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Patrick Berta Forgas – il était cette fois


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photo:  Wolleh

 


Cette fois,
Les rangs sont froids.
Le pas des foules
Traîne au pied des monuments.
L’empreinte d’une histoire
Sans autre imagination
Qu’un vieux rêve ravivé,
Des siècles assassins
D’âmes, dans la nuit.
Cette fois,
La demeure est cernée
Des cendres du cauchemar
Qui se relève.
Incontinence et pollution
Aux draps des sueurs.
Cette fois,
L’ombre va prendre la couleur
Où tout se perd,
Les chemins et y compris,
Le matin.


Monuments d’un quotidien – ( RC )


 

Aux monuments du quotidien,

Ceux qu’on transforme en statues,

Moulés dans le métal

Les monuments aux morts

Sont aux villages, un décor banal .

Tant sont partout, les monuments de fonte

Qui nous parlent d’honneur – ou de honte

D’un peuple livré à tous les abus

Entouré, maintenant d’effigies d’obus

– Longues listes gravées dans le marbre…

 

Que sait-on de l’honneur?

Des hommes engloutis dans les tranchées

– les soldats inconnus, ne sont plus –

 

  • Que sait-on encore, de l’horreur

De ce qu’ils ont vécu ?

 

A poursuivre un vide

A combler peut-être dans d’autres vies,

On peut remplir les manuels

Ou, mieux, creuser avec des pelles,

Pour ce qui fait l’histoire..

On a presque oublié

Le pourquoi du comment,

La conquète du territoire,

Et les périodes noires,

Quand disparaît, le dernier témoin…

 

RC  – 9 février  2013

 


Giorgio Manganelli- Centurie 31


photo Jacques Pavl guerre Iran Irak , vers Basra

 

 

 

 

 

 

 

Giorgio Manganelli   écrivit    Centurie  « 100 petits  romans fleuves »     voila  le  début  du 31   sur  haut et fort vous  pouvez lire  le 39

 

TRENTE ET UN

 

Pour dire les choses franchement, cet homme ne fiche absolument rien.

Il paresse. Il reste allongé sur son lit, s’étire, change de position.

Il va d’une pièce à l’autre. Il se fait un café. Non, il ne se fait pas de café. Non, il ne va pas d’une pièce à l’autre. Il pense aux choses merveilleuses qu’il pourrait faire, et il en éprouve un léger malaise qu’il serait toutefois exagéré de qualifier de remords.

Simplement, l’inactivité est un genre d’activité auquel il n’est pas habitué. Si j’étais militaire, médite-t-il, un de ces militaires qui ne se sentent hommes que lorsque tonne le canon et que se présente une raisonnable possibilité d’être tué ou de rester mutilé,

et de toute façon de se voir métamorphosé en monument, je devrais dire que je me comporte non seulement comme si le canon ne tonnait pas, mais quasiment comme si la paix universelle venait d’être déclarée, parallèlement à la destruction des monuments.

Comment se sentirait-il, pareil militaire ?