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Philippe Delaveau – Jardin du Luxembourg ( 1 )


peinture  – François Gall                    –   landeaux  au jardin du Luxembourg

 

 

Ongles blessés de mes mains vous le savez

j’ai déchiffré les cicatrices de la ville

oreilles la voix du vent vous l’avez pressentie

aux cheveux sur nous en bataille

écorce de marronnier aussi sèche que lèvres

écorce muette et nos bouches muettes

quand il fait nuit la moindre étoile émeut

ou seulement le mot étoile à sa propre fenêtre

nuit contre jour – lune pâle soleil

où nous habitons croît l’obscurité

je me promène dans les rues de Paris

mes mains scrutent le secret des pierres

je me promène dans les rues de ma tête

les yeux clos pour atteindre au secret de vie

joue contre l’arbre et yeux debout

nous affrontons notre navigation

sable en vie roule sous le bruit des pieds

l’ombre à nos pas cèle un secret

et la nuit sur la ville doucement refermée

la ville obstinément et violemment fermée

Paris erre Paris gémit dans la mémoire

avec la voix des morts et la voix des vivants

qui plus a disparu – qui plus est vivant ?

qui de vous disparaît qui infléchit le temps ?

je me perds dans les rues de Paris

mes yeux sont las mes paroles se perdent


Quelques indices de notre cécité – ( RC )


C’est  être  debout sur le sol,
Regarder l’herbe ployer sous le vent,
Ecouter le bruit froissé
Des feuilles du marronnier,
Fatiguées de l’été,
Et dont la rouille
Sous les pas, roule….

Ainsi, le cours des choses,
Lié aux saisons …
Mais s’arrêtent-elles,
Là où se porte  le regard  ?
Le chant de la sève est silencieux,
Qu’elle  se recroqueville dans le froid,
Ou au printemps, éclate de joie…

Sous le sol tout existe autrement.
Les rongeurs creusent leur univers,
Les graines  attendent le bon moment
Pour bondir à l’air libre,
Et des racines traîtresses
Etendent leur complot de trame,
Comme si elles avaient le pouvoir
D’étendre leurs yeux  ,
Au plus obscur de l’espace,

Perçant la densité de terre,
Jusque  sous nos pieds,
– Et nous n’en savons rien  – ,
Comme si une  vie souterraine,
Se poursuivait à l’abri de l’air,
Une lutte infinitésimale,
Conjugaison de bactéries,
Radicelles, et alchimie de bois :
Quelques indices de notre cécité.

RC  août 2015


Soirs de Friedrich ( RC )


photo:     Francoise Langlois          linternaute .com

 

 

Soirs de Friedrich   ( hommage à Caspar David Friedrich)

 

 

Chantonne                               tout ce qu’il faut pour une brise

Soulève                                     un  peu le jupon léger

Remuent                                  le marronnier, ses feuilles fatiguées

Bruissent-elles                        et la lumière  qui se perd

Parcourt                                   l’ocre aux sillons juste retournés

Fond                                           la marche des heures

Eteins                                        couleurs d’un vespéral

Bataillent                                 gris des saveurs du soir

 

 

RC   – 13 septembre 2012

peinture; Caspar David Friedrich: le promeneur au dessus de la mer de nuages