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L’abandon des cuirasses – ( RC )


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Des décombres et poutres fumantes,
les restes des samouraïs
que l’on voit après la bataille
et, contre toute attente

perdus au milieu de champs magnétiques .
Le masque de quelqu’un a occupé la place,
et se cache derrière leur face
– un sourire énigmatique – .

De quelle espèce, de quelle famille … ?
une trace que l’existence imprime,
le regard indécis de l’anonyme,
comme dans la roche, un fossile .

Ainsi, des tenues de protection
les mineurs au corps absent …
Il en reste l’habit pesant,
devenu, au musée, pièce à conviction .

L’activité est suspendue ,
faute de rentabilité ;
les mines ont périclité,
des fantômes d’ouvriers, semblables à des pendus .

Des êtres vidés de leur substance
ont abandonné leurs cuirasses :
le passé est voué à la casse ,
à mesure que l’on avance….


RC – juin 2017

 


Esther Tellermann – Choucas


egl romane JANAILHAC  sud Limoges  fresques   06.jpg

photo perso fresque  de l’église de JANAILHAC

 

 Ils sont tiens
les choucas
les Dieux peints
les tissus refroidis
la sueur
et la grille
Ils sont tiens
les lits durs
les goûts de paille
l’usure
des soulèvements

***
Car
rien ne donne la réponse
ni dômes surgis
ni masques de terre
Pistes s’égrènent en copeaux
en nuits balayées par les torches
Etions accoutrés d’os
faisant commerce de braise

***

 


Sous le masque du clown – ( RC )


07999353

Sous le masque du clown,
le sourire élargi,
la bouche énorme pâteuse,
imagine celui          crispé
de l’homme politique.

Il cache         sous l’aspect jovial,
le puits sans fond d’un cynisme,
la pratique de la surenchère,
une pantomine de clins d’oeils
vers l’extrème droite

avec ce qui paraîtrait de l’humour  ;
–  mais à y regarder de plus près,
une fois la couche de maquillage fendillée,
toutes les manigances
de l’arriviste sans scrupules :

prêt à tout pour attirer à lui les suffrages,
acheter les consciences ,
s’attirer les faveurs
des multinationales,
placer de serviles exécutants

Se donner en spectacle,
Nicolas le petit,
faux jeune en jogging,
confondant politique
et couvertures « people »

porté par le consensus mou ,
main dans la main
avec les puissants,
trinquant avec eux sur les yachts,
— pendant que la pays part à la dérive.

 

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On peut  aussi se référer à ce beau texte d’Henri Michaux

 


Fondu dans l’immobilité – ( RC )


 

 

Fondu dans l’immobilité,

C’est situé sous une écorce, où se balancent des pulsations du silence.
Une écorce de chair
Elle se maintient ,     mais le corps fond.
Comme bu                 par sa surface intérieure.

>         Avoir donc la place de remuer dessous,
Les os s’épiant, et ayant leur propre raisonnement…
Mais toute une apnée de tensions les maintient à distance.

Ce sont des ligaments, des fibrilles, des tendons, qui se croisent,
faute de muscle.

Emmitouflé d’une apparence.
Il suffirait d’appuyer       pour en déceler le creux.

Ainsi cabossé comme pourrait l’être         un fruit sec,   libéré du poids liquide,
momie à la surface riante, mais peinte .

Un masque pour paraître.
Mais dont la fixité inquiète.

Celui qui ne sait plus quel corps il habite,
justement privé d’ enchaînements et mouvements utiles.

Soudé aux montants du lit, les roues caoutchoutées.
Au carcan des poulies,        la potence aux perfusions,

qu’on pourrait, gag suprême, orner de la photo du patient…              – la potence –
Juste dans le champ de vision …. le regard toujours fixé au plafond.

Le corps corseté n’autorisant que l’angle restreint permis aux yeux
Bénéficiant de la seule exception à l’immobilité…

RC – avril 2014


S’il fallait que le jour confisque la nuit ( RC )


Image  ;  Jarek Kubicki

Image ; Jarek Kubicki

S’il fallait que le jour
Confisque la nuit,
Et la maintienne  close
Dans un bocal en verre ,
Il y aurait alors
Tous les rêves du monde,
Ses comètes et ses nocturnes
Que l’on ne verrait plus ,
Car nous serions bus
Par la lumière,
A tourner sans faim
Autour de la terre,
Et nous ignorerions,
Derrière le masque
Des reflets du verre,
—  Dans le bocal, l’obscurité est ,
Demeure tapie;      ….      – Elle patiente là,
Tout le temps  qu’il faudra
>         Et nous attend.

RC – 7 août 2013

photo;         Laura Mexia

 

 

–  et en accompagnement, le beau texte de Michèle Dujardin, visible  sur  Abadôn: « sortir du rêve »

 

appareillage de survie,

dernier sous-sol de l’être – on y ménage une fontaine au bord des cils –

raide et fixe le bleu garde la plaine

de l’insomnie,

et son hygiaphone humide, qui se souvient de nos paroles – nous les rend non ouvertes dans l’enveloppe de salive

ce frisson,

celui-là même qui vient aux petites filles

dès que l’on touche à la mort

et qui dure

toute la vie,

jusqu’à l’espace blanc,

où le satin matelassé de la couche

étreint les épaules –

feuille de chêne,

sa terre d’enfance éparpillée sur la bouche –

tant de fois j’ai dit : sortir du rêve – nous arracherons au rêve ce qui est aimé, l’a été, le sera – nous sortirons du somnambulisme – nous cesserons de n’être que possession, désir de possession – hantise et distraction, tâtonnement – ce vouloir craintif mais vivace, même fissuré par la maladie du doute – nous n’attendrons rien – nous laisserons venir – ce qui vient, comme ce qui ne vient pas – nous cesserons de suivre – regarderons ailleurs – prêterons aux choses l’attention qu’elles méritent : concentrée, patiente – nous fuirons les fantômes bavards, les paroles aux quatre vents aussitôt dispersées – le sommeil debout et ses musiques, ses images – ses faux-semblants – le souvenir qui nous tire en arrière – affaiblie, édentée, la nuit obéira : docile, elle se couchera à nos pieds – nous irons par le visage de la nature, obscur, fermé, réconcilier les contraires – sans trace, irrepérables : car nous saurons nous faire petits, silencieux, immobiles – dans les trous, les creux – nous saurons oublier ce que nous sommes, qui nous sommes, avons été – pour voir les pierres, leur mouvement, les voir bouger dans le flux du monde, tracer leur route

tant de fois mais le corps – puits du rêve, piège

si peu à prendre, ailleurs que dans le corps si peu apprendre – rien, si vide, si peu à choisir si peu à faire, hors le corps, si peu à dire – tant de fois les mains, ces voyages de peau aller simple ces longues courses l’exploration sans fin, cette chasse, cette quête, ce goût sans fin du corps à la bouche à perpétuité une fois goûté cette chair cette faim qui use, qui presse, où dans le tremblement de l’amoureuse fatigue, la marée des rêves bouillonne – menace de nous réduire à une ombre enfiévrée, un îlot d’absence qui tourne sur lui-même, hors temps – existence possible, la plus petite, tout petit espace possible, rétréci – le corps – mais

tant de fois j’ai dit : sortir du rêve –

mais le navire,

portant toute sa voilure vient à nous,

illuminé

d’un grand cri électrique,

plus bleu que l’effraie barbelée de pare-brise

dans le sang des phares –

vient à nous enfin, le navire,

rompant de la proue le béton des chapes –

monde flasque,

retourné contre le ventre amnésique,

visages loin de leurs baisers

sans octroi ni dédicataire

confinés dans l’indifférence

de lèvres froides,

navire les déloge, navire les délivre –

écho, froid,

temps de pauvreté

dans le chanvre et l’huile,

entre les piliers de soutènement

ce box matriculé de gris,

épiderme lacéré du sommeil

qui ne retient plus rien,

navire le délivre –

plainte qui tremble de dire le seul dire qu’elle possède,

qu’elle ne parle pas,

auquel elle n’entend rien,

qui fait juste surface

comme un sel

sur les paupières,

navire la délivre –

ceci est le navire, en son approche,

ceci est mon corps,

ceci est la nuit où que je me tourne,

et leurs images de mort

où l’on aime –

tant de fois j’ai dit : sortir du rêve, mais là, toujours, le seuil vacille, recule

le rêve tarde à tomber du corps à moins que

le corps

ne tarde à quitter ce rêve

alourdi de navire, cri et sang, corps et bouches braillant dans les langes de la mort, cet incorrigible, tout ce que fortifie la nuit avec à l’arrière un préavis de naufrage dans ces vibrations de l’espace tendu à craquer : l’incandescence du vouloir couler, extrêmement blanche, appelant vers les sables sourds, vers les madrépores des derniers paysages, pensée libre, étonnée

entre-deux,

au dernier sous-sol de l’être,

sortir est un mot difficile –

un peu de couleur,

un reste, là, qui cherche son obscurité,

fait signe

 

 

© Michèle Dujardin _ 3 juillet 2011

 


Se fondre dans le masque – (RC)


photo - Dieter Appelt

photo –           Dieter Appelt

Et si les gens se prennent

Pour d’autres

Tout compte fait

Il faut consulter

Le catalogue des concordances

– croyances –

Et questionner le conforme

Même si cela n’en vaut pas la peine

Détricoter, opiniâtre

Les définitions

( Une autre )

-caméléon-

Qu’attends tu des autres ?

Qu’attend-on de toi ?

Comme si pour soi-même

Un modèle

Celui dont on pourrait se faire prothèse

Diminuer son masque d’angoisse

Et se fondre dans la masse

Quitte à se perdre

Provisoirement dit-on

Mais quand même,

Occuper un masque

Au risque de changer de peau

– et l’âme .

RC            avril 2013

 

et complété  sur le thème du masque, par cet écrit  de James  Sacré:

Même à l’occasion des grands défilés fêtards
Organisés tenus selon que c’est prévu,
Bâle ou Rio, Nice et partout, tenus mais
Quand même à des moments, ça s’en va
comme à côté:
Un fifre et deux tambours tournent 
Le coin de la rue
(Tant pis t’auras pas ta photo!) ou fifre
tout seul
Avec son costume et sa façon têtue
D’avancer dans la ville jusqu’à où on se 
demande, et ça sera
Qu’un retour à sa maison, le masque ôté,
plus rien.
Si la fête au loin continue?

Si les felos traversent par le poème, page 13, ed.Jacques Brémond, 2012


Le visage d’un autre ( RC )


 

 

 

Un autre visage  vous regarde

C’est le sien, et c’est un autre

Un regard  s’égare

Il erre sur un monde

Qu’il ne reconnaît pas,

Vaguement le souvenir de gens connus

Sous un autre nom,

Un autre masque,

Qui a prêté son visage.

 

Comme il pourrait le faire par centaines

A ceux qui n’en ont pas,

Des séries  d’anonymes

Défileraient ainsi

Et leurs masques semblables

Aux regards  qui s’égarent,

Des faces et pensées  semblables;

ou peut-être parallèles,

Comme ils marchent, clones

Avec celles de l’autre

 

Ayant vendu ses pensées

Avec son image

C’est sa tête et c’est une autre

Reproduite en centaines

Ces visages, qui nous regardent

Ce sont les autres,

Qui vous prennent pour un autre

D’où l’homme s’en enfoui

Dans un passé commun.

 

 

RC  –  30 octobre 2012

 

 

 

A partir  du film japonais  de  Toshigahara  « Tanin no kao »  ( le visage d’un autre)  – 1966

 

 

photo:    image tirée du film

 

 


Dernier acte ( RC )


image – photo de mise en scène de Bob Wilson – Zürich 2002

 

 

 

 

Au décor, le fond  du cyclo
Les rideaux  suspendus,
La scène , une présence en lumière
Les acteurs, éclairés côté cour
Portent leur ombre étirée, au jardin
Et de grand manteaux  sombres

Les mouvements de la main
Et les gestes  de l’âme
Qui rythment le destin
Celui des personnages
D’une tragédie classique
Aux visages immobiles,

Sous les projecteurs,
Celui des masques
Ne s’anime de vie
Que par les répliques
Déplacements, silences
A la succession des actes.

Lorsque  la pièce s’achève,
Sous les  acclamations
Et que les  acteurs saluent
Ils ôtent          leur masque d’artifice,
Aux spectateurs,          qui découvrent
Que ceux-ci ne recouvraient  que du vide…

RC  – 24 juin 2012

 


Ulysse – Ode à ma plume


grille          de style  » art nouveau  »        à Nancy

Ulysse nous fait partager  sa « plume »,  c’est le cas  de le dire, avec le titre  choisi…

il participe  au forum  « En Attendant la fin du monde »,  c’est là que je l’ai  « repêché »

 

 

Ode à ma plume

Je confierai ma plume à la foudre et aux vents,
Aux furieuses tempêtes, aux fauves tremblements.
Je la veux souveraine, insolente et fantasque,
Insensible à la haine, sans faiblesse, sans masque.
Je la veux intrépide, courageuse et libre
Ecrivant sans ambages mon ivresse de vivre.
Quand les vents des passions se seront apaisés
Ma plume cheminera aux sentiers irisés
Des tendresses du soir entre des bras fragiles
Quand la force est vaincue par un battement de cils.
Elle se fera pinceau aux encres de couleurs
Traçant sur le papier les signes du bonheur.
Elle glissera ses mots au milieu de silences
Quand il faudra se taire devant une souffrance.
Je la veux enjouée, folle, primesautière
Sautant dans les ruisseaux, remontant les rivières
Tirant du fond de l’ombre, des perles, des diamants
Accrochant à ses lignes de jolis cerfs volants.
Je dirai à ma plume d’écrire des poèmes
Sur tous les vagabonds et leur vie de bohème
Sur les cris des enfants à la récréation
Sur les mots des amants au feu de la passion.
Et lorsque fumera mon dernier feu de bois
Elle inscrira encore aux branches d’une croix
« Pardonnez lui, Seigneur, d’avoir pris du plaisir »
« Aux rimes polissonnes.., il aimait trop écrire !»

Ulysse 2 février 2012


Ernest Bloch -Le regard de nos masques


samedi 26 novembre 2011, Monique  éditait  ce bel article  que je reprends  à mon compte,   et associé  au  « Perfect day  »  de Lou Reed   (  désolé, Monique, tes images  de bois ne  « passent pas », avec Overblog…  je vais  donc  tricher un peu… )

   » Les Noirs ont gardé jusqu’à aujourd’hui des dieux de vie sculptés en respectant le bois, ils firent ainsi passer la sève dans des manches d’outils, des armes, les poutres des maisons, les trônes, les idoles. Leur volonté de magie, leur désir de se métamorphoser, de pénétrer dans les sphères supérieures de la création produisent avant tout le masque qui élève surnaturellement au rang d’animal ancêtre de la tribu, de totem et de tabou organiquement abstraits ; notre visage futur s’y annonce, mais le Christ n’éclaire pas encore ; il n’y a que le rougeoyant démon de la vie, mais celui-ci règne de manière inconditionnelle dans ses naissances oniriques, dans ces sombres systèmes plastiques de la fécondité et de la puissance  » . Ernst Bloch

Il m’est essentiel que le regard de l’autre tente de pénétrer jusqu’à mon âme.

et que je lui rende ce regard!

Tout existe le temps d’un regard. Regard sur une fleur éphèmère,regard sur le fond d’un tiroir,  oublié – retrouvé.

 

Regard pour une pierre d’un cimetière oublié, regard sur un silex soulevé d’une terre anté préhistorique.

Regard sur un enfant , force de vie. Regard  toujours plus loin. Le regard abolit la distance.

Il plonge dans l’essence des choses ..antédiluvien.

peinture; aquarelle perso, sur un masque féminin, ethnie Dan ( Côte d’Ivoire)