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Richard Brautigan – poème d’amour


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photo Andreas Kauppi

 

 

Qu’est-ce que c’est agréable
de pouvoir se lever le matin
tout seul
et de ne pas avoir à dire aux gens
que vous les aimez
quand vous ne les aimez plus.


Jacques Ancet – l’heure de cendre


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Ecoute-moi, simplement
sans cesser tes gestes quotidiens : écrire une lettre, faire chauffer la soupe, mettre le couvert, que sais-je
l’eau qui coule les bruits ne me gêneront pas : le tintement des cuillers, le froissement bleu des flammes du gaz, l’eau qui coule du robinet, et
même si tu ne comprends pas tout, si tu oublies de m’écouter, tant pis, tu seras là, encore un peu
je saurai qu’il me suffit presque de tendre la main pour sentir ta chaleur.

Mais les mots me suffisent   l’espace de ta présence que je sens, même si je ne te vois pas avec la nuit
tout ce qui fait cet instant si différent des autres malgré l’angoisse – ou peut-être à cause d’elle        transparence noire où brillerait chaque éclat de la vie


Laisse-moi m’approcher un peu plus, avec ces mots que je cherche
de longues heures nous séparent du matin. Traversons-les ensem
ble

 

J A  1980


Patrick Berta Forgas – il était cette fois


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photo:  Wolleh

 


Cette fois,
Les rangs sont froids.
Le pas des foules
Traîne au pied des monuments.
L’empreinte d’une histoire
Sans autre imagination
Qu’un vieux rêve ravivé,
Des siècles assassins
D’âmes, dans la nuit.
Cette fois,
La demeure est cernée
Des cendres du cauchemar
Qui se relève.
Incontinence et pollution
Aux draps des sueurs.
Cette fois,
L’ombre va prendre la couleur
Où tout se perd,
Les chemins et y compris,
Le matin.


Bernat Manciet – Sonet – Le matin croît en toute chose


 

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aquarelle  W M Turner

 

 

Le matin croît en toute chose

toute chose déclenche un matin
Toi : un matin aux cris de neige
des mouettes pures sur Ambès

je te reconnus à ton rire
piaffé de ciel et de sel
je te reconnais car c’est notre rire
depuis les talons jusqu’au front net

lorsque blanchirent les rives
jusque dans mes paumes ouvertes
je sus que c’était ton jour

jour de mille paupières
blanches tu m’as trouvé à tâtons
tous lendemains ne sont que ce matin


Rabindranath Tagore – Au petit matin


 
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photo       Nicolas Grandmangin

 

Au petit matin on murmura que nous allions partir en barque, toi seulement et moi,
et qu’aucune âme au monde ne saurait jamais rien de notre pèlerinage nous menant éternellement vers un autre nulle part.
Sur cet océan sans rivages, devant ton sourire attentif, silencieux, mes chants s’amplifieraient en mélodies, libres comme les vagues, libres de la servitude des mots.
Le temps n ’est-il pas venu ?                  Qu ’il y a-t-il encore à faire ?
Vois, le soir est descendu sur la plage et dans la lumière faiblissante les oiseaux de mer regagnent leurs nids.
Qui sait quand, les amarres rompues, la barque, telle la dernière lueur du couchant, s’évanouira dans la nuit ?


Ahmed Mehaoudi – Le matin s’éveille


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photo Berenice Abbott

 

Le matin s’éveille sur un temps nuageux, les choses de la vie circulent banalement, et même dans un cadre urbain triste et monotone , la place Carnot dans son vert bouteille , son kiosque à musique,  ses terrasses bondées de consommateurs , ce tout le monde qui chuchote , les furieux klaxons angoissants , la ville s’enfonce dans le jour   chacun dans l’espoir de vivre mieux

la ville  pourtant est  dépeuplée ,il y a comme un grand vide , un manque à faire pleurer , un sentiment qui ne s’avoue pas ,un sentiment qui n’a pas de mot , peut-on l’expliquer , lui donner un nom , inutile il est abstrait et il  vous tient à la gorge , c’est beaucoup plus une envie de monter au ciel et de disparaître ,

à croire  que plus personne ne respire en ville , que personne  n’est vivant , et pourtant le bruit du monde vibre tout près comme un  être qui ronfle dans la nuit ..

 

Ce matin, il y a comme un froissement de silence, une voix tremblante sans qu’elle se discerne d’une voix qui s’est tue ; je regarde cette tentative de pluie, elle ne vient pas,

j’y entends un murmure, peut-être une complainte, un petit chant doux,

je voudrais tant écouter, mais mon cœur est si fermé ce matin que je me sens étrangement absent de moi-même …

 

Est-ce donc çà l’amitié quand l’autre part et vous quitte à jamais ? Il n’y a pas de larmes , ni cri de détresse , un rien , un néant …

 

le matin s’éveille , sans lui qu’est-ce pour moi cette ville ,

 

un étonnant terrain vague où se confond des formes inconnues que je ne reconnais plus pourtant si familiers , des formes et des formes  à l’infini jusqu’à la sortie du dernier virage …

Il me le disait , me le disait au grès de nos cafés et de nos vertiges littéraires , je m’en irai , quel  vide vous aurez à vivre ,

ici où l’on m’avait confisqué mon bonheur , et où j’avais  piteusement vécu ,

ici où je m’étais allongé dans la boue d’une insolente farce ,

comme quoi il n’y a rien de mieux que de se rendormir et de reporter ce réveil matinal à plus tard …je me recouvre de ma couverture , allons le rejoindre dans notre rêve…

 5 mars 2013

Matin (Susanne Derève)


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     CHUTA KIMURA, Landscape

 

 

Se réveiller heureux un matin blanc

Il y a si peu de vent

 

Les arbres se diluent

dans un semblant de brume

comme une estampe japonaise

un vert grisé

où vacille un halo de lumière incertaine

 

 

Un brouillard qui s’étend jusqu’aux franges

de l’être

un demain dont on ne saisirait pas le contour

dont on se dit que l’amour peut s’y glisser

peut-être ou bien s’en évader

aux premières vendanges

par la fenêtre

 

 

L’oiseau qui se pose, replie ses ailes  et s’ébroue,

le sait-il, où le mèneront les transhumances

En perd-il pour autant l’insouciance

du jour

 

 

Se rendormir heureux un matin blanc

Attendre que le rideau se lève

Faire semblant

 

 


Juste une hypothèse sur l’existence des choses – ( RC )


Matisse  fenêtre noire      .jpgpeinture: H Matisse

 

J’ai crû que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
            La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge 
jusqu’à l’immobilité des choses.

        Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton,     les cheminées,       d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là,           obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs       que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
          Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.

        C’est bien le matin,
d’après l’heure   ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
        Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
–       que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière,       caressant les choses,
                                     la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .


RC – mai 2018


André Bay – Dérives blanches


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assemblage-sculpture: Louise Nevelson

 


En « avant-propos »

Le Blanc m’obsède
Le Blanc me tourmente
Le Blanc me poursuit, m’aveugle
Couleur des limbes crépusculaires
Suaire des résurrections mortes
Compagnon des crépuscules du soir et du matin
Candidat de blanc vêtu
Blanc qui es-tu ?
Mort poursuivant la vie
Vie poursuivant la mort
Rideau de ma vie morte
Jour tissé de nuit
Blanc de l’amour ici
Et de la mort Là-bas
Blanc de l’absence remplie de vide
Complice du temps qui passe
Le Blanc m’envahit doucement
Et irrésistiblement m’entraîne
Devant la Grande Porte.
Tandis qu’il me pousse et m’attire
Je le distingue partout
Il apparaît là où je ne le voyais pas
Il me poursuit et je le traque…
Avec espoir de mieux le comprendre
Doux compagnon de mes vieux jours…


Samira Negrouche – Illusion


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Illusion
mon regard s’abandonne
sous l’eau cristalline
de l’oued en crue
flottaison
mes sens en arythmie
au corps qui se
promène
sur le cours incertain

M’en aller
comme feuille d’automne
et m’oublier au travers
des branches en furie
des eaux ravagées
de la soif inépuisable
des tuiles tombantes
de la maison dégarnie
m’en venir
au petit matin
effleurer ton rivage.

( extrait de L’heure injuste )


Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad


Image associée

Avant l’Euphrate    il y avait un horizon
qui guidait le nomade
une larme au-dessus d’une dune
une averse sur les falaises
une grêle d’enfance
une lumière qui inondait l’argile

L’Euphrate est ma mère
et je le reconnais comme on enjambe son matin
pour un tatouage de soleil
sur un palmier
dans une vieille cour.


Raymond Carver – pluie


PLUIE

Réveillé ce matin avec
une envie terrible de rester au lit toute la journée
et de lire. J’ai lutté quelques minutes contre cette idée.

Ai regardé la pluie à travers la fenêtre.
Et lâché prise. Me mettant entièrement
à l’abri de ce matin pluvieux.

Serais-je prêt à revivre ma vie ?
Avec les mêmes erreurs impardonnables ?
Oui, si c’était seulement possible. Oui.

(in Where Water comes Together with Other Water (1983)

RAIN

Woke up this morning with
a terrific urge to lie in bed all day
And read. Fought against it for a minute.

Then looked out the window at the rain.
And gave over. Put myself entirely
in the keep of this rainy morning.

Would I live my life over gain ?
Make the same unforgivable mistakes ?
Yes, given half a chance. Yes.


Wislawa Szymborska – Quatre heures du matin


lune  &  immeubles  sur  bleuWislawa Szymborska

QUATRE HEURES DU MATIN

Heure de la nuit au jour
Heure du flanc droit au gauche
Heure pour avant la trentaine.

Heure balayée sous le chant des coqs.
Heure où la terre semble nous chasser.
Heure où nous glace le souffle des étoiles éteintes.
Heure de qu’est-ce qui restera-bien-de-nous.

Heure vide,
sourde, aride.
Fond du fond de toutes les autres heures.

Personne n’est vraiment bien à quatre heures du matin.
Si les fourmis sont bien à quatre heures du matin,
Bravo les fourmis! Mais que viennent vite cinq heures,
Si tant est que nous devons survivre.

 


Le matin se déhanche – ( RC )


 

 

photographe  non – identifié..

 

Comme il fait encore sombre, ce matin,
La rue s’illumine de points.
Les  réverbères sur la perspective de l’avenue.
Et puis quelques fenêtres.
Dans l’une  d’elles, l’image d’une  femme qui se coiffe,
Ses bras sont en l’air,
Elle découpe sa silhouette,
Une danse  en S,
Rayée des lames  du store,
Le matin se déhanche,
En promesses de jour….

 

RC  –  nov 2014


Marie-Hélène Montpetit – Le matin en retour


photo: Jake Reinhart

photo: Jake Reinhart

Le matin crie Heïdi dans le chalet du lit

Mon corps est un sofa
dont les coussins bayent aux corneilles

Dans la corbeille du sommeil
j’ai lavé cette nuit du linge sale de famille

Le matin en retour de labour
s’étire
à travers les sillons de ma carte du ciel

 

de (40 singes-rubis, )


Béatrice Douvre – Ce matin


photographe non identifié

photographe non identifié

 

Ce matin…

Ce matin est plein de brume
Où des oiseaux se mêlent à des feuilles
Des oiseaux froids se suivent

À peine si l’on distingue
Tant c’est l’aube
Leurs jeux du peu de nuit
Restée au sol d’automne

Les troncs penchent
Où nous avions marché
Par degré dans l’eau de la lumière
Comme un corps enchevêtré qui a mémoire
Et le temps pour œuvre.

 

 

Béatrice Douvre


Au 27 lumineux – ( RC )


Iris, photo personnelle, printemps 2011

Au matin, venu d’une nuit     à gestes longs
J’ai émergé de tes bras     au sourire blond.
Bercé de l’empreinte de ta souche
Venue verser la tendresse de ta louche.

Nous avons joint nos doigts d’écriture
Pour faire des duos fabuleux en lecture
De gestes enveloppants, nuées d’étincelles
Parsemés d’épices, de crème renversée, et de sel.

La nuit aurait pu t’absorber et diluer
Ton image, la chaleur de ton corps se muer
En mirage,   cendre d’imaginaire agacé
Fugace,  illusion       sitôt vue,  sitôt effacée…

Mais  le matin descendit du ciel, comme nacelle
Ton esprit me guide en pensée et au réel,
Toi,        statue sortie des fées électriques
Vœu de Pygmalion fleuri d’authentique.

Mais le temps    (au delà de la nuit)
Peut-il        – dans tout ce bruit
permanent ,         faire que se change
En ombre,           l’empreinte de l’ange ?

 

RC –  2011,      repris  en mai 2014

 

Pygmalionne à l’ancre de tes jets

Aux quatre vents des détroits de l’ouest
J’ai pris ton bras et retourné nos vestes
Il s’agissait avant tout que je peste
Contre les dits de couloirs de nos gestes
Tu m’as tournée contre toi d’un ton leste
Ne t’arrête pas de dessiner ta fresque
Car dans les vents il y a à Lambesc
Autant de joie que de vie ou de liesse.

Carnet privé

 —
  • A Pygmalionne, je fus ta sculpture
    Détaché d »anonymat, d’une belle aventure
    Je prends sens entre tes mains créatrices
    De la terre, de la glaise que tes mains pétrissent
    Contre dits, contre toi, bruits de couloir
    Moulé de tes mains chaudes en laminoir
    Fresque volume en liesse à tes vents
    D’autan en emportent tes gestes savants
    Que je prends vie, soudain, sous tes augures
    Et perds , en passant, mon armure.


Une partie de brouillard, en eux – ( RC )


 

Il y a cet espace

-….vain –

( enfin,                       on pourrait le deviner,

  •             Ouvert devant soi ),

    mais     sa durée est bouchée

Mais enveloppée de brouillard …

Les sons y deviennent           mats,

Et retombent au sol,

Aussitôt absorbés,        prisonniers

Contre             des mois d’immobilité.

On ne savait donc rien

De      ce qui se passait ailleurs …

Seul l’espoir d’en sortir,

Maintenait une étincelle,

Eteinte pour beaucoup,

A coups de sévices,

Simples numéros matricules,

Anonymes     en tenue rayée,

Que plus rien, presque, ne distinguait

Derrière        les barbelés du camp.

Se nourrissant d’absurdité,

Et de vermine.

A redouter d’être parmi les humains….

 

Après la longue,        longue nuit,

Un matin pâle,     s’est levé      enfin ,

Ils seraient bien peu,

A quitter ces plaines mornes,

Pour un retour au pays

Dont ils étaient arrivés        à douter

Même ,     encore,     de l’existence,

Emportés si loin,

Au-delà du descriptible,       avec

Une partie de brouillard,     en eux.

 RC – janvier  2014


C’est le matin à Paris – ( RC )


 

photo:       Jerôme Dumoux:         voir son site

 

 

Le matin arrive sur la ville qui dort,
On devine juste le clocher de la cathédrale,
Qui dépasse            d’entre les nuées pâles,
Tout est indistinct               encore,

Les rues sont encore couvertes de sommeil
Avant la dissipation des brumes matinales…
Les trottoirs présentent leur côté sale
En attendant la traversée du soleil,

Il peine à trouver son chemin,
(   C’est, il est vrai,         un grand voyage ),
Pour finalement s’immiscer d’entre les nuages,
Et réduire les gris comme peau de chagrin.

En répandant l’alphabet des couleurs,
De l’or liquide,           en cascades,
Eclaboussant les façades,
S’éveillant au fil des heures.

La nuit s’est faite       oublier,
Sa main pesante s’est retirée,
On peut voir,  de nouveau,       éparpillés ,
Des éclats clairs,        sur mes souliers.

Tout ce qui est blanc m’éblouit,
La lumière multiplie ses taches,
La journée est en ordre de marche…
L’odeur des croissants frais me ravit.

C’est le matin à Paris.

 

 

RC – mars 2014


Daydreamdaisies ( ML ) – Love for life


peinture: Pierre Tal Coat

peinture:           Pierre   Tal Coat

Un texte  dans la langue originale,  de M L  ( du blog  de Daydreamdaisies),

suivi de ma traduction…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I cradle the silence

I bow my head as life’s candle is lit

I can see the flame trembling

In the meandering trail of birds

Rejoicing in the cry of a newborn

My gaze, it answers to the infinity

My fingers run smooth

In morning’s blinding curtain

With gratitude

With freedom of breath

In laughter and in vehemence

They run and my hands

They lift me up

When I throw myself in between

The blades of thunder and light

I am the spark

Flaring, blazing

I am the warmth born

Where those two blades meet

I am life

Where swords of contrasts

Sometimes dash to fall

In love

Daydreamdaisies (  M L )

Je supporte le silence

Je m’incline quand la bougie de vie est allumée

Je peux voir la flamme tremblante

Dans le sentier sinueux des oiseaux

Me réjouissant dans le cri d’un nouveau-né

Mon regard, répond à l’infini

Mes doigts se passent en douceur

Dans le rideau aveuglant du matin

avec gratitude

Avec la liberté du souffle

Dans le rire et dans la véhémence.

Ils courent et mes mains

me relèvent

Quand je me jette entre

Les pales du tonnerre et de la lumière

Je suis l’étincelle

La torche, flamboyante

Je suis la chaleur née

Lorsque ces deux lames se réunissent

Je suis la vie

Où des épées de contrastes

Parfois se précipitent , à tomber amoureuse.

  1. RC


Les horizons encore, derrière (RC)


peinture: Erich Heckel:        chevaux blancs        1912

Il y a tant  d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières,        et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur,                      te montrent, au petit matin,
Le jour naissant,                     dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien,                                                      un jour

Par sortir de l’hiver

 

RC –   30 avril 2013

voir le blog de phedrienne:


Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983


Nathalie Bardou – L’empreinte jaune


peinture: Mark Rothko

peinture: Mark Rothko

Une tentative de lumière   (jaune), (chez Bleu- pourpre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 » Il y a eu cette naissance

Verticale

Patine bleuie en atour

Et le germe du vent dans la demeure de papier.

Et

Chaque matin,

J’étais ainsi

A lire le monde

-que le bleu me délave

Ou que l’ocre m’engourdisse

De langues chaudes.-

Je pénètrais ce monde

Et ses éphèmères dentelles

– comme si la mémoire avait trop bu-

Et qu’il me restait

Aux chevilles, des rosées

De siècles fanés.

Les rêves nonchalants

Enroulés

Aux reflets des fenêtres absentes,

Les bras brassant

Des champs d’histoires,

J’étais au centre

Des murs brûlés

Par l’été désertique.

Si vous saviez

Comme j’ai entendu l’indigo pastel

Résister à la fissure,

S’enfoncer dans le parchemin,

Ce rouleau des nuits

Qui soupèse le soir

Ou même l’espoir.

L’empreinte pigmentée,

Les bras en croix,

Il suffisait

D’attendre

La dilution des racines

Sous la voute .

La brume,

L’artisanat de l’heure,

Le remue-ménage bruissant

Des moignons d’ailes.

Il suffisait

D’attendre

Le fouet du vent

Et les poings poussant les pieds.

Puis

Il y eut ce silence

Vous vous souvenez ?

Cette bouche de silence…

Et ne restât que mon empreinte

Contre la chaleur du jaune.

N.B.  Aout 2012

Nathalie Bardou qui nous dit: Très librement inspiré de la fabuleuse série  » POINTUS » de Luc BERSAUTER :http://www.facebook.com/media/set/?set=a.337148326370847.78493.139166146169067&type=3


Vertiges – de fileuse de lune


photo : H Cartier-Bresson Arbres en Brie

A voir  sur le blog   ( de fileuse de lune) 

Vertiges

éclaboussures

traversées

J’habite ces parages

de peu de densité

où l’éclair d’un regard

chavire l’horizon

Membranes soulevées

sur le dos des fleuves

s’éparpillent en rémiges

en consonnes

brunes et vigoureuses

Se déversent les langues

dans une amphore

se délecte le ciel

d’être à nouveau

en crue

Pour apprivoiser les pinèdes

en maraude

les forêts de silex

il faut tailler son nom

dans le tronc le plus vieux,

habiter son élan

Dans les prairies de l’Homme

je sais un abreuvoir

où se rassemblent troupeaux

de hautes sèves

clameurs de laines

blanches et bouclées

J’y porte l’épaisseur

de mes murs

la lourdeur de mon sang.

Une odeur de suint

ocre et tenace

rassure les ancêtres

Claquante

comme une étreinte

la parole éperonne

les flancs fumants

de ce matin tout neuf

Tourbillon

ivresse pure

je virevolte, à cru,

sur des phrases de sel

m’accouple à leur écorce

et hurle

source vive !

J’ouvre,

dans ma poitrine,

des fenêtres

aux giboulées de grives,

de raisins et d’étoiles,

aux rafales d’ardoises,

aux foules écervelées

des déserts, des pierres

et des jardins

Là, dans cet espace

consenti à l’incandescence,

la bruine déploie

mon feuillage

gâche sa salive

à ma résine

Sur mes berges

calleuses

faseyent quelques saules

Guetter l’exubérance

étirer les limites

de son sang

de sa peau

pour être ampleur

luxuriance

et faire tomber de soi

jusqu’à la moindre

ténèbre

Et puis

se rencogner

dans l’angle juste

de la légèreté,

retrouver sa foulée

d’osier souple et de vent


Mahmoud Darwich – Blocus pour les panégyriques de la mer


 

 

 

 

 

Mer et mur                 ( Acre – Israël)

 

BLOCUS POUR PANÉGYRIQUES DE LA MER

S’envolent les colombes

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Prépare-moi la terre, que je me repose
Car je t’aime jusqu’à l’épuisement
Ton matin est un fruit offert aux chansons
Et ce soir est d’or
Nous nous appartenons lorsque l’ombre rejoint son ombre dans le marbre
Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends
Au cou qui ne s’abandonne qu’aux étreintes des nuages
Tu es l’air se dénudant devant moi comme les larmes du raisin
L’origine de l’espèce des vagues quand elles s’agrippent au rivage
Et s’expatrient
Je t’aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre
Moi, j’appartiens à mon aimé et mon aimé est à son étoile errante
Nous entrons dans le rêve mais il s’attarde pour se dérober à notre vue
Et quand mon aimé s’endort je me réveille pour protéger la rêve de ce qu’il voit
J’éloigne de lui les nuits qui ont passé avant notre rencontre
De mes propres mains je choisis nos jours
Comme il m’a choisi la rose de la table
Dors, ô mon aimé
Que la voix des murs monte à mes genoux
Dors, mon aimé
Que je descende en toi et sauve ton rêve d’une épine envieuse
Dors, mon aimé
Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix
(…)
J’ai vu le pont
L’Andalousie de l’amour et du sixième sens
Sur une larme désespérée
Elle lui a remis son cœur
Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas
Il me coûte mon amour
Puis la lune s’est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
L’obscurité s’est posée
Sur le pont et les amants

S’envolent les colombes
S’envolent les colombes

Mahmoud Darwich