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Ahmed Mehaoudi – la fin d’une parenthèse


c’est mieux la rose et l’eau

à ce ciel de soleil

on rira

au crépuscule

on pleura l’ami

qui dira mieux à l’eau de rose

 

c’est mieux que d’aller fouiner dans la nuit

 

meilleur qu’un oiseau de bonne augure

à ce visage d’idée

sans arrière boutique

c’est mieux d’écouter un grillon

éplucher une orange

lire en dormant

fermer la porte en baillant

 

c’est mieux de laisser closes les latrines

car c’est mieux de couler

dans les bras du printemps

vieillir au silence des étoiles

 

écrire se taire à l’impératif…

17 mars 2013

Ahmed Mehaoudi – Si Proust n’avait pas écrit « à la recherche du temps perdu.


peinture: John Rogers Cox,  1942    gris et or

peinture: John Rogers Cox,         1942             gris et or

 jeudi 17 janvier 2013
parfois çà tombe mal le temps ,l’avoir perdu puis courir le rechercher..
c’était un jour d’hiver , plutôt un jour presque de neige car
toute la nuit elle a tenté de descendre par flocons ,
mais au matin elle se modifia préféra nous alimenter d’une pluie rêveuse ,
descendre comme pour nous faire souvenir ..
Se souvenir ?
Quoi il est mort ce temps que je recherche , parti comme part l’année d’auparavant …
C’était aussi à elle que je pensais , mon père s’étant absenté pour longtemps ,
elle n’avait pas des principes mais des senteurs de chasseresse .
M’a t-elle accrochée au mur de ses trophées ou n’ai-je pas eu le privilège
de figurer parmi son gibier ?
Voilà que ce matin un quelque chose du passé est remonté à mes larmes
que pourtant j’avais emprisonné dans les oubliettes ,
je ne pleurais pas , quelque chose tremblait dans mon cœur ,
ce n’était bizarrement pas une émotion , c’était un regret
de ne pas l’avoir su la retenir ,ni pu la regarder dans les yeux ,
ni lui murmurer que les fleurs sont mauvaises quand elles deviennent mauvaises ,
perdent ce qui font d’elle ce qu’elles sont ,
cependant sans cruauté , je l’avais quittée , la tête basse ,
elle croyant qu’elle me perdait , moi certain qu’elle ne me reviendra plus.
Et maintenant , pourquoi tenter de se faire pleurer ,
peut-être que la chanson du pauvre Rutebeuf m’a poussée à m’émouvoir
comme je suis à fleur de peau , ce cœur qui me sert de cœur
n’a pas pu freiner sa fièvre , de m’amener vers ce temps
qui au fond ne me concerne plus,   puisque j’avais décidé de le censurer ,
de le barrer , de le bannir de ma mémoire .
Mais il a suffi d’un laps de seconde , ce ciel si glacial ,
ces nuages blottis et cristallisés , cette solitude ponctuelle au rendez vous
pour me forcer d’écrire , de vous écrire ,
mais qui pourrais-je  rechercher le long de ce temps perdu …

Ahmed Mehaoudi – ombrage chanté


Gravure sur bois - Georges Braque -:

 

gravure: Georges Braque

 

comment arrive t-il de ses ailes
à venir décrire de ses yeux de songeur
le feu nourri de nos théoriques certitudes
la course évidente du monde qui passe
comment arrive t-il
à murmurer sur nos lits fermer au soleil
la verité du livre des vérités
puis à l’aurore siroter
la ligne blanche de la nuit
où se croisent étoiles partantes
et lumière du matin

comment de ses ailes
atterrir
clamer que l’homme est le dernier à rire
quand c’est aux oiseaux d’en être les derniers
chanter au plus profond de la gorge
que c’est sa jeunesse qui fait défaut
et alors s’envoler à nouveau
là haut à l’écoute d’autres chants mystérieux…

 

 

-21 novembre 2010

 


Mehaoudi Ahmed – A ce désert


 

 

photo David Rey - désert de Namibie

 

 

Mehaoudi Ahmed,           lundi 30 janvier 2012, 22:41 ·

 

 

A ce désert

Enfoui dans mes tiroirs

J’ai livré des pas

autour de ma ressemblance

Parfois des reflets dans l’eau

où je me voyais tremblant

Ou ailleurs à suivre sur le sable

mon désir de la voir

De chercher

au fond de mon errance

ce qu’il  me fallait de consolantes voix

 

A ce désert

Fermé  là comme l’incandescent trésor d’amour

Souvent à balbutier ces débris de son visage

Ses dernières haleines

Ses petits bouts de doigts contre mes doigts

Mes yeux baissés

A réclamer ses larmes

Et nous étions parti l’un pour l’autre

 

A ce désert

Comme quelquefois j’étais désarmé

La dune l’ultime fut mon étreinte solitaire

 

à ce désert

Il ne s’en va pas

Si sa trace d’elle aura toujours mon reflet tremblant dans l’eau….

 

 

art: gouache découpée H Matisse de - "jazz"