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Zbigniew Herbert – la pierre blanche


Eye idol Period: Middle Uruk Date: ca. 3700–3500 B.C.                                                                    Period:                                      Middle...
idole aux yeux – mésopotamie         3500 av JC

Il suffit de fermer les yeux –

mon pas s’éloigne de moi
comme une cloche sourde l’air va l’absorber
et ma voix ma propre voix qui crie de loin
gèle en une pelote de vapeur
mes mains retombent
encerclant la bouche qui crie

le toucher animal aveugle
se retirera au fond
de cavernes sombres et humides
subsistera l’odeur du corps
la cire qui se consume

alors grandit en moi
non la peur ou l’amour
mais une pierre blanche

c’est donc ainsi que s’accomplit
le destin qui nous dessine au miroir d’un bas-relief
je vois le visage concave la poitrine saillante et les coques sourdes des genoux
les pieds dressés une gerbe de doigts secs

plus profonde que la terre le sang
plus touffue que l’arbre
la pierre blanche
plénitude indifférente

mais les yeux crient à nouveau
la pierre recule
c’est à nouveau un grain de sable
noyé sous le cœur

nous absorbons des images nous remplissons le vide
notre voix se mesure avec l’espace
oreilles mains bouche tremblent sous les cascades
dans la coquille des narines vogue
un navire transportant les arômes des Indes
et des arcs-en-ciel fleurissent du ciel aux yeux

attends pierre blanche
il suffit de fermer les yeux


Parfum – (Susanne Derève)


art 190

Photo Robert Mapplethorpe

 

 

Il suffirait d’un mot

Lait     fleur

enfant   mémoire

 

Il suffirait d’un son

le do nu du dormeur

Et le si de silence

 

Il suffirait la nuit

de franchir le miroir

dans une douce errance

 

de flâner en  chemin

de cueillir dans le noir

une rose sans tain

et dans un vertige soudain

 

il suffirait

d’un mot

qui nous dirait

parfum

 

 

 

 


Alain Paire – le miroir de l’absente


 

… J’ai souvent regardé La Mort de la Vierge,
les grandes palmes sombres de l’Ange de Mantegna,
l’écume d’un chemin nacré parmi les eaux de la lagune.

Peut-être n’était-ce pas ce tableau que je contemplais.
Mais plutôt, dissipant lentement les ombres du labyrinthe,
sans envers ni lointains, sans même l’espace d’une voix ,
le miroir de l’absente qui appelle encore, [
qui revient près de nous.

 

extrait du recueil   » la maison silencieuse « 


Miguel Veyrat – tu reviendras


digitale fatiguée  portr.JPG

montage perso  2011

Tu reviendras
novice
et illuminée,
réclamer
le miroir congelé

dans mes pupilles.
Même ma langue

ignorera où se trouve

ma conscience, formulant

à nouveau les questions:
Au-delà
de la limite, par dessus les voix.
Tu viendras. Et tu parleras ma langue.
Et je jouerai avec elle.

À l’angle droit

de mon dernier regard
—impossible
raison,
voûte obscure
des espaces
à l’ombre,
à nouveau
je te regarderai.


L’oubli de la pesanteur des choses – ( RC )


photo issue du blog « rencontres improbables.blogspot.fr  »

 

 

La barque fait oublier la pesanteur des choses,
elle, et son reflet,             passante paisible ,
glissent sur le miroir de l’onde
sans la rayer ou la fendre.
>    Elle est en suspension .

Seul le passage furtif de poissons
montre que l’air est habité en-dessous .
Avec les heures,          s’échappe aussi la bulle de la lune .
Elle suit tranquillement une courbe que l’on ne voit pas .
et ne crève pas à la surface,
                                           maintenue par le poids de la nuit.

 

RC     –     juill -2017


Leslie Kaplan – livre des ciels


 

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La chambre, notre grand lit plat. En face, l’armoire avec le miroir rigide.
Reflet.
Je suis avec lui, sous l’édredon. L’édredon est épais, à plumes, il ne pèse rien.
Carreaux multicolores, on est dessous, vivants.

Il est à côté de moi. Je vois la peau élastique, les yeux qui cherchent.
Il est là, allongé.

Par la fenêtre, le ciel humide, ses trous et ses volumes.
L’édredon est léger, envahissant comme une déchirure.


Vous ne vous imaginiez pas modèle – ( RC )


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peinture : D Velasquez

 

Bien sûr, c’est un mystère
qui se construit petit à petit,
sous mes yeux ébahis.
Je vois la peinture se faire

L’ange poser ses ailes :
Vous êtes ainsi alanguie
Sommeillant sur le lit
Vous êtes celle

qui lentement se révèle
à la caresse des pinceaux :
suivent la courbe de votre dos
(vous ne vous imaginiez pas modèle )…

Du voyage au long cours,
le vent dans les voiles,
vous apparaissez sur la toile,
peinte avec amour.

Négligemment déposés,
vos habits en tas,
à côté de votre bras …
Dans une lumière bien dosée

vous apparaissez, rêveuse,
les mains sur vos hanches,
votre poitrine est blanche,
et comme lumineuse….

Vous êtes la lumière du soir .
Surgie dans le décor
( et l’or de votre corps
se reflète aussi dans un miroir ).

On ne vous imagine pas blonde ,
car la seule ombre au tableau
porte le flambeau
de l’origine du monde .

Il n’y a pas besoin d’être Courbet,
pour que le monde vous contemple :
la première entrée du temple
est sur la toile, posée sur le chevalet.


RC

– juill 2017


Joseph Brodsky – le torse


 

Lénine brisé  2565.JPG

photo perso: effigie de Lénine brisée,  environs de Vilnius  Europaparkos

 

Si tu parviens soudain à une herbe de pierre plus belle dans le marbre qu’en réalité,

ou si tu vois un faune qui s’ébat avec une nymphe,
et ils sont plus heureux en bronze qu’en rêve,
tu peux laisser glisser de tes mains lasses le bâton : tu es dans l’Empire, ami.
Air,     flamme,      eau,       faunes,        naïades et lions,
copies de la nature ou fruits de l’invention,
tout ce qu’a conçu Dieu, que le cerveau s’épuise à poursuivre,
est mué là en pierre ou en métal.
C’est le terme des choses, c’est, au bout du chemin,
le miroir où l’on peut entrer.

Mets-toi dans une niche vide, laisse filer tes yeux,
et regarde les siècles passer et disparaître au coin,
et la mousse envahir la jointure de l’aine,
et la poussière qui se dépose sur l’épaule, hâle des âges.
Quelqu’un brise le bras et la tête en craquant depuis l’épaule roulera.
Et restera le torse, somme sans nom de muscles.
Mille ans plus tard une souris habitant dans la niche,
griffe abîmée de n’avoir su faire sien le granit,
sortira un beau soir, trottinant, piaillant, au travers du chemin,
pour ne pas retourner dans son trou à minuit. Ni le matin suivant.

1972

(Traduit par Véronique Schiltz.)


Madeleine de l’Aubespine – Du miroir


un  texte  d’une  auteure de la Renaissance ( en conservant l’orthographe ancienne )

 

Résultat de recherche d'images pour "madeleine de l'aubespine miroir"

 

DU MIROUER

Aussy bien qu’en la terre basse,
Au ciel la jalousie a place,
Et saisist quelque fois les dieux
Ce mirouer en rend tesmoignage,
Rompu par la jalouse rage
D’un dieu de son aise envieux.
Ce dieu, plain d’amoureuse flame,
Portoit vos beautes dedans l’ame,
Pour vous souspiroit nuict et jour,
Et bouilloit d’ardeur immortelle.
Mais vous, desdaigneuse et rebelle,
Ne faisiez cas de son amour.
Il avoit beau faire sa plainte:
Jamais vous n’en estiez attainte,
Vous n’aimiez que vous seullement,
A tous vostre oreille estoit close.
Ha! Non, vous aimiez quelque chose:
Ce miroir estoit vostre amant.

 

Résultat de recherche d'images pour "miroir castafiore"

peinture: Roy Lichtenstein

 

et sa traduction en english

 

-ON THE MIRROR OF M.D.L.B.
Just as upon the lowly ground,
So is envy in heaven found,
And sometimes seizes the gods.
This mirror witnesses its trace,
Cracked in a fit of jealous rage
By a god envious of its joys.
That god, filled with the flame of love,
Carried your beauties in his soul,
Sighed after you all day and night,
And seethed with immortal ardor.
But you, rebellious, full of scorn,
You cared for his love not at all.
In vain did he make his complaint:
By it you never were attained,
You loved yourself, yourself alone.
Your ear was closed to everyone.
Ah! No, you loved one thing besides:
This mirror was your only love.

 

Résultat de recherche d'images pour "madeleine de l'aubespine miroir"


Imaginons les Ménines – ( RC )


Velasquez   - Las Meninas     det  gauche.jpgPeinture: D Velasquez –  las Meninas  –  partie gauche

 

C’est une salle assez obscure,
qui sert d’atelier ;
en tout cas, on n’identifie pas
la source de lumière,

ni ce que le peintre esquisse,
puisqu’il est de face.
De la toile,          juste le chassis,
de dos, posée sur un lourd chevalet.

Autour de lui, gravitent ses modèles,
assemblés comme pour la parade .
L’infante Marie- Thérèse ,
en robe bouffante .

Elle est entourée de ses serviteurs
aussi en habits d’époque
dans un ballet immobile.
Le chien allongé ne semble pas concerné.

Ils nous font face,
étonnés de notre regard,
entrant             comme par effraction,
alors qu’au même moment,

une échappée se dessine,
un personnage ouvre une porte,
et franchit quelques marches,
au fond de la salle…,

Parallèlement à cette ouverture,
si on observe bien,
        un léger reflet,
renvoie , avec le miroir,

l’image du couple royal,
          comme si la vision que l’on a
          de cette scène était celle,
captée par leurs yeux.

L’artiste poursuit son travail .
Il est masqué en partie
par la peinture,
et rajoute un détail.

C’est peut-être nous,
qu’il inclut dans la scène,
traversant les siècles
pour y entrer de plein pied !

De celle-ci, on ne saura jamais rien,
              car il faudrait un autre miroir,
               pour jouer la mise en abîme…
…..  et Vélasquez             ne l’a pas encore peint…

RC – mai 2017


Lié à la transparence – ( RC )


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C’était comme un cauchemar,
       car , au sortir d’un songe
je n’avais plus de visage,
comme le disait le miroir :
         j’en avais perdu l’usage,
peut-être la glace renvoyait-elle un mensonge…
derrière moi             – que du noir…
– ce qui est difficile à décrire…

c’est ainsi que l’on pense reconnaître
le plus commun des vampires
– n’arborant même pas une tête de mort…
or, j’étais vivant           – et sûr de l’être
mais par un coup du sort
         je n’avais plus d’apparence…
une vision un peu fantasque,
liée à la transparence :

j’ai dû me composer un masque,
copié sur un homologue :
          une figure de cire
trouvée dans un catalogue :
histoire d’appartenir
à l’humanité ordinaire
que l’on croise d’habitude
sous toutes latitudes,

tous se donnant des airs
d’être eux même ..
mais comme savoir
si c’est un stratagème
          donnant autre chose à voir
qu’ un vide habité:
quelqu’un définitivement effacé
        qu’il a fallu remplacer
par une autre personnalité…


RC – nov 2016


Le miroir des pages – ( RC )


 

 

Image associée

 

Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


Michel Leiris – La néréide de la mer rouge


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Le soleil qui se lève chaque matin à l’est
et plonge tous les soirs à l’ouest
sous le drap bien tiré de l’horizon
poursuit son destin circulaire
cadre doré enchâssant le miroir où tremblent les reflets
d’hommes et de femmes jetés sur une ombre de terre
par l’ombre d’une main qui singe la puissance

D’occident en orient un voyageur marchait serrant
de très près l’équateur et remontant en sens inverse la trajectoire solaire

Ses regards agrippés aux forêts peignaient
leurs sombres chevelures et ses mains balancées
selon le mouvement de ses pieds caressaient
les lueurs à rebrousse-poils comme s’il avait entrepris
de forcer le cours de son destin d’heure en heure
et de jour en jour en le prenant à contre-sens

De lieu en lieu la nuit oisive le suivait

Au bruit de ses pensées il la faisait danser
ainsi que font les montreurs d’ours et quand la bête lasse
se couchait hissée sur la boule du monde
c’était l’aurore qui se montra nudité fine étincelante et blanche

 

 

-Michel LEIRIS «           La néréide de la mer rouge (Gallimard)

 


Reina Maria Rodriguez – L’île violette


vue  bord fra  arch -0481.JPG

VIOLET ISLAND

…j’ai connu un certain homme, un homme étrange.
il gardait jour et nuit la lumière de son phare
un phare ordinaire qui n’indiquait pas grand-chose,
un petit phare pour embarcations de fortune
et peuples obscurs de pêcheurs, là, sur son île,
il échangeait avec son phare les sensations
attendant jour et nuit cette autre lumière
qui ne surveille la persécution d’aucun objet,
cette autre lumière réflexive, parcourant vers l’intérieur
la distance entre le port sûr de l’endroit
et l’œil qui voit revenir, d’en haut et transparente,
l’illusion provisoire qui s’éternise :
cette courbe de l’être tendue tout contre le phare
sans précaution ni limite, pour être ou avoir
ce qu’imparfaitement nous sommes, rien d’autre
que rêver ce qu’il veut bien rêver et être où il est
au-dessus des eaux tranquilles et éteindre tout dans le tableau
d’un jour et redevenir nouveau au petit matin
près du petit phare perdu d’Aspinwoll
sans même imaginer qu’il pourrait exister le moindre désir
ne serait-ce que celui de désirer la petite lumière qui tombe,
avec la nuit,
sur les eaux tranquilles et les sons déjà morts
de ces vagues, de jouir et souffrir, un refuge sincère.
Comme le gardien du phare d’Aspinwoll, seul sur son phare,
je me suis endormie malgré la lumière intense qui tombe
et se détache au-dessus du temps, malgré la pluie
frappant le miroir des poissons blancs,
malgré cette lumière spéciale qu’était son âme,
je me suis endormie entre le port et la lumière,
sans comprendre : je voulais, je voulais seulement
un peu plus de temps pour recommencer à apprendre,
pas sur le ressac de la commisération
où les désespérés attachent leurs mâts;
pas l’authentique bonheur de vivre sans savoir,
sans se rendre compte; pas la lumière provisoire qui s’éternise
et feint d’être
ce que nous serons
ni la peur de posséder la réalité opaque, immanente,
je ne voulais la vie qu’à cause du plaisir de mourir,
sur les eaux tranquilles,
en compagnie des poissons blancs, et j’attendais impatiente
qu’arrive encore la répétition de mon inconscient
afin que quelqu’un y trouve l’intouché, l’autre voix,
pas de cet être intermédiaire, un corps
pour mesurer les criques basses : un corps pour le viol
d’un moi impraticable :
je me suis endormie, inconséquente, dans l’imagination
de cet être différent dans la distance, suffisamment avancée
pour avoir ma propre illumination à Aspinwoll, mais
fracassée et obscurcie, comme le gardien du phare
au-dessus des eaux tranquilles
de ce qu’imparfaitement nous sommes, dans la petitesse
d’un phare qui n’indiquait pas grand-chose,
à travers la pluie chaude
et réelle de l’impossible.

(poème  extrait d’une  anthologie  de la poésie  sud-américaine)


Vaincre la paroi de verre – ( RC )


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installation extérieure:  Anish Kapoor – Brighton

 


Il n’y a pas dans la nature
le choix de version portable :
une écriture       au vert
où les arbres se transportent,
mais sont coupés par le cadre.

Plus haut       le pastel des nuages
bouge brusquement,
le paysage         se déhanche
tout l’équilibre bascule,
les papillons exultent .

Ils suivent leur double,
qui imite exactement
le moindre de leur mouvement .
Au point que leur métamophose
se confond en anamorphose.

On sait bien que l’eau s’étale
puis renvoit au regard
ce qu’elle interprète,
mais même le lac le plus calme
n ‘est pas une paroi verticale.

C’est qu’il n’est pas dans sa nature
de répéter à l’identique
ce qui lui fait face
et qui se transforme
à mesure que je le déplace.

Bien entendu , se prolongent ainsi
de façon artificielle
les horizons divers,
tout ce qu’il y a de ciels,
mais qu’on n’emporte pas avec soi.

Ce n’est pas sur la photo
qu’il faut compter
pour que la glace se souvienne
de l’été dernier.
C’est une surface froide :

La lumière ne la traverse pas.
Le temps la délaisse
car rien ne s’incruste
dans le miroir :
                   Il a mauvaise mémoire.

L’oiseau de passage
stoppé par l’espace devenu plan
donne du bec et de la tête .
Il voit son vol s’arrêter net,
aplati contre l’illusion

Tout cela est bien fugace .
Cela ne trompe qu’un instant :
C’était un mirage , à la place
qui part en morceaux …

quand il se brise,            en multiples éclats.

RC – juin 2016

 

Boissets  8965-ss a.jpg

 

photo perso  – domaine  de Boissets   Nissoulogres  – Lozère


Zareh Chouchanian – Tu cherches quelqu’un dans le miroir


 

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Je suis perdu dans un bois
Fait de pierre
De gens et de chair
Je suis ligoté dans un filet
Fait d’amour et de tendresse
Où je suis l’araignée
Et la mouche
Je pensais que je pouvais courir
Je pourrais voler
Je pensais que je pouvais mourir
Mais je ne pouvais pas

J’ai oublié qui je suis
Comment j’étais
Là où j’étais
De là où je suis
J’ai oublié de temps en temps

Maintenant, j’ attends
Que quelque chose se passe
Que quelqu’un arrrive
Pour me rappeler
Pour retrouver
Un nom
Un visage
Un endroit

Il n’y a rien
Tout est pareil
L’heure
L’espace
Juste un miroir plat.

Pour m’aider à sortir

Rien ne sera
Rien ne peut
Je ne vis pas
Je ne peux pas mourir
Je ne peux que crier
Pleurer
De plus en plus fort

Qui suis-je ?


LOOKING FOR SOMEONE IN THE MIRROR
I am lost in a wood
Made of stone
People and flesh
I’m tied up in a web
Made of love and tenderness
Where I am the spider
And the fly
I thought I could run
I could fly
I thought I could die
But I couldn’t

I forgot who I am
How I was
Where I was
From where I came
I forgot now and then

Now I’m waiting
For something to happen
Someone to come
To remind
To re-find
A name
A face
A place

There’s nothing
All the same
Time
Space
Just a plane mirror

To help me get out

Nothing will
Nothing can
I don’t live
I can’t die
I can only shout
Cry
Louder and louder

Who am I

( visible  sur le site de la poésie arménienne )


E. E. Cummings – dans le miroir


in the mirror I see a frail

man

dreaming

dreams

dreams in the mirror

e.e. cummings in a mirror

dans le miroir je vois un homme fragile

qui rêve

des rêves

Des rêves dans le miroir

 


Teresa Pascual – Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre


 

photo J Eskildsen

photo J Eskildsen

 

 

Il est venu désormais l’hiver, sans me surprendre .
Je suis avertie par l’obscurité du matin
et le silence obstiné dans les arbres,
la lumière maladive,
le début du crépuscule.
Et maintenant, je ne vais plus revenir au sanctuaire
des heures, que je trouvai une fois à mes pieds
et je ne sais quels sables fouler
ni encore offrir quelles prières .
Vient  déjà l’hiver dans le miroir
d’un visage difficile à reconnaître,
d’un corps qui se lève et regarde les choses
Une personne inconnue les placées si loin de moi
que de les toucher ne peut  jamais m’atteindre
et mes mains engourdis, abandonnent .

 

traduit du catalan

 

HA VINGUT JA L’HIVERN SENSE SORPRENDRE’M

Ha vingut ja l’hivern sense sorprendre’m.
M’avisaven la fosca dels matins
i l’obstinat silenci sobre els arbres,
la malaltissa llum,
la nit anticipada.
I ara ja no regresse al santuari
de les hores que m’he trobat als peus
ni sé per quina arena caminar
ni sé quines pregàries demane.
Ha vingut ja l’hivern sobre l’espill
d’una cara que costa reconèixer,
d’un cos espectador entre les coses
que no sé qui ha posat tan lluny de mi
que al tacte sobre elles no m’arriba
i adormides les mans abandona.

© Teresa Pascual
Extrait de: Arena

Yves Broussard – le souffle levé


étude de ciel 1 27x22 mus Bx Arts Le Havre

 

peinture:  Eugène Boudin   : étude de nuages . Musée  du Havre

 

Imprécise
la forêt s’étend
sous les vols épars
et les meurtrissures

Favorisant parfois
sous de belles enjambées
la poussée du vent
le braconnier disperse
les émondes
et affine son âme

Le poing serré
sur son bâton
il domine
Joue contre joue
les enfants s’aventurent
en leur devenir

A la faveur d’un geste
leur passion commune
devient rêve
imprécis

L’oiseau quitte sa branche

Et le ciel fendillé
s’offre à éclairer
nos silences
Dans l’infini bleu
se perdent les labours

Celle qui s’inventait
des anges après minuit
rejoint les restes du troupeau

Dans quel miroir
a-t-elle abandonné
ses rêves ?
L’après est dans l’avant

Yves BROUSSARD


Anna Jouy – Journal sous étreinte 13


art:        Ben Vautier;         J’ai des trous de mémoire 1985

 

 

rendez-vous devant le miroir. me rappelle plus qui je suis. comme un trou de mémoire.  et devant personne. période amnésique, comme j’ai eu ma glacière, mes réchauffements de climat… une strate de sables de plus sur le tumulus.

il y avait quelqu’un là dessous? une enfant peut-être ou alors une vieille âme, que sais-je? on m’annonce des temps très solitaires. faire un diamant dans le cercueil, chier de la nacre autour des blessures, sceller d’ambre la mouche charognarde.  tout cela demande de pratiquer la reptation intense, l’enroulement en coquille,  le ratatinement quoi.

c’est pour cela sans doute que mes facultés mnésiques se font la malle. et que percevant cette image dans la glace, je me demande inquiète d’où viennent ou reviennent ces traits ?

la souffrance appartient à d’autres. ils la vivent. moi  je me dépouille de mes sens, je les jette par- dessus bord ou les concasse jusqu’à l’obtention du caillou. me reste juste l’esprit. comme une manivelle qui tourne. tu penses trop.


De l’image, son retour permanent – ( RC )


sculpture:          La Dame d’ Elche, Huerto del Cura, Elche, Espagne

 

Ce texte  est une variation  » réponse »,  sur celui de Jean Malrieu  ( qui suit )

 

D’avril à  novembre,
De Novembre à avril,
Je tisse à l’endroit, à l’envers,
Des mailles pour que je contourne l’hiver .

J’écris toujours, à la lumière de tes feux  :
Et ceux-ci sont un don.
Une présence  faisant s’ouvrir      mes yeux,
Même aveuglé    par la pluie  fine des jours .

Ceux ci passent et,       même changeants,
Sont un retour permanent  .
Et si les sillons  du temps,
Laissent leur empreinte sur ma peau…

Ton image  est        un miroir,
Suspendu quelque part,
Impalpable       et lisse,

Au delà du tain  .
Chaque  chose est nouvelle,
Et toi,       vivante,   au défilé des heures.


RC – nov  2014


.
Je suis devant toi comme un enfant,
plein de pluie et de ravage,
ai cour d’un automne de silence
comme au centre d’une place assiégée
par l’herbe brûlée.

Je t’écris pour alléger le temps.
Cette page que je griffonne est un miroir.
D’elle va surgir un destin inattendu.
Car ma lutte contre le temps est ancienne.
J’écris toujours la même chose :
elle est nouvelle.
Que je lise à l’envers, à l’endroit,
l’inquiétude est éclairée

Je n’y peux rien.
Les années passent, me révèlent.
Mon visage s’affirme sous la pluie fine des jours
qui vient vers nous sur ses milliers, de pas agiles.
J’écris pour être avec toi
dans la paille douce et chaude de la vie.

Jean Malrieu


W.H. Auden – Miroir


photo: Lydia Roberts

                                   photo: Lydia Roberts

 

 

Chaque homme porte avec lui au travers de sa vie ,un miroir,
dont  il lui est seulement et impossible de se débarrasser ,
comme de son ombre.

“Every man carries with him through life a mirror, as unique and impossible to get rid of as his shadow.”

― W.H. Auden, The Dyer’s Hand


Claude Vigée – Les pas des oiseaux dans la neige


photo de cieletespacephotos.fr

 

Les pas des oiseaux dans la neige

 

Deux étoiles filantes

sur la montagne obscure :

déjà leur cœur de braise

agonise et s’éteint  .

Que reste-t-il de nous

quand le temps se retire ?

à peine une buée, ce souffle qui s’efface

sur le miroir brisé   .

L’œil ne suit que la trace

du vent dans les nuées;

Et pourtant nous y danserons,

chanteurs au bec léger,

crânes d’oiseaux en fête

aux frêles osselets

déjà remplis de rien :

un peu de cendre blanche

sur la langue muette  .

 

D’autres  textes  de Claude Vigée  sont  visibles   dans le site  « recours au poème »

voir  également  l’article  qui célèbre le fait que C Vigée  remporte  le prix national de poésie 2013.


Ne pas fermer, et conserver à l’abri de la poussière – ( RC


ph non identifiée

photo: Lux Coacta

 

 

 

 

 

 

              Tourner le dos au miroir,

La défaite du corps,

Retourner dans soi-même,

 

Sur un chemin parcouru,

Eviter la nostalgie,

Ajouter deux cuillers de sel,

 

S’embarquer pour un voyage,

Pour inventer le futur,

Oser le pas dans le vide .

 

Il n’y a pas que le réel,

Qui nous soutient,

Encore faut-il y croire.

Ne pas fermer et conserver,

à l’abri de la poussière.


Devenus transparents – ( RC )


--portals of discovery
photographe  non identifié

 

 

C’est un oubli        de soi-même.
Tu traverses les jours et les nuits.
Les yeux clos.

Tu parcours les mondes.
Ceux-ci restent noirs.
Leur énergie te propulse,
A travers le miroir,   ton propre miroir…

Tu te vois sans limites,
Ressens le souffle du vent,
Que tu ne peux saisir.

Tu ne peux écrire dessus,   …non plus
Fondu dans l’ombre,
Rien ne te distingue,
D’un arrière plan .

– existerait-il d’ailleurs ?,
si tu rouvrais les yeux ? –
…. Point de suspension
Dans l’univers,

Et pourtant absorbant,
Dans le livre aux pages ouvertes,
Ce qui fait la chair du monde.

Elle te consume           petit à petit,
Te nourrit,      mais te déchire à la fois.
Tu mourras,         …. nous mourrons,
Traversés par la vie,

Comme par autant d’étoiles,
Réellement fondus au coeur de l’ombre,
Ames poreuses à l’odeur des choses.

Devenus transparents .


RC –  août 2014

 

Inspiration :   Joseph Brodsky  et Alda Merini