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Mines anti-personnel – (RC)


C’est une terre , traversée  de zébrures,

de lignes  administratives,   découpée  en portions géométriques

Les  ethnies et familles, fissurées, comme les fleuves aux eaux taries,

Des frontières rectilignes  sautent au-dessus de leur sol si plat,

que personne n’habite , aux fleuves morts sur une terre carrée, hors quelques  scorpions, et insectes carapaçonnés.

Les collines  mouvantes,  bacs à sable géants, aidés  d’Harmattan, provoquent les hommes  en effaçant les pistes et les repères.

Sous les flèches de feu, meurtrières  des ardeurs  du soleil, seuls   des épineux  chétifs et tourmentés, semblent  être les  sentinelles du désert

La majesté des éléments prend corps, mais l’étendue, se heurte parfois ,

au sabre des frontières d’états.

 

Un bout de métal dépasse, la présence mesquine d’une mine, déposée là pour meurtrir et arracher la vie,  découper menu la chair  d’un marcheur malgré lui , d’un exilé  de sa vie.

La guerre  est lointaine, – peut-être – mais si c’est un signe, pour se rappeler les zébrures  de l’espace, et l’impermanence du territoire

les hommes  sont  dans une cage,  que n’approche pas le paysage.

l’actualité  sur les  expositions  au musée  Nicephore Niepce  de Châlon: ( un très bel espace  à découvrir  et des expositions exigeantes, voire  dérangeantes)


Pablo Neruda – Le pied


art: peinture d'un artiste d'Europe du Nord

 

 


Le pied

Le pied d’un enfant ne sait pas qu’il est pied
il pense être pomme ou papillon

Ce sont les choses familières
vitres, pavés, rues, escaliers,
chemins de terre battue
qui lui apprennent qu’il ne peut pas voler
ou qu’il pas un fruit rond sur une branche.

Très vite la bataille est perdue
il est vaincu
fait prisonnier
et condamné à vivre dans une chaussure.

Petit à petit, il découvre le monde
sans lumière
sans connaître l’autre pied,
lui aussi incarcéré,
explorant la vie comme un aveugle.

Ses ongles sont des grappes de quartz
qui durcissent et deviennent
matière opaque, cornue
et les petits pétales d’enfants
s’aplatissent et prennent la forme
de reptile sans yeux
têtes triangulaires du ver-de-terre.
Se couvrent de cals
de minuscules volcans de la mort
d’inacceptables cors.

Mais cet aveugle continue de marcher
sans trève, sans halte
heure après heure
un pied après l’autre
devenu la propriété d’un homme
ou d’une femme
en haut
en bas
dans les champs, les mines
les grands magasins, les ministères
devant
derrière
dehors
dedans
à peine le temps d’être nu
dans un moment d’amour
ou de rêve
le pied et sa chaussure
marche, marchent
jusqu’à ce que l’homme entier s’arrête.

Maintenant il est en terre
mais il ne le sait pas
parce que tout est obscur
dans cet endroit
il n’a jamais su qu’il n’était plus pied
et si on l’enterrait pour qu’il devienne pomme
ou pour qu’il puisse voler.

(traduit de Estravagario)

 

sculpture: - H Matisse Pied ( étude)