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Din Mehmeti – Naissance


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peinture: étude de nuages – John Constable

 
Les nuages se donnent la charge,
tels une armée d’enragés.
D’en haut et d’en bas
descendent ou montent des monstres
de tous âges.
Les cloches se brisent quand divorcent les idéaux.
Mais cette cité que vous trouverez
toujours en état de veille
et l’ombre des arbres monte la garde
sur les ponts jetés par-dessus le sang des veines.

Je suis vivant,
debout sur mes jambes.

Quelque chose aspire l’âme
une chose est en train de naître.
Nos yeux sauront la voir.

Passent et repassent mes nostalgies.

 


Din Mehmeti  est un auteur d’origine albanaise. Il vit au Kosovo. voir son ouvrage   » il est temps « 


Nouveaux parcs d’attraction ( sur une peinture de Dirk Bouts ) – ( RC )


                             Peinture:  D  Bouts:  le  chute  des damnés

 

Voila le choeur des réjouissances,
où tout bascule, d’une autre planète.
– Elle frôlerait celle-ci,
et c’est un échange des mondes,
celle où l’attraction aurait raison
du poids des péchés.

Les hommes attirés comme des mouches,
engluées sur leur spirale collante.
Et de petits monstres
– un rien préhistoriques –
comme nés d’entre les roches,
enfantés par
l’imaginaire débridé,
s’en donnent à coeur joie,
échangent les corps blafards,
dans une folle farandole.

C’est sans doute la ration quotidienne,
les sortant de l’ennui,
– la grande roue, que l’on aperçoit,
ne suffirait-elle pas ?  –
de quoi aiguiser l’appétit,
et quelques canines,
– mais jamais rassasiés –
leurs petits yeux stupides,
tout à leur tâche,
éternellement recommencée :
( quelles nouveautés nous sont donc données,
avec les derniers damnés ? )

C’est un parc d’attractions .
On viendrait presque, muni d’un ticket,
y réserver une place, pour se faire une frayeur,
comme en empruntant le train fantôme,
se faire balayer le visage,
avec des toiles d’araignées :
–    Il y en a bien qui réservent des places,
pour fréquenter sans risque,
les geôles communistes…
bientôt quelque camp de concentration,
pour le touriste de l’histoire ,
spécialement aménagé.

Indispensables : uniforme et matraque,
pour  » consommer  » quelques émotions fortes .
On demanderait presque,
si c’était possible : – « aux vrais « 
à ceux qui n’en sont pas revenus ,
de participer à une reconstitution,
Télé-réalité oblige :
la cote de l’angoisse et du frisson
monte avec l’audimat .


RC – mars 2016

 

voir aussi ce qu’a  écrit Michel Butor,  par rapport à cette peinture  de Bouts…


Astrid Waliszek – ludion


petit feu, ludion joueur,

à faire flamber le soir

à jouer avec l’écume

ma lampe de poche

les vaguelettes dansent

sous ton sourd flambeau

au loin le bateau de pêche

te prend pour un phare

petit jeu de nuit

à Trouville sous la pluie

sous les rires d’enfant

feu d’artifice, étoiles filant

minuscule joie, petite étincelle

dialogue sans paroles, un rien

une lame d’eau ondule

une frise se dessine

l’enfant regarde, l’enfant dit

les monstres sont couchés

tu peux t’arrêter, je l’ai vue

ta petite lumière dans ma nuit.

photo    Richard Vantielcke- voir son site


Marie Hurtrel – gelures au bord de l’étang


givre sur plantes –      photo perso  – Bretagne

L’heure est aux gelures des bords des étangs incrustés de lune.
Là,
entre un silence et le souffle des monstres brennous,
les plumes s’agitent,
les mots tombent,

et la magie n’existe plus que dans l’eau rouge des veines.

Dans l’antre ouverte de l’outre âge :
Il est temps,
où le temps sourd.

Il crime,
de l’autre côté de la terre ;
la mort a l’odeur des baptêmes intégristes.

Le sens broie où les os craquent,
quand la patience cure ses canines occidentales.

© Marie Hurtrel

 

 


Philippe Soupault – Années lumière


Année-lumière.

Une étoile dans mes mains grandes ouvertes
Un regard une étincelle une joie
Des millions d’années-lumière et une seconde
Comme si le temps était aboli
et que le monde entier se gonflait de silence

L’inconnu s’illuminait d’un seul coup
et cette lueur annonçait l’aurore
Tout était promis et clair et vrai
Un autre jour une autre nuit et l’aube
et que le monde était à portée de mes mains

Ne pas oublier ces angoisses ces vertiges
en écoutant ce qu’annonçait l’étoile
et en retrouvant ce chemin de feu
qui conduisait vers l’avenir et l’espoir
et vers ce que nul ni moi n’attendait plus

Que les nuages lourds comme le destin
s’étalent et menacent comme des monstres
et que l’horizon noir soit noir comme l’enfer
L’étoile brille pour moi seul
et tout devient lumière et clarté

Étoile qui me guide vers cet univers
où règnent la vérité et l’absolu.

 


Philippe Soupault « Crépuscules ».