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Pierres de basalte, comme un mensonge – ( RC )


Deroc dessous (11).JPG

 

photo perso  :cascade  de Déroc –  Aubrac

 

C’est un peu une frontière incertaine,

où se dispute un sable noir,
proche de la vase ;
des plantes spongieuses,
et l’illusion de solide,
que des pierres symbolisent.

Aussi, si je risque quelques pas,
sur les pierres découvertes,
ce serait comme un gué,
permettant de passer
de l’autre côté.

Mais ce sont des rêves mouillés,

qui peuvent à chaque instant glisser,
sous la plante des pieds .
On imagine ces roches comme un mensonge,
venu se plaindre aux eaux .

Peut-être n’ont-elles aucune consistance,
et elles peuvent disparaître,
comme elles sont venues,
trichant , en quelque sorte,
prêtes à se dissoudre,
si besoin est .

Le petit ruisseau qui sourd,
ne les écoute pas,

juste le cri des grenouilles,
qui ne croient pas en leurs histoires.
Car des pierres, il y en a plus bas.

Elles ont chuté,
basculé du plateau,
hexagones de basalte
à la géométrie trompeuse,
entraînant une partie du ciel,
chute vertigineuse .

Là s’interrompt l’horizontale :,
tout est en suspens,
quelques instants,
avant que l’eau ne chute à son tour,
et s’évade en cascade blanche .
RC- oct 2017


Question d’électricité – ( RC )


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peinture:  Andy Warhol  –   electric chairs

Question d’électri-cité
voilà qu’une nuit éructe
haut voltage
des plumes et des néons.
Ils se confondent avec obstination
avec le brouillard des âmes.
Et ce sont des encres,
les plus indélébiles,
imprimant sarabande :
la ville obtuse
fait la sourde oreille
à la moiteur des nuées.
Aussi éveillées que peuvent l’être
les avenues désertes
jusqu’à ce que la lumière artificielle
soit dissoute dans l’ aube violette.
Je vois les indociles
qui pensent que le jour
n’est qu’un détour
accrochés aux barreaux :
la prison les ronge
dans quelques mètres carrés.
Ils n’ont que les murs grisâtres,
et la peau décolorée.
La langue fourbue,
la parole féroce,
une cuvette en émail
la lueur alternative
de la publicité lumineuse,
les maillons du mensonge,
le macadam des rues
marqué d’ombres vertes
comme de fer rouge.
Le reprise du trafic,
le grondement des rames,
les sirènes de police
pour lancer des conjectures.
Le sol est en verre pilé.
Qui ose s’y risquer pieds nus ?
Tu vas deviner l’heure..
( on éxécute mieux à l’aube) –
quand on viendra te chercher
pour te conduire
selon le protocole officiel
à la chaise électrique .


RC – avr 2016


Marc Exavier – L’espoir est un soleil impair


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                      Lithographie:           Georges Braque:        soleil et lune II  ( 1959)

( extrait des  « chansons pour amadouer la mort)

 

 

L’espoir est un soleil impair
Un frisson volé aux miroirs
L’espoir est une ruche folle
Une ruée de clignements
Une rumeur aux gras de sel
Une marée mure de sang

L’espoir est un chemin aveugle
Un désespoir qui se recharge
Un écho qui choisit les mensonges
Un gisement de ciels
L’espoir est un fleuve qui rêve
Dans le soir fumant de la soif

L’espoir est une légende confuse
Où l’amertume fermente et soigne
Son goût de cendre et de tumeur

J’habite mes ossements
Cœur à chaos nageur soluble
Une erreur qui crée ses calculs
La vie est un soleil aveugle.

 

On peut lire  d’autres  extraits  ici…


Armand Robin – poème pour adultes ( XV )


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XV

Il y a les gens à bout de force,
Il y a les gens de la ville de « Neuve-Usine »
Qui jamais ne sont allés au théâtre,
Il y a des pommiers polonais aux fruits inaccessibles aux enfants,
Il y a des enfants rendus malades par des médecins vicieux,
Il y a des garçons acculés au mensonge,
Il y a des jeunes filles acculées au mensonge,
Il y a des vieilles chassées de leur logement par de tout jeunes gens,
Il y a des épuisés mourant de caillots au cœur,
Il y a des calomniés, couverts de crachats,
Il y a des gens dévalisés dans les rues
Par de banals bandits pour qui on cherche une définition légale,
Il y a des gens qui attendent des paperasses,
Il y a des gens qui attendent la justice,
Il y a des gens qui attendent longtemps.
Nous réclamons ici, sur terre,
Pour l’humanité harassée,
Des clefs qui aillent avec les serrures,
Des logis pauvres mais avec fenêtres,
Des murs sans moisissure,
Le droit de haïr les paperasses,
De tendres claires heures humaines,
Le retour au logis sans danger d’être tué
Et la séparation toute simple entre ce qui est dit et ce qui est fait.
Nous réclamons ici, sur terre
(Terre pour laquelle nous nous sommes jetés en gage
Et pour qui des millions dans les combats sont tombés),
Nous réclamons les feux de la vérité, le blé de la liberté,
L’esprit en flamme,
Oui, l’esprit en flamme,
Nous le réclamons tous les jours,
Nous nous plaignons à partir du Parti.

(Armand Robin)    (1955)


Patrick Berta-Forgas – Tournée mondiale n° 4


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La guerre

comme un film en trois démissions

à l’écran sombre du mensonge

: ce pire, des forces …

Il arrivera

de nouveaux mots

pour refaire le calque

de la communion perdue

de la vérité.

Les illusions resserrent le rêve !

Il va pleuvoir

ici et là …

L’alarme du monde

dans la prière

d’une terre lissée

de discours …

La guerre, partout,

en sujet de vie !

Toute la mort

en bordures de fleurs …

Ce printemps

de souvenir,

de mémoire

quand s’aveuglent

les yeux et les coeurs

aux images arrêtées

de la folie.

P BF – mars   2011


Jean-Pierre Duprey – le plus beau jardin


peinture:            Gustave Klimt – grand peuplier

Le plus beau jardin cache un mensonge.
Qu’est-ce donc mon dieu ces peupliers vagues,
des morts peut-être ?
Ils déchirent leurs feuilles et les collent sur la rivière.

(Jean-Pierre Duprey)

The most beautiful garden conceals a lie.
What are they, , my god, these vague poplars
Maybe some deads ?
They tear their leaves,  and sticks them upon the river.


Jean-Jacques Ampère – Urania


 

 

 

 

 

 

 

Urania.

Adieu ce beau soleil de la terre amoureux,
Esclave de ses fils et se levant pour eux,
Qui n’avait d’autre soin dans toute la nature
Que de lui faire au ciel reluire une ceinture !
Adieu la Terre enfin, paresseuse beauté,
Se berçant sur son lit dans l’espace arrêté…
Plus de ciel ! il n’est pas. Son azur est un mensonge.
Plus rien qu’un vide immense où le regard qui plonge
Voit dans l’espace noir des flots d’astres nombreux,
Trop loin pour que jamais nous soyons rien pour eux
En un coin de ce vide… et là-bas… notre monde.

Jean-Jacques Ampère

 

 


Niels Franck – Une seule voie


 

une  seule  voie  –    extrait  du blog  de J M Maulpoix

 

 

J’oublie Gaza
la Tchétchénie
Guantanamo.

J’oublie les écoles incendiées et les enfants brûlés vifs
les parents aux yeux éteints
– d’où toute lumière a soudain disparu.

J’oublie les enfants bourrés de résidus chimiques
ceux qui à chaque instant frappent à la frontière
d’une vie inconnue. Mais personne ne leur ouvre.

J’oublie le fanatisme des matches de football
l’éternelle bousculade les braillements des spectateurs qui veulent leur mamelle.

J’oublie ceux qui luttent pour davantage de vacances
davantage de temps sans les autres.

J’oublie qu’une cuite est déjà un petit séjour
à la clinique de désintoxication (aussi nommée la Cale sèche).

J’oublie les milliers d’antennes de télé plantées partout
espèce d’extincteurs qui crachent des images de rêve
jusqu’à ce que les rêves explosent dans toutes les           têtes.

J’ai déjà mentionné les politiciens

mais j’oubliais de dire qu’ils font partie de la bêtise
du cynisme
de l’étroitesse d’esprit
de l’hypocrisie
du calcul glacé

de ce qui mène directement au pouvoir.

Les terroristes aussi je les ai mentionnés
mais j’oubliais de dire qu’ils font partie de la bêtise
du cynisme
de l’étroitesse d’esprit
de l’hypocrisie
du calcul glacé

de ce qui mène directement au martyre.

La langue aussi je l’ai oubliée au milieu de tout ça
et la jouissance retorse que l’on éprouve à retourner ses mots et ses idées. Retourner. Retourner
si bien que pour finir rien n’est ce qu’il paraît être.

Rien : toujours déguisé autrement.

J’oublie que la langue n’est plus fiable
cette langue retouchée et archi-pelotée
une langue pleine de coupures, d’ajouts et de           recollages.
Une langue qui ne sait plus que citer le mensonge.

J’oublie que la guerre des religions ne finit jamais
parce qu’on n’en finit pas de se battre pour la vérité.
J’oublie que tous ceux qui croient ont vu la lumière
trouvé la vérité.

J’oublie qu’ils sont toujours sur la bonne voie.
Tous les autres ont trouvé le mensonge
et doivent avancer à tâtons dans une obscurité éternelle
prendre la route qui mène directement au vide
à l’inanité
à l’insanité.

Comme si la seule manière d’éviter le vide
était de s’enrôler dans la guerre.

J’oublie les services secrets et leurs officiers
attachés au secret.

J’oublie les centrales nucléaires
photographiées par un lointain satellite.

J’oublie que le premier secret
dévoile en secret le deuxième.
J’oublie les nationalistes furieux
pour lesquels la nation n’est qu’une famille contrefaite
malheur à qui n’en est pas membre :
il faudra le chasser avant potron-minet
à l’aide du balai, de la poële et de torchons mouillés s’il le faut.

J’oublie tout ce qu’une haine peut renfermer de détresse
même si la détresse ne renferme aucune haine.
La détresse est toujours toute seule : privée de compassion
privée d’avenir aimé
privée de sens aimé.

J’oublie les femmes obligées de vivre toute une vie voilées
parce que les hommes tremblent de peur devant leur propre lubricité.
Pas de corps aimé. Pas de caresses.
J’oublie le suicide par internet
les fonds de spéculation
les empires médiatiques.

J’oublie les procès intentés aux dictateurs affaiblis
pour qui l’enfance de l’art est de simuler la folie.
J’oublie les images glacées des réclames montrant le chemin qui mène tout droit au bonheur

– Oh, le bonheur !

J’oublie combien le monde est merveilleux.
Pardon si j’ai dit
autre chose.

 

Niels Franck


Joseph Brodsky – Elegie


peinture: Marc Chagall

ÉLÉGIE

Ma bonne amie, c’est bien toujours le même
bistrot, le même barbouillage aux murs,
les mêmes prix… Le vin est-il meilleur?
Je ne crois pas. Non, ni meilleur ni pire.
Pas de progrès, et c’est très bien ainsi.

Seul le pilote de l’avion postal
picole, ange déchu.

Les violons
continuent de troubler, par habitude,
mon imagination.

A la fenêtre,
blancs comme la virginité, des toits.
Les cloches sonnent. Il fait déjà sombre.

Pourquoi as-tu menti?

Pourquoi mon ouïe
ne sait plus distinguer la vérité
et le mensonge, veut des mots nouveaux,
sourds, étrangers, que tu ne connais pas
mais qui ne peuvent être prononcés
que par ta voix, comme avant…

Joseph Brodsky

1968

(Traduit par Michel Aucouturier)(éditions Gallimard)


Patrick Laupin – La rumeur libre


photo-montage perso

 

 

 

 

La rumeur libre

Salué par les armes de la pluie
et de la peur
on ne peut pas défaire la folie
meurtrière du monde
si j’aime encore quelque chose
c’est tout juste
les pierres et la lumière
des visages inconsolés d’univers
des sols errants en mal de preuve
étymologique
le cri du milan pilleur d’épreuve
l’illuminante pitié pétrifiée
des oiseaux de l’orage
leur détresse leur désarroi
dans l’aube
le malheur donné pour personne
la foule incarnée du mensonge
tout ce qui n’existe pas
celle qui se jeta de si haut
et détruisit en une seule fois
le lien unique qui la liait
au soleil
tes yeux ravin d’averse
le péril d’or cru dans la lumière
une sainte pitié dans les églises
de pierre
le manège machinal des arbres
sous les remparts
le mal d’aurore ébloui dans l’aube
unique délivrance
des noms de ville très loin
très seul dans leur sainte
sévérité lasse
Valparaiso Vancouver
un coeur couvert et muet
qui ne s’explique pas
des cimes à mi-chemin
la terre et la lumière
dont je ne dis rien
des roseaux sans geste
le grand ciel lavé des eaux
dans la pâleur usée d’octobre
des linges esseulés dans la magie
blanche du matin
le grésil des syllabes
reposoir ému de mes pas
le brûleur qui passe d’un trait
c’est rapide impitoyable au coeur
déchire collines au temps rompu
et l’once friable des ciels de marne
ce mal infini fermé terrestre
vingt mille mineurs en grève descendant
à pied le bassin houiller des Cévennes
des livres de métaphysique sacrés
dans le désordre de mon esprit
Jacob Boehme Vico Giordano Bruno
le cimetière où tu reposes
l’immense peine et la fatigue de ceux
qui désirent encore vivre
le roc inamovible de l’été
le prieuré rose sur le chemin
du val d’Aoste
cette route départementale bordée
d’arbres où je reste
la craie murée qui pense
et le bruit d’eau claire précipitée
dans la rivière froide
ton visage à la lumière du torrent
quelque règles d’or équanimité parfaite
Rimbaud obstiné et tendre définitivement
enragé « écrire maintenant jamais
je suis en grève »
on massacre à Satory
Louise Michel est déportée à Cayenne
Saint-Just immobile et silencieux deux heures
durant le discours du neuf Thermidor
« je voudrais vous parler mais quelqu’un
cette nuit a flétri mon coeur »
il sera guillotiné le lendemain
les grands poètes espagnols qui ont donné
leur écriture et n’ont pas eu peur
Miguel Hernandez Antonio Machado Gabriel Celaya
« La poésie est une arme chargée de futur »
Blas de Otero unique douleur de parler clair
« Je demande la paix et la parole
j’ai dit justice Océan Pacifique etc. »
Germain Nouveau devenu mendiant sur les routes
du Sud sa doctrine de l’amour
le vieux Cézanne lui fera l’aumône longtemps
sur le parvis de l’église d’Aix-en-Provence
et le visage de mon frère que j’aime encore
par les larmes
la brûlure de chaux vive aux portes de l’usine
la douleur physique de ce qui a péri
avec le rythme.

In La rumeur libre, Éditions de l’Aube
.
.

 

 


D’Reality – L’inévitable évidence


Voir le blog récent de D’Reality

peinture: Marlène Dumas - qui a eu une exposition importante à la dernière Biennale d'Art Contemporain de Lyon

L’inévitable évidence

février 21, 2012 in Du Velours et du Satin |,

En un instant je suis là, nue sous la pluie. Perméable au désir. Sans armes face à l’inévitable évidence.

En un instant, tout est compris, sans armure et sans peur. Les sens en éveil au silence, à la nuit.

Ce soir, les forces s’affrontent et nous épargnent leur lutte. Nous sommes hors du temps, là où le réel n’a pas d’emprise, là où se cacher est dérisoire, là où le mensonge est démasqué.

Nous sommes nus face à l’illusion. Plus présents que jamais.

Le corps comme seul carte, comme seul chemin. Sans obligation ni devoir, à l’instinct, à l’écoute… l’œil qui se perd et s’oublie. La main tendue sans attentes. Le frisson perdu sur la peau. Tout est neuf et tout est beau comme le secret éclos sous la caresse. Comme la vérité s’illumine à la vie.

Dans un souffle la clé du temps ouvre la porte et tout est comme avant, et rien n’est plus pareil. Dans nos yeux, l’élégance du silence… sans espoir ni oubli.

peinture: Richard Diebenkorn: l'homme à la fenêtre 1958, - à noter que ces deux reproductions proviennent du très beau blog de Weimar, qui associe art, photographies, par thèmes, vivement conseillé à la visite


Abdelmadjdid Kaouah – Le sel


lac de cratère de Kelimutu_ Indonésie

Le sel

Voilà j’ai atteint la rive noire

Là où le rêve n’a plus de miroir

Ni force pour traîner ses fourmis

Ses dérisoires mensonges et

Ses petites lâchetés en guise

De destin

La rive noire où il n’est plus de Mahatma

Ni de seigneur hautain

Pour répandre les épreuves

Le soleil  se lève et se couche

Et la bouche essuie la bave des jours

Le sel est amer sur la table

Et en guise de vie nous redessinons

Les cerceaux boiteux de notre enfance

Voilà la rive noire

Est atteinte par petites brassées

A la cadence d’un survivant

La rive noire

C’est avant toute une saison

La saison mentale de tes premiers poèmes

Te voici à nouveau livré aux feuilles d’automne

La couronne des défaites

Le frémissement d’une chair envoûtée

Et tu sais que rien ne sert de se lamenter

Au seuil d’un nouvel avatar

Le bruit seul s’absente

Et tu ne sais si le chemin t’attend

Pour t’accompagner ou pour effacer

Les traces de ton destin

Ainsi l’automne s’abat

Sur toi comme une proie

ABDELMADJID KAOUAH

c’est à cet auteur  que Rabah Belamri faisait écho dans « poésie mise à nu »


MARINA TSVETAIEVA – le plus grand des mensonges (1917)


 

peinture: Eugène Delacroix massacres de Scio - détail

 

 

 

 

 

En 1917, Marina Tsvetaieva  écrivait  ce texte   que l’on trouve  dans  les  « inédits  de Vanves »

 

Je te conterai le plus grand des mensonges

Je conterai pour toi le soir qui tombe et l’ombre.

Les feuilles vertes et les vieilles souches

Et les lumières éteintes et rien ne bouge.

Venu de loin, un homme, sa flûte en main,

Jeune, assis, nu, il joue sans fin.

La grande tromperie je conterai,

La lame perfide dans la main

Le trou brûlant de la lame en mon sein

Et de tes femmes les boucles blondes,

Et le sourire de tes enfants.

Et des vieillards le menton blanc.

Je te conterai le plus grand des fracas

Le tumulte sonore de mon siècle, le fer

Du galop des chevaux contre les pierres.