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Entre pluie et olives ( RC )


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Oui, j’étais  ce jour là dans les rencontres de circonstances,
J’aurais mieux fait d’errer au rayon parfums du supermarché,
ou de feuilleter  les magazines  chez le papetier, en face de la gare,

mais me voila coincé entre une pluie insistante et fine,
et les olives de l’apéro du vernissage du samedi soir.
Il ne fallait pas rater ça – parait-il -, enfin, c’est  ce que pense tout le monde,
qui se congratule, et se presse autour du buffet,

De toute façon on ne peut , faute d’espace,
admirer les « pièces »,            car on dit pièces maintenant,
pour des assemblages, dont on ne peut  définir
leur statut, leur présence ici;

si ce sont des sculptures, ou bricolages habiles,
qui s’étendent volontiers  sur le sol et le mur en même temps.
Mais ce n’est pas le plus important.

L’important est d’être  –   « là où ça se passe »  – , et d’évoquer l’art
…  ( Ah, l’Art !!!),       ne pas oublier la majuscule…

il est partout nous dit-on,
tellement qu’il arrive à être minuscule.

Mais il doit être là ce soir,            particulièrement,
dans un ambiance de champagne,     et de robes de soirée,
En plus des flashes du photographe,          qui rapportera dans la presse,
que l’expo a remporté un vif succès.

Ca fera déjà plus de lignes, …..    que sur M, qui ne vendait plus rien ces dernières années,
–                                 et qui s’est suicidé il y a deux semaines.
Faut dire aussi,     qu’il ne fréquentait pas les vernissages…

Tiens  voila qu’une demoiselle bien mise,                           et en colliers,

Elle me présente de merveilleux petits canapés  au saumon…

–       »   Merci bien  vous êtes très aimable  !  » –

J’en prends deux,         et puis me rapproche discrètement de la sortie.

___

Il a cessé de pleuvoir.

RC

 


On efface tout, et on recommence ( RC )


peinture :            Ludolf Bakhuizen :           bateaux en détresse           1667

Il y a le ressac, et toujours la mer
Qui se lance à l’assaut des îles
El le monde qui tangue,
Puis cède, des pans entiers  de falaises,

Et, à marcher, ce pas, et le suivant, puis un encore
Un temps, une heure, une  semaine, puis toute une vie
C’est aller plus loin, et peut-être errer
Dans nos heures minuscules,

Que les vagues basculent,
Comme  elles sont poussé les navires,
Vers les dangers des cotes,
Lorsque le serein cédait à la tempête.

A notre échelle, c’est un regard
Qui voyait la fureur, et les horizons se mélanger
Au delà des repères,       au delà des lignes
Qui marquent ces évènements marquants

Que l’on reporte consciencieusement dans les carnets
Pour témoigner, de tout ce qui fut,
Mais qui fuit
Comme  gouttes d’eau entraînées vers la pente.

Et se fondent , alors indiscernables – en ruisseau
Qui suit son cours, comme l’histoire la sienne
Au point  d’en perdre l’origine,
Comme une mémoire  d’amnésie.

L’histoire , la grande, – enfin celle que l’on croit –
N’existe pas, au regard des ères géologiques…
Les plateaux  se soulèvent sans fracas
Du moins,         on ne peut pas les entendre

Fleuves et rivières empruntent d’autres chemins,
Les profondeurs toussent lave et basaltes,
Avec pour seuls témoins, ceux dont la mémoire s’est éteinte
Et enfouie, tels fossiles, au creux de la pierre.

La mer s’est déplacée, a glissé plus loin
Quelques étages plus bas,…. – on dirait cette  expérience
Des vases communicants,            assaut de lenteurs…
Et toujours le ressac, se lançant à l’assaut des îles.

RC  26 août 2012


Paul Celan – Marée basse


 

 

symbole du zodiaque Ste Austremoine, Issoire, Art roman

 

marée basse. Nous avons vu
les balanes, vu
les bernicles, vu
les ongles sur nos mains.
Personne n’a découpé le mot dans la paroi de notre cœur.

(Traces du crabe des plages, le lendemain,
sillons de rampants, galeries d’habitation, dessin
du vent dans la vase
grise. Sable fin,
sable gros,
détaché des parois, auprès
d’autres parties dures, dans les
débris.)

Un œil, aujourd’hui,
l’a donné à son frère, tous deux,
fermés, ont suivi le courant jusqu’à
leur ombre, déchargé
la cargaison (personne
n’a découpé le mot dans — —), fait ressortir
le harpon — une langue de terre, devant
un silence
minuscule et non navigable.

Paul Celan,             Grille de parole