsvetaïeva – les poèmes non écrits


photo: katia chausheva

 » Je ne regrette pas – les poèmes non écrits!
Le bruit des roues et les amandes grillées
me sont plus chers que tous les quatrains »
(Cycle de « l’Amie », 13 mars 1915)

Marina Tsvétaïéva – Tentative de jalousie


penture : Nicole Cerutti: Baptiste à la flûte

… J’aimerais vivre avec vous
Dans une petite ville,
Aux éternels crépuscules,
Aux éternels carillons.
Et dans une petite auberge de campagne
Le tintement grêle
D’une pendule ancienne – goute à goutte de temps.
Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde,
Une flûte
Et le flûtiste lui-même à la fenêtre.
Et de grandes tulipes sur les fenêtres.
Et peut-être, ne m’aimeriez-vous-même pas…

 

Au milieu de la chambre, un énorme poêle de faïence,
Sur chaque carreau, une image :
Rose, cœur et navire.
Tandis qu’à l’unique fenêtre,
Il neige, neige, neige

 

Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux,
Indifférent, léger.
Par instant, le geste sec
D’une allumette.
La cigarette brûle et se consume,
Et longuement à son extrémité
– Courte colonne grise – tremble
La cendre.
Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber.
Et toute la cigarette vole dans le feu.

 

                                                                                                       10 décembre 1916
Marina Tsvétaïéva

Marina Tsvetaeva – sur la mort de R M Rilke


edw Munch: (estampe) le baiser de la mort 1899 - musée Ed Munch

« Chaque mort, même une mort qui sort du rang,- je parle de la tienne, Rainer, invariablement se retrouve au rang des autres morts, entre la dernière avant et la première après.

Personne, jamais, n’est resté penché au-dessus d’un cercueil sans que cette pensée ne lui traversât l’esprit :

« Qui était le dernier, qui sera le prochain ? »

Manière de créer entre nos morts, nos morts personnels, une relation qui n’existe que dans une conscience donnée et différente dans chaque conscience donnée (…)

Chaque mort nous renvoie à chacune d’elles »

(traduit du russe par Nathalie Dubourvieux)

————

— Ingrid G, m’a fourni la  « réponse  de Rilke »…

 

———–

Sacrifice

Je t’ai connue. Mon corps, depuis, par chaque veine,
fleurit en répandant un parfum plus subtil ;
vois, je marche plus droit, d’un pas toujours plus souple,
et pourtant tu ne fais qu’attendre. Qui es-tu ?

Je sens le mouvement qui m’éloigne sans cesse
d’un passé qui de moi s’en va, feuille après feuille.
Seul demeure dressé l’astre de ton sourire
tout autour de ta tête et bientôt de la mienne.

À tout ce qui, au fil de mes années d’enfance,
est encore anonyme et comme un miroir d’eau
je donnerai un nom, grâce à toi, sur l’autel,
qui est tout entouré du feu de tes cheveux
et à qui tes seins font une douce couronne.

Rainer Maria Rilke,


Marina Tsvetaieva- Non au siècle


 

 

 

 

 

 

sculpture: Morales . Fos sur Mer ( 13)

Mon siècle.
Je donne ma démission.
Je ne conviens pas et j’en suis fîère !
Même seule parmi tous les vivants,
Je dirai non ! Non au siècle.
Mais je ne suis pas seule, derrière moi
Ils sont des milliers, des myriades
D’âmes, comme moi, solitaires.

Pas de souci pour le poète,
Le siècle
Va-t-en, bruit !
Ouste, va au diable, – tonnerre !
De ce siècle, moi, je n’ai cure, ,
Ni d’un temps qui n’est pas le mien. ^’
Sans souci pour les ancêtres,
Le siècle !
Ouste, allez, descendants – des troupeaux.
Siècle honni, mon malheur, mon poison
Siècle – diable, siècle ennemi, mon enfer.

1934

 


Marina Tsvetaieva – Interdit cet amour


Interdit cet amour, ô femme aimée, ;

Douce l’onde des cheveux et des fleurs.

Destin accompli, mystère — tes voies

Je ne les sonderai pas

Ô bien-aimée ! chemin de croix.

J’étais nu et tu m’as revêtu

De tes cheveux, une averse !

Et du flot de tes larmes

Je ne compterai pas les pièces ‘ Dépensées pour l’huile et le parfum, . . J’étais nu et tu m’as revêtu De la vague de ton corps, tel un mur.

De mes doigts je frôlerai ta nudité

Douce comme l’onde, fraîche comme l’air,

J’étais droit et tu m’as incliné,

Dans mon linceul enveloppé. Dans tes cheveux creuse-moi un lit Et revêts-moi de lin Qu’ai-je à faire de la myrrhe, Du linceul, des parfums ?

J’étais droit et tu m’as fait ployer,

Revêtu d’une averse de pleurs.


Marina Tsvetaieva – âme et ailes (1918)


Peinture-dessin: Anselm Kiefer - Leonardo Pisano ( Gal Y Lambert)

Si l’âme est née avec des ailes,

Qu’a-t-elle à faire de palais, de masures,

De Khans tatares et de hordes barbares ?

J’ai au monde deux ennemis,

Deux jumeaux, à jamais unis

La faim des affamés, la satiété des repus.

Moscou  1918


MARINA TSVETAIEVA – le plus grand des mensonges (1917)


 

peinture: Eugène Delacroix massacres de Scio - détail

 

 

 

 

 

En 1917, Marina Tsvetaieva  écrivait  ce texte   que l’on trouve  dans  les  « inédits  de Vanves »

 

Je te conterai le plus grand des mensonges

Je conterai pour toi le soir qui tombe et l’ombre.

Les feuilles vertes et les vieilles souches

Et les lumières éteintes et rien ne bouge.

Venu de loin, un homme, sa flûte en main,

Jeune, assis, nu, il joue sans fin.

La grande tromperie je conterai,

La lame perfide dans la main

Le trou brûlant de la lame en mon sein

Et de tes femmes les boucles blondes,

Et le sourire de tes enfants.

Et des vieillards le menton blanc.

Je te conterai le plus grand des fracas

Le tumulte sonore de mon siècle, le fer

Du galop des chevaux contre les pierres.


Marina TSVETAIEVA – A Alia


 

 

 

montage perso ( avec l'aide je crois d'une publicité pour une banque)

 

Toujours  extrait de l’anthologie  des  « inédits de Vanves »,  de MARINA TSVETAIEVA

———–

À Alia*

 

Un jour, ô ma gracieuse créature,

Je deviendrai pour toi un souvenir,

Perdu dans tes yeux bleus, au loin

De ta mémoire, dans le lointain.

Tu oublieras : et mon profil au nez busqué,

Et mon front couronné de fumée,

Mon rire importun et fréquent

Ma main calleuse aux bagues d’argent,

Notre logis d’amant, notre grenier cabine,

De mes papiers la confusion divine,

L’année terrible : malheurs et liesse

De ton enfance, de ma jeunesse.

 

(Moscou 1919, sa fille Ariadna allait avoir huit ans.)


Marina Tsvétaieva – la maison de Moscou ( 1916 )


maison de bois à Liepaja - Lettonie - photo perso

 

 

Ce texte est extrait d’une publication   de poèmes  inédits  de  « Vanves »…

que je me suis procuré récemment…

 

La maison de Moscou.

 

 

Dans ma ville immense c’est la nuit, Maison en sommeil, je te fuis, Les passants pensent : femme, fille Mais moi je ne retiens que – la nuit

Le vent balaie ma route, c’est juillet

Musique, fenêtre, une lueur,

À l’aube, au vent, je marche vite,

Mais je n’ai retenu que – la nuit.

Peuplier, lumière, fenêtre, ‘

Fleur dans ma main. Une cloche sonne,

Un pas au loin et il ne suit personne, Une ombre là, et ce n’est pas la mienne

À ma bouche – goût de fleur.

Sur mon sein

Feux dorés, fils serrés en collier.

Votre songe – c’est moi, libérez

Ô amis, le poète de ses liens.

(Moscou, 1916, Insomnie, cycle de onze poèmes.)

Riga - Lettonie: batiment soviétique en reflet - photo perso


Marina Tsvétaieva– Si vous saviez (1913)


 

 

Si vous saviez, passants attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien.

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon coeur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

photo: Vladimir Mishukov

Ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez tout savoir.

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.

voir aussi chez esprit nomades,  beaucoup de choses qui lui sont consacrées…

photo: - extraite du "miroir" de A Tarkovsky