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Conte soufi – La cithare du bonheur


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C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Joseph Brodsky – le torse


 

Lénine brisé  2565.JPG

photo perso: effigie de Lénine brisée,  environs de Vilnius  Europaparkos

 

Si tu parviens soudain à une herbe de pierre plus belle dans le marbre qu’en réalité,

ou si tu vois un faune qui s’ébat avec une nymphe,
et ils sont plus heureux en bronze qu’en rêve,
tu peux laisser glisser de tes mains lasses le bâton : tu es dans l’Empire, ami.
Air,     flamme,      eau,       faunes,        naïades et lions,
copies de la nature ou fruits de l’invention,
tout ce qu’a conçu Dieu, que le cerveau s’épuise à poursuivre,
est mué là en pierre ou en métal.
C’est le terme des choses, c’est, au bout du chemin,
le miroir où l’on peut entrer.

Mets-toi dans une niche vide, laisse filer tes yeux,
et regarde les siècles passer et disparaître au coin,
et la mousse envahir la jointure de l’aine,
et la poussière qui se dépose sur l’épaule, hâle des âges.
Quelqu’un brise le bras et la tête en craquant depuis l’épaule roulera.
Et restera le torse, somme sans nom de muscles.
Mille ans plus tard une souris habitant dans la niche,
griffe abîmée de n’avoir su faire sien le granit,
sortira un beau soir, trottinant, piaillant, au travers du chemin,
pour ne pas retourner dans son trou à minuit. Ni le matin suivant.

1972

(Traduit par Véronique Schiltz.)


L’inonde – ( RC )


 

 

C’est se situer au bord de la rive,
Et poser son regard, là où il le peut
On ne sait plus où,              (  ou  bien si peu )
Tant bien , lentement , qu’ il dérive.

Le sol est comme un éponge,
Va-t-il aussi se diluer,
Rétrécir et diminuer,
Ainsi on sait que l’acide ronge

Les métaux les plus lisses …
Abandonnant leur netteté,
Leur carapace de dureté,
En montrant leurs cicatrices…

Le ciel se confond,
Avec la surface liquide,
Et se dévoie en rides,
Menaces et affronts.

Un saule pleure et se désole,
Cherchant consolation dans des reflets,
Brisés, ceux d’une lune couleur de lait,
Suspendue dans du formol.

Les terres partagées,
Aux lèvres sales,
Déglutissent et avalent,
Ce qu’il reste de zones émergées.

Si j’ose m’aventurer,
A pas prudents,
Je progresse si lentement
Que j’oublie la durée.

Voila un banc de sable,
Et quelques herbes humides,
Me servant de guide,
–   Si j’en suis capable.

Avec de l’eau jusqu’à la taille,
Je soulève au-dessous,
Des nuées de boue,
Malgré la rocaille ;

Que reste -t-il à dire ?
Bien peu de choses,
D’une étendue morose
Lente coulée  des souvenirs,

Et celui du chemin,
Celui de l’espoir,
Enseveli sous la mémoire,
D’un autre destin…

Ici, rien à la ronde,
Quelques poissons au ventre blanc
Les yeux morts, et répandant
Une odeur nauséabonde ;

Les flots passant par-dessus les dunes
Ont aussi emporté
Quantité de bois flotté,
Enchevêtrés sur l’eau brune.

On pourrait rire
Et aussi – ( à propos -,  dire  : ),
S’il faut périr un soir
Ce n’est pas la mer à boire…

Car ce n’est pas la mer,
Le cortège de la nuit,
Cette eau de suie,
Etale comme un suaire.

RC – janvier 2014


Jacques Ancet – la brûlure


tower-built.png

 

 

La Brûlure – – extrait

C’est dis-tu ce qu’on appelle le présent
ce qui toujours nous suit toujours nous précède
on voudrait dire cette chose sans corps
mais qui fume des corps
et ils flottent tournent comme des feuilles
qui un instant s’enflamment
brûlent puis s’éteignent et d’autres leur succèdent
dans l’immobile jaillir que nul ne voit
puisqu’il est dans nos yeux nos bouches nos gestes
qui le font être ce mouvement d’eau vive
lui donnent cette existence qu’il n’a pas
alors d’un bouquet d’éclairs naît la lumière
d’une grappe d’éclats la lenteur du jour
les images où nous croyons toucher la vie
la forme rassurante de chaque chose
ton visage et mon visage qui s’approchent
confondent dans la même ombre leur profil
tout ce qui dure le temps d’un bref regard
on l’habite peut-être une main se pose
on entend une phrase voilà la neige
ferme la porte et déjà on ne sait plus
quand ni où puisque cela n’a pas d’histoire
il y a seulement la même stupeur derrière la vitre
une blancheur sans mots
les pas qui se perdent sous le réverbère
sur le seuil la déchirure de l’espace
et la voix qui répète voilà la neige
et tout le paysage qui nous regarde
c’est tout cela qu’on voudrait dire
ce rien où toujours tout ne cesse de commencer
alors je dis je sais que c’est une image
tu me brûles
parce que c’est comme du feu entre nous
même si vraiment rien ne brûle
si c’est plutôt parfois comme la fraîcheur
avec ton rire d’un éclat d’eau
le clair de ton visage qui vient
et c’est encore ce qui nous recommence
nous fait remonter la pente du désastre
encore la vie au milieu de la mort
la pierre se délite le tronc pourrit
le corps se décompose et l’air reste seul en silence
comme pour veiller l’absence
et pourtant on marche au-devant du matin
comme si on ne devait jamais mourir
puisqu’on est là
les mouettes crient le froid fume
sur les lèvres les doigts touchent le métal d’une clé
la forme humide d’une rampe
comme si oui c’était la première fois
tu me brûles
il y a dans le petit jour
venue d’une porte entrouverte
une odeur de café frais
j’avance dans la lumière à ta rencontre
je traverse une rue
son fracas à cinq heures pour te rejoindre
j’ai toutes les raisons de désespérer
mais tu es là tu souris
bonjour dis-tu.

 

Jacques Ancet,       La brûlure (Lettres Vives, 2002)


Alda Merini – Ma poésie est vive comme le feu


peinture perso "jeune" - et sans doute bien aidé, à l'age de 5 ans je crois

peinture perso « jeune »  – et sans doute bien aidé,         –  à l’age de 5 ans , je crois

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini, La volpe e il sipario, Girardi, 1997,             Traduction de Martin Rueff


Monuments d’un quotidien – ( RC )


 

Aux monuments du quotidien,

Ceux qu’on transforme en statues,

Moulés dans le métal

Les monuments aux morts

Sont aux villages, un décor banal .

Tant sont partout, les monuments de fonte

Qui nous parlent d’honneur – ou de honte

D’un peuple livré à tous les abus

Entouré, maintenant d’effigies d’obus

– Longues listes gravées dans le marbre…

 

Que sait-on de l’honneur?

Des hommes engloutis dans les tranchées

– les soldats inconnus, ne sont plus –

 

  • Que sait-on encore, de l’horreur

De ce qu’ils ont vécu ?

 

A poursuivre un vide

A combler peut-être dans d’autres vies,

On peut remplir les manuels

Ou, mieux, creuser avec des pelles,

Pour ce qui fait l’histoire..

On a presque oublié

Le pourquoi du comment,

La conquète du territoire,

Et les périodes noires,

Quand disparaît, le dernier témoin…

 

RC  – 9 février  2013

 


Kartlis deda – Tbilissi ( RC )


statue géante      kartlis deda     –    Tbilissi – Géorgie.  Photo Peyron Talhouarn

N’empêche

Qu’au dessus de la ville

Aussi bien

Les baraques  des vendeurs  de glace

Les mères, leurs bambins dans le parc

les perspectives  froissées d’or

Les cumulus  – coton

les cheminées exotiques

Les clameurs du stade,  ce jour   (une rencontre internationale)

 

—  >  une  stridence

la présence incongrue

Cette  effigie de métal

Comme  si cette épée  était  pointée  sur nous..

RC       –  14 septembre 2012

 


Lac Tengrela ( RC)


photo perso: nenufars du lac Tengrela

Des ombres grasses, entrent en mouvement,  suspendues,
parmi les chaînes de roseaux , fibres, racines, et la vase douce.

Les nénuphars s’étalent  d’ éclats circulaires
A peine visibles flirtant avec la surface,
Comme des phylactères de soir
Prêt au silence de la nuit
Et au  parfum de l’amertume
– mélancoliquement.

L’or du soleil est loin , et les barques  silencieuses
Glissent  sur le mystère aux paupières liquides
Dont on ne sait ,si, observateur, il tolère le pêcheur tardif
Approuve la chute  du jour, la remontée lente des pachydermes
Et le dialogue d’une nature  ignorée, à mesure  que les ombres  s’étendent
Le déplacement  furtif de la faune nocturne, froissant un instant les rideaux  d’ajoncs, sous la pesée des éclats de métal d’une lune orgueilleuse.

RC       6 mai 2012

photo perso:    barque « ponton »        lac Tengrela,  région de Banfora   –  Burkina-Faso


Mines anti-personnel – (RC)


C’est une terre , traversée  de zébrures,

de lignes  administratives,   découpée  en portions géométriques

Les  ethnies et familles, fissurées, comme les fleuves aux eaux taries,

Des frontières rectilignes  sautent au-dessus de leur sol si plat,

que personne n’habite , aux fleuves morts sur une terre carrée, hors quelques  scorpions, et insectes carapaçonnés.

Les collines  mouvantes,  bacs à sable géants, aidés  d’Harmattan, provoquent les hommes  en effaçant les pistes et les repères.

Sous les flèches de feu, meurtrières  des ardeurs  du soleil, seuls   des épineux  chétifs et tourmentés, semblent  être les  sentinelles du désert

La majesté des éléments prend corps, mais l’étendue, se heurte parfois ,

au sabre des frontières d’états.

 

Un bout de métal dépasse, la présence mesquine d’une mine, déposée là pour meurtrir et arracher la vie,  découper menu la chair  d’un marcheur malgré lui , d’un exilé  de sa vie.

La guerre  est lointaine, – peut-être – mais si c’est un signe, pour se rappeler les zébrures  de l’espace, et l’impermanence du territoire

les hommes  sont  dans une cage,  que n’approche pas le paysage.

l’actualité  sur les  expositions  au musée  Nicephore Niepce  de Châlon: ( un très bel espace  à découvrir  et des expositions exigeantes, voire  dérangeantes)


Filippo Marinetti – la guerre est belle,


Le philosophe Walter Benjamin,  nous  révèle  dans   » L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » les écrits de l’artiste italien  « futuriste » : Marinetti.

(futuriste aussi parce  qu’effectivement, le futur  réservait encore  bien des  « surprises » guerrières…)

peinture: Umberto Boccioni,

Les  futuristes, qui dans  leur  apologie du mouvement,  de la machine,  de l’industrie, penchaient  généreusement  vers les  fascistes…  nous voici  édifiés  avec  ce texte, il serait intéressant de savoir  si les Syriens  d’Homs  auraient  la même vision des choses…

Marinetti écrit dans son manifeste pour la guerre coloniale d’Ethiopie : « Depuis vingt-sept ans,
nous autres futuristes nous nous élevons contre l’affirmation que la guerre n’est pas esthétique. […]

Aussi sommes-nous amenés à constater : […] la guerre est belle,
parce que grâce aux masques à gaz, aux terrifiants mégaphones, aux lance-flammes et aux petits tanks, elle fonde la suprématie de l’homme sur la machine subjuguée.

La guerre est belle, parce qu’elle inaugure la métallisation sauraient aujourd’hui avoir lieu sans les caméras, la masse se voit elle même en face. Ce processus, dont la portée n’a pas besoin d’être soulignée, est en rapport étroit avec le développement des techniques de reproduction
et d’enregistrement.

Les mouvements de masse se présentent plus distinctement à l’appareil qu’au regard. La perspective cavalière est le meilleur angle pour saisir des rassemblements de plusieurs centaines de milliers de personnes. Et même si l’oeil a tout autant accès à cette perspective
que l’appareil, l’image qu’il en rapporte n’est pas susceptible du grossissement à quoi la prise de vues peut être soumise.

Cela veut dire que les mouvements de masse, tout comme la guerre, présentent une forme de comportement humain particulièrement adaptée à l’appareil.

La guerre est belle, parce qu’elle enrichit un pré fleuri des flamboyantes orchidées des
mitrailleuses. La guerre est belle, parce qu’elle unit les coups de fusil, les canonnades, les pauses du feu, les parfums et les odeurs de la décomposition dans une symphonie.
La guerre est belle, parce qu’elle crée de nouvelles architectures telle celle des grands tanks, des escadres géométriques d’avions, des spirales de fumée s’élevant des villages, et beaucoup d’autres choses encore.

Poètes et artistes du futurisme […] souvenez vous de ces principes d’une esthétique de la guerre, afin que votre lutte pour une poésie et une plastique nouvelle […] en soit éclairée  ! »

 

on peut  voir  des  reproductions  avec des  belles inventions  typographiques  de Marinetti, ici…

 

 

Otto Dix,  artiste lui aussi   donne une  autre vision des choses…

peinture: Otto Dix


Arthémisia – Au Milieu de la foule


Jacqmin Sébastien.

du site: uneimageparjour.blogspot.com

Il ne pleut jamais. Tant mieux.
Mais le ciel arrose la ville de métal gris. Jusqu’au blanchiment. Jusqu’aux yeux. Jusqu’au livre éteint.
Eh tiens,
Si tu veux voir le froid, le trait froid et sec,
Prends cette route de corail, tire des bords,
Lustre et paume
A l’est,
Au sud.

Quitte tes a priori
Ne condamne pas
Ne tue pas.

Tu sais ; il n’y a absolument rien de nouveau.
J’ai toujours la même peau,
Celle que tu m’as donnée,

Enfin, ce n’est peut être pas le mot…

J’ai juste un peu mal au cœur, parfois,
Au milieu de la foule.

© Arthémisia – janv.2012

 

que  je vais  compléter  avec son propre  commentaire:

 

Au milieu de la foule pourtant il y a. Il y a l’autre aussi perdu ou oublié que moi. Je sais les pansements de son coeur. Je sais sa croix.

Il est aussi grand temps de se retourNer, de se tourner vers celui-là. Elle est là la rencontre. Même s’il n’est pas au milieu de la place publique, même s’il n’est pas le roi. Mon chemin est peut-être son chemin?

 

 


Augusto Lunel – Chant 5


peinture XVIè siècle BECCAFUMI, Domenico 1545 Annonciation

 

 

CHANT V

… Et toi,

Femme dont la peau caresse quand tu passes,
plus blanche que la douceur de le dire,
dont la respiration suspend la planète
à travers l’eau rouge d’aurores,
le souffle
qui éteint un astre et en allume un autre,
tu portes mon tremblement
comme je porte sur moi ton existence.

Femme de colombes en plein vol,
aux yeux de métal blessé,
aux yeux où l’eau incendie
et le feu mouille,
sépare-moi de cette solitude
qui laisse en solitude tout ce qu’elle touche.

Femme,
jour fermé,
femme à la démarche nue,
au chant nu,
je vais et viens en toi,
je vais en toi aux autres.

Tes jambes me dénudent
et tes seins,
pêches qui montrent leur coeur
et sont musique dans la bouche,
m’arrêtent
en moitié de moi-même.

Immobile vers toi,
immobile m’envolant,
je m’arrête au milieu de la vie.

Immobile vers la mer,
immobile à grands pas,
immobile en tombant
au milieu de mon corps,
immobile en fuyant,
je m’arrête au milieu de l’éclair.

Dans un souffle d’abeilles dans le lointain,
je m’arrête en toi
au milieu de la mort.
Que la vie m’ôte la vie !

 

—-