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Articles tagués “monde

le monde a deux visages (Susanne Derève)


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   Picasso (Femme nue au bonnet turc, détail)

 

 

Le monde a deux visages 

Le monde en a-t-il deux ou trois

Des visages coupés en ces milliers de toi

De moi, de fois

En autant de profils et de faces

Qu’il n’y a de conquêtes

Ou de disgrâces …      

                                                                                          

 

Et  je cherche  la clé

De celui qui m’ira

Que je revêtirai comme un costume

D’apparat, un décor de ballet

Un habit de gala …

 

Le monde a des profils ingrats

 

Parfois l’œil des tombes

Annonce  le trépas

 

Parfois c’est une bouche

Qui nous donne le la

Pour l’avaler ou pour le tordre

 

 

Et j’avoue que je ne sais pas

Si les dents s’y montrent

Pour mordre

Ou pour y grincer d’effroi

 

                                                                                                   

S’il vaudrait mieux pleurer de honte

Ou si l’on doit tendre les bras

En chantant que la terre est ronde

 

 

Je ne sais pas si mes deux mains

Pourront se rejoindre au matin

 

Ne me retiens pas  si je tombe

 

 


Sophie G.Lucas – toute l’épaisseur de ce monde


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peinture:        A Sisley 1874

on n’en fait rien de
la neige
( toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre )
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence

#

 

en rapport :« épaisseur  d’une musique blanche « 


Emily Dickinson – lettre


This is my letter to

the world

that never wrote to me.

E Dickinson letter

Ceci est ma lettre

au monde

qui ne m’a jamais été écrite.

 

Em Dickinson


Danser hors de la surface des choses – ( RC )


Aldara  Ortega           sous l'eau  05.jpg

photo : Aldara  Ortega

 
Changer de monde,
et danser hors de la surface des
choses.
Trouver son souffle en soi-même,
plonger en apnée illimitée…
Le silence épais plaqué aux oreilles,
tu t’opposes à l’inertie de la matière ,
présente et que tu ne peux saisir.
Tous les gestes en sont ralentis.
La robe de mariée se défera lentement,
sur un champ où les fleurs ne
poussent pas, où il n’y a pas de vent,
et où la lumière hésite à franchir le
plafond…


RC – mai 2017


Dominique Sampiero – je retrouve mes larmes


Josef Sima - 8 soleil_chaud_1960.jpg

peinture: Josef Sima

 

Je retrouve mes larmes comme mes propres enfants,  le plus fragile de moi-même
ne m’effraie plus, au contraire, je me laisse envahir, et la pluie, au-dedans comme
au-dehors, lave ce que je ne sais ni de moi ni du monde, et qui me brûlait le cœur.

Dominique Sampiero


Denis Scheubel – le réveil


 

Sur ma tempe

Une haleine

Brûlante

Electrique

Il n’y a que le

Réveil pour ressembler

Autant à la fin du monde


Jean Guéhenno – l’orange de Noël


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Noël, dans mon enfance, c’était le JOUR ou on me donnait une orange et c’était un grand événement

Sous la forme de cette pomme d’or, parfaite et brillante, ]e pensais tenir dans mes mains le bonheur du monde

Je regardais ma belle orange , ma mère la tirait de son papier de soie ,

tous deux, nous en admirions la grosseur, la rondeur, l’éclat ,

]e prenais dans le buffet un de ces beaux verres a pied en cristal qu’on achetait alors dans les foires Je le renversais, le mettais à droite, au bout de la cheminée, et ma mère posait dessus la belle orange

Pendant des mois, elle nous assurait par ses belles couleurs, que le bonheur et la beauté étaient de ce monde

Quelquefois, je la palpais, Je la tâtais

II m’arrivait d’insinuer qu’elle serait bientôt mûre

— Attendons encore ! répondait ma mère,

quand nous l’aurons mangée, qu’est-ce qui nous restera ! ( )

Jean GUÉHENNO          « Changer la vie »                        (ed Grasset et Fasquelle)


Philippe Delaveau – Les monts bleus


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                  peinture   :     Morgan Ralston

 

 

Les monts bleus et le ciel songeur.
Toi
Dont les yeux ardents sont
L’abri du ciel et des monts.

Source, frisson, tristesse, joie.
Je baiserai de ma langueur
Ta bouche.

Je vois les mots se former
Dans tes pupilles, sur tes lèvres.
Et je respire ton haleine.

Je me raccroche à la vie,
Je sais l’existence du monde
Lorsque je tiens ta main.

in  (Le Veilleur amoureux)


Émily Dickinson – une lettre au monde


This is my letter to

the world

that never wrote to me.

E Dickinson letter

Ceci est ma lettre

au monde

que personne ne m’a écrit.

 

Em Dickinson


L’en-faille – ( RC )


peinture: Andrew Wyeth - Black Water 1978

peinture: Andrew Wyeth – Black Water 1978

 

Pourquoi taire l’amour,
pour que l’amour se terre?
Tant, se soulève,         mystère,
Cette  terre que je laboure…

En dessous,         un feu qui gronde
On perçoit les braises de la faille ,
Terre nourricière,          une entaille,
Prête à donner naissance au monde  …

RC –  sept  2015

 


Emma Lazarus – Le nouveau colosse


Image  : CanardPc

 

————–

Le Nouveau Colosse

Pas comme ce géant d’airain de la renommée grecque
Dont le talon conquérant enjambait les mers
Ici, aux portes du soleil couchant, battues par les flots se tiendra
Une femme puissante avec une torche, dont la flamme
Est l’éclair emprisonné, et son nom est
Mère des Exilés. Son flambeau
Rougeoie la bienvenue au monde entier ; son doux regard couvre
Le port relié par des ponts suspendus qui encadre les cités jumelles.

« Garde, Vieux Monde, tes fastes d’un autre âge ! » proclame-t-elle
De ses lèvres closes. « Donne-moi tes pauvres, tes exténués,
Tes masses innombrables aspirant à vivre libres,
Le rebut de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte
Je dresse ma lumière au-dessus de la porte d’or !« 

 

( ces dernières lignes  rappelleront une  actualité des déshérités de la migration subie  )

le texte original:

 

Not like the brazen giant of Greek fame
With conquering limbs astride from land to land;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles. From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame,
« Keep, ancient lands, your storied pomp! » cries she
With silent lips. « Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore,
Send these, the homeless, tempest-tost to me,
I lift my lamp beside the golden door!« 

————————

 

C’est  ce poème  qui est gravé sur une plaque  fixée  dans le socle  de la Statue de la Liberté.


Seyhmus Dagtekin – Au fond de ma barque


photo: Silviu and Irina Székely

photo:        Silviu and Irina Székely

.

 
Quand tu te retires du monde
Le monde ne s’arrête pas pour autant
Ne se retire pas
Quand tu vas dans le vaste monde
Tu ne deviens pas vaste pour autant
Quand tu te prives de la multitude
Tu n’occupes pas pour autant ta solitude
Tu ne l’élargis pas
Quand tu te chasses du bruit
Tu ne découvres pas pour autant le silence
Quand tu te coupes les branches
Tu n’augmentes pas pour autant
La sève qui irrigue ton front.

 

 

S D

 


Samuel Beckett – sans ce monde sans visage ,sans questions


peinture Mischa  Rezka

peinture Mischa Rezka

 

 

 

que ferais-je sans ce monde
sans visage sans questions
où être ne dure qu’un instant
où chaque instant
verse dans le vide
dans l’oubli d’avoir été

Samuel Beckett


Suzanne Tanella Boni – Gorée, île baobab


 

photo: Dominique  Nahr - Congo  2008

    photo:     Dominique Nahr – Congo 2008

 

Gorée Île Baobab” (quatre poèmes)

.

peut-être le bonheur est-il si loin

invisible dans les feuilles de tamarinier

quand ma main effleure les fruits

à partager avec les génies riant des cruautés

faites à l’homme par l’homme

.

peut-être l’espérance dans mes yeux traîne-t-elle

l’avenir en nuages de poussières où je cherche

étincelles et dignité des âmes en sursis

.

quand l’horizon au petit matin

dessine images et silhouettes entre soleil et mer

tu n’es pas là pour voir mes yeux

où tu n’a jamais vu l’humeur du monde

.     .     .

avec la bénédiction des habitants

invisibles de l’île ici je revis

car ton regard n’est pas un poème

mais toute la mer qui coule à mes pieds

des pages infinies

.     .     .

ici aussi j’ai bu à la source

des mots couverts de moisissures

comme murs suintant de tous les malheurs

gravés aux portes du temps

.

j’ai bu la source vive

qui nous donne mémoire et chemin majuscule

des jours à venir

j’ai bu je ne sais combien de gorgées élixir

“…pour la survie du poème

qui hante mes pas depuis toujours”

.

demain je reviendrai

entendre ta voix qui me parle

encore de toi et de moi

.     .     .

ici aussi les draps où l’histoire fait la sieste

sont blancs et vides

.

seule la couverture du temps

est verte comme dernière parole du monde

quand le vent tourbillonne

nuit et jour à la porte du chaos

.

alors je m’enroule dans les mots de ton regard horizon

par-delà la mer nous séparant infiniment.

 

Suzanne Tanella Boni  née en 1954  est une auteure de Côte d’Ivoire.

 

 

 

 

Gorée Baobab Island” (four poems)

.

perhaps happiness is so far away

invisible among the tamarind leaves

when my hand brushes the fruit

to share them with spirits laughing at man’s

cruelty to man

.

perhaps the hope in my eyes drags

the future in clouds of dust where I seek

sparks and the dignity of condemned souls

.

when the horizon in the early hours

creates images and silhouettes between sun and sea

you are not here to see my eyes

where you have never seen the humour of the world

.     .     .

with the blessing of the island’s

invisible inhabitants I become alive again

.

as your look is not a poem

but the vast sea that pours infinite pages

at my feet

.     .     .

here too I drank at the source

words covered with mildew

like walls oozing all the sorrows

carved on the doors of time

.

I drank the life source

that gives us memory and the capped path

of days to come

I lost count of the mouthfuls of elixir I drank

so that the poem

that has forever haunted my steps survives

.

tomorrow I will return

to hear you talk to me

again of you and me

.     .     .

here too the sheets where history snoozed

are white and empty

.

the covers of time alone

are green like the last word in the world

when the wind howls

day and night at the gates of chaos

.

then I wrap myself in the words of your look faraway

beyond the sea that separates us infinitely.

 

L’île de Gorée est célèbre pour La Maison des Esclaves et La porte du Voyage sans Retour, d’où partaient pour l’ultime voyage les esclaves acheminés vers les plantations d’Amérique.

.

 


Bernard Mazo – Comme si


dessin: Mikhail Zlatkovsky

dessin: Mikhail Zlatkovsky

 

« Comme si »


Comme si des milliers de paroles
résonnaient à travers moi
depuis la nuit des temps
pour chanter l’éphémère beauté du monde ….

————————-

Tout ce qui fut

Tout ce qui fut dit
crié, répété, dénoncé…
Tout ce qui fut emporté,
Tout ce qui fut oublié, effacé …

Tout cela qui pourtant persiste
et brûle encore dans le regard
de ceux qui nous survivrons ….

——–

 


Tania Langlais – Ma peur ne sera pas secourue


photo perso retravaillée: Bretagne 2008

photo perso retravaillée: Bretagne 2008

MA PEUR NE SERA PAS SECOURUE



ma peur ne sera pas secourue
j’ai ma belle robe rien n’y paraît
faite de toutes petites boîtes
rejetées par la mer
quand je prendrai le monde
ça fera joli

© Tania Langlais

extrait de:  » Kennedy sait de quoi je parle  »

Éditions Poètes de brousse, Montréal 2008


Derrière les paupières du monde ( RC )


Art: Brice Marden. Chinois dansant

Art:    Brice Marden.    Chinois dansant

Derrière les paupières du monde,
Les lignes s’embrouillent,
Les sons se mélangent, et les lettres dansent,
Qu’elles soient consonnes ou voyelles,
Le silence, côtoie le verbe, et bégaie…

On ne sait s’il faut le traduire,
Transposer de l’intérieur ce qu’on y voit,
Déposer sa propre couleur sans trahir,
Puis faire naître de l’obscurité,
Et d’un imaginaire, une pâle clarté.

Filtrant à travers d’autres yeux, mi-clos,
Tout existe, et son contraire,
Dans le bouleversement de la terre,
Où, parmi la cacophonie,parvient à l’ouïe,
Malgré tout, le chant des oiseaux.

RC- 23  juillet 2013

« réponse » à une  création de Serge Mathurin Thebault:

« Fermez les yeux »

Je titille

A la façon du maçon

La truelle du verbe

J’y vois que goutte

Pas même celle du sang

Que dépose le texte

Sur la membrane

De mon imaginaire

Les lignes se brouillent

Je m’exerce à un nouvel exercice

Pour ne pas fatiguer la pupille

J’écris les yeux fermés

C’est jeu que je croyais difficile

Et qui s’avère finalement facile

Pour faire bien comprendre la chance

De pouvoir créer dans la cacophonie

De ce monde bizarre

Au milieu des voyelles et des consonnes

Un soi à part qui émerveille

Je vois de l’intérieur

Je vois précis

Et si je ne parviens pas

Encore à vous le traduire

Mes poils hérissés

Le long de mon bras

Témoignent de ce bouleversement

Dans l’appréhension des choses

Allez même si votre vue est claire

Fermez quelques secondes vos paupières

Dans l’exigence du silence

Enivrez-vous de cette obscurité

Qui dans sa pâle clarté

Attire à elle  l’éclat de la lumière

Et les cristaux d’or de son élévation.

Serge Mathurin THEBAULT

photo CNRS


Cribas – Fils de l’homme OU L’enfant humain


Fils de l’homme OU L’enfant humain

Par Cribas

photo: Alex Vasilenko

photo: Alex Vasilenko

Vois, mon frère bien aimé, vois ce que je deviens. Ce que nous avons rêvé autrefois, près du lac, dans la vallée où mille ricochets ont répété nos pactes et nos mots les plus idiots à l’époque. Toi, mon frère à jamais, comme nous le gravions sur les écorces d’arbre à sang chaud, ou sur les pierres de craie tendre, avec nos canifs aujourd’hui perdus.

Que de nostalgie, mon ami, mon frère, que de temps inutile depuis, a traversé nos vies.

Nous nous jurions de nous partager le monde, de nous en obtenir les plus gras morceaux, et cela sans jamais le moindre regret.

Il ne me reste que la mélancolie de ces années insouciantes, et tout ce que j’ai pu tenir, c’est de ne me laisser ternir par aucun regret.

Depuis longtemps pourtant, j’ai perdu ta trace, ton sourire efficace qui menait à bien nos projets, nos quatre cent mille coups tantôt en méchants, tantôt en indiens, et qui finissaient toujours avec des accrocs à nos pantalons, des taches de mûres et de sureau sur nos joues qui laissaient apparaître des fossettes, sous nos yeux brillants bénis des dieux. Je crois bien qu’il y eut aussi des centaines de fous rires contenus, lorsqu’il nous fallait rendre les clés de nos cabanes imaginaires, la nuit venue, à des adultes et des parents habitant un autre monde que le nôtre, venus d’une autre terre.

Vois mon frère bien aimé, ce que le temps fait disparaître. Sans crier gare, un jour on pose une valise au pied de sa vie, sur un quai de grisaille, et les grandes destinations de l’existence séparent, scindent en dizaines de méga-octets l’imagerie de notre vie.

On se retrouvera peut-être un jour, mon être sans la fierté d’avoir su monter un pur-sang pour revenir à la source, avec des chevaux moteurs rutilant de réussite sociale.

Je ne suis jamais revenu près de ce lac. Je n’ai jamais osé me représenter là-bas pour vous montrer à tous l’album de ma vie resté vierge à vos yeux. Je sais, mon frère bien aimé, que la famille a grandi au rythme de ta réussite. Qu’on ne mange plus aujourd’hui que sous l’immense verrière dont les fondations ont été creusées sous les souches à sang froid, arrachées comme s’il s’agissait de simples nuages et que l’on avait attendu la fin de la tempête.

Si tu voyais, mon frère, si tu pouvais comprendre ce que ma différence autrefois imperceptible avait voulu pour ma vie.

Je n’ai pris qu’un seul train, et lorsque l’arrivée a sifflé, je suis descendu.

Ici ou ailleurs, ma destination n’avait que peu d’importance. Je n’ai pas d’amours inscrites, sur des registres ou des certificats de baptêmes.

Les femmes que j’ai rencontrées, je ne leur ai offert que le meilleur de moi même, elles ne m’ont appris que ce qu’il me manquait, et à chaque fois qu’elles avaient compris que le partage n’était pas une affaire de signature, mais seulement d’écriture du destin, je me suis éloigné sans trop de pleurs, sans crier gare non plus. Je suis toujours resté dans le coin dans le cas d’un appel un mauvais jour, souvent un mauvais soir, je suis l’inaccessible joignable sur simple appel d’un numéro de téléphone ad vitam aeternam.

Ma destination finale a toujours été ma première idée. Aimer, aimer comme un aide, aider comme on sème, aider chacun, chacune, à s’aider sans peine, à s’aimer autant que j’ai compris mes peines.

Vois mon frère, ma plus belle réussite. On m’aime !

Jamais l’on ne regrette, de m’avoir aimé. Je suis celui qui tait celui que tu es. J’accomplis mon devoir comme les ricochets de l’écho ; je répète juste assez lorsqu’un amour a besoin de plonger pile poil à l’endroit de la rescousse où son autre se noie.

Je n’ai voyagé que pour prendre le recul nécessaire à mon égo de naissance. Je n’ai rien fui d’autre que mes racines malades. En route, j’ai pris quelques rails de trop, mais étant sur la bonne ligne, j’ai rapidement récupéré mes facultés de conduite.

Non, mon frère, je n’ai pas non plus vendu mon âme à Rome ou à La Mecque. Mes frères sont du genre humain. Tous mes frères, du premier au dernier, même si parfois avec le temps, leurs canifs se sont transformés en guillotines ou en lames de boucher à décapiter.

Regarde mon frère, ce que ma différence qui était aussi la tienne peut faire de nous. Ni des moines, ni des archevêques, ni des frères musulmans au gosier plein de haine, mais sans aller trop loin, simplement des hommes appliquant enfin un garrot à la folie sanglante, simplement des femmes libérées de leurs sangles, et rappliquant afin d’appliquer un baume sur les peines de sang, vides de sens.

Vois, mon frère bien aimé. Bois, ma sœur bien lésée, ceci est le godet que tout homme véritable n’a jamais laissé de côté.

Vois ce que je deviens, ce que nous avons rêvé autrefois, frère enfant, frères et sœurs. Il ne doit nous rester qu’une rivière pleine de lacs, qu’un lasso unisexe pour sauver l’Homme des cascades.

Les trains éloignent des hommes. Les traînes embaument les femmes.

Quelle mélancolie mon amour ?

Voyager pour ses peines, avoir peur de se noyer parce que l’âge ?

Reviens me voir un beau jour

Un de ces jours où tes peurs au lavoir ne trahiront plus ton linge en nage

Mon frère, ma sœur

Tu trembles encore au bout de tes phalanges et c’est ton cœur

Ma sœur c’est ton droit

Mon frère tes regrets sont déjà froids

Revenons par dizaines

Ou par milliards marchons dans nos pas

Mes sœurs, mes frères, mon amour

Il ne me reste que la mélancolie pour me battre

Et je le fais depuis toujours

Mes frères, mes sœurs, ne nous laissons pas abattre

Brassons à côté de nos amours

Aimez-les comme on se noie chaque jour

Au dernier instant de l’apnée

Un dernier coup de canif dans les filets autour

Un reste d’oxygène, une dernière bouffée

Un sacrifice humain pour l’humanité…

Cribas 07.03.2013


Irène Assiba d’Almeida – Ici et les ailleurs du monde ( africulture )


Ici et les ailleurs du monde

Lorsque tu auras parcouru

Tous les ailleurs du monde

Tu découvriras que le meilleur ailleurs

Est encore ici

A la fois appauvri

Et plein de richesses

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où naissent les Bouts de bois de Dieu

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où poussent les augustes baobabs

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où reposent les ancêtres protecteurs

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où bat ton cœur-soleil

Où vit ton âme-ébène

Où tes pieds connaissent les sentiers

Le meilleur des ailleurs

Est encore ici

A la fois appauvri

Et plein de richesses

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Et tu songeras

Qu’au fil du temps

On devient plus profondément

Ce que l’on est

Au fil du temps

On devient plus profondément

Ce que l’on est

Et tu comprendras enfin

Que le mot « racines »

Est loin très loin

D’être un *canari percé.

*canari : Afrique : récipient en terre cuite dans lequel on conserve ou transporte des liquides.

 

visible  sur le site africultures.com


Des gestes et des ombres ( RC )


image :           flotte galactique de joeliah.amie-des-anges

Sur le tableau de la nuit,
perforent des étoiles,
qui disent les mondes
– lointains-
propices aux imaginations

Et même les euphories,
Les joies et désespoirs
Déploient  en méconnaissance de cause
Légèreté  et ténèbres.

C’est un esprit vulnérable,
Qui se développe  aussi en corps
Et voyage en solitaire
Sans savoir où les gestes portent

Ni qu’ils  s’engluent parfois
Dans une toile  d’araignée
Dont on n’a pas détecté la présence
Au coeur de la nuit.

Il faut replier ses ailes
Et plonger dedans
–  dedans  soi-
Pour trouver d’autres  étoiles

RC   – 2 avril 2013


L’imaginaire, toujours ouvert ( RC )


peinture  Alessandro Bavari

peinture         Alessandro Bavari

Cristallise, l’imaginaire, toujours ouvert,

Elle

A la lecture,

Ouverte sur le merveilleux,

Une porte sur l’invisible,

Aux doigts gourds qui ne peuvent expliquer

La mémoire et ses retours

Interprétés,

Comme divagations,

Cristallise le parfum des fêtes,

Et des musiques intérieures,

La dilapider au silence et l’espace

L’enfance,

Confrontée au monde de l’adulte,

Ceux qui

Ont oublié

Le sentir, le toucher, l’écrire, et grandir..;

Le monde est encore ouvert,

Même la porte magique

Que l’on dessine en soi

Pour des projets de joie et espérance.

 

RC    19 Mars 2013


Jean Genet – Giacometti


«Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible,

que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde

pour une solitude temporaire mais profonde. »
(Jean Genet, L’atelier d’Alberto Giacometti)

voir aussi mon récent post à propos du grand sculpteur…


Christian Bobin – un peintre


peinture: Rembrandt:  mère de l'artiste, lisant

peinture: Rembrandt: mère de l’artiste, lisant

« Un peintre c’est quelqu’un

qui essuie  la vitre

entre le monde et nous

avec de la lumière,

avec un chiffon de lumière

imbibé de silence.  »

 

extrait  de  « l’inespérée. »


Marc Bonnefoy – Poèmes à travers l’infini.


 

 

 

 

 

peinture  Raoul Dufy: les moissons   1930

Poèmes à travers l’infini.

…Mort et désert, à quoi pourrait servir un monde?
Dans l’espace il n’est point de planète inféconde :
Qu’un astre soit brillant, éteint ou rallumé,
Le germe de la Vie est en lui renfermé.
Le rapide soleil, l’étoile la plus lente,
Tout ce qui trace au ciel sa course étincelante.

Eternellement vit, meurt, revit tour à tour,
Et, s’il n’est pas peuplé, le sera quelque jour.
oui, la Vie est partout : c’est une loi suprême
Regarde : trouve un coin de la Terre elle même
Où ne pullulent pas des flots d’êtres vivants !
Tout n’est-il pas fécond, les bois, les mers, les vents !

Sous l’herbe et dans le sol, sur l’arbre et sous la feuille,
Dans la fleur qui s’entouvre ou le fruit que l’on cueille,
Grouille la vie, au fond des eaux, en haut des airs..
Et maintenant veux-tu que des astres déserts,
Lorsque de se peupler tous les cieux sont avides,
Roulent dans l’Infini comme des berceaux vides !

 

Marc Bonnefoy. recueil  » Poèmes à travers l’infini »        1895

 


Thomas Bernhard – Mon bout du monde


montage provenance non déterminée

 

 

MON BOUT DE MONDE
Des milliers de fois le même regard
À travers la fenêtre de mon bout de monde
Un pommier dans sa pâle verdure
Et au-dessus des milliers de bourgeons,
Ainsi appuyé au ciel,
Un ruban de nuages très étendu…
Les cris des enfants dans l’après-midi,
Comme si le monde n’était qu’enfance ;
Une voiture roule, un vieux se tient debout
Et attend que sa journée passe,
Légère, de la cheminée sur le toit,
Notre fumée suit les nuages…
Un oiseau chante, et deux et trois,
Le papillon s’envole rapidement,
Les poules mangent, les coqs chantent,
Oh oui, seuls des étrangers passent
Sous le soleil, d’année en année
Devant notre vieille maison.
Le linge flotte sur la corde
Et là-bas un homme rêve du bonheur,
Dans la cave pleure un pauvre hère,
11 ne peut plus chanter de chansons…
Il en est à peu près ainsi le jour,
Et chaque nouveau coup de cloche
Porte, mille fois, le même regard,
À travers la fenêtre de mon bout de monde..

 

 

extrait  du livre « sur la terre comme en enfer »  édition bilingue   Orphée – La différence