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Père, Mère – (Susanne Derève)


Maurice Denis – Malon et les hortensias (Musée des Beaux-Arts de Brest)
Père, mère, 
on vous abrite toute une vie,                                                                         
oiseau fragile nous portant d’un coup d’aile 
au-delà de nos rêves,
ou  talisman de pierre nous plombant de regrets 

Tes rêves, père, 
comme un livre entr’ouvert dans mon regard d’enfant, 
de jeunesse guerrière,d’eaux neuves,  
de poissons glorieux entre tes mains agiles                                 

Tes rêves, mère aux pantoufles de vair, 
façonnés de tendresse et de rires                                                         
d’étoles de velours et de tables dressées    

Dans vos sourires flottait la tranquille certitude                                                               
de l’amour,  
et je le cueille encore,orchidée sauvage  
dans les prairies fécondes du destin, 
je le dessine au-delà de la perte et de l’oubli
en  palimpseste du souvenir 
pour récrire l’histoire de vos vies, 
plus fervente et plus douce,telle qu’en vos rêves                                              
juvéniles avant la pluie, 

avant le naufrage de la mémoire,des paroles, 
des non-dits,
avant que le dernier train qui s’éloigne 
ne me laisse seule 
et dépourvue au bord du quai, 
serrant mon blanc mouchoir d’adieu,
Père, Mère aimés,
sans bien comprendre encore  
que je vous ai perdus



Tu entends, sortilège ( RC )


dessin perso – Ko
——–

Tu entends  sortilège , oui c’est ce qui se passe en nous,
Ce qui traverse, et touche…
Et pourquoi la graine germe  dans la terre,
Et pourquoi la graine germe en nous?
et pourquoi notre regard est d’émotion.

Et pourquoi certains sont sensibles à certains  arts
ces arts,        ce que l’on pense tels…?   cette pâte  étalée sur la toile,
qui, -pour citer Denis:               » avant d’être un cheval de bataille,
une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane
recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées … »

Oui, mais l’ attouchement du hasard – d’un froissement une aile ou une feuille ,
venant à mon regard, et la lumière  d’un instant, qui rebondit jusqu’à moi…
que je fixe en photographie, l’instant fugitif,
Comme celui où le bras se lance, le pinceau affleure, et puis  se pose, virevolte…
—–>        Je le laisse faire, regardant ce qui arrive.         Ce geste est le mien…

RC  – 22 mai 2013

tu entends sortilège, ( cette expression ) est issue d’un article  récent de Lamber Sav, visible ici:http://aloredelam.com/2013/05/23/lingua-franca-ou-comment-sen-debarrasser/#respond


  • Lamber Sav j’aime bien tes dessins , c’est à la plume ?
  • Re Chab Non, au pinceau calligraphique
  • Re Chab  ( ils ne sont pas tous de qualité égale, mais il y en a des intéressants)… https://www.facebook.com/media/set/?set=a.605439832799455.1073741828.100000003307397&type=3  Et- comme le permet les sculptures, l’intérêt est de tourner autour… donc qq fois il y a plusieurs versions dessins de mêmes sculptures avec des angles différents

    Photo

    faites en gde majorité à partir des sculptures de Matisse fin 2009
    que je complète  avec  cet extrait de  « Oreiller  d’herbes  » de N Sôseki:visible  dans  « à fleur de mots… »
    Puisqu’il est difficile de vivre dans ce monde que l’on  ne peut quitter, il faut le rendre un tant soit peu confortable, afin que la vie éphémère y soit vivable, ne fût-ce qu’en ce laps de temps éphémère. C’est alors que se déclare la vocation du poète, c’est alors que se révèle la mission du peintre. Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le cœur des hommes.Ce qui débarrasse de tout ennui ce monde, où il est difficile de vivre et projette sous vos yeux un monde de grâce, c’est la poésie, c’est la peinture. Ou encore, c’est la musique et la sculpture. Pour être exact, il ne s’agit pas de projeter le monde. Il suffit d’y poser son regard directement, c’est là que naît la poésie et c’est là que le chant s’élève. Même si l’idée n’est pas couchée par écrit, le son du cristal résonne dans le cœur. Même si la peinture n’est pas étalée sur la toile, l’éclat des couleurs se reflète dans le regard intérieur. Il suffit de contempler le monde où l’on vit, et de contenir, avec pureté et clarté, dans l’appareil photographique de l’esprit, le monde d’ici-bas, futile et chaotique. C’est pourquoi un poète anonyme qui n’a pas écrit un seul vers, un peintre obscur qui n’a pas peint une seule toile, sont plus heureux qu’un millionnaire, qu’un prince, que toutes les célébrités du monde trivial, car les premiers savent observer la vie, peuvent s’abstraire de toute préoccupation, sont en mesure d’entrer dans le monde de la pureté, de construire l’univers unique et de balayer les contraintes de l’égoïsme.

     

    Soseki Natsume, Oreiller d’herbes, 1906 (trad. R. de Ceccatty, Rivages, 1987)