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Lou Andreas Salomé – vie énigmatique


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photo Pentti Sammallahti

 

Certes, comme on aime un ami
Je t’aime, vie énigmatique –
Que tu m’aies fait exulter ou pleurer,
Que tu m’aies apporté bonheur ou souffrance.

Je t’aime avec toute ta cruauté,
Et si tu dois m’anéantir,
Je m’arracherai de tes bras
Comme on s’arrache au sein d’un ami.

De toutes mes forces je t’étreins!
Que tes flammes me dévorent,
Dans le feu du combat permets-moi
De sonder plus loin ton mystère.

Être, penser durant des millénaires!
Enserre-moi dans tes deux bras :
Si tu n’as plus de bonheur à m’offrir –
Eh bien   –     il te reste tes tourments.


Les pierres du Mont Lozère – ( RC )


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photo perso  2005 : Mont Lozère et « clapas »

 

On a semé sur le mont Lozère,
quantité de pierres,
de gros calibre,
parfois en équilibre .

Elles sommeillent,
la face contre le ciel,
portent le monde à l’envers,
le nez en l’air…

Elles se disputent souvent
avec l’âpre vent,
la tempête et le froid
où les arbres peinent à tenir droit.

Entens-tu leur chanson
qui accompagne les saisons ?
Sur leur peau douce
ne s’aggrippent pas les mousses

Ne crains pas leur fuite :
ce sont des masses de granite,
lentement accumulées
qui ne risquent pas de s’envoler.

Ce sont des sentinelles
dépourvues d’ailes ,
qui veillent sur la plaine,
et le décor de la scène  ,

où les millénaires peuvent s’écouler:
leur muette consistance
parle de leur patience :
ce n’est pas demain qu’elles vont s’écrouler…


RC – avr 2017


Semis de pierres à Carnac – ( RC )


A Carnac, on a planté des petites pierres,
pour retenir les rayons  de lune.

–  C’était au début, quand elle  a commencé
sa course autour de la terre.  –

Maintenant les pierres ont bien grandi,
ce sont des témoins,

Ils  se sont redressés, au fil du temps,
Communiquent  avec le soleil et le vent :

Ils  racontent,      muets,        en grandes files,       alignés,
beaucoup de choses,            sur ce qu’on ne connaît pas.

Pour notre portée  d’hommes modernes,
C’est  comme un langage  des signes, venu de l’en-deçà…

La nuit venue, elles se déplacent dans leur ombre,
Et grandissent  encore un petit peu, imperceptiblement,

Le dialogue  se perpétue  avec le  sol,
Et le rayonnement  des astres .

Avec leur  station debout, on peut leur attribuer
un caractère, comme si  une présence humaine  était enfermée dedans.

Il se pourrait qu’elles  se soient  rassemblées  d’elles-même,
en vue  d’une  cérémonie à venir.

D’autres  le font de manière  étrangement proche,        dans des pays différents,
Où déjà la distance fait qu’on se demande comment  elles  font.

Peut-être que la roche en marche aurait les instincts     d’une commune famille…
c’est difficile  à dire, et personne  n’a vécu des millénaires pour affirmer le contraire.

Vu leur  silence  apparent,          juste  couronné de vent,
il faut laisser parler  les  légendes  ;          c’est un peu leur chanson.

 

RC –  juillet  2015