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Vingt minutes d’arrêt à l’Estaque – ( RC )


 

pastel - Régine Chiesa

pastel – Régine Chiesa

Vingt minutes  d’arrêt  à l’Estaque  .
Des voyageurs, debout dans le couloir,
sont penchés aux  fenêtres,
d’autres  ont sorti de quoi boire .
Il  y a un peu de vent.
Les cigales grésillent.

J’ai sorti le cahier aux lignes fines,
quelques pastels, qui racontent le ciel
d’encre liquide,
l’alignement  des wagons d’un train de marchandises,

les pins qui s’inclinent, comme des flammes, à l’air marin.
Je les  rends  rose,
comme s’ils étaient  en barbe-à-papa .
Il y a quelque part un air de fête .

Je me livre, à ma  « petite sensation »
Des oiseaux  se disputent des miettes.
Les rails sont des traits lumineux
sous la pression du soleil.

Je n’ai pas le temps de trouver le temps long,
ni de pousser plus avant le dessin.
Le paysage  s’ébranle,  la gare est loin déjà ,
Je serai bientôt à Marseille .

RC  –  oct 2015


Marseille, crépuscule ( RC )


photo:             Fréderic Barrial


L’or n’est plus dans les banques,
Il s’étale sur les façades .
Le vent souffle par saccades ;
Il dévale de l’Ouest vers les calanques.

Dans la journée, les rocs jouent du blanc,
Mais se fatiguent de la pose
En tournant sur le rose
Au cours d’un parcours lent.

La mer est un miroir,
Les maisons se ceignent
Des paillettes du soir,
Avant que la cité ne s’éteigne .

C’est un moment éphémère,
Qui colore les quartiers et les farde
De brillance et de mystère
Jusqu’à Notre Dame de la Garde…

Les îles aux bords froncés,
sont une dentelle de vermeil,
Des rochers, comme des coques enfoncées,
Prêtes pour un nouveau sommeil.

Avec l’attente des pins et des cigales ,
Lorsque s’en va le soleil …
——— La main de la nuit s’étale,
Sur la ville de Marseille.


RC   – 8 novembre 2012

 

photo perso:                île de roc… face à Marseille

 


Bête de Gévaudan ( RC )


peinture: Gérard Lattier: la bête du Gévaudan

Dans ces lieux, que je vous décris
Il y a toujours  de ces  champignons
Que l’on prend pour des lumignons
Des brumes, de l’encre  et des cris..

Il n’y a plus grand monde, avant l’hiver
Quelques  boeufs, pas  de tracteurs
Mais  seulement quelques  cultivateurs
Et les environs sont déserts

Dans les labours, ils  jettent  le blé  au vent
Comme  elle  est  bête ,      du Gévaudan…
dans la forêt sombre, luisent  des dents
C’était il y a longtemps,  c’était avant…

Il y a des chemins qui vont au hasard
Et des bandits  de grand  chemin
Qui hantent les  routes  du destin
Lorsque le jour se fait hagard

Si le sombre se pose là, menaçant
Tous les jours ne sont pas  dimanche,
Envers l’inconnu un désir de revanche
Mêle de l’inconnu des désirs de feu et sang

Car on raconte beaucoup de choses
Difficiles à vérifier
Et dont il faut quand  même, se méfier
Qui font  beaucoup de littérature,  – et de prose.

On ne sait plus,      avant que pierres se fendent
Ce qui est du vrai     ou du fantastique,
Le fil du temps, délite  l’historique
Et les traces se diluent  en légendes…

A  trier           du grain  de l’ivraie,
Les contes, enjolivés par l’âge
Ne sont plus,     au reportage
Qu’évènements,  où chercher le vrai

Est comme chercher , quelques indices
Ou l’aiguille  dans la botte  de foin
De ces  échos           lointains
Qui ont intéressé la police…

Mais provoquent l’imaginaire
D’un esprit élastique
A voir des bêtes fantastiques
Un peu partout  sur terre…

Si une  bête  s’est  échappée
C’est  toute  un affaire
—                On parle  d’une panthère
Et toutes les calanques  sont bloquées…

Il faut                verser  de l’encre en litres
Le lecteur des gazettes est poussé à l’achat…
Finalement …… ce n’était qu’un gros  chat
Dont on fit les gros titres…

Les nouvelles  d’ailleurs  ne sont jamais  pareilles
La Sardine   –  (  cétait un record )
Avait bouché le vieux port…
C’est vrai  qu’on était à Marseille…

On dit bien avec  » l’acssent »,    » Bonne Mère »
– Tu vois pas  qu’ils  exagèrent…. ?
Mais  dans  le sombre  Gévaudan
… on en fait tout autant….

Et si la « Bête »  —  ce phénomène
–           Dont on fit affaire  d’état
N’était qu’une suite  d’assassinats
Qui aurait sa forme humaine…. ?

Dont on fit une  « Une »
—  faute  de trouver un coupable
Ce fut la « bête » », le responsable
… les loups  hurlant à la lune….

RC       – 20 octobre 2012

( voir -entre autres la description  détaillée qu’on en a fait, ici… )


Ecriture paysagère, plume voyageuse ( RC )


photo:             Yann Arthus Bertrand             – îles d’Aran – Inishmore

 

 

J’ai écrit sur les causses et les montagnes
L’aube sur les étangs gelés, en rase campagne
Les déplacements minuscules, qui font sans doute
La différence, aux zébrures de parcours d’autoroute…

J’ai aimé la nef affleurant  des îles d’Aran
Les nuages empilés, de ces îles sous le vent
Les champs qui ondulent, et contournent les collines,
Les pins sylvestres attentifs, au bord des dolines,

En attendant que l’orage cesse, sous un abri de roc,
Ma tête convoquait les ogives d’une cantate baroque
Les toits dansants d’un village provençal,
Un marché,  fruits et légumes, jonglant de couleurs sur les étals.

Avec mes croquis des maisons d’Amsterdam,
Sous un ciel si bas, que les nuées condamnent,
Je me suis donné  l’espace d’un défi,
Sans transcrire en photos, architectures, et géographies…

La plaine est immobile, et la plume voyageuse,
Et caresse aussi bien  les bords de la Meuse,
Que le bourdonnement têtu des abeilles
Dans les calanques, près de Marseille.

RC  –  29 juin  2012